i 1 MEMOIRES DE LA SOClfiTfi LINNfiENNE £a rt DE NORMANDIE. a liuee f $%$< is&. r* hi * r^ ^ A PARIS , Cher LA!VCE, libraire, rue Croix des Petita-Champs , n°. 5o. Roubk , FRERE , roe Grand-pont. M. DCCC. XXVIII. MfiMOIRES DE LA r t SOCIETE LINNEENNE. £.#4/.£. 4 - *x > m > Stfravt-^trjiTf.Ti * -, j ^-' : *** a '" CHEZ T. CHALOPIN , IMPRIMEUR - LIBRAIRE Bl LA SOCIEXE LINNEENNE £ E NUBMAHDIt. MEMOIRES DE LA SOCIETE LINNEENNE DE NORMANDIE. CLuwe'e 1 8%&. H .Hi A TARIS , Chez LANCE, libraire, rue Croix des Petit$-Ch«mps , Q°. 5o, RorBH , FRERE, rue Grand-pont. Caen , cliezMANCEL et TREBUTIEN. H. DCCC. XXVIII. SEANCE PUBLIQUE. T VVVVVWvilVAW iV\\V\W\W\\VlVV\VW\w\W\WlW\WV\'V\UAVV\tV\ Seance publique du a4 mat 1828. Celte seance a 4le pre'sidee par M. Auguste Le Pre'vost , commissaire de la Soeie'te a Rouen , en Pabsence du president et du vice-pre'sident. On y a entendu : i°. Un Discours de M. Deshayes , membre re'sidant , sur les progres de Thistoire natureile , depuis le XVI e . siecle jusqu'a nos jours ; i°. Un Me'moire de M. Trouve , membre ho- noraire , sur la population du de'partement du Calvados ; 5°. Un Rapport sur les travaux de l'anue'e , par M. de Caumont ; 4°. Une Notice de M. Deslongchamps , sur les schistes de Feuguerolles ( Calvados ) , et une note de M. Alex. Brongniart 7 membre de Pins ti tut , sur quelques fossiles de'couverts dans ccs schistes. La Soeie'te' a de'eerne un exemplaire de scs Me'moires , a M. Chesnon de Bayeux. , en re'- compense du zele qu'il met a professer gratui- tement Thistoire natureile dans cette ville ; Elle a ensuite fe'licite' M. Chauvin du succes avee lequel il pour suit la publication de son bcl // VI SEANCE PUBLIQUE, ouvrage sur les Algues de la Normandie , et M. Bitouze d r Auxmesnil , geometre en chef du ca- dastre a Saint-Lo 7 du soin qu'il apporte a la pu- blication des cartes cantonnales du de'partement de la Manche. Nota. Le rapport sur les travaux de la Societe pendant Tannee 1828, sera reuni a celui de i'anneei839,etpai.aitra daus le meme volume. VII Composition du bureau et de la commission d' impression pendant les annees 1827 et 1828. Depuis le 5 juiil 1827 Jusqu'au 9 jtfin 1828. MM. CHAUVIN, conservateur du Museum d'histoire IVaturelle, niembre de la Societe des Antiquaires de Normandie , etc. , president. FAUCON-DUQUESNAY, docteur en medecine, membre de plusieurs Societes savantes, vice-president. DE CAUMONT , secretaire. HUBERT , pbarmacien, membre de plusieurs Societes sarantei , archiviste. HARDOUIN, docteur en medecine, membre de plusieurs Aca- demies, tretorier. A. LE PREVOST, membre de plusieurs Societes savante» ,com- missaire, a Rouen. DE GERVILLE, id., a Valognes. DE FORMEVILLE, id. , a Lisieux. CHESNON , id. , a Bayeux. DE BREBISSON , id. , a Falaise. DELISE, id.,k Vire. DESNOS, id., a Alencon. Le baron DE FERUSSAG , id. , a Pari*. A. DUVAU, id.,k Paris. DBS SOYEftS, id., a Parii. VIII COMPOSITION DU BUREAU. Commission ^impression. MM. SPENCER-SMITH, BOURIENNE, FAUCON , DE F0N- TANES,LAIR, DE LAFOYE, CHAUVIN , HUBERT, DE CAUMONT. Depuis le 9 }uin 1828. MM. FAUCON-DUQUESNAY, president. DE MAGNEV1LLE, vice-president. DE CAUMONT , secretaire. HUBERT , arehivisle. HARDOUIN, tresoritr. MM. les commissures ont tous ete mainterms dans leurs fonctions. M. Chevalier de Jumel- les , maire de ]a ville de Honfleur , a ete' nomme commissaire pour les arrondissements de Pont- TEveque 7 de Pont-Audemer et du Havre. Commission d' impress ion. MM. DE LA FOYE, LAIR , SPENCER-SMITH, CHAUVIN, DESLONGCHAMPS , DE FONTANES , FAUCON - DU- QUESNAY, HUBERT, DE CAUMONT. LISTE DES MEMISRES. IX WVV\lV\VV\VV\VV\XU\V\VMUAVVVVV\VV\\V\U\VV\VV»uiVt\\V\U\ \ LISTE De MM. les memhres qui ont ete nomme's depuis la publication du 3 e . volume ( mars 1828), RESIDANTS. MM. BOISARD, meinbre de la Society des Antiquaires de Nor- mandie. DE TOUCHET , id. , chevalier de St.-Louis. SIMON , id. , geometre en chef du cadastre. CORRESPONDANTS. MM. WARDEN * (1), ancien consul - general des Etats-Unis, meinbre de l'lnstitut , de la Societe des Antiquaires de Nor- mandie et de plusieurs autres Societes savantes, franchises et etrangeres. DUHAMEL • (a Paris ),arocat. LEGRAND * ( a Saint-Pierre-sur-Dives ) , docteur en medecine. RERTRAND-GESLIN ( a Paris), membre de plusieurs Societes savantes. DE BLOSSEV1LLE , ( le comte Eunest j , membre de la Societe des Antiquaires de Normandie, conseiller de prefecture a Ver- sailles. DE BLOSSEVILLE ( Jblbs) ,officier de la marine royale, mem- bre de plusieurs Societes savantes. (1) MM. Warden , Duhamel et Legrand , dont les noras sont accompagnes d'une asterique , ont etc nommes membres de la Societe, anterieurcmenl a l'annee 1828; e'est par erreur qu'ils n'avaient pas ete inscriL> Bur !a I Lite publiee Pan dernier. X LISTE DE BEAUREPAIRE DE LOUVAGNY ( le comle Alkxahdhe) , secretaire d'ambassade , gentilhomme honoraire de la cham- bre du Roi , membre de la Societe des Antiquaires de Nor- mandic. DE ROISSY ( a Parish, membre de plusieurs academies. D'ORBIGNY (a Rochefort), conservateur du museum d'histoire naturelle. D'OMALIUS-D'HALLOY, conseiller d'Etat des PaysBas, gou- verneur de la province de Namur , membre de plusieurs So- cietes savantes, franchises et etrangeres. DUPERREY, ( a Paris ) , capitaine de la marine royale, membre de l'lnstilut. DUJARDIIN (a Tours ) , conservateur du museum d'histoire na- turelle. DE LEONIIARD ( a Heidelberg ) , membre de plusieurs Aca- demies d'Allemagne et des autres Etats de l'Europe. DE VIEL-CASTEL (le baron) ( a Paris ), membre de la Societe des Antiquaires de Normandie , ancien sous-prefet de Dieppe. DUFRENOY, professeur adjoint a l'Ecote des Mines , membre de plusieurs Societes savantes. DE LARUE, (Phospbr-Amakd) , pharmacien a Lisieux. DUMONT ( a Clecy ) , docteur en medecine. GIRARDIN(a Rouen ), professeur de Chimie , membre de plu- sieurs Societes savantes. GUERIN ( a Paris ) , membre de la Societe d'histoire naturelle. GUERNON DE RANVILLE , procureur-general pres la Cour royale de Grenoble , membre de plusieurs academies , che- valier de la legion d'honneur. GREVILLE ( a Londres ) , membre de plusieurs Society sa- vantes. J I AUZEY ( a Lisieux ) , docteur en medecine. H AMELIN , notaire a Saint-Silvain ( Calvados ). J ALBERT DE PASS A (a Perpignan) , membre de Plnstitut. LOCKHART (a Orleans), membre de plusieurs Societes sa- vantes. LLVASSELR ( a Mctx) , offiaier d'artilleria , ancien alive da l'ecole polvtcchnique. LISTE DES MEMBBES. XI LE COQ ( a Bayeux), vetorinaire, eleve de l'ecolc royale d'AIford. LEFBOY ( au Mans ) , docteur en medecine. LESSON ( a Paris ) , professeur d'histoire naturelle de la marine , membre de plusieurs Societes savantes. LAFOSSE ( a Paris) , docteur en medecine, membre de plu- sieurs societes savantes. OLIVIER ( a Paris ) , membre de plusieurs academies. SMITH ( Edouard } , ( a Gambrige ) , membre de la Sociece des Antiquaires de Normandie. SCHOUNEBOL, consul general de S. M. Danoise, a Tanger ( Afiique ). STRAUS ( a Paris ) ,docteur en medecine, membre de plusieurs Societes savantes. TEISSIER, sous-prefeta Thionville, membre de la Societe des Antiquaires de Normandie et de plusieurs autres societes sa- vantes. TR AVERS ( a Saint-Lo ), professeur de rhetorique., membre d« la Soeiile des Antiquaires de Normandie. CATALOGUE Des Ob jets d'histoire iiaturelle , offer ts a la Socie'te Linneenne , et deposes en son nom au museum d'histoire nature lie de Caen. M. Jules de Blosseville. Plantes recueillies durant le voyage autour du Monde de la corvette la Goquille. — Collection des coquilles de la mer des Indes. M. Vaugeois , de PAigle. Collection des ro- ches de Parrondissement de Mortagne. M. de Formeville. Collection des reptiles de l'arrondissement de Lisieux. M. S. Smith. Chien de Terre-Neuve. M. le vicomte de Chaumontel. Plusieurs e'chantillons de bois fossile , de'couverts dans Fargile de Dives. — Guepier trouve a Emie'ville. M. Ed. Smith. Coquilles de Mont-Bassa , sur la cote orientale de TAfrique. M. de Gerville. Collection de coquilles re- cueillies sur les cotes du de'partement de la Manche. M. le baron deVauquelin. Fougeres fossiles decouverles sur le Mont d'Eraines. OUTRAGES OFFERTS A LA SQCIETE. XIII M. de Gaitmont. Plusieurs echantrllons de U craie du Plessis-Grimoult. Ouvrages imprifne's, offerts a la Socie'te' , de- puis la publication du 5 e . volume. Memoires de Pacademie des sciences , arts et belles-lettres de Dijon , anne'e 1827. Essai sur les hydrophytes loeule'es ; par M. Bonnemaison. Dictionnaire topographique 7 historique et sta- tistique du de'partement de laSarthe, 9 livraisonsj par M . Pesche, Memoires de la Socie'te' d'Emulation de Cam- bray , anne'es iSay.et 1828. Families ve'ge'tales , ieonographie et phvtogra- phie de ^encyclopedic portavive f par M. J. P. Lamouroux . Plan de la ville de Caen et de son territoire ; par M. ManceL Eioge historique de M. Lamouroux; par un de ses e'leves. Analyse des tourbes de Montoire , pres Nantes. Note sur la pre'sence de la Strontiane dans la Baryte sulfate'edes terrains primitifs :parM. Dubuisson. XIV OUVRAGES Rapport sur l'ouvrage de M. le comte de Tris- tan , relatif a quelques effluves terrestres. — Me'moire sur les ossements fossiles d'Avaray ; par M. Lockhart. Notice surle terrain secondaire de la chaine de Sainte-Victoire et des environs d'Aix ; par M. Delcros. Souscription pour la recherche et la de'cou- verte des Antiquite's dans l'arrondissement de Dieppe : par M. Feret. Introduction a l'histoire du Moyen age ; par M. Chesnon. Essai statistique sur le de'partement dlndre-et- Loire ; par M. dug. Duvau. Recherches sur les Antiquite's des Etats-Unis de rAmerique Septentrionale-; parM. Warden. Notice sur les blocs de roche des terrains de transport en Suede ; par M. Alex. Brongnlart. Recherches sur la generation et le de'veloppe- ment de l'Embryon dans les ve'ge'taux phane'ro- gatnes , avec un atlas in-4°. \par M. Ad. Bron- gniart. Journal de Tacadcmie d'Evreux , anne'e 1 828. Dissertation sur les portraits de Francois I er . et de Henri VIII 7 sculpte's sur les murs de Photel Bourgthouroulde a Rouen \ par M. de La Quer- riere. Manuel des bains de mer ; par M. Blot. UFFERTS A LA S0C1ETE. XV Notice sur une Statue pe'deslre en marine blanc decouverte a Lillebonne ; par M. Qaillard. Me'moires de la Socie'te' d'agricullure du de- partment de la Haute-Garonne , anne'e 1828. Encjclope'die me'thodique , Geographic physi- que , tome 5 e . , I» e . parlie ; par M. Huot. Description ge'ologique des Pays-Bas \ de la France et de quelques contre'es voisines ; par d?Omalius-cPHalloy. Discours prononce' a l'ouverture du cours de chimie manufaeturiere de Rouen. — Analyse cri- tique du Me'moire de sir H. Davy , sur les Vol- cans. — Analyse chimique du Domile leger du Puy-de-D6me ; par M. Girardin. Notice sur le nouveau genre The mis to , de la famille des Crustace's ; par M. Gue'rin. Catalogue manuscrit des plantes du jardin de Caen en 1 jffl ; par M. Libert. Catalogue manuscrit des plantes du jardin de Caen en 1 744 J ] )ar Af« Faacon Duquesnay. Bulletin de la SocieLe d'agriculture de Poitiers, n c \ 92 , 25 ct 24* Bulletins d'histoire naturelle de la Socie'te Lin- neenne do Bordeaux , anne'e 1828. Compte rendu des travaux de la Socie'te Pltil- harmonique du Calvados en 1827 et 1828 ,par M. BuneL XVI OUVRAGES OFFEKTS A LA SOCIETE. Monographic du genre Rosier ; par M. Des Portes. Nouvelle espece de coquille fossile du genre fe'russine ( grateloup ) strophostome (Deshajes ); par M. Aug. Lefroy. Description de trois genres nonveaux de coquil- lesfossiles(Spiricelle,Grateloupia et Jouannatia); par MM. Charles Desmoulins el Rang. Statistiquedu canton deNanteuil-le-Haudouin, arrondissementde Senlis(Oise);/?tfril/. Graves. Memoires de la Socie'te' des sciences , lettresct arts de Metz , anne'e i8a8. Essai sur la Ge'ographie botanique ; parSchow. Flore d'Allemagne , a e . volume ; par M. Mertens. Essai sur les notabilite's de'partementales ; par M. le baron de Vielcastel. Memoires de la socie'te d'agriculture de Douai , anne'e 1S28. Carles du departement de la Manche , cantons de Cherbourg , Beaumont , Villedieu , Pe'riers , Saint-Pois,Sainte-Mere-EgliseetThorignj ',par M. Bitouze a Auxmesnil. Me'moire sur la culture de la musique en Basse- Normandie. — Le Voyageur , discours en vers ; par M. Spencer Smith. Description de deux nouvelles especes depa- ludincs vivantes ; par M. Desmoulins. NOTES Sur la population du departement du Cal- vados ; par M. TROUVE \ Medecin en chef des Hopitaux de Caen , Membre honor 'aire de la Societe. ( Lues dans la Seance publiqne du a4 Mai 1S2S. ) Vje n'est point un me'moire , encore moins un ouvrage queje pre'sente 7 cesont de simples notes sur les caracteres physiques et moraux des diffe'- rents habitants qui composent la population de notre departement. Ces notes, que je n'avais d'abord faites que pour moi , n'auraient probablement jamais e'te publie'es si un membre fort distingue' de l'academie des sciences de Paris (i), et quelques-uus.de nos col- leagues qui ont lu mon me'moire surl'hotel-Dieu de Caen , oil j'en ai inse're' quelques-unes , n'avaient pense' qu'en rendant ces notes plus completes , elles ne seraient pas de'pourvues d'interet , qu'elles pourraient servir a la statistique du departement , oil necessairement l'hommc doitau moins trouver une petite place. 1 SUR LA POPULATION II est bon que Ton saclie comment j'ai ete' a meme tie les recueillir. Comme membre du Jury me'dical , j'ai du plu- sieurs fois visiter les pharmacies du de'partement. II y en a plus de i do re'parties dans les villes 7 les bourgs et les villages ; mes rapports aveo les auto- rite's locales , avec les me'decins et les pharmaciens des duTe'rents cantons, m'ont fourni quelquesren- seignements que j'ai rapproche's de ceux que j'ai pu me procurer par moi-meme ; appele frequem- ment aux conseils de revision pour examiner les jeunes soldats de plusieurs appels 7 j'ai encore tire' parti de cette pe'nible et de'goutante fonction , dans l'interet de mes observations ; enfin j'ai joint aux documents puise's a ces diverses sources tous ceux que les relations que me donne l'exercice de la me'decine ont pu me fournir. C'est ainsi que s'est e'tablie ma conviction. Je n'ai pas ne'glige non plus de fre'quenter les foires , les marcbe's , d'observer les populations re'unies dans les e'glises. C'est en regardant avec attention ces masses humaines , c'est en se pla- cant dans un jour favorable pour observer ces grands tableaux mouvants , que les contrastes de nos diverses populations calvadosiennes paraissent fortement dessine'es 7 et qu'on pent facilement as- signer les traits caracte'ristiques de chacune dalles. DU D£P T . DU CALVADOS. 5 Je ne me flatte pas d'avoir tout vu ; mais ce que j'ai vu doit etre exact, parce que j'ai observe sans pretention aucune , sans ide'e pre'concue , et que j'ai e'carte' tout dicton populaire qui ne cadrait pas avec ies faits. J'aurais pu ajouterames observations des de- veloppements e'tendus , remonter aux causes aux- quelles on pent aLtribuer les caracteres diffe'ren- tiels dcs diverses populations du Calvados • mais pour cela il m'eut fallu entrer dans la earriere des explications et des hypotheses 7 et sortir du cercle que je me suis trace'. Jusqu'a present on s'est occupe de comparer les races d'hommes entr'elles ; on a indique les differences que pre'sentent les peuples du midi et ceux du nord , celles de plusieurs e'tats et de quelques provinces , etc. ; mais on a neglige' de faire connaitre les differences que pre'sentent les habitants d'un meme de'partement ; et cepeudant il y en a de tres-notables et de fortcurieuses. Je n'ai pas assez de mate'riaux pour porter ce travail a sa perfection , mais ceux que je commu- nique ici suffisentpour prouver l'inte'retque pour- rait jdonner un observateur habile et une plume plus exerce'e que la mienne. Cest une ve'rite' incontestable que la nature dp. sol 7 que son elevation ou son abaissement , que 4 SUR LA POPULATION que les qualites habituelles de Pair , que son hu- midite' , sa se'cheresse , ses variations de tempe- rature plus ou moins brusques , que les aliments dont riiomme se nourr'u , que les travaux plus ou moins pe'nibles auxquels il se livre , etc. , lui im- pnment un caractere physique et moral particu- lier. Ainsi , avec un peu d'attention , cliacun recon- naitra que la population du Bocage ne ressemble nulJementa celle de la plaine de Caen ; que celle du pays d'Auge a des caracteres physiques et mo- raux qui la difFe'rcncient des deux premieres , qu'enfin celle de notre littoral a aussi une phy- sionomie qui lui est propre. Chez les habitants du bocage(i)la taille moyenne est de 5 pieds un pouce ; ils perdent leurs dents de bonne heure ? ils ont le pied plat et devie' en dehors , ce qui rend la malleole interne tres- saillante et le bord tibial du pied arrondi et non excave ( l'usage des sabots pourrait bien etre la cause n&jcanique de cette difFormite' (2). Ils ont les cheveux longs et droits j ils ont le teint d'uu palc-grisatre , le regard vif et percant 5 beaucoup ont les yeux rapproche's du nez ; ils ont , comme (1) La contree du Bocage qui comprend Vire et Conde-sur- TCuireau, se Irouve limitee par le Noiieau , la lire, l'Odon et les gonrces de la Drome et de la Senile. (a) Je la crois aussi originclle et specifique. DU DEPt. DU CALVADOS. 3 tons les habitants des bois , l'ouie bonne ; ils en- tendent et voient a line grande distance. Ils out un langage qui leur est particulier , que le temps et l'education n'eflacent pas tou jours completement ; ils out line grande finesse d'esprit; ils sent attaches a leur pays ; une partie de la po- pulation villageoise e'migre dans la saison des re'- coltes , pour aller chercher de Pouvrage ailleurs , mais elle est attach e'e a ses bois. Quoique son ha- bitation soit loin d'etre saine et agre'able , l'habi- tant du bocage j revient toujours avec plaisir. Le sarrasin qui contient peu de matiere nutritive fait la base de sa nourriture ; ce n'est pas faute de mieux qu'il s'en nourrit , il la pre'fere a toute autre. Les femmes du Bocage sont tres-laborieuses ,, clles partagent tous les travaux de Pautre sexe r quelque rudes qu'ils soient ; j'en ai vu scier de long et battre a la grange. Elles sont petites , mai- gres ; elles out les maraelles tres-peu developpe'es; elles ont la peau comme tanne'e par le soleil ; elles ont les articulations tres- grosses j elles sont tres- nerveuses , tres-fe'eondes ; elles accouchent faci- lementetpresquesans autre secours que celui de leurs voisines ; elles perdent leurs dents de tres- bonne heure , ainsi que la fraicheur du visage. Les progres de la civilisation se font, peu scnlir dans 6 SUR LA POPULATION Je Bocage ; le costume des homines et des femmes est a peu pres le meme qu'il e'tait il y a des siecles; il faut en excepter les bourgs traverse's par de gran- des routes. II est une partie de cette population em- ploy e'e dans les manufactures oil Ton file et oil Ton tisse la laine et le coton : c'est principalement a Vire et a Conde' que cette Industrie existe.Les individus qui s'y livrent sont renferme's des journees entieres dans des appartements chauds et prive's d'air ; ils sont mal sains , pales , etiole's ; ils sont comme rabougris : on en voit de difformes , beaucoup surtout ont une e'paule plus e'leve'e que l'autre £ quand on les examine avec attention 7 ils ont tou- jours quelque irre'gularite dans le squelette. II est a remarquer que les influences hygie'ni- quesnesont pas moins sensibles, dans la contre'e du Bocage , sur les animaux que sur l'homme. Les vaches , les moutons , les chevaux y sont d'une petitesse qui contraste avec les belles et grandes proportions des animaux de la plaine de Caen et du pays d'Auge ; ces diiferences s'e'tendent meme a quelques animaux sauvages ; le lievre , lelapin, la perdrix , sont tres- petits , compare's aux ani- maux de la meme espece qui habitent la plaine. Les poules du pays d'Auge de la grande espece transporters dans la plaine et le bocage y pondent moins et fmissenl par y de'ge'nercr. r»u d£v t . DU CALVADOS. 7 La taille des hommes de la plaine(i)de Caen est de 5 pieds 5 ponces et plus : ils sont bien fails , bien muscle's ; ils ont la jambe line et le mollet detache'. Ils sont forts 7 nerveux et sanguins ; leur perspiration a une odeur prononce'e ; ils ont de belles dents et une apparence de bonne saute qui prouve qu'ils ont des demeures saines , de bons vetemenls , qu'ils ont une nourriture assez abon- dante et qu'ils ne sont pas soumis a des travaux au - dessus de leurs forces , comme on Fobserve dans le Bocage. Leur intelligence se prete en ge'- ne'ral a toutes sortes d'ctudes et d'industries ; ils sont jaloux de leurs droits et les de'fendent avec opiniatrete. Au voisinage de la ville leurs gouts et leurs habitudes se sen tent de cette derniere. Au physique les habitants de laplaine dc Caen nous rappellent 7 pour la force et la stature , les premiers normands ; leur langage s'est perfec- tiodne ? il est beaucoup plus intelligible ? moins incorrect qu'il n'etait il y a trente ans. Les femmes sont aussi d'une taille plus eleve'e que petite ; elles travaillent rarement a la terra 7 et quand cela arrive , ce n'est jamais qu'en pro- portion de leur sexe , aussi conservent-elles assez long-temps les avantages de leur taille et dc leur (i) La plaine de Caen est cet cjpace compris entre I> s nvi; res- ic. Dives rt d'Orne. 8 SIR LA POPULATION frafcbeur. Elles ont la tete remarquablement bien attachee , le front eleve, le cou long, la poitrine ouverte , de belles e'paules. Elles prennent de bonne heure de l'embonpoint ; elles ont l'abdomen tres-saillant , ce qui tient en partie a la forme de leur vetement ; elles sont plutot nubiles que celles du bocage ; elles ont le sein bien developpe' ; rnais a Pexemple des femmes de la ville , elles en al- lerent souvent la forme et en changent la posi- tion , au moyen de leur corset (i). Leurs mens- trues sont abondantes ; l'e'poque critique chez elles se passe plus difficilement que chez les femmes du Bocage , pour lesquelles cette transition est presque insensible. Elles sont reclierche'es dan3 leur mise et reconnaissent Pempire de la mode ; leur costume a change' plusieurs fois depuis trente ans. Le temperament lymphatico - sanguin parait leur etre propre ; mais ce temperament se modi- lie lorsqu'elles se livrent presque exclusivement au travail de la dentelie : elles deviennent alors tout-a-fait lymphatiques et meme scrophuleuses. Leur saute' s'altere 7 ainsi que je Pexpliquerai en (1) J'ai connu plusieurs femmes de la societe qui n'avaient pit allaiter leuis enfans, les unes, parce que le mamelon avait ete c l iez elles applali, deform e , que les canaux lactiferes en avaient disparu par la compression exercee par le corset ; les autres , parce que la meme cause mecaniqae s'etait opposee au develop- pcment de la glande mammaire qui ctait comme atropldiie. DU l)£? v . DU CALVADOS. 9 parlant d'une parlie de la population de notre lit- toral. C'est principalement dans la classe des fermieres qu'on retrouve les caracteres que j'ai assigne's plus haut. La population du pays d'Auge( i )est moins agglo- me'ree , moins considerable que celle de la plaine; ses habitations sont plus isole'es ; elle a des carac- teres spe'ciaux : les homines y sont bien comme dans la plaine de Caen , d'uneassez haute stature, mais ils ont la fibre molle ; leur embonpoint de'- ge'nere promptement en obe'site. Ils ont les jambes grasses , souvent variqueuses , ils transpirent fa- cilement j leurs mouvements sont plus lents , leur intelligence moins prompte que chez les individus dont j'ai de'ja. parle. lis sont sujets aux hydropi- sies de poitrine, a l'anasargue ; leurs fieveres inter- miitentes sont opiniatres : si on ne les arrete pas anx premiers acces, elles deviennent pernicieuses. Les habitants du pays d'Auge font usage des li- queurs fortes pour se garantir , disent - ils , de l'inflnence de l'humidite : ces observations s'ap- pliquent surtout a ceux qui habitent les valle'es. II ne sera pas inutile de remarquer ici que les ii) te p.ny; d'Auge est cette partie du territftire du Calvados reni'cnnce catre les rivieres de Touques et de Dives. 10 SUK LA POPULATION jeunes chevaux e'leve's dans les bas fonds de cette valle'e ? ont les jambes moins bonnes que ceux de la plaine , qu'ils les out engorge'es ; la come de leur pied est molle , elle supporte moins bien le ferrage. Le mouton y est aussi sujet a des affec- tions de poitrine , a des inflammations de la mem- brane muqueuse des fosses nasales dont il gue'rit promptement 1 si on le de'place assez tot , et qu'on le transporte dans une plaine aride. Les femmes du pays d'Auge travaillant peu a la terre , et ne s'occupant que des soins du menage, sont peu haloes par le soleil. Elles ont des traits fins et de l'embonpoint ; elles ont les mamelles de'veloppe'es , elles sont moins fe'condes, et cessent de Petre beaucoup plus tot que celles du Bocage. Le temperament lymphatique m'a semble' pre'do- miner chez elles ; dans certaines parties de la valle'e, comme a Saint-Pierre-sur-Dives, le goitre V est commun. Quant a la population de notre littoral , elle doit etre partagee en deux sections : dans la premiere je range celle qui se livre aux travaux de la mer presque exclusivement ; dans la seconde je place les habitants qui s'occupent seulement de la cul- ture des terres , la difference des occupations en apporte une assez grande dans chacune de ces classes. DU D£P T . DU CALVADOS. I I Les homines de mer sont en ge'ne'ral tres -forts, on en voit d'une taille e'leve'e , mais la plupart sont trapus ; ils ont la poitrine large , la voix forte , le teint noirci par le soleil 5 leur chevelure est fournie etrude , leurs dents sont jaunes , usees de bonne heure , souvent plus d'un cote' que de l'autre , ce que Ton peut attribuer a l'usage de la pipe ; ils sont de'pourvus d'embonpoint; ils out la vue excellente; il est rare qu'ils aient des ophtalmies et la cata- racte ; ii est rare aussi qu'il aient des affections de poitrine ; je n'en ai jamais vu de begues , ni d'at- teints de ne'vralgies faciales. J'insiste sur cette der- niere observation , parce que l'opinion commune, meme parmi les me'decins, est que Pair de la mer est propre a donner naissance a cette cruelle ma- la die. Au moral , nos gens de mer sont calmes , cou- rageux ; ils ont de bonnes moeurs , ils sont pieux, au moins observent-ils avec exactitude les prati- ques de la religion. Ils font usage des liqueurs fer- menle'es par fois avec exces. Les femmes sont e'galement fortes , trapues. Leurs formes ne sont pas agre'ables , sans etre difformes. Leurs membres sont bien de'veloppe's , leurs muscles forlement prononce's : elles ont les jambes grosses par lebas,ce que Ton peut attribuer 1^ SUll LA POPULATION ace qirelles sont souvent dans l'eau et a ce qu'elles ne portent point tie vetement sur cette partie du corps. Eiles ontla peau seche , brunie parle soleil ; elles transpirent peu , elles ontrarement de rem- bonpoint , il y en a fort peu de contrefaites , mais elles se rident doj)onne heure , et perdent avant les anne'es les graces de lajeunesse. Les e'poques menstruelles sont chez elles peu marque'es , elles ont beaucoup d'enfants. Elles n'e'prouvent aucun embarras en presence des e'trangers , quels qu'ils soient , el'.es sont em- presse'es aupreg d'eux , elles les abordent et leur parlent avec respect, mais avec une aisanceet tine familiarite remarquables, elles sont perse've'rantes, tenaces dans leurs demandes. Le langage de notre population maritime dif- f ere de celui des habitants de la plaine et des aulres cantons du de'partement. II ne ressemble a aucun autre. Les marins parlent toujours surun diapason fort e'leve'. Parmi cette population qui se livre a des tra- vaux penibles et dangereux , qui sont presque e'galement partage's par les deux sexes , il se commet rarement de crimes ; les objets pre'cieux perdus sur le rivage , sont rapporte's aux propric- taires avec une grande iidelile' , fut-ce meme de Target! t. DU DEP U . D'C CALVADOS. I* La seconde classe des habitants de notre lit- toral differe de la pre'cedente ; les hommes et les femmes ne se livrent pas e'galement aux raemes travaux : les hommes cultivent la terre , leur vo- cabulaire ne ressemble pas a celui des marins : au reste ce que j'ai dit des hommes de la plaine de Caen leur est applicable. II existe bien quelques differences , mais elles ne sont pas assez tran- che'es pour etre caracteristiques , je dois done les omettre. Les dessins que je presente ici ne sont fails qu^au trait , j'ai du ne'gliger les nuances et les exceptions. L'occupation principale des femmes e'tant la dentelle , ce genre d'industrie et la maniere dont elles s'y livrent influent beaucoup surleur sante'. Pour faire la dentelle , elles sont assises sur des sieges tres »bas , souvent meme elles sont accrou- pies sur de la paille , le tronc courbe en avant. L'hiver elles habitent des e'tablespeu ae're'es , e'est ainsi qu'elles passent les journe'es entieres. II re'sulte de cette attitude une gene fort grande dans la circulation et la respiration, le foie est corn- prime' , les autres organes de la digestion le sont aussi ; la poitrine au lieu d'etre bombee en avant, est applatie , un cote' est souvent plus de'veloppe que l'autre , e'est commune'ment le cote' droit ; Ins omoplates sont ordinairement aetaehe'os du 1 4 SUR LA POPULATION tronc , la droite Pest plus que la gauche ; la peau de ces femmes est pale , le tissu en est mou , leurs cheveux sont longs et chatains , la coloration des joues est vive et cerne'e , leur perspiration est ai- gre : elle n'a pas l'odeur animalise'e des femmes qui menent une vie active et au grand air. Les femmes de la classe elevee des villes ont aussi , quoique bien faites j l'e'paule droite plus saillante que la gauche ; j'ai calcule' que cette dis- position existait dans la proportion de 7 a 10. Les dentellieres sont en ge'ne'ral tres - mal re'- gle'es , leurs digestions sont lentes ; l'he'matose chez elles se fait mal. Elles sont sujettes a la chlo- rose ? a la pyrosis 7 elles s'enrhument facilement etlescatarrhes re'pe'te's finissent par amener bien- tot la phthisie pulmonaire.La marche de cette der- niere maladie est alors rendue tres-rapide par le voisinage de la mer. II serait a desirer qu'on eclairat ces ouvrieres en dentelles , et le nombre en est grand ? sur les dangers attache's a leur industrie , dangers qu'il serait d'ailleurs tres-facile de prevenir. Dans les notes que je viens de communiquer il n'est pas question de la population des villes , ■par la raison que les indiyidus quila forment , j ar- rivant de toute part , y sontme'langes. Les alliances ^trangeres , les progrcs de Tin- DU DEP*. DU CALVADOS. I T) dustrie et du commerce , le rapprocliement des classes de la socie'te' ? le gout des entreprises , le luxe , la facilite des communications avec la capi- tale , etc., sont autant de causes qui 7 depuis 5o ans , ont rendu les traits des habitants de nos cites tres-varie's. On ne retrouve plus ici l'uniformite' , les couleurs vives et tranche'es de localite' que nous observons chez les villageois qui , s'alliant entr'eux sans perdre de we leur clocher 7 sans changer de nourriture , de moeurs et d'habitude , ontun caractere physique et moral commun , des traits de famille enfin qu'il est facile de saisir et de peindre. OBSERVATIONS GENERALES Sar les Cavernes a ossements et les Breches osseuses du midi de la Finance j par 3V1. Marcel DESERRES. { Lues dans la Seance du 7 Janvier i8a8. ) Le nombre des cavernes qui existent dans les terrains tertiaires , secondares et interme'diaires du midi de la France est extremement conside- rable ; cependant celui de ces cavernes oil il existe des ossements l'est beanconp moins. Ne serait-ce pas parce que toutes ne reuniraient pas les con - ditions ne'cessaires a la presence des fossiles. Aussi l'observation des cavernes , soit qu'elles renfer- ment des ossements , soit qu'elles n'en pre'sentent point , est digne de toute l'attention des ge'o- logues. En visitant un grand nombre de cavernes , des terrains d'age different , il nous a paru que la pre'sence des ossements fossiles dans ces cavernes. CAVERNES A OSSEM ts . ET BRECHES OSSEUSES. 1^ de'pendait de plusieurs conditions , dont la plus essentielle est leur rapprochement des terrains se- condaires etsurtout des terrains tertiaires. Aussi n'en observe-t-on point dans les cavernes des ter- rains inlerme'diaires da midi de la France , eloi- gners des terrains tertiaires : il en est de raeme de celles qui sont a plus de 200 metres au-dessus du niveau de la mer et dont les ouvertures ver- ticales au plan des couches sont des especes de puits . surtout lorsque ces ouvertures sont recou- vertes en partie par des avancements de rochers. Jl parait enfrn que , lorsque le nombre des osse- ments est considerable , il en est e'galenient des galets ou des roches fragmentaires disse'minees dans le Union. Si ces faits re'sultent de l'ensemble des obser- vations que Ton fera dans d'autres eontrees , le phe'nomene des cavernes a ossements , lie d'une maniere si intime a celai desbreches osseuses • ne potirra etre conside're que comme un phe'nomene ge'ologique , et un effet de pur remplissage. Quoiqu'il en soit , les cavernes que nous avons visite'es depuis peu nous ont pre'sente des faits qui me'ritent d'etre signale's. La premiere de ces cavernes que nous citerons est celle d'En-Pey si tue'e a deux lieues au nord-ouest de la petite ville d' Aries (Pyrenees orientales). Cette cavernc dont 1 8 CAVERNHS A OSSEMENTS l'e'levation est d'environ 55o metres au-dessus du niveau de la Me'diterrane'e , se trouve dans un calcaire interme'diaire remarquable par la ra- pidity de ses pentes et les e'normes murailles verticales que pre'sentent ses roches. A peu de distance de cette caverne , est aussi ie pre'eipice #Enfou , abyme dont personne n'a encore tente de sonder la profondeur , quoiqu'il ait pres d'une lieue d'une extre'mite' a l'autre. La grotte d'En-Pey 7 situe'e au-dessus de cet abyme , sur une pente incline'e d'environ 55 degre's , est presque inaccessible : quoique place'e au sommet d'une montagne escarpe'e , Ie sol de cette grotte est recouvert assez ge'neralement d'une couche e'paisse d'un limon noir ? ties - charge' de matiere organique et qui ressemble assez bien au terreau. L'on se demande comment une aussi grande quantite de limon , dont l'e'paisseur est souvent de plus de 5 metres , a pu ^tre accu- mule'e dans une caverne qui n'a d'aulre issue que 1'ouverture late'rale par laqueile on y pe'netre ; cette ouverture se trouve sur le penchant d'une montagne dont la pente est si rapide ? que l'on ne peut parvenir a la grotte qu'en se trainant pe'niblement sur les roches qui la dominent. C'est dans le premier vestibule de la eaverne d'En Pey que ie limon noir est le plus nboiiclant ; ET BRECHE8 OSSEUSES. 1 9 il ne parait pas renfermer d'ossemcnts , quoique nous ayons fait creuser a plus de 5 metres ; il ne presente pas non plus de galets ou des cail- loux roule's , mais uniquement des calcaires frag- mentaires ( i ) ; encore ces fragments calcaires n'y sont pas en grand nombre. Le me me limon existe dans la premiere salle , quoiqu'elle soit se'pare'e du premier vestibule par un ressaut aussi brusque que rapide. 11 y en a c'galement dans les aulres , malgre' les ressauts qui en rendent 1'acces difficile ; nullc part on n'observe de traces de limon rouge ni d'ossements. Le calcaire du vestibule est tout fendillc' ; sa surface exte'rieure est unie et ses angles ar- Tondis , comme si des eaux abondanles y avaieut pene'tre. La voute est seche et nue , ce qui semble indiquer qu'il ne s'j est jamais forme' de sta- lactites. Les salles qui succedent au vestibule sont au contraire charge'es de stalactites et de (1) Nous voulons indiquer par cette denomination les roches qui se trouvent non en galets arrondis , ou en cailloux roules sur la surface ou disseroines dans le limon , mais en fragments anguleux et ineguliers. Le calcaire secondaire est une des ro- ches qui se presente le plus frequemment de cctte maniere , soit dans les cavernes, soit a la surface du sol ; principalemenl sur les grands plateaux calcaires si abondants dans le midi de la France ; soit enfin dans les vallfes qui sont an pieds du calcaire oolitique mi du lias. 20 CAVERNES A OSSEWENTS stalagmites plus ou moins eleve'es au-dessus du sol. La grotte d'En-Pey ne re'unit done pas toutes les conditions ne'eessaires a la presence des os- sements , puisqu'elle se trouve a une grande e'le'vation dans micalcaire interme'diaire et a une assez grande distance des terrains secondaires , et surtout des terrains tertiaires. Nous citerons ensuite les cavernes de Notre- Dame de Nazareth et de Canderau , situe'es dans les environs de St.-Chinian ( Herault ). Ces cavernes ne reunissant pas les conditions qui semblent essentielles a la pre'sence des cssements fossiles , en manquent entierement. Celle de Canderau ouverle , comme celle d'En- Pey , dans le calcaire interme'diaire enclave' par fois au milieu de schistes argileux durs , est e'galement fort e'loigne'e des terrains secondaires et surtout des tertiaires. Elle se trouve aussi a une grande e'le'vation au-dessus de la mer ( en- viron 4°° metres ) , tout-a-fait a l'exlre'mite' d'une valle'e e'troite et profonde. Cette caverne fort spacieuse pre'sente deux sortes de limon ; le plus superficiel a une couleur noiratre ana- logue a eel ui qui recouvre le sol de la caverne iPEn-Fej 7 tandis que le plus infe'rieur est d'un hiun lougeatre sombre. Ce dernier se trouve sou- ET BRECHES OSSEUSES. 2 1 vent au-dessous d'un glacis stalagmitique fort t : pais ( de 4 a 6 centimetres ) ; la puissance de ce limon acquiert de 2 a 3 metres. Le limon rouge n'oflre point de traces de galets ni d'ossemenls^ mais uniquement des calcaires fragmentaires ; du moins , malgre' toutes nos recherches et celles que nous y avons fait faire par des ouvriers intelli- gents , nous n'avons pas pu de'couvrir la moindre parcelle d'ossements fossiles. U n'existe pas non plus de galets dans le limon noir , mais seule- ment un grand nombre de calcaires fragmen- taires dispose's ordinairement dans les couches les plus superficielles. Ce limon est aussi par fois reconvert d'un glacis stalagmitique , glacis moins epais que celui qui existe sur le limon rouge. Le sol incline' par lequel on penetre dans la caverne , conduit apres plusieurs de'tours a un vaste bassin que l'on presume etre la source de la riviere de Bernasobre. C'est a environ i5o metres de Fouverture que l'on trouve ce bassin oil les eaux se rassemblent en assez grande quan- tite pour alimenter une source qui , a quelques pas , fait aller un moulin. Cette source est au pied d'un meme rocher calcaire ou se trouve la caverne de Canderau. La caverne de Canderau re'unitdonca peupres 32 CAVERNES A OSSEMENTS toutes les conditions ties cavernes a ossements , puisqu'elle a i°. son ouverture late'rale , coin- cidant au plan des couches; a . Ses deux es- peces de limon ; 3 J . Le glacis stalagmitique au- dessous duquel se trouvent ordinairement et le limon rouge et les ossements qui y sont disse- mine's ; cependant l'on n'y observe aucune trace de fossiles , probablement parce qu'une des con- ditions les plus essentielles a leur presence man- que ici : le rapprochement des terrains secon- dares et surtout des terrains tertiaires , et une ele'vation infe'rieure a 200 metres au-dessus du niveau de la mer. La caverne de Notre-Dame de Nazareth , situe'e a environ 2 myriametres du sud-ouest de celle de Canderau , en manque e'galement , et a ce qu'ii parait par suite des causes que nous avons de'ja indique'es.Cette caverne est un veritable puits dont l'ouverture verticale au plan des couches calcaires , est en partie recouverte par de grands avancements de rocher , disposition peu favo- rable a Pintroduction des ossements fossiles , soil qu'ils aient e'te' entraines dans les cavernes par les alluvions , soit qu'ils y aient e'te' apporte's par des carnassiers. L'on trouve cependant dans cette caverne quelques traces de limon rouge , mais sans ossements ni galels. Celiisvon qui u'est point KT BRECHES OSSEUSES. 2J ici recouvert parle limon noir , est mele surtout vers la surface de quelques roches ealcaires fragnientaires. La caverne de Notre-Dame de Nazareth , quoiqu'ouverte dans un calcaire com- pacte bleuatre qui appartient a la grande for- mation oolitique , situe'e au milieu des terrains secondaires et a peu de distance de terrains tertiaires , n'offre point cependant d'ossements fossiles ; Ton doit probablement Pattribuer d'une part a sa grande elevation , se trouvant vers le sommet d'une montagne escarpe'e de plus de 5oo metres d'e'le'vation , et de 1'autre a la dispo- sition verticale de son ouverture , ouverture bouche'c par des rochers dispose's au-dessus d'elle ? tout-a-fait en recouvrement. Le limon rouge semble en general d'autant plus colore' et d'une couleur rouge d'autant plus prononce'e que les cavernes oil il existe 7 se* trouvent dans les terrains secondaires et sont rapproche's des terrains tertiaires. II parait en etre de meme de la coloration en rouge de la terre ve'ge'tale et du diluvium qui se monLre souvent au-dessous en couches distinctes. Mais quelle est la cause de cette couleur qui semble assez ge'ne'rale? Sans pre'tendre resoudre cetfe question , nous ferons observer que le calcaire oolitique , le lias et les calcaires alpins et in- »4 CAVER NES A OSS EM EM'S termediaires se de'eomposent en rouge par relict de l'humidite' , et que ces roches ainsi alle're'es colorent la terre ve'ge'tale et le limon qui se trouvent au-dessous de leurs fragments. C'est du moins ce que Ton observe dan3 le plateau eal- caire qui s'e'tend de Belbeze' a Cebazan en avant de St.-Chinian ( He'rault ). Ce plateau est entitlement recouvert par des calcaires secondares en fragments anguleux pen conside'rables , lesquels se de'eomposent en rouge dans leurs faces infe'rieures qui reposent sur le sol. Au-dessous de ces calcaires fragmentaires 7 Pon observe un limon fortement colore' en rouge , et , a ce qu'il parait , par suite de l'alte'ration qu'e'prouvent a la longue les roches calcaires par Faction de l'humidite'. On enleve peu a peu ces calcaires fragmentaires , et la culture s'empare ensuite avec avantage du limon qu'ils ont colore'. Ajoutez a cette cause celle qui re'sulte des nom- breux noyaux et concre'tions ferrugineuses qui existent dans les terrains secondaires et tertiaires 7 ainsi que celle des argiles et des gjpses natu- rellement rougeatres , et l'on concevra comment il se fait que les terrains d'alluvion des plaines oil le diluvium le plus recent est le plus gene'- ET BRECHES OSSEUSES. 2 5 rate meat rougealre ; celle couleur e'tant celle clu fer peroxide' (1). Les cavernes de Bize ( Aude ) , situe'es ^ 3 kilometres au nord de ce village , pres du lieu nomme' las foutis y bien diflerentes deeelles que nous venons de signaler , re'unissent toutes les conditions qui paraissent essentielles a la pre'- sence des ossements fossiles. Aussi ces caver- nes en presentent - elles un grand nombre , soit disse'mine's dans les divers Unions , soit fixe's aux parois late'rales ou a la voute de leurs ca- vite's , soit enfin re'unis par un ciment calcaire qui , en coulant dans les fentes e'troites des ro- chers , a forme de veritables breches osseuses toul-a-fait analogues a celles que l'on a signale'es dans les rochers avance's des cotes de la Medi- terrane'e. Ces cavernes presentent done ce fait , jusqu'a pre'sent ? inapercu de la re'union du limon a os- (i) Nous prouverons plus tard qu'il existe deux sortes de di- luvium ; l'un constamment superieur compose de gal<;ts pugil- Jaires , et l'autre inferieur au premier , en bancs distincts , et dont les galets , Ie plus souvent d'une autre nature , sunt le plus generalomcnt cephalaires. Nous nommerons le plus recent dilu- vi um des p taines , et le plus ancien diluvium des montagnes. Ces deux sortes de diluvium se montrent constamment distincts dans le departcment des Pyrenees orientales , commc dans tons les iieux du inidi de la France oa on les observe. aG CAVERN £S A OSSEMENTS sements et des breches osseuses dans le meme lieu , avec les memes circonstances 7 de maniere a annoneer que les unes et les autres out e'te produites par les memes causes et sont des for- mations analogues et simultane'es. Les cavernes de Bize , nomme'es aussi les grottes des moullns , sont au nombre de deux : les gens du pays en comptent bien trois ; mais comme la troisieme est peu e'tendue , qu'elle communique avec celle qui est la plus sep- lentrionale , on doit la conside'rer comme une dependance de celle-ci. Pour distingiier ces deux cavernes , nous nommerons celle qui est la plus rapproche'e de Bize et qui est le plus vers le sud la caverne me'ridionale , tandis que nous appelle- rons celle qui en est la plus e'loigne'e la caverne septentrionale. La premiere de ces cavites , ou la plus me'- ridionale , la plus rapproche'e de Bize , se trouve dans un calcaire compacte blanchatre y presque sans corps organise's , qui parait appartenir au systeme oolitique et etre d'une formation plus re'cente que le lias. Les ouvertures de cette caverne sont late'rales au plan des couches ; elles sont grandes et spacieuses , ayant jusqu'a S- ou 6 metres d'e'le'vation : cette e'le'vation va tou jours en croissant a mesure que Ton avance ET BRECHES OSSEU3ES. 27- dans cette cavite , en sorte qu'on peut Pevaluer eu terme moyen a 8 ou g metres , pendant un espace d'environ 90 metres. Les ouvertures de cette premiere caverne sont e'leve'es de 20 a i& metres au-dessus de la valle'e de Las Fons que parcourt la riviere de la Ceze , d'abord de l'ouest a Test , et puis du nord au sud. Cette premiere caverne se prolonge presqu'en ligne droite de l'ouest a Test dans toute son fc'lendae accessible , avec une pente sensible vers la meme direction , c'est-a-dire depuis son 011- verture jusqu'a son extre'mite' j sa voute se pro- longe presque constamment a plein cintre , e'tant seulement un peu plus e'leve'e vers la gauche. Le sol infe'rieur n'est pas tres-ine'gal , si ce n'est la ou le limon s'est accumule , ce qui a eu lieu a la base des angles rentrants et saillants , des rochers qui forment les piliers de la voute. Ges rochers divisent en quelque sorte la caverne en deux grandes salles , mais d'une maniere peu distinete etpeu marquee. Les roches qui forment les piliers de separation out gene'ralement leurs angles e'mousse's et leurs formes arrondies. On les voit peu charge'es de stalagmites , et les sta- lactites ne sont pas non plus abondantes aux vontes de cette caverne. Ces depots re'cents ne commencent a se montrer que lorsque la voute 2^ CAVERNES A OSSEMENTS s'eleve conside'rablement et avec elle le sol in- fe'rieur , c'est-a-dire a environ 90 metres de l'ouverture. Ainsi la premiere caverne de Bize ? comme du reste la seconde, ofTre peu de ces pyramides ou de ces obelisques stalagmitiques bien plus communes dans les cavernes des ter- rains secondares , que dans celles des terrains tertiaires , peut-etre par suite de la plus grande antiquity des premieres. Ces cavernes peuvent done etre range'es parmi les seches , ou celles qui ont peu e'prouve' de changements par Peffet des eaux qui distillent a travers leurs voutes. L'action des eaux n'est ici sensible que dans les couloirs e'troits oil Ton ne penetre qu'avec peine , et dans le fond de la caverne oil le sol s'e'leve d'une maniere aussi brusque que rapide. Quant aux ossements 7 on commence a en trouver a moins de 5o metres des ouvertures , soit disse'mine's dans le limon , soit fixe's aux parois late'rales du roclier parunciinent calcaire. Ceux-ci ne se trouvent qu'a une hauteur de 1 a 2 metres au-dessus du sol ; il ne parait pas qu'il y en ait de fixe' a la voute de cette cavite comme a celie de la seconde caverne. II existe dans cette grotte comme dans la se- eonde ou la plus au nord de Bize , deux sortes de limon 5 i°. le plus superliciel d'un noir ET BRECHES OSSEUSES. a 9 sombre , gras au toucher , presente a sa surface des efflorescences nitreuses j il est extremement charge' de matiere organique azote'e , et ressemble assez bien a un terreau riche en humus. Quel- ques galets pugillaires de calcaire oolilique 7 de gres vert ( Greensand ) , et surtout des calcaires fragmentaires se montrent disse'mine's dans ce Union ? principalement vers sa surface. L'on y voit e'galement quelques ossements de notre epoque j mais uniquement dans les lits les plus superacids (i). L'on de'couvre au-dessus les ossements fossiles disse'mine's sans ordre et sans aucun rapport de position avec celui qu'ils oc- cupaient dans le squelette. La plupart sont brise's et rompus ; les cassures qu'ils pre'sentent sont anciennes,ne pre'sentant aucun caractere qui puisse faire supposer qu'elles out e'te' produites par les dents des carnassiers. Les ossements disse'mi- ne's dans ce limon noir supe'rieur contieiinent beaucoup plus de matiere animale , que ceux que Ton voit ensevelis dans le limon rouge ou 1'infe- rieur. Le premier , chauffe dans une cloche (1) II est remarquable qu'il en soit dans les anciennes alluvions commc dans les alluvions recentes , c'est-a-dire que les galets en cailloux routes et les roches fragmentaires se trouvent coustani- ment au-dessus du limon , lorsque ccs galets ou ces debris de ro- ches ne sont pas meles au limon. CTO CAVERNES A OSSEMENTS courbe , a donne' a M. Tournal une huile animate empyreumatique tres-odorante et du sous-carbo- nate d'ammoniaque. Traitee par Feau distille'e bouillante etessaye'e par l'alcool absolu 7 le tannin, le chlore , etc. 7 la dissolution a toujours donne des traces de gelatine. 2 . Un limon rougea tre moins charge de maliere organique azote*e que le limon noir. Cc limon conslamrnent infe'- rieur a celui-ci 7 est aussi beaucoup plus tenace ; il est d'un rouge moins prononce , et tache moins les doigts que le limon rouge des caveraes de Lunel-Vieil. Les galets ou les cailloux rouie's y sont peu abondants ; les ossements fossiles 11V sont pas 11011 plus en aussi grand nombre quo dans le limon noir ; Ton n'y observe aucune trace d'ossemcnts de notre e'poque. Ce limon rouge existe a peu pres partout , soit dans les parties les plus basses 7 soit dans les plus ele- ve'es au-dessous des ouver Lures exte'rieures. II est seulement recouvert par une plus graude e'paisseur de limon noir dans les parlies les plus basses et les plus rapproche'es de Fentre'e de la caver ne. Ce limon rouge infe'rieur donne, lorsqu'on le chaufFe dans une cloche courbe 7 des traces de sous-carbonate d'ammoniaque et noircit io^- ET BHJECfiES OSSEUSES. 3 1 fcement. Les ossements qui s'y Irouvent disse- mine's contiennent une certaine quantite de gelatine. Ge limon , com me le precedent , s'est incruste sur les parois de la caverne ou s'est fixe' au plafond ( ce qui est arrive' dans la se- conde ) , en enlrainant avec lui des ossements , des coquilles de terre et des roclies fragmentaires. Ainsi ont e'te' forme'es des breches osseuses co- lore'es ? qui ont pris une grande durete' , breches qu'il serait bien diificile de distinguer des autres* breches osseuses empatees a ciment colore'. L'on voit encore un grand nombre d'ossements fossiles 7 fixe's au rocher par un ciment calcaire noiratre , lequel a colore en noir les ossements qu'il a re'unis. Ce ciment a forme' une sorte de breche osseuse qui ne se trouve pas ici dans des fentes , mais seulement applique'e eontre les parois late'rales du rocher. Jl a egalemcnt empate des cailloux roule's , soit calcaires 7 soit de gres vert 7 aiusi que des rognons de silex pyromaque noiratre a angles vifs. Les ossements sont comnie larde's dans cette breche 7 oil ii existe a peine quelques de'bris de coquilles terrestres qui se rapportent aux Helix Ncmoralis et NiiUla ; Ces ossements y ont pris une plus grande soli- dite que dans lc limon. Com me dans toutes les breches osseuses } ils sont e'pars ? brise's , ronipus f>2 CAVEKNES A OSSEMENTS et sans aucun rapport de position avec celui qu'ils occupaient dans le squelette. Ces breches osseuses , souvent fort dures , n'existent que sur le cote' gauche de la caverne , pre'cise'ment du cote' oppose' a celui oil le limon s'est le plus accumule ; leur niveau , qui ne de'- passe pas 2 metres , est a peu pres e'gal a celui des monticules de limon qui se trouvent a la base des angles rentrants et saillants du rocher. Cette ' particularite' annonce , ce semble 7 que la meme cause , ou si l'on veut , le meme courant a dc- pose' a la fois les breches osseuses noiratres et rougeatres et les deux limons a ossements. En efTet , Ton trouve dans la breche les deux limons avec leurs cailloux roules et les memes especes de mammiferes j la seule difference qui existe entre elle et les limons a ossements tient a la solidite' qu'elle a prise par suite de celle du ci- ment qui a tout reuni. La seconde des cavernes de Bize , ou la plus septentrionale , n'est qu'a quelques pas de la premiere : elle est un peu plus e'leve'e au-dessus de la valle'e ; mais seulement de 6 a 7 metres au plus. Son ouverture , place'e late'ralement sur le revers occidental de la montagne de Las Foas coincide avec le plan des couches calcaires ooli- tiques. Elle est grande , spacieuse et a plein- £T ERECHES OSSEUSES. 55 cintre , comme la voute de la cavite dont elle est l'entre'e. Cette ouverture conduit a une pre- miere salle dont le sol est tres-incline' j celle-ci est se'pare'e d'une seconde moins spacieuse , par un enorine pilier ou massif de rocher. La salle de gauche est d'un acces facile , n'y ayant aucun ressaut entr'elle et l'ouverture. G'est aussi celle oil les ossements fossiles sont en plus grand nombre , et disse'mine's de la maniere la plus diverse. On en voit en effet a quelques pas de l'ouverture , de fixe's a la voute de la caverne , et a une hauteur de 5 a 4 metres au-dessus du sol infe'rieur 7 ainsi que sur les parois late'rales du rocher , et enfin dans les fentes verticales de ce raerae rocber , descendant jusqu'au niveau du sol. Pour si peu que l'on creuse dans le limon infe'rieur 7 on y de'couvre de nombrcux osse- ments fossiles qu'il est facile de distinguer de quelques ossements de notre e'poque , e'pars sur la surface la plus exte'rieure du limon. Les ossements adhe'rents a la voute de la ca- verne y sont fixe's par un ciment calcaire 7 sou- vent fort dur , et que Ton ne brise qu'avec peine, lis y sont re'unis avec les memes cailloux roule's et les memes fragments calcaires que l'on de'- couvre dans le limon. L'on y observe e'galement de nombreuses coquilles de terre , parmi les- 5 54 CAVERNES A OSSEMENTS quelles l'on rcconnait V Helix JScmovalis et Ni- tida;\e Bulimus decollates et le Cyclostoma elegans. La premiere est la plus commune et la seule qui conserve en partie ses couleurs ; il est remarquable que ce soit aussi la seule qui ne vive plus aujourd'hui dans les lieux oil elle existe a I'etat fossile. Les ossements 7 les galets et les coquilles terrestres , forment un tout re'uni par un ciment commun , lequel les a lie's et a produit une ve'ritable breche qui ne diflere des breches du me me genre 7 qu'en ce que le ciment a fait adherer les ossements au rocher de la voiite 7 au lieu de les fixer dans des fentes e'lroites , comme cela arrive le plus ordinairement. Les ossements tixc's au plafond de cette caverne n'apparliennent pas toujours , comme on pour- rait le supposer 7 a des petits mammiferes ; nous sommes parvenus en effet a detacher quelques fragments de la poulie rotuliene d'un fe'mur d'Au- rochs , c'est-a-dire du plus grand mammifere terrestre dont on trouve les de'bris dans les cavernes de Bize. Les ossements ? au contraire 7 que l'on observe dans les fentes e'troites du cote gauche de cette meme caverne , a quelques me- tres de ceux du plafond , se rapportent a pen pros tons a de pelites especes de ruminants , ou a deb rongeurs des genres lap'ui et rat , et a des oi- seaux : en sorte qu'ici comme ailleurs , la gran- ET BRECHES OSSEUSES. OD deur dcs ossements parait assez proportionnelle a l'e'tendue des ouvertures des cavite's oil ils ont ete entraine's. Les breches osseuses fixe'es au plafond se re- montrent avec les memes circonstances dans une fente verticale fort e'troite , dont l'extre'mite' se termine dans l'inte'rieur et sur le sol de la caverne. Cette fente semble avoir e'te'remplie par le hautjles courants y out entraine' le meme limon qui couvre le sol de la caverne , les memes cailloux roule's et roches fragmentaires , les memes coquilles tie terre , et enlin les memes especes de mammiferes terrestres. Ainsi , tandis que des courants suspen- daient au plafond les limons , les cailloux roule's, les coquilles et les ossements qu'ils avaienl entrai- ne's dans l'inte'rieur de la caverne par sa gran do ouverture, d'autres comblaient en entier les fentes e'troites du meme rocher , oil existe cette grand c cavite. D'autres fentes qui existent aupres de celic que nous venons de signaler , a six metres et h gauche de l'ouverture et dans lesquelles on ne pe- netre qu'avec peine, tant elles sont e'troites, ne pa- raissent pas renfermer d'ossements fossiles , pro- bablement parce qu'elles n'ont pas d'issue extc- rieure. II se pourrait , et nous sommes assez pcr- te's a le supposer , qu'il y eut d'autres fentes vei ■- ticales qui vinssent s'ouvrir dans l'inte'rieur de ! caverne et quipresentassent des breches osseus< j f \ 56 CAVERNES A OSSEMENTS c'est iin point de fait qui sera l'objet des recher- ches de M. Tournal fils , ge'ologue fort instruit , de Narbonne , qui le premier a fait connaitre les ca- vernes de Bize , et qui met le plus grand zele a de'eouvrir tou tee qu'elles peuvent offrir d'interes- sant pour la science. Les courants ne se sont pas borne's a fixer les ossements au plafond de la caverne de Bize , oil a les engloutir dans les fentes , ils les ont e'ga- lement disse'mine's dans les divers limons qu'ils ont re'pandus sur le sol de cette cavite'. Ces der- niers s'y trouvant avec les memes circonstances que celle que nous avons signale'es pour la caverne me'ridionale , nous nous abstiendrons de les e'nu- merer de nouveau; nousferons seulementremar- quer que les deux limons existent dans l'une et Pa utre de ces cavite's. Les salles de droite de la caverne septentrio- nale sont se'pare'es de l'ouverture par un premier vestibule parallele a celui oil il existe tant d'os- sements et dans des positions si diverses. De ce vestibule l'on passe dans une salle fort irre'guliere et peu e'tendue 7 a Faide d'un ressaut aussi Iirus- que que rapide. Les limons qui couvrent le sol de cette premiere salle 1 sont e'galement charges de cailloux roule's , de roches f ragmen taires et d'osse- ments fossiles. Nous n'avons pas pu nous assu- rer s v il en e'tort de memo dans la salle qui sue- ET BRECIIES OSSEUSES. $J cede a cette premiere , a raison des e'boulements re'cents qui s'j sont ope're's depuis peu. Ces ebou- lements sont si considerables qu'en septembre 1827 3 e'tait fort difficile de parcourir les salles et les couloirs que Ton visitait nagueres avec la plus grande facilite. Cependant partout oil nous avons pu pe'ne'trer et parvenir jusqu'aux limons , nous avons observe des ossements fossiles , dont le nombre semblait etre plus conside'rable dans les parlies les plus basses de ces spacieuses cavi- te's. La troisieme caverne qui n'est qu'une de'pen- dance des salles de droite de la caverne septen- trionale ofFre e'galement le limon noir et le limon rouge , ainsi que des ossements fossiles. Certains de ces ossements sont fixe's aux parois late'rales du rocher ? ce que nous n'avons point observe' dans les salles de droite de la seconde cavite'.. Les ossements fossiles des cavernes de Bize se rapportent a un petit nombre d'especes , parmi lesquelles celles qui appartiennent aux solipedes et aux ruminants sont singulierement en exces. En efiet , les genres cbevaux , cerfs et boeufs en composent presque toute la population. Les ron- geurs ne s'y trouvent en certain nombre que la oil le limon les a fixes an rocher , et dans les fentes e'troites oil il s'est forme' des breches osseuses. Barement leurs os sontassez entiers pour etre de- terminables ; malgre toutes nos recherches nous 58 CAVERNES A 0SSEME3S n'avons pu de'couvrir qu'un seul fragment un pea en tier de maxillaire infe'rieur qui annonce des la- pins de la taille des notres. Quant aux de'bris de carnassiers , ils y sont infiniment rares ; deux frag- ments ont e'te' cependant de'couverts , fragments qui signalent un carnassier de la taille de nos loups ou de nos plus gros chiens. (i). Enfin quelques de'bris d'oiseaux se montrent dans le limon comme dans les breches osseuses , et semblent se rap- porter a des oiseaux de proie de la taille de nos chouettes. Des stalagmites recentes ont aussi fixe au rocher quelques ossements humains qui ont perdu une partie de leur matiere animale , et qui happent le'gerement a la langue. Ces ossements r ainsi que d^autres , que Ton observe au - dessus du limon rouge dans une caverne perce'e dans le lias ( en- virons de Narbonne ) pourraient facilement etre pris pour des os fossiles , si les caracteres tire's de la perte de la matiere animale , et de la faculte' dehapper a la langue , avaient toute ^importance qu'on a voulu leur donner ; ees caracteres sont quelquefois si pen surs, qu'ils sont tres-sensibles (1) Quant aux ossements d'ours des cavernes que M. Tournal y indique , nous ne les avons point reconnus parnjiles dibris os- seux que nous devons a sa complaisance , ni parmi ceux que nous avons recueillis nous-mcmes. Voyez annales des sciences na.r tuiellej , t. XII , p. 7S. ET BRECI1ES OSSKUSES. % dans les racines de dents humaines de cette der- nierelocalite'. Les ossements humains que Ton ob- serve a Bize paraissent cependant elre d'une date plus ancienne que ceux que Ton de'eouvre dans les cavernes de Durfort et que nous avons de'erits en detail , puisqu'ils ont perdu une grande partie de leur matiere animale , quails bappentassez sen- siblement a la langue , et qu'ils ont acquis une so- lidite et une durete' beaucoup plus grande , du- rete' que l'on ne voit gueres aux os ensevelis de" puis des siecles dans des cimetieres.Ces os ontpris un aspect terne et mat , avec une texture telle- ment parliculiere , que s'ils ne se montraient pas sur la surface du limon et seulement saisis par les stalagmites et les tufs modernes ? on pourrait les conside'rer comme fossiles ; mais l'on ne doit pas. oublier que la fossilite ou non fossilite' ( que Ton nous permette cette expression ) d'un corps or- ganise' quelconque , ne de'pend pas de l'alte'ration qu'il peut avoir e'prouve'e , mais uniquement des circonstances de gissement oil on le rencontre. Les mammiferes terreslres fossiles des cavernes de Bize s'j trouvent dans les ages les plus oppo- ses ; la meme espece s'y pre'sente dans toutes sortes de grandeurs, et cela cbez des individus qui avaient acquis tout leur de'veloppeme.nt. Cctte particularite que montrent c'galement les 4o CAVERXflS A OSSEMENTS especes fossiles des eavernes de Lunel-Vieil , est bien sensible chez les individus des genres che- vaux , cerfs et boeufs qui abondent dans celle de Bize. Ainsi Ie genre cheval y presente des individus adultes , et d'autres tout-a-fait jeunes qui ont la taille et les proportions des chevaux suisses et ara- bes , et enfin un plus petit nombre qui annoncent des chevaux d'une bien petite taille,mais supe'rieurs cependant en grandeur a nos baudets. Le genre cerf V est repre'sente' par trois especes, l'uneassex rapproche'e de l'e'lan par la forme de son bois , 1 'autre qui annonce un cerf de la plus grande taille, et une troisieme enfin de la taille de nos cerfs ou de nos daims , et dont certains individus semblent avoir e'te encore plus petits. Le genre antilope a aussi des repre'sentants dans les eavernes de Bize ; peut-etre y en a-t-il deux especes. Avec ces antilopes , Ton de'eouvre des ossements qui semblent annoncer trois especes de bceufs : la premiere de la taille de nos aurochs ( espece qui se retrouve e'galement dans les ea- vernes deLunel- Vieil) ; la seconde de la taillo de nos plus grands boeufs domestiques , ou d'une stature semblable a celle de cette espece vivante , et la troisieme beaucoup plus petite. Les rongeurs de la caverue de Bize appaitien- KT BRECHES 0SSEUSES. ft* nent uniquement aux genres lapins et rats ; an moins c'est ce qu'annoncent les fragments de'ter^ miuables , ce qui est le plus petit nombre , tandis que les carnassiers qui y sont fort rares sont bor- ne'sa une espece assez voisine de nos loups. Enfin les oiseaux dent les de'bris existent principalement dans les brecbes osseuses plutot que dans le limon nepeuvent gueres etre indique's, quant a leurs esi- peces , faute de fragments assez entiers pour le faire avec certitude. Le seul fragment de'termi- nable observe jusqu'a pre'sent , e'tait un femur qui annoncait une espece d'oiseau de proie de la taille de nos cbouettes. Ces ossements tous brise's, e'pars 7 et rompus par reffet de cassures anciennes sont pour la plupart couverts d'ua glacis stalagmitique noiratre ? peu e'pais , qui les a encroute's de toutes parts. lis se lapportent a toutes les parties du squelette ; l'on ne voit pas les os les plus de'licats , tels que les omoplates , les cotes ? les cartilages flottants des solipedes et des ruminants, etre plus rares que les autres parties du squelette. L'on n'y voit pas non plus les canons ou les metatarsiens etre en exces relativement aux autres os , ainsi qu'on l'observe dans d'autres cavernes a ossements. Les os fossiles des cavernes de Bize ofFrent tous une assez grande quantite de matierc animale ; ils sont plus ou 4 2 CAVERNES A OSSEMEftTS moins happants , selon qu'ils ont e'te' ou non cou- verts par le glacis stalagmitique qui en les colorant en noir en exerce un certain efTet sur leur tex- ture. Leur aspect est ge'ne'ralement terne et comme terreux. Leur couleur est ou jaunatre ou noiratre. On ne les voit jamais luisants ni fragiies , comme les os de notre e'poque. Leur surface est fendille'e parfois par de nombreuses fissures , qui semble- raient indiquer qu'ils ont e'te' expose's a Tair , avant d'avoir e'te' entraine's dans les cavite's oil ils ont e'te' de'pose's. Leurs angles sont parfois e'mousse's et arrondis ; mais ce n'est pas le cas le plus ordinaire. En efFet 7 quoique nous n'ayons pas pu parvenir , avec MM, Tournal et Fari- nes , a de'couvrir un seul os entier dans les ca- vernes de Bize 7 et que nous n'y ajons decouvert que des fragments dont les cassures e'taient pro- l>ablement aussi anciennes que Pe'poque de leur de'pot j peu de ces os se sont pre'sente's a nous avec leurs angles e'mousse's et des formes arrondies. Aussi est-il tres-probable que cette antique po- pulation a ve'cu pres des lieux oil l'on en observe aujourd'hui les debris _, et que les animaux qu'elle rappelle tfy ont pas ete' amends de loin. Nous pourrions facilement e'tendre ces details ; mais qu'ii nous suflfise pour le moment d'observ.n* que les cavernes a ossements sont des phe'nomciies ET BRECHES OSSEUSES. 4^ tetlement semblables , que les ossements qui s'y reneontrent s'y trouvent a peu pres dans toutes avec les memes circonstances , et qu'il n'y a de differences essentielles entr'elles que dans la diver- site' des especes qu'elles renferment. Les cavernes des environs de Cezenon ( He- rault ) qui se trouvent dans les terrains secon- dares et interme'diaires ne pre'sentent point d'os- sements comme celles des environs de Bize,et cela parce qu'elles manquent de cerlaines conditions essentielles a leur pre'sence. La premiere de ces cavernes , nominee la Grotte dels Cors , ou des corbeaux , se trouve dans un calcaire secondaire blancbatre,compacte.,qui parait appartenir a la for- mation oolitique. Des marnes jaunatres ou verda- tres , tantot compactes , tantot sebistoi'des , sont les seules rocbes que Ton voit adossees a ces cal- caires caverneux que rien ne recouvre. Cette grotte dels Cors situe'e alio metres au- dessus de la valle'e de Cezenon est d'un acces dif- ficile , se trouvant presque au sommet d'unc mon- Ugne escarpee et comme coupe'e a pic au-dessus de la valle'e. Son ouverture correspond a la face abrupte de cette montagne ; quoique fort spa* tieuse , ayant plus de sept metres d'elevation , sa position semble I'avoir empeebe'e de recevoir et le bmon et les ossements que les alluvions auraient 44 CAVEKHES A OSSEMENTS pu y entrainer. Aussi n'existe - 1 - il dans la grotte qu'une couche pen e'paisse de limon noiratre , li- mon qui s'y trouve sans cailloux route's et sans ossements , mais senlement charge de calcaires fragmentaires : ce limon est encore moins e'pais vers Pextre'mite' de la caverne , c'est-a-dire vers l'ouest , la caverne s'e'tendant en ligne droite et Pouverture e'tant a Test. Du reste la par tie de la caverne dont Pe'le'vation moyenne est de 8 a g metres n'est pas tres - e'tendue , n'ayant gueres plus de 5o a 55 metres , tandis que la partie inac- cessible parait l'etre beaucoup plus. Quoi qu'il en soit , si cette caverne ne pre'sente point d'os- sements , cette absence peut tenir a sa position e'leve'e , et surtout a ce qu'elle est situe'e sur le sommet d'une montagne coupe'e a pic , en sorte que ? quoiqu'elle se trouve dans des terrains se- condares et a peu de distance des terrains ter- tiaires , ses alluvions n'ont pas pu y entrainer du limon , des cailloux roule's , ni des ossements. II n'y a pas non plus d'ossements ni de cailloux roules dans la caverne des Fe'es , situe'e a 5 kilo- metres an nord de Gezenon ? tout-a-fait au bord de la riviere de POrb , par les memes raisons , et de plus par Pe'loignement de cette caverne des ter- rains tertiaires. La grotte des Fe'es ? nominee dans le pays Pou ET BRECHES OSSEUSES. 4$ Traou de las fadas , se trouve dans un calcaire interme'diaire lamellaire , d'un gris brillant , re- marquable par ses faces abruptes et les formes py* ramidales de ses rochers. Ce calcaire est sensible- ment stratifie • ses couches puissantes et ge'ne'rale- ment paralleles ont leur pente dans le sens de celle de la valle'e. Des couches fort incline'es de Phyllade jaunatre satine' ou paillete leur sont ados- se'es, couches qui plongent sous un angle tres-aigu vers POrb au - dessous duquel elles descendent. Ces formations interme'di aires sont pre'ce'de'es par des calcaires oolitiques blanchatres auxquels sont adosse'es des marnes calcaires et des gres blan- chatres ou rougeatres qui semblent devoir etre rap- porte's aux gres secondaires et particulierement a la formation des sables ferrugineux ou Iron- Sand. Les roches secondaires que nous venous de signaler sont loin de parvenir a un niveau aussi e'leve' que le calcaire interme'diaire oil se trouve la caverne des Fe'es. Cette caverne, situe'e sur une montagne coupee presque a pic au - dessus de la riviere de POrb 7 est tout-a-fait inaccessible par son ouverture prin- cipale 7 le rocher qui se trouve a ses pieds e'tant perpendiculaire a la caverne. On ne peut pas y pene'trer par Pouverture de Pest qui n'est qu'un grand Irou ouvert au plafond de cetle ca- 4*> CAVERNES A OSSEMENTS vite' , mais uniquement par celle de l'ouest , en- core faut-il etre bien agile pour j parvenir sans e'chelle. Une fois introduit par cette ouverture dans l'inte'rieur de cette cavite' 7 on descend par un couloir fort e'troit dans une grande salle qui a environ 65 a 65 metres de longueur du nord au sud , sur 19 a 20 metres de largeur de l'est a Pouest. Le sol de cette salle est incline' ; sa pente vers l'ouverture principale est d'environ 35 a l\o degre's : aussi n'est-il pas possible d'approcher de cette ouverture , d'autant que le sol est humidc et glissant,et qu'un precipice est aux pieds de cette cavite'. Par suite d'une pareille position , il n'existc dans cette caverne ni limon , ni cailloux roule's , ni ossements 5 Ton n'j observe qu'une couche peu e'paisse de limon noiratre , et encore presque uni- quement dans ies Items oil le limon a ete' retenu et pour ainsi dire fixe par Uri glacis stalagmiliquc. Les stalagmites et les stalactites y sont cependanl peu abondantes , quoique les eaux distillent a tra- vel's les voutes de cette cavite' souterraine. Ces concre'tions , lorsqu'elles existent , sont rougeatrcs ou verdatres. Le limon n'existe pas avec plus d'abondancr dans les couloirs qui communiquent avec la grand; salle • Ton ne voit gueres sur sa surface e.\U : ET BRECHES OSSEUSES. ^ rieure que quelques calcaires fragmentaires qui se rapportent au raeme calcaire interme'diaire oil est ouverte cette caverne. Les grottes de Moniau , situe'es au sud du vil- lage de Cabrieres , et a deux myriametres au nord de Pezenas ( He'rault ) ne pre'sentent pas non plus la moindre trace d'ossements ni de limon rouge mele de cailloux roule's. Ces grottes,ouvertes dans un calcaire alpin , sont beaucoup trop e'leve'es au- dessus de la valle'e , pour avoir pu recevoir les ter- rains d'alluvion qui accompagnent constamment , dans nos contre'es me'ridionales , les ossements dis- se'mine's dans les cavernes. Les cavernes de Moniau , au nombre de deux, sont situe'es sur la rive droite de la Boyne, presque au sommet d'une montagne e'leve'e et fort escar- pee. Leurs ouvertures sont, pour la plus me'ridio- nale,a environ 1 20 metres au-dessus du niveau de la vallee de la Boyne , et de i3o metres pour la plus septentrionale, la plus rapproche'e du village de Cabrieres. Leurs ouvertures verticales au plan des couches sont dispose'es en entonnoir avec imc pente de 3o a 35 degre's. Aussi,comme les cavernes de Moniau sont peu e'leve'es , n'e'tant que de lon- gues galeries ou de vastes couloirs , leur acces est peu facile , d'autant que leur sol est encoml)rc d'une grande quantite de pierres mouvautes qui 4$ CAVERNES A OSSEMENTS ne sont que des fragments du calcaire alpin qui les composent. L'on voit peu dans leur inte'rieur de stalagmites et de stalactites , si ce n'est vers leurs extre'mite's oil il existe un le'ger glacis stalagmilique colore' en vert par le cuivre carbonate' vert. Les druses de quartz hyalin prisme' y sont au contraire fort abon- dantes , surtout dans les petites cavite's du rocher, oil les cristaux de quartz se sont, amoncele's. Le calcaire lamellaire de ces cavernes est d'un gris noiratre j il est sensiblement stratilie' , et ses cou- ches sont incline'es vers le nord-est. Dans le bas de la valle'e , on voit ce calcaire alterner avec des phyllades jaunatres paillete's , phyllades dont les couches incline'es vers Fouest sont presque verti- cales. Ces cavernes de Moniau , comme celles des ter- rains interme'diaires , e'tant assez e'loigne'es des ter- rains tertiaires et appartenant aux terrains secon- daires infe'rieurs , ne renferment point d'ossements ni de cailloux roule's , probablement a raison de leur position et de l'aneiennete du calcaire qui les composent. Ainsi partout l'on volt que la presence des ossements est lie'e de la maniere la plus intime avec celle des Unions a cailloux roule's qui les ren- ferment. II n'y a pas non plus clans une foule d'autres ca- ET BRECHES OSSEUSES. 49 vernes du midi de la France que nous pourrions citer , telles par exemple que la groLte des De- moiselles pres Saint- Bauzille-du-Butois ; mais nous les passerons sous silence pour ne pas e'tendre davantage ces observations suffisantes sans doute, pour prouver qu'au moins dans nos contrees me- ridionales la pre'sence des cssements dans les fentes longitudinales , ou les cavernes , comme celles de ces memes ossements dans les fentes verticales , tient a certaines conditions dont les plus essentiel- les sont : i° le peu d'eloignement de ces fentes de terrains secondaires et surtout des terrains ter- tiaires ; 2 que les ouver tares de ces fentes ne soient pas a plus de 4oo metres au-dessus du niveau de la mer , et qu'elles soient dispose'es de maniere a poiwoir avoir recu facilement les alluvions ou les limons qui accompagnent constamment les osse- ments fossiles , limons qui ? quoique diflfe'rents se- lon les localite's oil on les observe , semblent ge'- ne'ralement avoir beaucoup de rapports avec le diluvium des plaines , des lieux ou existent les bre- ches et les cavernes a ossements (1). II re'sulte encore des faits pre'ce'dents que les breches osseuses etles limons a ossements des ca- (1) Aussi peut-on dire d'avance et d'uue maniere certaine ciu'il n'y aura pas d'ossements fossiles dans une caverne , uu ^ire , d'uue autre c6le , s'il y a possibility qu'il y ,en ait. 4 5o CAVERNES A OSSEMENTS vernes sont non-seulement des formations ana- logues , mais des formations contemporaines et simultane'eSjCommeles cavernes deBize en offrent la preuve , breches osseuses qui se sont prodmtes soit dans les fentes e'troites des rochers , comme c'est le cas le plus ordinaire , soit dans des cavite's spacieuses qui ont e'te' loin d'en etre remplies. On concoit des-lors pourquoi les cavernes de Lunel - "Vieil ( He'rault ) renferment tant d'osse- ments , puisqu'elles se trouvent non-seulement rapproche'es des terrains tertiaires , mais qu'elles y sont ouvertes, les roches qui les composent apparlenant au second ou au premier calcaire marin tertiaire. Une autre circonstance y a singu- lierementfavorise'1'introductiondescaillonxroule's et des limons qui les ont comble'es en parlie j c'est leur peu d'e'le'vation au - dessus du niveau de la Me'dilerrane'e , qui n'est que de 1 5 a 18 metres , en sorte que domine'es de tous cote's , elles ont pu recevoir les sables et les limons qui y e'taient entraine's , et a tel point que certaines de leurs ouvertures ont e'te' totalement ferme'es par ces ter- rains d'alluvion. Quoique les cavernes a ossements et les breches osseuses re'celent un grand nombre d'especes per- dues , on doit , ce semble , les conside'rer comme un des de'pots de fossiles les plus re'cents , d'au- tant qu'avec les esneces perdues des cavernes et ET BRECHES OSSEUSES. 5l des breches existe un certain nombre d'especes analogues, et meme de tout-a-fait identiquesavec nos especes actuelles, Le liraon daus lequel sont ensevelis ou empate's ces divers ossements , e'tant semblable au dilluvium le plus recent ou a celui des plaines , annonce e'galement que ces forma- tions doivent etre rangees parmi les plus re'centes de celles qui re'celent des de'bris de mammiferes lerrestres. Les faits que nous avons rapportes , annoncent enfin : x°. Que les ossements fossiles disse'minds dans les limons des cavernes etant proportionnels rela- tivement a leur nombre , a celui des cailloux rou- le'sou des rochesfragmentaires qui ysont re'pan- dus doivent y avoir e'te' entraine's par la meme cause qui y a amene les limons; a°. Que ces ossements ont du, pourlaplupart, avoir e'td expose's a Pair exte'rieur , avant d'etre entraine's dans les cavernes , puisqu'ils sont cou- vcrts de fissures souvent aussi nombreuses que profondes, etparconse'quent ayantdeja perdu les parties molles qui les recouvraient j 3°. Que certains de ces ossements semblent avoir e'te' rouge's avant d'avoir e'te enlraine's dans les cavernes, puisque tout en pre'sentant des traces de coupe de dents , ils n'en sont pas moinsfen-^ $3 CAVERNES A OSSEMENTS dillc's et converts de fissures quo octfx qui mMb monlrent pas de traces; 4°. Que ceite circonstance bien appre'eiee ne prouve pas que les animaux ensevelis dans les cavernes, y ttiehl tons e'te transported par les car- nassiers , d'autant plus que cerlaines tie ees ea- vites ne pre'senlent pas de debris d'ammaux car- nivores ; 5°. Que cette conclusion n'empocbe pas que certains os n'aienl e'te' transportes et duvores dans rinte'rieur des cavernes par les caruassiers:, mais settlement que ce sou a ces animaux qu'd faille allribuer Pe'lrange reunion de luammilcrcs , d'oi- seanx et de reptiles que Ton y observe ; 6°. Que des - lors les cavernes a ossemenls ne sont point uniqucment des charmers de oarmvo- res , mais bien des cavite's souterraines ou des Unions a ossemenls , out e'te ame'nes par d'an- cennes alluvions qui parfois out aussi disse'mine' ces monies Unions au-dehors , lorsqu'il n'y avait pas de cavite's a remplir (i) ; (i) A mesurc que l'oi> observe les terrains les plus supci G- cielset les plus reeents , Ton y decouvre des ossements fossiles ;-.nulogues a ceux des cavernes. C'est ainsi que les hyenes et les grands lynx se trouvent aussi bieu an milieu de nos jipbjea ■uurins tertiaiies que dans nos cavernes a ossements. Lea hyenes et leurs excrements existent egalcmcnt en abundance daus les terrain* d'alluvion dc l'Auvergne et avec tout auUut de fie ET BRECHE5 0SSEU5ES. 53 7°. Que ces limons exte'rieurs a ossements , re'. ce'lant des debris d'animaux analogues a ceux des cavernes , de'bris parmi lesquels ceux desearnas- siers , tels que les hyenes sout tous aussi abon- dants que dans les cavite's souterraines, out du etre disse'mine's dans Les deux cas , par des causes de me me nature et agissant presque simultane'ment ; 8°. Que la presence et l'abondance meine des .excrements descarnassiers , parmi lesquels domi- ,nent ceux des genres chien et hiene , ne prou- vent nullement que ces animaux ont tran'sporle' et re'uni dans les cavernes 1'etrange population qui s'y trouve r puisque ces excrements sont aussi abondants dans les limons exte'rieurs que dans les limons ensevelis dans les cavite's souterraines j 9°. Que ces excrements anuoncent seulement que les carnassiersauxquellesils se rapportent vi- vaient a peu. de distance des lieux ou ils ont e'te de'pose's , quoique du reste leur durete , leur so- h.iite'et leur forme arron die aient rendu leur trans- port encore plus facile que celui des ossements eux-memes; io°. Quel'on arrive a la meme conclusion en conside'rant l'e'tat dans lequel se trouvent les os- q.ience que dans les cavites souterraines ; ct comme dans les csvites , on les y voit accompagues par de oombrcux debrif de divers mammiferes terrestres. 54 C4VF.KNES A OSSEMENTS sements disse'minds dans les cavernes , ossements qui se montrentrarement roule's 7 mais seulement brise's et fracture's , d'oii il suit que les animaux auxquels ils se rapportent n'ont pas e'te amene's de loiu , et que par conse'quent ils devaient vivre pres des lieux oil on les observe aujourd'hui ; n°. Qu'ainsi laplupartdes animaux ensevelis dans les cavernes y ont e'te' transporte's par les memes eaux qui y ont disse'mine' des limons ? des sables , des graviers , des roches fragmentaires , et cela de la meme maniere que les anciennes al- luvions ont disse'mine' des ossements dans les ter- rains qu'elles ont forme's a la surface du sol ; la . Qu'ainsi ces derniers terrains e'videmment transporte's, expliquent tout naturellemeut le phe'- nomene des cavernes, e'tant en quelque sorte des cavernes a ossements de carnassiers, d'herbivores, avec des excre'ments des premiers , a I'airlibre et a de'couvert ; 1 3°. Que ce transport parait d'autant plus avoir eu lieu , que les animaux ensevelis dans le limon des breches n'ont certainement pas ye'cu dans les fentes e'troites ou on les rencontre , et com me ces breches sont des formations analogues a celles des limons a ossements des cavernes , ilfaut bien que les de'pots des uns et des autres aient e'te' effectue's par les memes causes ; ET BRECHES OSSEUSES. 55 1 4°. Que les eaux qui out transporte des osse- ments et des limons dans les cavernes doivent y avoir se'journe' assez long temps , puisque les ro- chers qui forment ces cavite's, monlrent de nom- breuses traces dVrosions et que leurs parties su- pe'rieures comme leurs sol , sont couvert d'osse- ments et de Unions , lesquels ont pris une solidite' et une durete' plus ou moins grande , selon les circonstances danslesqueles ils se sont trouve's ; 1 5°. Que les eaux semblent en gene'ral etre ar- nve'es dans les cavernes des parties supe'rieures , puisque lorsque des fentes verticales existent dans ces cavite's et communiquent a Pexterieur , on les voit remplies des memes limons et des memes o$- sements disse'mine's sur le sol infe'rieur , remplis- sagequi a eu lieu e'videramemt par le haut ; i6°. Querelativement a Taccumulation des os- sements dans les fentes verticales et longitudinales de nos rochers ; quelque conside'rable qu'elle pa- raisse ? celte accumulation n'est pas cependant beaucoup au-dessus de celleque pre'sentent cer- taines parties du sol exterieur , oil des de'bris de corps arganise's ont e'te' accumules avec des limons et des cailloux roule's. En un mot le phe'nomene des breches osseuses et des cavernes a ossements , est un phe'nomene trop gene'ral pour ne pas tenira une cause egafe- 56 CWERNES A OSS. ET BKECHES OSSEUSES. ment generate etge'ologique. Gette cause , quoi- que partout la meme , a pu cependant se com- biner avec quelques efTets particuliers , et pre'- senler ces modifications que les breches et les ca- vernes a ossements offreat de localite' a localite'. Ainsi puisque les memes especes ou des especes analogues sont aussibien ensevelies au milieu des terrains d'alluvion exte'rieurs que dans les fentes verticales et longitudinalcs de nos rochers , leurs de'pots semblent avoir etc' produits par unememc cause, c'est-a-dire ? par des alluvions. Cette ma- tiere d'eavisager les phenomenes a du moms l'avantage de les faire pre'voir d'avance , et de leslier a ceux qui ont eu lieu pendant les temps ge'ologiques. A ajouter a la page 2 5 , apres le deuxieme a tinea. Avec les cerfs du sous -genre Cataglochis , il existe dans les cavernes de Bize d'autres especes qui appartienncnt au sous-genre Anoglochis^dont le premier andouiller , au lieu de prendre nais- sance imme'dialement au-dessus des tabernacles de la couronne , oflfre au contraire ce premier an- douiller fort e'loigne' de la couronne. Or , comme les especes du sous-genre Anoglochis que Ton ET BRECHES OSSEUSES. $J trouve dans les cavernes de Bize , orit une grande dimension ; elles signalent des especes perdues , puisque le chevreuil est parmi les cerfs vivans , le seul qui appartienne au sous-genre Anoglochis^ et qu'il n'acquiert jamais des dimensions aussi grandes que le cerf commun (Cervus elaphus ). D'ailleurs nos cerfs fossiles ofFrent leurs bois tres- e'largis et comme applatis ? caracteres que ne pre'- sentent pas les bois du chevreuil. Ges differences jointes a ceiles qui re'sultent de la grande stature de nos Anoglochis , ne permettent pas de les confondre avec nos chevreuils , et les classent parmi les especes qui n'ont plus de repre'sentans sur la terre. Les cavernes de Bize recelent done a la fois des especes perdues et des especes analogues aux especes actuelles , caractere commun aus forma- tions re'eentes. Elles sont , sous ce rapport , les premieres oil l'on rencontre des cerfs du sous- genre Jnoglochis ; car, jusqu'a present, on n'avait guere trouve' leurs de'bris que dans les terrains d'eau douce graveleux. La de'eouverte des Anoglochis dans les cavernes a ossemens est trop importante pour ne pas nous engager a de'- crire avec de'tail les especes de Bize qui se rap- portent a ce sous-genre ; e'est ce que nous ferons plus tard dans un memoire particulier, 5 58 CAVERNES A OSSEMENTS. Nous ferons seulement remarquer que Hristoire naturelle a lellement retire d'avantages de la no- menclature binaire , qu'il serait peut - etre plus conforme aux regies de cette nomenclature , de diviser le genre cerf en deux genres proprement dits : les cerfs ( cervus ) et les chevreuils ( ca- preolus ) , d'apres la position du maitre an- douiller , relativement a la couronne , que de sous-diviser ce genre en deux coupes , les Ca- toglochis et les Anoglochis , noms peu faciles a retenir , et qui ne se lient point aux deux noms qu'il faut ne'cessairement donner a chaque espece distincte. VfX WX W* W* W*W\ WX W» W% WX V»/% WXWX VV\ W\ VV\ W% VWW« V%/\ %v% ESSAI Sur la Topographie Ge'ognostique du de'par- tement du Calvados , communique' en 1825 a la Socie'te Linneenne de Normandie ; par M. DE CAUMONT , secretaire de la Socie'te. IJNTRODUCTIOJV. CHAPITRE I er . Reflexions sur les moyens de repandre les connaissances geolo- giques , et utilite des descriptions locales. — Le Memoire qu'on va lire est precede d'une introduction oil sont brieve- ment exposes les principes sur lesquels repose la classi- fication des roches. — Nombreux et utiles rcsnltats de la geologie. — Interet qu'elle doit presenter a toutesles personnes eclairees. Malgre les progres re'cents de la geologie , et Tinte'ret qu'elle devrait inspirer a tous cenx qui lie restent point indifferents a la marehe des connaissances humaines , cette science n'est encore cultive'e que par un petit nombre d'adeptes. Tandis que toutes les personnes dont I'e'du- 60 TOPOGRAPHIE G^OGNOSTIQUE. cation n'a pas ete negligee , connaissent les ge'- ne'ralite's de la chimie , de la physique , de la zoologie et de la botanique , le plus souvent elles ne savent pas merae en quoi consiste la ge'ologie , et quels re'sultats importants elle a produits ; on ne saurait croire combien 1 'ignorance est grande a cet e'gard. Cette ignorance me parait provenir principa- lement de ce que les traite's de ge'ologie em- brassent toutes les observations connues. Celui qui veut classer dans sa me'moire mi ensemble de faits aussi e'tendu ? e'prouve une difficulte' d'au- tant plus grande , que Fe'loignement des lieux de'crits empeche trop souvent de les visiter. De la le peu de fruit qu'on retire des ouvrages de ge'ologie ; on ne conserve qu'une ide'e vague et quelquefois inexacte de ce qu'ils contiennent 7 quand on ne connait pas encore les e'le'ments de cette science. Mais si Ton posse'dait de bonnes descriptions locales ; si chaque de'partement avait e'te' l'objet d'un travail spe'cial presente' avec assez de de- velopements , nul doute que les connaissances geologiques ne se re'pandissent davantage. En effet il est facile de saisir la description des lieux que l'on a vus souvent ; d'un autre cote' , cliacun a pour le pays qu'il habite une pre'dilec* INTRODUCTION. 6 1 tion marquee qui lui inspire un vif de'sir de le connaitre sous tous ses rapports , et celui qui sera indifferent aux plus belles decouvertes re- latives a la constitution ge'ognostique de la France en general 7 pourra e'tudier avec empressement la ge'ognosie de son de'partenient ou de son canton , des que les premieres difficulte's de cette e'tude lui seront applanies. Telles furent les considerations qui me frap- perent , lorsque je commeneai en 1820 Pessai que j'ofTre aujourd'hui a la Socie'te'Linne'enne , sur la Topographie Ge'ognostique du departement du Calvados, J'ai fait en sorte que ce travail frit e'le'men- taire , a la porte'e de tout le monde , et qu'il put servir a popularises chez nous la ge'ologie 5 car j'ai toujours vu avec peine combien le nombre de ceux qui s'j livrerit estpeu conside'rable. J'ai done bien moins e'erit pour des ge'ologues que pour ceux qui ne seraient point encore initie's aux mjs teres de la science , et j'ai cru indispen- sable de faire pre'ee'der ce me'moire d'une in- troduction dans laquelle j'ai donne le plus brie- vement possible 7 une ide'e des principes sur lesquels repose la classification des roches. Dans cette partie de mon travail , je me suis 62 T0P0GFAPH1E GEOGtfOSTIQUE. souvent borne a analyser Pexcellenle introduction place'e en tete de 1'ouvrage de MM. Conybeare et Phillips sur la ge'ologie de FAngleterre ; on y trouvera ne'anmoins quelques ide'es qui m'ap- partiennent et qui pourront rendre plus sensibles les faits que j'avais a exposer. Au reste , je n'ai jamais pense' a donner ici un traite' raeme e'le'mentaire de ge'ologie ; un pa- n j il ouvrage depasserait de beaucoup les bornes cTune introduction ( i) ; je de'sire settlement mettre tout le monde a porte'e de comprendre ma descrip- tion ge'ologique du Calvados et d'en retirer quelque fruit. Comme ce departement est riche en terrains varies , etdeja elassique pour les geologues , ceux qui auront lu mon Me'moire avec attention , pourront aborder plus hardiment les ouvrages oil la science est traite'e a fond. Je suis meme per- suade' qu'ils les comprendront sans difficulte' , (Y) A la verite , j'ai reuni les materiaux d'un traite elemen- taire de geologie ; mais je ne compte ttrminer cet ouvrage qu'dpresque laSociete Linneenne aura mis au jour les cartes geo- Lgiques des einq departementa de la Norma ndie ; alors je pulflierai un traite principalement a l'usage des INormands , et j'y jb idarai une carte geologique des cinq departemens reunis. e travail et cette carte seront utiles pour ceux qui voirdront connaitre 1'ensemble des terrains de notre province, sans ctre obliges de recourir aux differents memoires publics sur chaque departement. INTRODUCTION. 63 tant il y a d'avantage a proce'der du simple au compose dans toute espece d'etude. Aucune science n'estplus feconde que la ge'ologie 7 en re'sultats importantspourlaprospe'rite'publique aucune ne peut presenter plus d'inte'ret ni piquer plus vivementla curiosite'. C'est elle qui apprend au mineralogiste dans quelles couches il peut es- pe'rer de trouver le sel gemme , denre'e d'un prix inestimable pour les pays e'loignes de la mer , et la houille , ce pre'cieux combustible qui enrichit tonjours les contre'es oil on Pexploite ; elle ap- prend dans quels terrains on doit chercher ces mine'raux dont les mis sont devenus le signe re- pre'sentatif des richesses , tandis que les autres sont employe's avec tant de succes dans les arts 7 surtout depuis les progres de la chimie. L'e'tude de la ge'ologie se He essentiellement a celle de la ge'ographie physique et de la geogra- phic proprement dite ; car les roches produisent , selon leur nature ? une configuration diffe'rente du sol. II n'est personne qui n'ait e'te' frappe' du com traste qui existe entre l'uniformite' de la plaine de Caen et les re'gions montueuses du Bocage 5 si j'ajoute que la presqu'ile du Cotentin s'avance aujourd'hui dans la mer , parce que ses roches , d'une assez grande durete , out oppose' a Taction 64 TOPOGRAPHIE GEOGNOSTIQUE. des flots plus de resistance que les autres , qu'il en est de me me de la presqu'ile de la Bre'tagne , de celle du Gornouailles 7 etc j il reslera de'montre que la ge'ologie est ne'cessaire pour connaitre a fond la ge'ographie. Sans elle on ne pourra bien distinguer les regions naturelles qui forment des divisions et des subdivisions bien plus rationnelles que les divisions politiques qui changent avec les siecles , et ne sont base'es que sub le caprice. Enfm ? je pense que la ge'ographie n'arrivera a son plus haut degre' de perfection que lorsque la constitution geologique du globe sera assezbien oonnue pour que l'on puisse dresser de bonnes cartes ge'ologiques de tous les pays. Elles seu- les en cfTet peuvent donner une ide'e exacte de la configuration du sol ; les cartes ordinaires les mieux faites ne sauraient indiquer que la diffe'- rence qui existe entre un pays montuenx et un pays plat ; jamais elles ne rendront le fades par- ticulier des eminences calcaires schisteuses gra- nitiques ou quatzeuses j au lieu que les cartes ge'ologiques ? en indiquant les difierentes especes de roches par des couleurs diverses , font ainsi pre'voir quelle est la configuration du sol , outre qu'eiles oifrent l'immense avantage d'eii indiquer la nature. La science des terrains est aussi tres - utile a INTRODUCTION. 65 Pagronome ; car pour distribuer convenablement les amendements, il doit connaitre la nature du sol sur lequel il travaille. On sait quelle heureuse re'- volution s'est opere'e depuis vingtans dansl'agri- culture d'une portion du Calvados , par Pemploi de la cliaux dans les regions non calcaires d'an- cienne formation , et dans les terrains calcaire'o- argileux secondaires ; nul doute que d'autres ame- liorations basees sur l'observation de la nature du sol 7 n'amenassent encore desre'sultatsimportants, si la connaissance des terrains e'tait plus re'pan- due(i). Je n'insisterai pas d'avantage sur Futilite de la ge'ologie ? car je ne crois pas que personne puisse la re'voquer en doute ; mais trop souvent on re- garde cette e'tude comme aride et sans charme pour les gens du monde ; c'est une erreur qui 1 comme tant d'autres 7 vient de l'ignorante pre'- ( )) II est evident , par exemple , que les terres legeres arides et tres-calcaires de quelques plaines qui surmontent le forest marble et le calcaire de Caen(campagnes de Chicheboville, de Belengre- ville, etc., et des environs de Falaise ) auraient besoin d'argile, et Ton s'etonne que les eultivateurs qui ne sonl pas trop eloigues de celles du pays d'Auge ( Oxford clay ) n'aient pas encore eu l'idee de redonner du corps a leurs terres en y melant cette argile , sur- tout quand on pense qu'ils vont tres-lomchercberdes t'uniiersdont l'effet est nul au bout d'une anncn. l/amendement que j'indi- que ne coiiterait que les i'rais de transport ct diniinucrait cer- tainement l'aiidile et la friabjlite du terrain. 66 TOPOGRAPKIE GEOGNOSTIQUE. somption de ceux qui taxent d'aridite' tout ce qu'ils n'ont pas le courage d'apprendre. Qui pourrait done 7 avec un peu de reflexion , regarder l'e'tude de la ge'ologie comme aride ! II n'y a point de mines qui eveillent en nous de si grands sentiments que celles de la nature. Quoi de plus beau que les montagnes ! Ces monuments gigantesques aupres desquels nos pyramides les plus e'love'es ne sont que des points impercepti* bles ! Quel homme pourrait demeurer insensible aux elfets poe'tiques et sublimes de ces rochers suspendus dans les airs , aux efTets de ces grandes ondulations de terrain dont la perspective produit de majesiueux paysages et qui viennent se de'rou- ler devant nous comme des pages ecrites de l'his- toire des re'volulions du globe ( i ). (1) M. d'Aubuisson de Voisins , dans son excellent traite de geognosie , exprime eloqueminent le charme que Ton eprouve dans les explorations geologiques ; je reproduislci cc passage , per- •tiadd qu'il fera autant de plaisirau lecteur qn'il m'eri a fait a moi- luenie : « Lorsqu'apres bien des peines , et apres avoir vaincu bien des diffieultes (dit M. d'Aubuisson), Tobservateurse tronvant enfin sur les hauteurs qui dominent une contree , promene ses regards autour de lui, le spectacle le plus ravissant se deroule a sa vim: : 1'univers entier lui semble etre a. ses pieds ; les bommes et leurs monuments lui paraissent dans toute leur petitesse , et je dirai presque dans leur neant ; son ame , participant a son elevation , se sentant au-dessus de toutes les pelites passions, de lous les petits intcrt-ls qui meoveht le monde d'en - ba» , eprouve uue des plus douccs sensations dont tile soit suscep- INTRODUCTION. 67 Peut-il voyager avec fruit celui qui ne possede pas quelques notions de ge'ologie ? Qu'il parcoure la Suisse , FAuvergne , la Normandie ou tout autre pays • il verra bien des montagnes , des plaines 7 des sites varies , mais dans tout cet assemblage il ne distinguera que des pierres confuse'ment entas- se'es , de Faspect desquelles il ne pourra jouir que machinalement. Que de circonstances inapercues viendront au contraire le charmer s'il peut recon- naitrela nature des terrains et fixer leurs niveaux geologiques ! II verra chaque butte , chaque val- ine , avec un plaisir qui ne peut etre bien coneu que par ceux qui Font e'prouve'. Je trouve entre un voyageur verse' dans la ge'o- logie et celui qui est e'tranger a cette science , la meme difference qu'entre le voyageur qui ay ant cludie' Fhistoire de ^architecture, sait appre'cier le me'rite des monumens et de'terminer a quelle e'po- que ils ont e'te' e'leve's, et celui qui n'ayant aueunes connaissances dans cette partie, ne pourrait distin- guer une construction gothique d'un monument roniain. Ilexiste en effetplus de rapports qu'on ne pense tilde. Ge n'est qu'a regret qu'il s'arrache a cette deliciense jouis- sance , et ce n'est souvent que le desir d'en eprouverune sem- blabie qui le ramene sur de nouvcaux monts, et qui procure a ia science dc nouvelles obscrfatiuns. » 68 TOPOGRAPHIE G^OGNOSTIQUE. entre l'e'tude des antiquite's et celle de la ge'ologie, puisquel'une apprend a classer chronologiqueraent les monuments , l'autre a classer d'apres leur an- ciennete' relative , les masses mine'rales quisont les monumens de la nature. D'ailleurs , pour voyager avec fruit , il ne suffit pas de savoir appre'cier les ouvrages des hommes; les productions remarquables des beaux arts n'e- xistent le plus souvent que dans les villes : et com- bien de temps perdu pour le voyageur , s'il ne possede pas des connaissances variees qui le met- tent en e'tat de voir avec inte'ret tout qui me'rite d'etre observe (i) ! Je ne puis mieux terminer ces re'llexions qiven citant une des pages de M. d'Aubuisson dont les ide'es se sont bien souvent oflbrtes a mon esprit. « Plus que toute autre branche des sciences naturelles ? la geognosie tend a e'lever notre es- prit , a agrandir nos ide'es ; plus que toute autre elle fait sentir la supe'riorite et la dignite' de This- toire de la nature. L'histoire civile , au milieu de ses horreurs ? peut encore nous interesser ; c'est (i) C'est piecisementcette sorte d'incapacite qui fait que tant de personnes entreprennent de longs voyages sans en retirer beaucoup de fruit : elles ignorent pour la plupart tout ce qu'il faudrait savoir; aussi fout-elles deslieues, mais ue voyagent point. INTRODUCTION. 69 Phistoire de nos semblables : le tableau des mal- heurs passes 7 en nous pre'sageant ceux que nous avons a craindre ? peut indiquer a notre pru- dence les moyens de les pre'venir , et il faut bien se re'soudre a lire ses sanglantes annales.Mais que les scenes oil nous vovons si souvent l'inno- cence immole'e et le crime triomphant , navrent notre ame et de'chirent notre cceur I Quel desordre en outre 5 quelle discordance , quelle instability dans ce tissu de petitesses , de folies ? de supers- titions ! L'bistoire de la nature nous olfre un spec- tacle bien difTe'rent ; ici tout est grand , tout est dans une harmonie et dans uu ordre merveilleux. Partout on n'apercoit que des ve'rite's e'ternelles et des lois immuables ; ses tableaux sublimes ele- vent notre esprit et n'affligent jamais notre ame; toutes ses pages excitent l'interet du vrai pbilo- sophe et commandent son admiration. Le ge'olo- giste qui doit e'tudier le globe terrestre , les re'vo- lutions qu'ii a e'prouvees , les masses qui le com- posent , qui doit chercher a pe'ne'trer le mystere de leur formation , est plus particulierement Phis- torien de la nature; il est commele depositaire de ses fasles et en quelque sorte leur interprete. » X 70 TOPOGRAPHIE GEOGNOSTIQUE. CHAPITRE II. Idee premiere de la distribution des roches et de l'ordre regulier de leur succession. — Elles sont diviseesen strates plus 011 moins inclinees , de sorte que les couches qui dans certains lieu existent a des profondeurs impenetrables , se trouvent dans d'autres a la surface du sol. La ge'ologie traite de la structure tie la terre autant que nous pouvons la connaitre ; elle pre'- cise l'ordre dans lequel sont dispose'es les couches mine'rales qui constituent la surface de notre pla- nete. Un examen superficiel pourrait porter a croire que ces couches sont irregulierement re'pandues et confuse'ment entasse'es , mais un peu d'attention suffitpour prouver combien cette conclusion serait errone'e. Supposons un voyageur partant de l'une des ex- tremite's du Calvados , de Lisieux , par exemple, pour aller par Bayeux a Saint -L6 dans le de'par- tement de la Manche ( vers l'ouest ) ; il pourra re- connaitre, pourvu qu'il apporte un peu d'atten- tion a la ge'ographie physique des contre'es dans lesquelles il passera, que pour arriver au but de son voyage , il lui faudra d'abord traverser un plateau de craie , une zone de pierre calcaire rcmplie de polypiers puis une autre de marne bleuc qui pro- INTRODUCTION. 7 1 duit les excellents paturages de la valle'e d'Auge. II trouvera ensuite une vaste plaine oil il observera denombreuses carrieres de pierres blanchatres em- ployees a batirjet au milieu delaquelle est situe'e la ville de Caen ; pres de Bayeux il verra d'autres pierres grises ou bleuatres donton faitde la chaux, puis uue marne rouge dont on fabrique de la po- terie, et enfin sur les limites du de'partement une rocbe schisteuse guise ou noiratredonton tirel'ar- doise etsur laquelle est situe'e la ville deSaint-L6. Le meme ordre que nous venons d'indiquer dans la distribution des terrains du Calvados se trouve dans beaucoup d'autres contre'es , et il indique dans les masses mine'rales une succession re'gu- liere qui ne peut etre PefFet du hasard. Si de ce coup d'ceil ge'ne'ral nous passons a un exa- men plus approfondi de ces masses , nous voyons qu'elles sont ge'neralement dispose'es en couches slratifie'es qui ne sont pas exactement paralleles al'horizon , mais plus ou moins inclinees, de telle sorte que les bancs qui dans certains lieux existent a des profondeurs considerables , emergent dans d'autres et viennent successivement former la sur- face du sol 1 comme le montre la figure suivante. J2 TOPOGRAPHIE GEOGNOSTIQUE. Au moyen de cette disposition on peut voir un bien plus grand nombre de strates que si elles e'taient parfaitement horizontales ; en effet , dans ce dernier cas 7 on n'aurait de superpositions vi- sibles que dans les montagnes dont le niveau sM- leve au-dessus des plaines , dans les excavations naturelles fournies par les valle'es , ou dans les ca- vite's artificielles des mines , et ces moyens d'ob- servation seraient bien souvent insuffisants CHAPITRE III. La division des roches en classes et en formations est basee sur les rapports de position et de composition des strates. — Les formations se composent d'un certain nombre de coucbes for- mees a peu pres a la meme epoque , et les classes de plusieurs formations, dont les affinites sont plus on moins grandes. — ToUtes les formations peuvent se ranger dans cinq classes prin- cipales. Si l'observateur examine en detail la succession des couches miue'rales , il pourra d'abord etre em- barrasse' par leur grand nombre ; mais il ne tar- dera pas a decouvrir que ces couches ont des ca- racteres 7 et que , comme toutes les productions naturelles , elles peuvent etre range'es dans un cer- tain nombre de se'ries 7 dont chacuue comprend une quantite' plus ou moins considerable de strates \ DU DEP T . DU CALVADOS. jS naturellement associe'es : un exemple rendra la chose plus sensible. Dans l'arrondissement de Bajeux 7 nous trou- vons plus de quarante couches alternatives de cal- caire et de marne bleuatres ? etplus has des marnes rouges mele'es de galets roule's. Toutes ces cou- ches , qui re'unies ont pres de trois cents pieds d'e'paisseur , peuvent se re'duire a deux se'ries : la premiere composee de toutes les strates de calcaire et de marne bleues ; la deuxieme de toutes les strates de marne rouge (i) ; les se'ries amsi caracte'rise'es par la re'pe'tition de couches semblables s'appellent formations. Cette divi- sion est d'aulant plus naturelle que toutes les strates qui composent une formation e'tant iden- tiques 7 paraissent le resultat d'un meme ordre de causes. Si Ton compare plusieurs de ces formations j on remarque entre elles des liaisons et certains rap- ports qui en montrent les aflinite's et permettent dVui simpliiier lVlude en les rangeant dans un petit nombre de classes. On peut reduire ces classes a cinq. La premiere ou superieure comprend les '1) Je veux pailcr du lias et du red marie ; on peut voir plus Las la description de ces deux terrains et les coupes oil Icursupei- position est exprimee. 7-4 T0P0GRAPH1E GEOGNOSTIQUE. differentes conches qui recouvrcnt partiellement la formation de la craie ; ( terrains tertiaires. ) La deuxieme comprend plusicurs forma- tions dissemblables i°. la craie; i°. les gres et les argiles infe'rieures a la craie; 5°. plusienrs se' ries depierres a batir et de marnes; (terrains se- condares superieurs et mojens. ) La troisieme comprend les couches du red marie et celles qui contiennent la houille ; ( ter- rains secondares inferieurs . ) La quatrieme est caracte'rise'e par le gres rouge ancien , les marbres , les schistes te'gulaires et aulres roches ; {terrains intermedial res ^j. Enfin la cinquiewe se compose des granites et de plusieurs yarie'te's de schistes ; ( terrains primot diaux). M. Conybeare , dont la classification serappro- che de celle-ci a plusieurs e'gards ( i ) , a donne' aux cinq classes qu'il a e'tablies des noms tire's de leur (ij La classification de M. Conybeare differe de la precedente en ce que le red marie y est range dans la deuxieme clause , tandis que je l'ai reuni a la troisieme dans laquelle il ni'a paru mieux place. Je n'ai pas cm non plus devoir ranger l'ancicn gres rouge et les marbres dans la meme sene que le terrain boui'ler , parce que cette classification excellente pour l'Anglelerre oil ces terrains paraissent lies les uns aux autres , ne convitMidrait pas au Calvados ou cette liaison n'existe pas , et que j'ai ecrit pour les habitans de ce departemeat. \ INTRODUCTION. 7 5 position. Ainsi, regardant la troisieme se'rie comme le centre des cinq classes , la deuxieme qui la sur- monte a recu le noni de sitr-moyenne ; la qua- trieme qui est au - dessous de la se'rie centrale , le nom de sous - moyenne ; enfin les deux classes extremes ( la premiere et la cinquieme ) ont e'te' nominees superieure et inferieure. Cette nomenclature offre Tavantage de faire connaitre la place occupe'e par chaque classe dans le sjsteme ge'neral,mais comme ellen'est pasadop- te'e en France ? on petit , avec la plupart des geo- logues , appeler terrains tertiaires les roches supe'rieures a la craie ; terrains seconclaires (subdivises en supe'rieurs , mojens et inferieurs ), celles qui se trouvent place'es au - dessous des pre'ee'dentes , depuis la craie jusqu'a la houille in- clusivement ; terrains de transition celles de la quatrieme classe mentionne'e ci - dessus ; enfin terrains primordiaux celles de la cinquieme classe. jQ TOPOGRAPHIE GEOGNOSTIQUE. CHAPITRE IV. / De la superposition des roches.— Le$ roches sont superposees les unes aux autres dans un ordre constant , qui montre leur an- ciennete relative. — Difficulty de reconnaitre dans certains cas Ie niveau geologique des roches. — Les niveau* geologiques ne doivent pas etre confondus avec les niveaux physiques. — Diffe- rence entre Tinclinaison des couches secondaires et celle des couches plus anciennes. La geologie consistant principalement dans la connaissance de la superposition des roches et de leur aneiennete' relative , on ne peut apporter trop d'attention a l'etude de leur arrangement. Comme elles re'sultent , pour la plupart , de de'potssucces- sifs qui se sont faits aa milieu des eaux , elles ont un ordre invariable de superposition ; ainsi jamais on ne verra un terrain tertiaire(le calcaire grossier par exemple)au-dessous delacraie, quiestsecon- daire , parce que celle-ci s'est forme'e avant le cal- caire grossier 5 jamais on ne verra le gres inter- me'diaire superpose au calcaire oolithique qui est de formation secondaire. Le tableau suivant montre comment les terrains se succedent dans la nature depuis les plus re'cents jusqu'aux plus anciens. INTRODUCTION. Jf TABLEAU DE LA SUPERPOSITION DES ROCHES. Nota. Les rochei volcauiques , qui appartiennent a plusieurs epoques tres-distinctes , et les terrains de transport n'ont point ete mentionnes dans ce tableau. TERRAINS TERTIAIRES. l. Terrain lacustre superieur avec meulieres poreuses ( second terrain d'eau douce ). a. Terrain marin superieur , comprenant les sables et gres de Fontainebleau , le bagshot-sand et le crag d'Angleterre , le calcaire moellon de Monlpellier, etc., etc. , etc. 3. Calcaire siliceux et gypse de Montmartre alternant avec des marnes. — Marnes d'eau douce de Vile de Whit , du Co- tentin , etc. ( premiere formation d'eau douce ). 4. Calcaire grossier ou a cerites de Paris et du Cotentin, paral- lele a l'argiie de Londres. 5. Argiles et gres tertiaires a lignites. — Argile plastique , mo- lasse , nagelflube. TERRAINS SECONDAIRES ( d'apres les geologues anglais). Craie. Elle se divise en craie blanche ou superieure et en Hi 3 \ craie marneuse. a. Craie chloritee , sable et gres verts ( green sand ) .En An- g J gleterre ces couches sont divisees en deux gioupes par sx ] une argile bleue nominee Gaull. = / 3. Argile de Weald. — ( Elle reni'ertne quelques coquilles >1 r> Q- / d'eau douce). 4. Gres ferrugineux (iron sand). 7$ TOPOGRAPHIE GEOGNOSTIQUE. 5. Calcaire de Purbeck. 6. Calcaire onlithique de Portland. 7. Argile do Kimmeridge ou de Honfleur. 8. Coral rag. 9. Argile d'Oxford ou de Dives. 10. Cornbrash. 1 1. Calcaire de Sonesfield. 12. Forest marble ou calcaire a polypiers du Calva- dos^ j 3. Grande oolitbe. d| 14. Marne bleue et terre a foulon ( fullers' earth.) i5. Calcaire oolithique inferieur. 16. Lias ou calcaire a< gryphites form ant la base des \'2 H \ series oolitbiques. n VI en O o o 3 fV :-> 3 c f3 » 3 5 3 s ^ - tr 1 -c =2 J 5 -• J S ■ o ~ S e « g. , « • I — 4> « EL £■"3 Z o sj o c c - o S <* en 3 S'J^r*/'" ^* r * iS bizarre et argiles ( red marie ) avec gypse et sel ?r I gemme. 2 o i 1 S. Calcaire alpin et calcaire magnesifere. "* cL .9 - Terrain houiller , gres rouge et porpbyre secondaire. TERRAINS INTERMEDIATES. 1 . 3. 5. Milstone grit , espece de gres qui se lie au terrain houiller en Angleterre. Calcaire carbonifere ( mountain limestone). Gres rouge ancien (old red sandstone ) comprenant les gres quartzeux coquilliers , les conglomerate porphyritiques et plosieurs roches sehisteuses. 4. Calcaires marbres de Dudley , du CaUados et des environs de Coutancts , evidemment inferieurs a l'ancien gres rouge et a des scbistes argileux. Ce calcaire est quelque- fois recouvert par des porpbyres, des syenites et des dia- bases, etc. 5. Pbyllades , grauvvackes , diabases , eic. 6. Micaschistes , syenites , gneiss , granites et porpbyrcs recou- vrant immediateoient les roches primitives. INTRODUCTION. 79 TERRAINS PRIMITIFS ( d'apres M. do Humboldt). 1 . Euphothide,porphyre, granite et quartz presumes posterieurs aux pliyllades primitifs. 2. Phyllades primitifs. 5. Granite gneiss et grunstein , posterieurs au micaschiste pri- in it if. 4. Micaschiste primitif. 5. Serpentine, syenite et calcaire, anterieurs au inicascliiste pri- mitif et posterieurs au gneis primitif. 6. Gneis primitif. J. Granites anterieurs au gneis primitif. Nota. J'ai simpliGe , autant que possible , le tableau des ter- rains primordiaux , dont la superposition est loin d'etre cer- taine. On voit qu'ils se composent a pen pies des memes es- peces de roches que les terrains iutermediaires. Aussi est-il tres- difficile de les en distinguer , et ne sont-ils ranges dans une classe diilerente que parce qu'on n'y a point trouve de fossiles. Plusieurs granites que l'on avait regardes long-temps comme pri- mitifs ont ete places dans les terrains de transition, depuis qu'on a trouve des fossiles dans les phyllades ou dans les calcaires avec lesquels ils alternent. Telle est , si je puis parler ainsi 7 la chrono- logic des roches ; mais il ne faut pas oublier que rarement elles se sent toutes developpees dans un meme pays ; des soustractions fre'quentes rap- prochent des termes plus on nioins e'loigne's dans la serie des couches : ainsi 7 les terrains secon- dares venant a manquer 7 un terrain tertiaire pourra reposcr immcdiatement. sur un terrain in- 8() TOFOGIUPHIE GEOGNOSTIQUE. termediaire. Ces faits , extremement fre'quens , rendent difficile I'e'tttde des roclies et la deter- mination de leurs niveau^ 7 surtout lorsqu'on manque d'horizons ge'ologiques (i) , et que les fossiles ne sont pas assez bien caracte'rise's pour etre compare's avec ceux des couches dont la position est connue. II existe aussi une grande difference dans le dcveloppement des formations ; u n meme systeme pent , suivant les lieux 7 at- teindre 200 pieds , ou etre re'duit a un metre d'e'paisseur. On pourrait etre etonne de trouver les terrains interme'di aires et primordiaux a la surface du sol et dans les montagnes les plus eleve'es, car (1) On appelle horizons gco I oglques , les couches dont Tage est connu, et qui peuvent servir a determiner celui d'autrcs cou- ches superieures ou inierieures. Le. terrain houiller ,par exemple, qui oliVe des caractcrcs si tranches , sera toujours un bon ho- rizon pour distinguer les terrains secondaires des terrains inter- mediates ; ainsi le granit le mieux carucleiise serait secondaife, s'ii etait superieur au terrain houiller, tandisqu'un calcaire place au-dessous de ce meme terrain serait intermedia-ire , quelque ressemblance qu'il preseniat d-ailleurs avec les rocbes plus mo- durnes. Quoique certaines formations , telles que la craie , le rcd-marle, legres houiller, soient princ'palernent regardeescomire d'excellents horizons , en raison de la Constance de leurs carac- tercs , tuutes les roclies peuvent en servir. Ainsi les horizon's geologiques se multiplient a mesure qu'un plus grand nombre de cou"che,s connues peuvent aider a determiner le aiveau geo- ligique de cedes qui ies uvoisincnt, soil superieurement,, suit in- ferieurcruont. INTRODUCTION. 8 1 ces terrains auraient du , a ce qu'il semble , etre recouverts par des roches plus modernes;mais il faut bienremarquer que ces dernieres sont loin d'occuper toute la surface du globe, et que de plus, elles paraissent s'etre principalement de'pose'es dans les cavite's ou bassins qui existaient au milieu des roclies forme'es anterieurement (i). II faut aussi conclure de ce qui precede , que les ni- veaux geologiques n'ont aucun rapport avec les niveaux re'els ou pliysiques , puisque les couches intermediaires , ge'ologiquement infe'rieures aux couches secondaires , s'e'levent cependant bien souvent au-dessus d'elles. Nous avons dit ( page 71), que les strates sont gene'ralement inclinees; mais il s'en fautbeaucoup qu'elles le soient toutes au meme degie ; l'incli- naison des terrains secondaires est souvent si legere qu'elle n'est perceptible que dans de grands cspaces (2) ( vo} T ez la planche qui represente la coupe ge'ne'rale des falaises du Calvados ), tandis que celle des terrains plus anciens est ordinai- (1) Ceci, generalement vrai , sou Ore cependant des excep- tions; car on trouve des terrains tertiaires au sonimet des Andes du Perou ; et dans les Alpes ainsi que dans beaucoup d'autrcs uiontagnes les terrains secondaires sont fort elcves. (2) En general, l'inelinaison des couches secondaires augments a mesurc qu'elles sont plus ancieunes et qu'elles se rapprocheut davautage des roches dc transition avee h squelles elles se con- fondent quelquelbis. 82 TOPOGRAPHIE GEOGNOSTIQUE. rement de 25 a 75 degre's ( V. la pi. II ) ; c'est ce qui fait que Werner de'signait les roches seeondaires et tertiaires sous la denomination tfhorizontales , par opposition aux roches in- termediaires ou a couches incluiees. Cette grande incliuaison dc terrains aneiens empeehe souvent de reconnaitre leur ordre de superposition. chapitre V. y Des corps organises fossiles renfermes dans les roches. — Leurs es- peces changent suivant 1'anciennete des couches. — Caracleres zoologiqucs des formations. — Leurutilite pour la determina- tion des niveaux geologiquos. — Court apereu de la distribution des fossiles dans les diil'erents depots qui forment l'ecorce du globe. La connaissance des rapports qui existent entre la formation des roches et les re'volu lions de la nature ? est d'une grande importance pour la geologic L'observation la plus superlieiellemontre que certains baucs sont presque enlierement for- me's de debris de coquilles 7 de polypiers et de ve'ge'taux ; que dans quelques contre'es on ne pent ouvrir une carrieie saus trouver un grand nombre de ces de'bris , tandis (pie dans d'autres on n'en trouve point de traces. Un examen plus approfondi fait voir qne ces fossiles nc sont pas irre'gulieremenl disperses dans INTRODUCTION. 85 les couches ; mais qu'ils sont disposes par groupes, chaque formation contenant nn certain nombre d'especes qui lui sont particulieres , el qui se retrouvent parlout oil elle existe (i) , de sorte que si Pon observe plusieurs points d'une ligne appartenant a la meme formation , on y trouvera les memes fossiles. Ces analogies constituent les caracteres zoo- logiques des formations ; elles sont d'un grand secours pour l'e'tude , car les roches peuvent chan- ger d'aspect , et les strates d'nn meme systeme sembleraient quelquefois appartenir a plusieurs terrains difFerents , selon les points oil l'on en prendrait des echantillons ; mais les caracteres zoologiques suffisent pour les faire reconnaitre ; c'est ainsi que M. Brongniart , ayant trouve' dans les Pyre'ne'es un calcaire noir aussi dur que le marbre , n'a pas balance' a le rapporter a la craie qui est constamment blanche et d'un tissu (1) II est cependant bicn prou»e que les coquilles ties ter- rains de meme nature se ressemblent d'autant plus que ces ter- rains sont moins eloignes ; par exemple , les coquilles des ter- rains tertiaires du Cotentin, de l'Angleterre et des environs de Paris, ont plus de rapport entie elles qu'clles n'en out avee celle? des terrains analogues d'ltalie et d'Autriche ; mais ces differences , qui doivent el re notee* sciupuh nsenient , ain>i que beaucoup d'autns , dans des memoires descriptifs , peuvent etre passees sous silence dans les geneialites que nous doi,nons ici pour faire coucevoir les faits p;incipaux de la geologic 84 TOPOCRAPHIE GEOGNOSTIQUE. laehe , parce qu'il presentait les memes coquilles fossiles. Voici an le'ger apereu tie la distribution ties fossiles dans les roches. Les plus anciennes ou primitives en sont to- talement de'pourvues. Des madrepores , des encrines et des testace's diflerents de ceux des couches plus modernes , commencent a se montrer dans les roches de tran- sition; mais ils n'y sont pas nombreux , excepte dans le Mountain Limestone. Le terrain houiller qui repose sur ce dernier calcaire prc'sente a peine quelques coquilles 5 mais en revanche 7 il abonde en debris de ve'ge'taux , tels que fongeres , ro- seaux , et diverses especes d'arbres toutes incon- nues au monde actuel. Sur le terrain houiller se trouvent des bancs qui contiennent des productions marines , puis il parait s'etre e'coule' wn long intervalle pendant lequel s'est depose' le nouveau gres rouge ou red -marie , qui sert de transition a un nouvel ordre de choses. Ce nouvel ordre commence dans le lias , et se termine dans les se'ries oolitiques , le gres fer- rugineux , le gres vert et la craie ; tons ces bancs contiennent des polypiers , des encrines ? des oursins , des coquilles bivalves et univalves , des crustace's ? des poissons , des quadruples ovi- INTRODUCTION. 85 pares , etc. , fossiles qui different de ceux qui sont contenus dans le caicaire magne'sien et dans les roches de transition , et qui oftrent des differences selon les bancs quSls occupent. Jusqu'ici ( jusqu'a la craie) les corps organised sont en general lapidifies ? c'est-a-dire impre'gnes de la substance nuneraie qui les renferme ; mais dans les couches qui surmontent la craie , on les trouve si bien conserves , qu'ils out encore leur test et leur couleur. Parmi ces formations ter- tiaires , nous voyons des couches de coquilles ma- rines , qui alternent avec d'autres couches de co- quilles partieulieres a 1'eau douce , de sorte que ces depots paraitraient le re'suitat d'irruptions suc- cessives des eaux marines et des eaux douces. Les terrains de troisieme formation renferment aussi des debris de mammiferes , e'trangers aux formations plus aneiennes ? et , principalemeut dans les couches supcrieures 7 des coquilles iden- tiqaes avec ceiles qui existent dans les mers ac- tueiles. Entin , toutes les formations , a quelque classe qu'eiles appartiennent , sont recouvertes par un gravier , re'suitat d'une derniere inondation 7 le- quel est appele diluvium , etcontient des debris de quadrupedes terrestres dont plusieurs ont dis- pawj de la surface du globe. 86 TOPOGRAPHIE GEOGNOSTIQUE. Un'examen attcntif des etres organises fossiles et de leur distribution dans les couches minerales , a de'montre qu'ils different pour la plupart de ceux qui vivent anjourd'hui 7 et qtie le nombre des genres et des especes identiques avec les etres du nionde acluel , est en raison inverse de Pan- ciemiete des couches , de sorte que les coquilles fossiles des terrains tertiaires se rapprochent beau- coup plus des coquilles qui se trouvent a present dans les mers , que celies des classes plus ancien- nes; et , ce qui est digne de remarque 7 la plupart des especes ou des genres vivants qui ont leurs analogues a Pe'tat fossile , ne se rencontrent que dans les mers intertropicales. II est evident , d'apres ce qui pre'cede ? que les fossiles de deux formations voisines auront en ge'ne'ral plus de rapports entre eux que ceux de deux formations plus e'loigne'es Tune de lautre dans Pe'chelle ge'ologique ; les coquilles du lias , par exemple , ressembleront bien plus a celies du calcaire oolitique qui appartient a la meme classe , qu'a celies du gres interme'diaire , ou des ter- rains tertiaires. De ce que les terrains modernes contiennent des ossements de mammiferes que Pon ne trouve point dans les terrains secondares 1 et que ceux- ci renferment des debris de grands reptiles e'tran- INTRODUCTION. 87 gers anx couches intermediaires , on pourrait aussi conclure en ge'nexal , mais sans prctendre e'tablir une gradation bien suivie , que I'organl- sation des etres est plus parfaite a mesure qu'ils se rencontrent dans des couches plus modern es \ On voit que , pour e'tudier avec fruit les rocbcs etreconnaitre leurs caraeteres, il faut avoir quel- ques notions de zoologie , et meme de botanique. Comparer les differentes formations sous le rap- port des fossiles ( a dit M. de Humboldt ) , c'est comparer des flores et des faunes de divers pays et de diverses e'poques ; c'est re'soudre un pro- blem e d'autant plus complique qu'il est modifie" a la fois par l'espace et par le temps. Les galeis roule's de differente nature qui abondent dans plusieurs couches , jettent encore quelque lumiere sur les phe'nomenes qui en out accompagne la formation. On peut supposer que ces fragments avaientd'abord faitpartie de masses solides , d'ou ils out e'te' detaches pat Paction d'une force considerable ( probablement celle des eaux agitces ) , et qu'ils se sont arrondis par le frot- tement. Les bancs solides de galets roule's s'ap- pellcnt conglomerats ou poudingues ; ils se rencontrent a diflorentes epoques depuis les ter- rains de transition ( dans le gres rouge aneien ) 88 TOPOGRAPIITE GEOGNOSTIQUE. jusqu'aux terrains tertiaires inclusivement ( dans le red-marle , les gres mferieurs a la craie 7 et dansles graviers associe's a Pargile plastique, etc. ) chapitre VI. La plus grande partie des roches a du se former an milieu des eaux. — Considerations sur le changement du niveau des mers. Ilypotliese de Werner. — Elle ne peut expliquer tous les faits connus. — Les couches inclinees ont du psimitivement etre ho- rizontales. — Quelques reflexions sur la cause qui a pu produire leur derangement. La pre'sence de de'bris marinsdans les couches mine'rales qui couvrent presque les deux tiers de la partie connue de notre continent , nous force a conclure que ces roches ont e'te' forme'es de matieres re'unies au fond des eaux ; mais il ne sera peut-etre jamais possible d'expliquer d'ime maniere satisfaisante comment elles sont devenucs des buttes ou des montagnes elevees aa-dessus du niveau des mers actuelles. La plupart des hypotheses an moyen desquelles on a cherche' a re'soudre ce grand problcme, suj)- posent une diminution considerable des eaux ; nous n'exposerons ici que celle de Werner , l'une s . des plus ingenieuses , et qui cependant ne peut rendre raison de tous les phe'nomenes que pre'- senle la nature. INTRODUCTION. 87 Ce ce'lebre mine'ralogiste pensait qu'une vaste dissolution avait reconvert le globe jusqu'au dessus des niontagnes les plus e'leve'es 7 et que cette e'norme masse d'eau avait diminue' graducl- lement a mesure que les terrains s'e'taient forme's. Ainsi les roches anciennes qui occupent en ge- neral les parties les plus hautes de la terre , se seraient de'posees dans des eaux plus profondes que celles qui existaient lorsque les terrains secon- dares se sont pre'cipite's , et ceux-ci dans des eaux plus profondes que les terrains tertiaires ; Werner croyait en outre que les roches secon- dares et tertiaires s'e'tant moule'es sur les ele'- vations et les cavite's pre'existantes , formaient des relevements d'autant plus considerables et ofFraient des strates d'autant plus incline'es, qu'elles e'taient plus anciennes et qu'elles se rapprochaient davantage des bords des bassins j on concevra parfaitement cette the'oric au mojen de la figure suivante; $8 TOPOGRAPHIE GEOGNOSTIQUE a a a reprc'sente un bassin silue au milieu de roches primitives. Lorsque les eaux se sont abais- se'es jusqu'a la ligne ponctue'e bb . il s'est depose une coLicIie qui a tapisse' les parois de la cavite' et dont les bords se sont e'leve's jusqu'au niveau de la dissolution. Un autre pre'cipite' a eu lieu lorsque les eaux ? continuant a de'croitre , sont parvenues au point cc ; un autre lorsqu'elles sont arrive'es au point dd. II en re'sulle une se'riede couches su- perpose'es les unes aux autres , dont les tranches s'abaissent et dont l'inclinaison diminue a mesure qu'elles sont plus modernes et qu'elles se rap- prochent du centre du bassin (i). D'apres cette lvypothese, les niveaux de chaque formation devraient d'abord etre les memes aux difFe'rentes extremite's desbassins 5 en second lieu, les terrains les plus modernes devraient en oc- (i) Suivant Werner , il s'operait des changements dans la nature de la dissolution en memo temps que lc niveau du liquide baissait. D'abord lorsque les eaux recouvraient tout le globe, il se formait des roclies cristallisees ( les granites ) dans lesquelles dominait le fedspath. Lorsque les eaux diininuerent , la cris- tallisation devint de plus en plus confuse , le mica augmenta ( dans les micaschites, les phyllades ) , puis le carbone parut ( les Anthracites, les bouilles ). Enfin les roches les plus mo- dernes ne presenterent plus que des sediments calcaires plus cu moins terreux. On voit cambien cette ingenieuse theorie est •eduisantc au premier abord. INTRODUCTION. 89 cuper les parties les plus basses et se trouver pour ainsi. dire encadres an milieu des autres , comrae le monlre la figure pre'ce'dente. II est vrai que dans beaucoup de localite's , l'observatiou confirme jusqu'a un certain point cette tlieorie. Par exemple dans le Calvados et en Angleterre , la craie , Voxford clay , lo Jo- rest marble , Voolite inferieure ^ etc. , forment des zones qui se rapprochent des roches inter- me'diaires , en raison de leur anciennete'; mais un grand nombre d'irre'gularite's et d'exceptions "viennent modifier conside'rablement , sinon ren- verser le systeme. En eflet , les niveaux des ro- ches de meme espeee sont loin de se correspondre sur les bords des bassins; dans celui qui occupe une partie de 1' Angleterre et de la France , on voit d'un cote' ( en Angleterre ) que le calcaire ooli- tique ne s'cleve pas a plus de douze cents pieds , tandis que de l'aulre ( en France ) il atteint plus de qualre milie pieds dans le Jura ; et sans sortir de notre de'partement , nous trouvons presqu'au so m met du Montpineon , a huit cents pieds au- dessus du niveau de la mer , ce meme calcaire oolitique , qui , sur d'autres points ne s'e'leve guere au-dessus de quatre cents pieds. D'un autre cote , d'apres les observations de 90 TOPOGRAPIE GEOGNOSTIQUE. M. de Humboldt , il existe dcs terrains tertiaires dans les Andes , a trois mille toises de hauteur , tandis qu'ils devraient toujours se trouver dans les plaines , en admettant la the'orie de Werner. Enfin les couches secondares 7 au lieu de de- venir de plus en plus horizontals vers le centre des bassins ? sont quelquefois plus bouleverse'es au pied des montagnes que siu* leurs pentes , conime on le voit dans plusieurs contre'es , no- tamment entre le Jura et le mont Blanc. Mais quand meme l'hypothese de Werner pour- rait , jusqu'a un certain point , rendre compte de la formation des roches secondares et tertiaires , comment pourrait-elle expliquer dans les roches plus anciennes,Pinclinaison ge'ne'raleet la direction constant e qui se prolongent a des distances con- siderables ( Bocage , Cotentin , Bre'tagne ) 7 et qui font que Ton parcourt quelquefois des espaces de plus de cent lieues , en marchant toujours sur la tranche des couches. Ici l'on ne peut mettre en jeu l'influence des bassins , car souvent l'in- clinaison est uniforme , elle a constamment lieu dans un meme sens , et se remarque aussi bien dans les plaines que dans les vallees 7 aussi bien au fond des bassins que dans les montagnes. Et d'ailleurs ? comment pourrait-on croire que INTRODUCTION. 9 1 ces couches sont dans leur position naturelle? II est phjsiquement impossible qu'un de'pot de ga- lets roule's se soit forme' en couches verticales r et le meme raisonnement s'applique aux bancs qui contiennent des fossiles. II est done probable que les .strates incline'es aujourd'hui out e'te' originairement horizontales , et que leur derangement est du a une cause me'eanique , la meme pent - etre qui a produit une par tie des montagnes. Plusieurs savants distingue's regardentles forces volcaniques qui devaient etre infiniment plus puissantes autrefois que de nos jours , oil ce- pendant elles forment encore de nouvelles iles et des e'le'vations conside'rables , comme les seuls agents capables d'avoir produit de pareils ef- fets ( i ) j mais ils conviennent en meme - temps (1) Comme il n'entre pas dans mon plan de presenter ici des hypotheses, mais de rapporter des faits , je n'ai pas cm deToir donner plus de developement k cet expose ; j'ajouterai cepen- dant a l'appui du systt-me precedent, que la plupart des geolo- gues s'accordent a regarder comme etant d'origine volcanique , les traps et certains porphyres du terrain intermediaire , qui in- terrompent les couclies des roches au milieu desquelles ils pa- raissent s'etre fait jour. Mon savant ami , M. Boue , est alle plus loin en regardant aussi le granite comme une roche ignee. Enfin on connait les belles observations de M. Cordier et de M. Fourrier, membres de l'lnstitut, celles de M. Fox, natura- 9"2 TOPOGRAPHIE GEOGNOSTIQUE. que la maniere dont cette cause a agi , est vrai- semblablement de'robe'e pour toujours a notre counaissance. Quoiqu'il en soit , cette lrypotbese combine'e avec celle de Werner peut soulager jusqu'a uncertain point notre imagination inquiete qui veut toujours se rendre compte des faits par des systemes. chapitre VII. De la disposition des vallees et de leur formation. — Vallees longitudinales et transverses. — Theorie des denudations. — Elles ont eu lieu a plusieurs epoques.. Les nombreuses valle'es qui sillonnent la surface de la terre et les plle'nomenes qui s'y rattachent liste anglais , et de M. Treba , qui tendent a prouver que la tem- perature s'eleve a mesure que Ton penetre plus avant dans Tin- terieur de la terre. D'apres leurs decouvertes , tout porte a croire que la masse interne du globe est formee de matieres metalliqucs tenues en fusion par la haute temperature qui existe a une certaine pro- fondeUr , et que les volcans ont leur foyer dans ce vaste reservoir de matiere incandescente. 11 est probable encore que les volcans plus nombreux autrefois qu'ils ne le sont aujourd'hui, etaient aussi beaucoup plus actifs , lorsque la croute solide de la terre etait moins epaisse. Cette der- ni'M-e circonstance peut servir a expliquer pourquoi les debris d'animaux et de vegelaux fossiles appartiennent a des especes qui ont du vivre dans une temperature plus elevee que la notre ; car a cette epoque , la chaleur interne da globe pouvait avoir quelqu'inlluesce sur celle dela surface. INTRODUCTION. t)3i montrent des faits concluants pour Pe'tude de la geologie ; ce sont des excavations naturelles , oil la superposition des terrains est souvent mise a de'couvert , et sans lesquelles il serai t bien dif- ficile dVtudier le gisement des roches. Elles sont toutes disposees de maniere a se'eher les con trees qu'ellesparcourent; apres s'etre rami- fie'es a l'infini elles se re'unissent comme les bran- ches d'un arbre au tronc , et leurs eaux rassem- ble'es peuvent opposer une plus grande force aux obstacles qui generaient leur passage. Nous voyons la me me disposition en minia- ture , toutes les foi's qu'il tombe une onde'e sur un sol assez incline pour determiner Fe'coulement de la pluie dans une meme direction , et 1'on ne peut do uter que les valle'es, qui valient si agre'a- jdenient la surface du globe , ne soient dues en grande partie a Taction e'rosive des eaux cou- rantes qui se sont creuse'des lits poste'rieurement a la consolidation des strates. II suffit, pours'en convaincre.de jeter un coup-d'oeil sur la coupe suivante qui repre'sente le profil d'une contre'e dont les couches sont coupe'es par des valle'es. 94 TOPOGRAPHIE GEOGNOSTIQUE. L'une deces valle'es separelabutten . i de la button*. 2; uneseconde,labutten°. 2dun°. 5. A ce dernier monticule succedeuneplaineau milieu de laquelle s'e'leve une eminence isole'e ( n°. f\ ). II est facile de voir que les strates conservent exactement le meme ordre de chaque cote des valle'es , et l'on ne peut douter qu'elles ne fus- sent continues avant d'etre se'pare'es par des in- tervalles. Mait> il ne faut pas rapporter aux courants d'eau la formation de toutes les vallees ; il y en a qui sont aussi anciennes que la surface de la terre ; d'autres re'sultent de bouleversements qui pa- raissent avoir produit une partie des grandes inegalite's du globe , en brisant et soulevant les strates des roches ; telies sont en general les val- le'es des montagnes. En second lieu ? comme il est incontestable que la mer a recouvert entierement les continents , notamment a Fepoque oil le diluvium s'est forme 7 INTRODUCTION. 9 5 on peut supposer que des courants considerables et d'ime grande puissance ont produit une partie des effets que nous remarquons , lorsque la re- traite des eaux s'est ope're'e ; car les vallees sont quelquefois tenement larges et prolbndes , que les rivieres actuelles ne peuvent les avoir creu- se'es quelle qu'ait e'te' la dure'e de leur^action, et d'ailleurs il y en a beaucoup qui sont sans eau , principalement dans les terrains secondaires (i). Au reste , quelle que soit la cause qui ait pro- duit ces cavites, ell-es ont toutes e'te' sensiblement modiiie'es par les eaux depuis ieur origine. On designe sous le nom de valle'es longitudi- nales celles qui sont parallules a la direction des chaines de buttes 7 etsous le nom de transverseSj celles quicoupent ces memes chaines. La direction des chaines e'tant le plus souvent conforme a celle des couches qui les composent , les valle'es lon- gitudinales sont en gene'ral paralleles aux strates, et c'est le contraire pour les vallees transverses : ainsi une valle'e longitudinale qui serait piace'e pres du point de jonction de deux roches pour- rait offrir des rives de nature differcnle , sur- tout dans les terrains a couches fortement ineli- (i) Dans la craie , le calcaire de Caen > le forest -marble , 1'oolitlie inferkure , etc., etc. 96 TOPOGIUPHTE GEOGNOSTIQUE. nc'es ( voy. pi. 1 fig. 2 , la coupe de la valle'e tie la Guyne entre Vieux et Bully ) ; mais daii3 les valle'es transverses , les deux rives sontde na- ture semblable. Lameme cause qui a produit une grande partie des valle'es , a enleve' les strates supe'rieures des formations dans des espaces conside'rables , de sorte que les bancs infe'rieurs ont e'te mis a nu ; nous en trouvons la preuve dans certaines buttes isole'es , dont les couches paraissent avoir e'te' an- te'rieurement re'unies a d'autres fort eloigne'es 5 dans certains escarpements abruptes et dans les nombreux fragments entraine's loin des lieux oil ils se trouvaient d'abord fixe's. Cet enlevement d'un nombre plus ou moins considerable de couches est appele avec beaucoup de justesse denudation : on en voit a chaque pas des exemples dans le de'partement que nous allons de'crire. La surface des conches a e'te expose'e ( au moins partiellement ) plusieurs fois a faction des eaux agite'es , et il s'est fait des denudations a des e'poques Lres-anciennes 7 puisque nous trouvons dans les terrains de transition ( le con- gloraerat. du gres rouge ) , dans les terrains se- condares infe'rieurs ( le gres houiller et le red- marle ) ct dans plusieurs autrcs formations , un INTRODUCTION. 97 nombre considerable de debris d'autres roches ; mais les forces de'nudantes paraissent s'etre de'- ploye'es avec une nouvelle e'nergie a une e'poque plus rapproche'e de nous , et poste'rieurement a la consolidation de toutes les strates , corame nous allons le voir dans le chapitre suivant. G HAP IT RE VIII. Origine des dep&ts diluviens.— Blocs considerables de roches en- traines au milieu de ces depots , et quelquefois jusqu'au som- imt des montagnes. — Explication de ce phenomene. — Fossiles disperses dans le diluvium , etc, Une derniere inondation a recouvert toute la surface de noire plaoete d'un depot d'argile , de sable et de galets roule's , enleve's a toutes les stra- tes halayees par les eaux ; comme la catastrophe qui a produit ce depot parait plus que toute autre pouvoir etre rapporte'e au deluge, de Pe'criture ? on le designe sous le nom de diluvium, denomination qui a etc' d'autant plus facilement adopte'e , qu'elle serta distinguer ces debris de ceux qui out e'te' for- me's depuispar des causes locales encore existantes, et que l'on connait sous le nom d' alluvions (i). L'e'tude des terrains diluviens n'est pas sans ()) Quelques geologues appellent encore ainsi tous les terrains de transport indistinctement. 98 I TOPOGRAPHIE GEOGNOSTIQUE. interet ; leur quantite' pent dormer la mesure des forces qui out modifie' en dernier lieu la surface du globe , et leur distribution iudique la direc- tion des courants qui les ont entraine's. On trouve dans le diluvium des fragments de roches d'un poids considerable , se'pare's par de largcs valle'es des hauteurs d'ou ils ont e'te' deta- ches • cette derniere circonstance prouve e'videm- ment que les valle'es dontil s'agit n'ont e'te' creu- se'es qu'apres le transport de ces masses , ainsi que M. de Magneville vient de le de'montrer (1). Onpeut en efietsupposer qu'une force puissante, agissant sur elles 7 les a transporters oil nous les voyons aujourd'hui ; maisil est physiquement im- possible qu'elles aient franchi de grandes ine'galite's de terrain. Les ge'ologues porterent leur attention sur ce phe'nomene apres que Saussure eut re- marque' des blocs de roches primitives provenus des Alpes , sur le sommet de la chaine escarpe'e du Jura , se'pare'e des montagnes pre'ce'dentes par une large excavation , au milieu de laquelle se trouve le lac de Geneve ; leurs observations ont prouve' que le meme phe'nomene se trouve re'- pe'te' dans beaucoup d'autres contre'es sur une (1) Memoire sur les terrains de transport, 3«. vol. de la Societc Linneennc de Normandie. INTRODUCTION. 99 c'chelle moins vaste. On le voit aussi dans le Cal- vados oil nous trouvons sur le calcaire ooliti- que des blocs de gres rouge interme'diaire , a six lieues au moins des hauteurs d'oii ils ont e'te' arra die's. Les debris d'animaux terrestres disperse's dans le gravier diluvien ont appartenu a des especes dont quelques-unes se trouvent encore dans nos contre'es, d'autres habitent des climats eloignes , et d'autres enfin ont entierement disparu de la surface du globe : c'est probablement encore a la me me pe'- riode que l'on doit rapporter la plupart des breehes osseuses des cavernes(i) ; mais comme on n'en connaitpas de pareilles dans notre pays, nous nous contentons de renvoyer aux ouvrages publie's sur cctte matiere par deux savans du premier ordre, M. Buckland et M. Cuvier , a Pexcellent resume' sur les ossements fossiles donne' dans l'encyclo- pe'die me'tbodique par M. Huot , membre de la so- cie'te' d'histoire naturelle de Paris , ainsi qu'au me'moire de M. Marcel de Serres,sur les breches (i) Nous disons la plupart , parce que M. Buckland ayant trouve dans Jes cavernes d'Anglcterre des ossements qui parais- saient avoir ete ronges , il a suppose que ces cavernes avaienl etc long-temps habitees par des hyenes avant d'etre envahies par les eaux. La presence des ossements d'hyenes aupres des os ronges l'ont conduit a faire cctte supposition. IOO TOrOGRAPHIE GEOGNOSTIQUE. osseuses du midi de la France (Memoires de la soc. Linn, de Normandie , i re se'rie , tome IV ? p. 16.) chapitre IX. Des alluvions de la mer et des rivieres. — Aggregats a ciment cal- caire et a ciment ferrugineux. — Tufs, tourbes et forets en- fouies. II nous reste a dire un mot des alluvions qui sont le resultat de changements locaux survenus apres la grande catastrophe qui a forme' le dilu- vium , et dont les causes agissent encore aujour- d'hui. Les agents atmosphe'riques qui tendent chaque jour a decomposer lesroches , doiventsans doute etre compte's au nombre de ces causes ; mais la pluspuissante d'entreelles est Taction exerce'epar les eaux. La mer mine chaque jour les falaises qui l'eiwironnent ? et les debris qui en re'sultent remanies par Jes courants litioraux ? forment des de'pols et de nouvellcs terres sur les points oil les eaux sont plus tranquilles. Ce phe'nomene est surtout remarquable le long du rivage occi- dental du dcpartement de la Manche ou pres- que Lous les petits golfes sont remplis de sables qui augmentcnt sensiblement et font reculer la INTRODUCTION. IO* mer en allongeant la plage. Les rivieres produi- sent aussi des effets analogues : eiles recoivent des eaux charge'es de particules enleve'es au sol qu'elles ont parcouru et de'posent ensuite ces matieres lorsque leur eours devient moins rapide pres de leur embouchure. Les alluvions se composent principalement de galets roule's, de sables , et d'argile ; il est rare que ces materiaux forment des masses solides } cepen- dant dans certaines circonstances le sable s'agglu- tine sur le bord de la mer et devient une espece de gres quelquefois cimente' par un sue caleaire (Ber- nieres , Calvados ) ( i). Les tufs ou incrustations calcaires forment aussi des roches fort dures dans le Calvados , en Angle- terre , en Allemagne , en Italie et ailleurs. Enfmles tourbes quise trouvent dans la plupart denos marais etles forets enfouiesqui existent le long des cotes de Normandie et d'Angleterre , dans les anses a l'embouchure de nos rivieres , et dans des vallees assez e'loigne'es de la mer , doivent encore etre rapporte'es aux terrains d'alluvion. Telles sont les ge'ne'ralite's bien incompletes sans doute que nous avons cru devoir pre'scnter dans (0 On trouve une rociie a peu pres semblable sur les c6tes te toujours dans une argile d'un jaune plus ou moins fonce. — Le depot diluvien parait souvent resulter des debris des roches iu- ferieures restes en place. — Exceptions a cette regie. — Epais- seur. — Mineraux contcnus. — Fossiles. — Usages. Ainsi que nous l'avons dit dans notre introduc- tion ( page (j() ) j le diluvium consisle dans un de DU d£p t . DU CALVADOS. J 55 pot de cailloux roule's , de gravier 7 de sable , de silex et d'argile. Quoique ces matieres soient confuse'ment de- pose'es dans certains lieux , elles pre'sentent en ge'ne'ral des modifications subordonne'es a la na- ture des couches solides qui les supportent , et les fragments de celles - ci dominent sur ceux des roches plus e'loigne'es (i) ; ainsi sur les pliyl- lades et les grauwackes nous trouvons des terres plus argilleuses que sableuses , ge'ne'ralement ie'- geres , de couleur grise 1 et remplies des debris schisteux des couches infe'rieures. Quelques galets quartzeux seulementy sont disse'mine's. Au-dessus de l'ancien gres rouge et au-dessus du gres bigarre' , ce sont des graviers et des sables quartzeux provenus de la trituration de ces memes gres. Sur les granites on voit un sediment forme' en grande parlie de la decomposition du felspalh , et dans lequei on remarque des cristaux de quartz et de mica qui avaient fait partie de la roche : quelquefois meme les cristaux de felspath sont en- core reconnaissables , quoique en partie de'com- pose's. (l) C'est ce qui fait que l'influence de la nature mineralogique du sol sur la vegetation n'est pas tuujours detruite par le terrain meuble qui le reconvre , ce dernier se trouvant presque toujours en gratidc partie forme aux depens des roches inl'eiieurts. I 56 TOPOGRAPHIE GEOGNOSTIQUE An- dessus des roches calcaires , quel que soit leur niveau ge'ologique 7 j'ai presque toujours trouve' une argile d'un jauue plus ou moins fonce', tirant sur le rouge , facile a distinguer de tous les sediments qui recouvrent les couches non cal- caires. Soit que ces argiles reposent sur le Lias , sur l'oolithe infe'rieure ) le calcaire deCaen , le forest marble , r Ox ford- clay, le coral-rag ou sur la craie, elles pre'sentent des diffe'rences dans l'inten- site de leur couleur et dans leur compacite' , etc. D'lin autre cote'les silexqui s'j trouvent disse'mi- ne's sont en ge'neral analogues a ceux que ren- ferment les couches calcaires imme'diatement in- fo rieu res. Un autre motif assez puissant me porte a croire que les silex re'pandus a la surface des diflerents calcaires secondaires n'ont e'prouve qu'un le'ger de'rangement , c'est que , si Fori ex- cepte ceux de la craie qui paraissent avoir e'te' plus tourmente's que les autres , ces silex ont conserve leurs angles et meme leur forme tabulaire , au- dessus du calcaire de Caen et du forest marble (landesde Saint-Laurent , de Vierville etdeColle- ville-sur-mer , mont d'Eraines , etc. ). II semblerait done que les sediments diluv ; ens resultenten grande partie des de'bris des couches qu'ils recouvrent , reste's en place j cepmdant DU DEPi. du CALVADOS. IO7 (Tune part des silex brise's re'pandus dans le dilu- vium des roches interme'diaires ( Ouilly-le Basset , ie Detroit , Pierrefitte , St.-Clair-la-Pomeraye , etc. ) , de I'autre des sables et des galets roule's quartzeux transported assez loin des roches pre- cedentes dans le diluvium des terrains calcaires \ ( environs de Bajeux , Landes de Criqueville , Lethanvilie , ete. ) prouventque des courants out entraine' hors de leur zone, des debris provenus de unTJrenles roehes. Ilfautmeme supposer que ces courants ont ete doue's d'une force eonside'rable , puisque nous trouvons de gros blocs de quartz grenu au-dessus du. forest marble dans les com- munes de l'Ebisey , Saint - Aubin - d'Arquenay et autres 7 asix lieues au moins des roches d'oii ces fragments ont e'te' detaches ( voyez Tintroduc- tion , p. 99. ) Quoi qiwl en soit, sauf un certain nombre d'ex- ceptions , les galets quartzeux qui se trouvent au- dessus de la formation oolilhique , sont d'un petit volume et en petite quantite' , aussi bien que les silex qui ont e'te' transported dans les terrains se- condares infe'rieurs et dans les terrains interme'- diaires. Considere ge'ne'ralement d'apres ce qui pre'- cedc 7 l'atterrissement diluvien peut etre divise' en deux : d'une part le diluvium des terrains calcaires I 38 TOPOGRAPHTE CEQGNOSTIQUE. ( sur la craieet les formations oolithiques ), com- pose d'une argile dont la couleur varie et qui ren- ferme des silex analogues a ceux des couches so- ndes imme'dlatement infe'rieurs et quelques frag- ments de quartz ; de 1'autre le diluvium des ter- rains non calcaires ( roches de transition et red marie ) compose' d'argiles dont la couleur varie , de sables jaunes plus ou moins fins et de galets quarlzeux parmi lesquels on rencontre acciden- tellement quelques fragments de silex d'une petite dimension. Com me il me parait plus naturel de decrire les principales varie'te's du diluvium et leur e'temlue en traitant des terrains qu'elles recouvrent et aux de'pens desquels elles se sont forme'es , je me borne pour le moment aux ge'ne'ralite's pre'cedentes. Epaisseur. L'e'paisseur du de'pot diluvien est extremement variable ; elle m'a paru de'pendrc de plusieurs causes locales dont la principale con- siste sans doute dans la facilite' plus ou moins grande , avec laquelle les roches se sont laisse'es attaquer et dans l'accumulation des se'diments ope're'e par les eaux sur certains points. Sur la craie le diluvium a souvent plus de 5o ou Gopieds d'e'paisseur.Le sable de Bajeux , soit qu'il repose surPoolitheinferieure et le lias, I'ar- gile de Port-en-Bessin , ou sur le gres bigarre' , DU DEP T . DU CALVADOS. 1 3p, n'a pas moins de 5o ou 4o pieds ? dans beaucoup de localites. Sur le calcaire de Caen et le forest marble , l'epaisseur des argiles a silex n'estsouvent que d"un ou trois pieds et n'excede guere 20 pieds (1). Un fait assez remarquable dans la distribution du diluvium des terrains calcaires et qui ne peut etre passe' sous silence , c'est qu'il parait s'tHre accumule sur quelques plateaux e'leve's ; ainsi il est fort e'pais sur les confins de l'oolite infe'neure, pres de l'aneien rivage du bassin secondaire ; sur les buttes forme'es par la grande oolite etlamarne de Port-en-Bessin , qui longent les cotes de i'ar- rondissement de Bajeux ; enfin sur les e'minences $ Oxford- clay qui bornent a l'est la grande oolite et le forest- marble. Mineraux contenus. Le fer oxide' hydrate qui constitue une grande partie des minerais con- nus sous le 110m de fers d'alluvion se troiwe , mais en petite quantite , dans le diluvium du Cal- vados. II sert de ciment a des breches forme'es de fragments de silex et que l'on voit par blocs (1) C'est principalement sur le bord des vallces qn'on pcut juger de l'epaisseur du diluvium ( voyez les coupes donnees dans le troisieme volume de la socielc Linneenne , pi. 2 e j , l'excava- tion de celloF-ci etant posleiiture a l'alttnissemen* uiluvien ct l'ayant inlcnoinpu. l/fO TOPOGRAPHIE GEOGNOSTtQUE. a la surface du sol sur presque tous les terrains secondares, et aux poudingues de galets de quartz grenu qui forment quelquefois une erouie peu epaisse au-dessus du'gres bigarre' ( Cartigny, Ber- nesq , Lison. ) Fossiles. Outre quelques coquilles silicfftees des roches inferieures , nous trouvons dans le di- luvium des debris de quadrupede?. Le museum d'hisloire naUirelle de Caen possede une dentd'e'le- pliant fossile decouverte a Villers - sur - mer avec trois autres dents semblables(r); et dernierement M. Le Grand , correspondant de la socie'te' Lin- ne'enne a Saint-Pierre - sur-Dives , a observe' au milieu des graviers diluviens de la valle'e de Cor- bon , des morceaux d'ivoire fossile dans nn c'tat assez remarquable de decomposition. On a aussi trouve' quelques ossements dans les argiles dilu- viennes , mais ils ont e'te' dispersed avant d'avoir e'te' soumis a l'examen des naturalistes ; on sup- (1) Les dents de Mammouth dont nous parlons, furent trou- vees il y a quelques annees avec une portion de la maclioire de l'animal , par le sieur Bloche „ pecheur a V filers - sur - mer , qui depuis long-temps recueille les fossiles de cette localite et en fait commerce. Elles etaient engagees dans les argiles diluviennes qui supportent le sable des dunes le long d<^ la coteplate situee cntre Villers et Benerville, et elles avaient ele mises a nu par un coup de mer. MM.G. Prevost , Ueslongchamps , et Tesson pos- sedent cliacun une de ces dents fossiles. \ DU DEP T . DU CALVADOS. l4 l pose qu'ils avaient appartenu a des boeufs. Usages. Les silex de la craie forment des bancs considerables que Ton exploite pour Pentretien des routes dans toute l'e'tendue de ce terrain et sur quelques points de V Oxford clay oil ils sont accumule's ( Bavent , Saint - Pair , etc. ). On ex- ploite pour le meme usage les silex tabulaires dis- se'mine's clans Pargile qui recouvrela grande oolite entre Bretteviile et Bayeux , et pres de Saint-Lau- rent en Besb' : les galets roule's quartzeux four- nissent aussi cPexcellents mate'riaux pour Pentre- tien des routes. chapitke V. Argiles } gres et sables superieurs a la craie. Argiles et gres superieurs au calcaire ooli- tique. Considerations sur le diluvium. — Une partie de ce dep&l pour- rait , dans quelques localites etre aussi ancienne que plusieurs rocbes tertiaires. — Description de l'argile piastique , des saldes et des gres superieurs a la craie, — Leur epaisseur. — Usages auxquels on les emploie. — Description des argiles et des gres superieurs auxcalcaires oolitiques. — Fossiles. — Usages. — Diffi- culty de determiner exactement l'age des terrains decrits dans ce chapitre. II est possible , ce me semble , qu'une partie des depots repute's diluviens soit aussi ancienne l4^ TOPOCRAPHIE GEOGNOSTIOUE. que plusieurs roches tertiaires ou meme secon- dares. Parexemple pendant que Pargfle plastique et le caleaire grossier se de'posaient sur la craie dans une localite' , dans d'autres oil cette der- nierc rocbe n'avait point e'te' recouverte , les eaux commencaient de'ja a user et a decomposer ses couches , et formaient les premiers se'dimens du depot que nous voyons a sa surface. Aunee'po- que plus ancienne encore , elles pouvaient pro- duire le meme efFet sur le caleaire oolitique ou sur un autre systeme. Ainsi le diluvium serait , dans certains lieux , compose' de se'dimens de dilTe'rens ages , tellement arnalgames ensemble 7 qu'ils ne paraissent en former qu'un seul. Cette supposition devient tres-probable quand on voit i'atte'rissement diluvien se lier intimement a des terrains qui paraitraient appartenir a une e'poque plus ancienne , et que je vais de'erire brievement dans ce chapitre (i). On trouve de place en place au - dessus de la craie une espece d'argile plastique (a) , des sables, des gres plus ou moins durs ? auxquels succedent (i) Quoique ces terrains se confondent avec le diluvium de telle sorte qu'ilest impossible de les en separer, j'ai cru devoir Its decrire dans un chapitre particulier. (2) En employant cette denomination je ne veux pas dire que cette argile soit du meme age que l'argile plastique infericure au caleaire grossier. DU DEP T . DU CALV4D0S. 1 45 ties silex tasse's les uns sur les autrcs. L'argile superieure a la craie est tres-onc- tueuse , quelquefois micace'e ; elle se divise sou- vent en deux parties , Tune supe'rieure , blancha- tre , grise ou jaunatre( Courtonne , la Boessiere, Predauge ) , l'autre infe'rieure , verdatre , un pen snbleuse et moins onctneuse que la pre'ce'dente , dont elle est quelquefois se'pare'e par une petite couehe de sable ( Predauge). Les nuances Man- cluUre et verdatre sont fre'quemment marbre'es de jaune et de rouge. On trouve presque constam- ment dans cette argile , principalement dans les pariies basses , une multitude de silex pyroma- ques , semblables a ceux qu'on exploite dans le di- luvium de la craie , pour Pentrelien des routes 7 mais avec cette difference que leur surface est le plus souvent passe'e a PetaA de cacholong, et tend a se decomposer. Le gres supe'rieur a la craie ( Cernay 7 Li- varot , etc. ) se compose de grains siliceux assez fins plus ou moins solidement re'unis par un ci- ment de meme nature. II est de couleur blanche ou jaunatre ; il pre'sente quelquefois une stratifi- cation re'guliere et des couches a peu pres hori- zontales ( Saint-Laurent-des-Gres , Eure ) , mais le plus souvent il ne forme que des masses tanlot isolees , tanlut realties par groupes et comme cn- i 1 1 44 TOPOGRAPHIE GEOGNOSTIQUE fouies dans le sediment diluvien on dans l'argile plastique que je viens de de'erire. 11 renferme as- sezsouventcomme elle des silexpyromaques sem- blables a ceux qui se rencontrentdans la craie (i), ( Friar del , Orbec ? Fervaques , etc. ). Le sable siliceux superieur a la craie ( en- virons d'Orbec) parait.contemporc.in du gres pre- ce'dent et son gisement est le meme ; les grains en sont ge'ne'ralement milliaires et de couleur jaune ; quelquefois il prend une teinte verdatre corame l'argile plastique avec la quelle il alter nc dans quelques localite's ( Pre'dauge). Fossiles. Les trois terrains pre'ee'dens ne m'ont pre'senle' d'autres fossiles que des oursins Spatan- gues silicifie's provenus selon toute apparence de la craie infe'rieure ; mais les oiwriers m'ont assure qu'ils trouvaient plusieurs coquilles dans le gres de Saint - Laurent (2). Je n'ai pas vu de lignites dans l'argile ni dans le sable. Epaisseur et e'tendue. Chacun de ces terrains n'a pas plus de six ou huit metres d'e'paisseur ; il est difficile d'en de'terminer l'e'tendue d'une ma- niere precise ? vu qu'ils n'apportent pas de modi- (1) Lorsque le gres presente un certain nombre de couches , comme a Saint-Laurent-des-Gres , sur la lisiere du departement de l'Eure et a Cernay (Calvados) , les silex ne se Irouvcnt gueres que dans la partie iofe>ieure. (2) Je suppose qu'dles sont identiques avec ccllcs de la craie. t>U DEPt. DU CALVADOS. l4~> fications sensibles dans la configuration des pla- teaux et que d'ailleurs ils se confondent avec le diluvium de la craie ; cependant celui-ci parait les recouvrir assez generate m en t. Usages. L'argile est employee a faire de la po^- terie et a de'graisser les frocs. Le premier genre d'industrie est en activite' a Saint-Oe'sir, Pre'dauge, et Manerbe ; les produits en sont connus en Basse- Normandie sous le nom de poterie de Lisieux.. Ce sont principalement les argiles jaunes et blan- chatres qui servent a cet usage. Les couches ver- datres sont plus pariiculierement exploiters pour les to ulcus (i). Le gres se pique au marteau comme le granite. On en fabrique un grand nombre de bornes , de piliers pour suspendre les barrieres , de marches d'escalier, etc. (2) ; il sert aussi a paver les rues de Lisieux 7 d'Orbec et de Fervaques. Le sable n'est gueres employe' qu'a faire du mortier. Argiles , gres et sables superieurs au cal- caire oolitique. Dans une autre partie du de'- (i)Les fabricans de Lisieux tirent leur terreafoulon de la Boes- siere et de Courtonne ; ceux de Bernay la prenncnt au Plauquai , ( Lure ) , tout pres de Courtonne. (a) Les principals exploitations sont a Saint-Laurent-des-Gres et a Broglie sur la lisiere du departement de 1'Eure et a Boscre- neult sur Its confine du departement de 1'Orne ; on vient d'en etablir uut i» Gernay dans lc Calvados. 1 46 TOPOGRAPHIE G^OGNOSTIQUE. partement , ties terrains apeu pies analogues aux precedents se trouvent associe's avec le diluvium , aii- dessus du calcaire oolithique. Ainsi , les argiles rougeatres on jaunatres qui recouvrent le lias , l'oolithe inf e'rieure et la grande oolithe 7 deviennent assez souvent plastiques et ressemblent a celles que nous venous de voir sur la craie , excepte' que les silex qu'elles contiennent en grande quantite' sont semblables a ceux du cal- caire oolithique ( oolithe infe'rieure et grande ooli- the). Ontrouve aussi dans quelques localite's , au milieu de ces argiles , des gres qui ont assez d'ana- logie avec ceux d'Orbec (i). A Saint-Laurent-de-Condelles, Boulon , Fres- nay-le-Puceux, Barbery, etc. ? etc. , ces gres sont re'pandus a la surface du sol par blocs tantot ex- tremement compactes , tantot d'nn tissu lache ter* reux , et dont la surface offre des rapports plus ou moins eloigne's avec le quartz nectique. Parmi ces blocs on en voit qui ressemblent beaucoup au quartz grenu , et quelques - uns pre'sentent au premier coup - d'ceil tant d'analogie de structure avec certains gres quartzeux feldspathiques du terrain intermediaire qu'on les croirait forme's de (i) Le gres superieur au calcaire oolithique differe cependant dc celui qui recouvre la craie, en ce qu'il se rapproclie beaucoup plus du silex dont il prend souvent la cassure, et dout il ne parait qu'iine maniere d'etre. DU DEP T . DU CALVADOS. i-4 7 sables provenus de la decomposition de ceus»-ci, reaggreges et cimente's par un sue siliceux. Dans presque tous ces gres on remarque des noyaux de silex pyromaque qui se fondent dans la masse par des nuances insensibles. Au-dessus de la grande oolithe , dansles landes de Saint- Agnan-de-Crasmenil (route de Falaise a Caen ) , le raeme gres se pre'sente 7 soit en cou- ches peu suivies plus ou moins fissiles , un pen incline'es en sens divers , et interstratifie'es avec une argile rougeatre passant au brun marron qui a pe'ne'lre' dans les cavite's de la roche , soit en plaquettes tasse'es les unes sur les autres et entre- mele'es d'argile. II y est un peu caverneux , jauna- tre , souvent terreux et pe'netre' de noyaux et de veinules de silex ou de matiere quartzeuse. II a beaucoup de tendance a passer au silex et quelque rapport avec le quartz molaire. Dans cette loca- lite' et dans les autres oil je l'ai trouve' au-dessus de la grande oolithe , il ne forme pas de blocs , comme au - dessus du lias et de l'oolithe infe'- rieure (1). En examinant les r silex tabulaires disse'mJnes dans l'argile qui recouvre sur plusieurs points le (1) M. de la Beche , trompe sans doute par un examen trop ra- pidi: , a rapporte Ic gres de Saint-Agnan a l'ancien ^r«9 rouge old red sandstone. V. son memoirc. 1 4^ TOPOGRAPHS GEOGNOSTIQUE Jorest marble et la grande oolithe , notamment dans les landes de Saint- Laurent et de Vierville 1 on serait tente' de les rapprocher de ceux de Saint- Agnan ; ne'anmoins une partie d'entre eux parait provenir de la decomposition des couches cal- caires immediate men t infe'rieurcs qui en con- tiennent beaucoup ( i ) . Usages. Presque toutes les maisons de Saint- Agnan et du hameau de Lorguichon sur la route de Falaise a Caen y sont baties a.vec. le gres sup.e- rieur au calcaire oolithique ; il n'est gueres em- ploye' qu'a reparer les routes dans, les autreslieux oil il existe. Fossiles. Ce n'est pas sans e'tonnement que dans les blocs de gres quartzcux de la foret de Cinglais j'ai reconnu des coquilles identiques avec celles que renferment les couches calcaires imme'- diatement infe'rieures (a). En eflfet , comment ex- pliquer la presence de fossiles de me me espece dans des roches presume'esd'un age aussi different. Dira-t-on que les masses de gres ont e'te' de'ta- (1) Le sable quartzeux qui recouvre le lias et 1'oolithe infe- rieure dans l'arrondissement de Bayeux pourrait encore etre compare acelui qui est associe au diluvium de la craie. (2) Plnsieurs terebratules , un peigno tres - caracteristique de la partig inferieure de 1'oolithe ( 1« pecten eorneus? ), une avicule et quelques petites coquilles bivalves ; au reste , les fossiles ne sont pas tres-nomibreux ni tres-varies dans ce gres. BU DEP T . DU CALVADOS. 1 49 che'es des bancs calcaires qui les supportent? Mais ces bancs n'en contiennent point d'aussi volumi- neuses j et d'ailleurs nous avons vu le gres en couches dans la bruyere de Saint-Agnan. Admettra t-on que les coquilles des terrains se- condaries ont continue de vivre a la surface de ceux - ci 7 lorsqu'ils n'ont pas e'te' recouverts par des formations plus modernes , tandis que dans d'autres contre'es des coquilles d'une espece clifFe- rente habilaient des terrains plus nouveaux ? Ou bien que des concretions quartzeuses dont la for- mation aurait suivi imme'diatement celle des cou- ches calcaires, ont e'te' poste'rieurement disperse'es dans l'argile diluvienne ? Enfin croira -t-on que ces blocs de gres et les argiies qui les accompagnent sont le re'sultat de re'sidus beaucoup plus anciens qu'on ne le sup - pose ge'ne'ralement, et que le diluvium appartient a plusieurs e'poques r an lieu d'appartenir a une seule comme on l'a cru jusqu'ici ? Cette derniere opinion serait pent - etre pre'fe'rable aux autres , mais je n'ose l'adopter avant de la voir partage'e par quelque ge'ologue plus capable que moi de la discuter. En admettant celte hypothese , les argiies soi-disant diluviennes seraient presqu'aussi anciennes que chacune des roches qu'clles re- l5o T0P0GRAPHIE GEOGHOSTIQUE. couvrent : leur age varierait comme celui de ces roches , et leur origine se rattacherait a des cir- constances qui nous sont inconnues aujourd'hui ; le gres d'Orbec se serait forme a peu pres a la meme epoque que la craie ou que l'argile plas- lique , et le gres de Ginglais peu de temps apres le calcaire oolithique. { On voit que dans Te'tat actuel de nos connais- sances il n'est pas encore possible de determiner exactement l'age des terrains que nous avons exa- mines dans ce chapitre 7 et que nous sommes re'- duit a des conjectures. Nous espeions que M. A.. Passy , qui en a fait une etude particuliere dans un autre de'partement donnera bientot sur eux des notions plus com- pletes. TERRAINS SECONDAIRES. Chapitre VI. Observations generates sur les terrains se- condares superieurs et moyens. Depuis la craie inclusivement jusqu'au red- marie , on trouve une serie de depots calcaires DU DEP T . DU CALVADOS. 131 plus oil moins coquilliers , souvent oolitiques ( i ) , qui alternent avec d'autres depots de mames argileuses contenant ordinairement des couches de calcaire marneux ; ces terrains sont ge'ne'ra- lement blancs , jaunatres ou bleuatres ; chacun d'eux forme le plus souvent , en se montrant a la surface du sol , un ressaut , ou une sorte d'on- dulation plus ou moins forte qui permet d'en re- connaitre Pe'tendue ; mais quoique pris en ge'- ne'ral 1 ces diffe'rents sjstemes paraissent dis- tincts j il n'est pas toujours possible d'apercevoir leurs points de jonclion ; ils empielent les uns sur les autres, se lient par des nuances insensibles , et l'on peut croire qu'iis se sont de'pose's presque sans interruption (2). On concoit de'ja qu'ii est assez difficile de pre- ciser les limites des formations et de fixer la veritable signification de ce mot ; aussi ne doit-011 pas j attacher trop d'importanee , car les divisions (1) On saitque les oolithes sont depetites concretions arrondies repandues en enorme quantite dans la pate de certaines roches secondaires. (2) A la verite on voit qnelquefois a la limite de deux series , par exemple lorsqu'un depot argileux vient s'asseoir sur un banc calcaire , que la surface de celui-ci parait avoir ete usee par les eaux ; mais si Ton suit le prolongement des couches , on voit bientot les deux depots se lier intimement ensemble , et l'on ne tarde pas a se convaincre que ces repos apparent sont dusa dc* circonstances locales. 1D.I TOPOGRAPHIE GEOGNOSTIQUE. sont souvent artificielles et adoptees pour sou- lager la me'moire , plutot que pour exprlmer ab- soluraent ce que nous voyons dans la nature. Neanmoins nous suivrons toujours les classifica- tions e'tablies dans la se'rie des terrains secondares, et nous indiquerons , toutes les subdivisions que rexamen des roclies nous a permis de reconnai- tre. Chapitre VII. De la craie et dti gres vert. Des differens systemes de cette formation reconnus en Angle- terre. — La craie dn Calvados est intimement lice au green-sand. — Ses caracteres. — Ses fossiles. — Son elendue. — Son epais- seur. — Usages auxquels on 1'emploie. — Terrains de transport superieurs a la craie. — Agriculture. — Phenomenes des sources. Avant de decrire la craie et le gres vert du Calvados , il est indispensable de rappeler de quelle maniere ces terrains se presentent dans une contre'e oil ils ont pris un grand de'veloppement et oil des observations re'pe'te'es ont jete beaucoup de jour sur leur liistoire. Les ge'ologues anglais ont divise' la craie et le gies vert de la maniere suivante ? d'apres la sue- DU DEPt. DU CALVADOS. I 55 cession cles diflerens systemes qu'ils ont remarque's dans leur pays, 1 °.Lacraie proprement dite avec silex (chalk); 2 . Les marnes crayeuses ( chalk - marie ) ; 5°, La craie chlorite'e ( upper green- sand) ; 4°. Argile bleue subordonne'e a la craie clilo- ritce ( gault ) (i) ; 5°. Gres vert ou craie chlorite'e infe'rieure ( lower green^sand ) , Vient ensuitele weald- clay , argile qui se'pare le gres vert du gres fer- rugineux ( iron- sand ). Nous n'avons point chez nous cette argile ap- pele'e gault , qui 7 en Angleterre , se'pare la craie chlorite'e en deux parties } et la craie supe'rieure n'existe que dans certaines places oil il n'est pas facile de la disdnguer du chalk -marie. D'un autre cote' 9 celle-ci et la craie chlorite'e ( green- sand J passent de l'une a l'autre et n'offrent pas de limites bien tranche'es ; leur dilTe'rence parait souvent consister dans la pre'sence et dans Fab- sence de ces grains verts qui se montrent et disparaissent tout-a-coup , sans qu'il soit possible de supposer des niveaux diffe'rents. Cependant , (l)Cette argile ne parait pas s'etre developpee par toutel'Angle- terre, et ce n'est que depuis peu que M. Markinson a annonce , dans un memoire sur 1'extremite N. O. du conite de Sussex, que le green-sand etait separe en deux par le gault. I 54 TOPOGRAPIIIE GEOGNOSTIQUE comme en general la chlorite est beaucoup plus rare dans les couches supe'rieures que dans les couches infe'rieures de la craie du Calvados , on peut y reconnaitre plusieurs systemes ; mais , je le re'pete , ces sjstemes n'ont pas de se'paration visible et sont loin de se distinguer comme dans ie Maine , le sud-ouest de la France et l'Angle- terre. La craie blanche (chalk ) est si bien connue , que je ne ferai qu'en rappeler sommairement les caracteres. Elle consiste dans des masses calcaircs tViui tissu lache , tachantes , et qui se laissent traverser par l'eau ; ces massifs se divisent or- dinairement en couches plus ou moins e'paisses , et horizontales ; mais souvent aussi les strates en sent a peine apparenles ; des silex noirs ou bruns y forment des cordons horizontaux a des espaces plus ou moins rapproche's. La craie marneuse ( chalk-marle ) est d'un blanc-jaunatre ? lorsqu'elle ne contient pas de chlorite ; elle renferme une quantite' notable d'ar- gile et un peu de silice ; les silex n'y sont pas a beaucoup pres aussi nombreux que dans la craie snperieure ; plus opaques , jaunatres , gris ou blanchatres , leur cassure n'est pas aussi franche- ment concoide ; en general ils y sont tne'ga- DU DEP T . DU CALVADOS. 1 55 lenient distribues , et ties espaces considerables en sont de'pourvus. Les marnes crayeuses sent tres-ahondantes dans les arrondissemens de Li- sieux et de Pont-1'Evecrue. La cvaie chloritee ( green-sand ) differe de la craie marneuse par la presence de la chlorite ; ces grains verts out tantot la grosseur des oolites et sont comme elles dibse'mine's dans la roehe ; tantot ils sont moins gros , plus intimement com- bine's avec elle , et lui donnent une teinte uni- f orme'ment verdatre. Les silex opaques , de cou- leur grise ou jaunatre et micace's 7 re'pandus en grand nombre dans de la craie infe'rieure , se rapprochent beaucoup de la texture du gres(i). La craie chlorite'e elle - meme contient du mica et devient tres-siliceuse dans sa partie info- ricure. Elle se change en un sable siliceo-calcaire Ires-fin , dont la eouleur est blanchatre jaunatre ou verdatre. C'est principalement pres des li- niites infe'rieures de la formation 7 sur le bord des hauteurs qui dorainent la vaste plaine tlu calcaire oolitique ( Environs de Dozule' 7 hauteurs de Clermont , de Quevrue ? de Mont-Pineon , etc. ) , que l'on peut observer les sables dugree7i- (i) J'aiaiissi trouve dans la craie sableiise des rnvirons de Li- sieux, de Caiubieuier , elc. , des silex poreux tres-legers. I 56 TOPOGRAPHIE GEOGNOSTIQUE. sand clans lout leur de'velopement ; les marnes crayeuses se trouvent en general plus loin vers Test. Au-dessous des couches sableuses du green- sand , et imme'diatement au-dessus des formations infcfrieures ( l'argile de Hontleur , le coral-rag i etc. ) 7 j'ai troiwe' presque constamment un sable terreux d'un vert tres-fonce' qui se distingue tou jours nettement des autres. Si l'on voulait ab- solument comparer nos terrains avec ceux de l'Angleterre , peut-etre le sable vert , dont je parle , pourrait-il etre regarde' com me analogue au Lower green sand, Quoiqu'il en soit 7 cette couche remarquable , par sa couleur 7 n'a pas moins de 4o pieds d'e'paisseur a Canapvi!le,aux Authieux, a St.-Julien-le-Faucon, etc. ; elle se voit aussi au- dessus de l'argile de Hontleur et des sables de Glos , le long des rives de la Touque et de la Calone 7 et dans presque toutes les valle'es des arrondissemens de Lisieux et de Pont-l'Eveque , dont le fond est a un niveau plus bas que la craie ; on la trouve me me sur quelques plateaux d'oii ce dernier terrain a e'te' enleve ( environs de Cam- bremer ? etc. , etc ). (1) J'ai vn quelques strates argileuses entre le sable terreux et dun vert fonc c , dont il est ici question ; mais je ne leur ai point trouve les oaracteres du Cauit , qui en Angleterre separe le lower green-sand do /'upper green-sand. DU DEPt. DU CALVADOS. l57 Mineraux contenus. Les silex tuberculeux ou geodiques ,, dont il a deja e'te question , sont presque lesseuls mine'ranx contenus dans la craie ; j'y ai vu aussi du fer oxide' sous la forme de pous- siere ocrace'e , et quelques pyrites d'un petit volume. Fossiles. On peut recueillir un assez grand nombre de fossiles dans la craie cblorite'e ; on en trouve moins dans la craie marneuse ; les especes suivantes proviennent presque toutes des assises infe'rieures , de celles qui couronnent les falaises entre Di\es et Trouville. Belemnites , Ammonites monile , Sow. 7 Nautilus undulatus 9 Sow. , Serpularia 7 J) en ta Hum , Vermicularia , Pec ten obliquus , P. quinque costatus , Sow. , P. asper , Sow., Catillus Cuvieri , Tercbratula biplicata , Ostrea pectinata , O. carinata , Inoceramus mytiloides , Trochus , Pentacrinites , CAcla- rites , Spatajigus levis , etc. , etc. On y trouve aussi des dents de Squales etun crustace' qui vient d'etre de'crit par M. Deslongs- cbamps (i). Les Alcyons sont tres-communs dans la craie (i) Ce crustace avait deja ete trouve par M. de la Bt-che , dans le greei\-snnd d'A'ngl< lene, et figure dans le premier vulumede la Societi' geologique de Londres ( 2». serie ). I 58 TOPOGRAPHIE GEOGNOST1QUE infc'ricure ; ils y sont transformed en silcx ; les ims ne presenter! t pas d'organisation visible , d'autres composes d'un faisceau de tubes qui s'e'levent en divergeant , ressemblent a une espece de coupe (Conibeare, p. 76 ). Y? Alhiro costata de Lamouroux , si remarquable par sa forme bizarre et si commun dans la craie chlorilee du Calvados est , comme les prece'dents ? compose' d'un faisceau de tubes , formant un tissu re'licu— laire ( voyez les transactions geologiques de Londres , t. 1 7 s e . se'rie , pi. 9 ). De peur de ne donner qu'une ide'e imparfaite du nom- bre des especes et de I'organisation des fossiles de la craie , nous renvoyons aux ouvrages qui sY'n sont le plus specialemcnt occupe's (1) , et au catalogue des fossiles du Calvados , par M. Deslongcliamps. Etendue. La craie qui , comme l'on salt , occupe une grande partie de la Champagne y de Pile de France , de l'Orle'anais et de la Norman- die orientale ( Eure et Seine-Infu'rieure ) 7 vient s'arreter dans le Calvados , au sommet des buttes qui bordent la rive droite de la Dive ; elle re- coil vre presque tons les plateaux un peu e'leve's des arrondissements de Pont-PEveque et de Li- (0 MM. Parkinson , organic , remains.— Sowerby , mineral, eonehology , etc,, ; etc. DU DEP T . DU CALVADOS. 1 Ji} sieux , elle couronne les plus hautes falaises du departement qui se trouvent entre Dives et Hon- ileur 7 et se prolonge ensuite a peu pres en droite ligne da nord au sud , dans le departement de l'Orne , sans passer sur la rive gauche de la Dive(i). Epaisseur, La craie ne m'a pas para dans le Calvados atteindre plus de 200 ou 3oo pieds d'e- paisseur , mais elle n'a gueres que 100 pieds vers Fouest en approchant de ses bords, Comme les valle'es du pays d'Auge sont presque toutes fort larges et profondes , elles apportent des interruptions conside'rables dans les assises crayeuses , et certaines pentes laissent apercevoir jusqu'a quatre systemes diflerents au-dcssous de ce terrain. Usages. La craie fournit des pierres de laille qui out le defaut d'etre trop tendres et de se de- liter a la gelce ; on s'en sert cependant pour les constructions a Lisieux , a Pont-FEveque 7 a Or- bec , a Dozule , etc. , etc On en iabrique aussi de la cliaux d'une qualile' infe'rieure a celle qui est (1) II serait possible que des bancs de craie eussent existe an- ciennement sur les buttns de Bavent , de Troarn , de Janville, etc., ou 1'cm trouve une quantite considerable de silcx , mais c ela est trfcs-douteux. i5 l60 TOPOGRAPHIE GEO,G»tfOSTIQUE faite avec le coral-rag et les autres calcaires de la formation oolithique. Mais les marnes de la craie sont d'une grande utilite pour Pamendement des terres , et dans toutes les contre'es oil elles existent on perce des puits plus ou moinsprofonds pour les exploiter( i ). Dans le Calvados et dans l'Eure le marnage des terres a lieu tous les 12 , i5 , 20 ou 25 ans , sui- vant leur nature. La craie chlorite'e dont on se sert dans quelques endroits ( environs de Dozule' 7 de Cambremer , de Montpincon , etc. ) est moins estime'e que celle qui ne contient pas de chlo- rite (a). (1) La profondeur de ces puits est subordonnee a l'epaissenr du terrain de transport qui recouvre la craie ; quelquefois elle est de 100 pieds. Lersqu'on est parvenu a la craie , on creuse des galeries laberales en ayant soin de laisser de place en place des pilicrs pour soutenir la voute , et lesmorceaux de craie qui pro- Tiennent de ces excavations, sont hisses dans des paniers jusqu'a la surface du sol. (2) L'usage de marner les terres est fort ancien. Pline dit qn'il existait de son temps dans les Gaules et dans la Bretagne ( An- gleterre ) , et ce naturaliste donne des details assez curieux sur les differentes especes de marne employees en agriculture. II d^.sjgne specialement sous le nom de creta argentaria les marnes de la craie et indique dans la phrase suivante comment on pro- c£dait a leur extraction : Petitur mlto in ccntcnos pedes aetls pleriimque puteis ore angusta- tit (») hue mawlme utitur Britannia , etc Pline ajoutc que l'effet de cette marne dure pres de So ans et (a) On vicnt de voir que les marnes cra^'cuscs s'cxploilent DU DEP*. m/ CALVADOS. lGl Diluvium, On a vu (page i38) que dans beau- <;oup d'endroits le terrain meuble qui recouvre la craie n'a pas moins de Go ou 80 pieds d'e'pais- seur : il consiste dans une argile jaune ? un peu cc-mpacte , renfermant des silex brisks et qui passe par le bas a une glaise d'un roux ferrugineux qui elle-meme se lie a l'argile plastique de'crite dans le chapitre pre'ce'dent (page 1 43). Les silex rc'pan- dus dans cette glaise rouge qui se montre souvent a la surface du sol , sont ge'ne'ralement d'un plus gros volume que ceux de la partie superieure et no paraissent pas avoir e'te route's. Agriculture. Dans certaines contre'es de la France, comrae en Champagne , la craie est aride qu'il est sans exemple que la mfmc personne ait ete obligee de marner la me'nie terre deux fois en sa »ie. II parle ensuite de la marne Colombine que les Gaulois appelaierit dans leur langue : Glee opala , et qui peut-£tre appattenait a quelque variete de craie. On la tirait par blocs que Ton repandait sur la terre, on elle se resolvait en poussiere par Taction de la gelee etd:isul< i : . Dans le merne chapitre Plinc donne des details qui prouvent que de son temps 1'agriculture avait deja fait de grands progres dans les Gaules ; ainsi il fait observer que la marne *eche ( la •name sableuse ) convient aux terrains humides , et la marne grasse (argilcuse) aux terres arides ; que la marne blanche con- vient aux terrains qui tienneot le milieu entre les.'precedents , qu'enfin certaines marnes ont besoin d'etre meUes a?ec du fumier pour produire un bon effet. Ptinii Hittoria naturalit , lib. 17 , cap.y et 8. encore de la meme mahiere dans les arrondis3ements de Lisie-ir et de Tool-PEw'-fpie. l6a TOPOGRAPHIE GEOGNOSTIQUE et presque sterile , mais il n'en est pas ainsi dans le Calvados oil cette roche est recouverte par le terrain meuble dont je viens de faire mention. Sauf quelques exceptions , les plateaux crayeux fournissent d'excellent ble' , du lin , des navets 7 du trefle , et en general tout ce que l'on cultive dans les meilleures terres. On n'y seme cependant pas de colza comme dans les environs de Caen et de Bayeux , mais ii n'est pas douteux que cette plante pourrait j prospe'rer (i). Les paturages y sont assez fertiles. Les arbres, principalementlehetre et lecheue, sont multip lie's sur la craie. Le cidre que l'on re'colte abondamment dansle pays d'Auge est plus fort que celui des arrondissemens de Caen , de Bayeux, de VireetdeFalaise, et Ton en fabrique beaucoup d'eau - de - vie ; mais il faut observer qu'une par tie deb pommiers qui fournissent cette liqueur sont plante's dans les valle'es d'ou la craie a disparu 7 et qu'ils ve'ge tent sur YOxford-clay , surl'argile deHonlleur ou sur le Coral-rag. II existe aussi au - dessus de la craie , des (i) On ne voit gueres de sainfoin dans la craie du Calvados ; cette plante parait dedaigner tous les sols argileux et picfere ceux ou la terre vegetale peu epaisse est remplie de cailloutis calcaires , comme d»ns les campagnes des environs de Caen et de Falaise ( Est ) , qui sont au-dessus du forest - marble et de la grand e oolitlic, DU DE> T . DU CALVADOS. 1 65 contrees peu fertiles qui ne produisent guere que des bois. M. de Magneville a remarque qu'elles sont principalement situe'es au milieu de l'argile ferrugineuse et rougeatre , remplie de silex , qui forme la partie infe'rieure dii diluvium et qui dans beaucoup d'endroits se montre a la surface du sol ( Livarrot , Fervaques , environs de Lisieux et de Pont-1'Eveque , etc. ). Quelques bois se trouvent aussi sur les sables du green-sand (i). (0 On a vu ( pag. 119) que plusieurs plantes caracteristiques des terrains non caloaires croissent spontanement au milieu des argiles a silex (a) qui recouvrent la craie.Cornme M. Alphonse de Brebisson doit en donner 1'enumeration dans son important me- moire sur la vegetation de la Basse-Norman die , consideree dans ses rapports avec la nature geologique du sol , je citerai seule- ment ici quatre ou cinq de ces plantes, qui sont connues de tout le monde : telles que la digitate , digitath purpurea , le vassier a fruit noir, vaccinium myrlillus , une ou deux especes de bruyeres, erica cinererea et vulgaris , le laurier Saint- Antoine , epilobium spicatum , enfin le genet , le merisier , le hetre , etc. , qui sont beaucoup plus communs dans le terrain intermediaire que dans les calcaires secondaires. Une partie de ces plantes croit aussi au - dessus de l'argile a silex qui recouvre sur quelques points le calcaire oolithique(V. la note , pag. 1 19 ), et il serait possible que la preference qu'elles montre nt pour ces argiles et pour les terrains oil la silice domine (a) Les silex sont quelquefois tellement nom breux et tasscs a la surface du diluvium de la craie , qu'il est difficile d'y creuser'des fosses ; aussi une grande partie des clotures rurales sont faites avec d?s arbres palissades,dans les arrondissemens de Pont-1'ETft- qut* et de Lisieux let dans le departement de I'Eure. 1 64 TOPOGRAPHIE GKOGNOSTIQUE Sources. Une chose remarquable dans le ter- rain de craie , c'est l'abondance et la limpidity des eaux courantes. II n'est pas rare d'en voir sorlir spontane'ment des ruisseaux assez considerables : telle est la riviere d'Orbec qui j a la Folletiere ( Calvados ) , fait moudre un moulin aussitot qu'elle commence a couler , celle de Bernay , la Calone , etc. Les autres roches secondaires pro- duisent ordinairement des sources moins fortes , parce qu'elles sont moins faciles a pe'ne'trer , moins e'paisses que la craie et qu'elles alternent le plus souvent avec des lits de glaise qui ar- retent les eaux a des niveaux difFe'rents. Dans la re'gion crayeuse les sources se montrent au point oil ce terrain repose sur des formations plus an- ciennes (l'argile de Honfleur , le coral-rag 7 etc.), ou dans la partie inferieure du green-sand qui est quelquefois tcrreuse. La limpidite des sources de la craie vient de ce qu'elles se sont clarifie'es en filtrant au milieu de ce depot calcaire , tandis que dans beaucoup d'autres terrains oil elles sont moins pures , elles ne font que s'insinuer dans les fentes sans pe'ne'- trer laroche. ( terrain intermediate ) vint en partie de ce efne ces terrains absorbent en general moins d'humidite que li-.a autre*, retienncut moins bien 1'cau et 1'abandonneot plus facilement. DU DEP T . DU CALVADOS. l65 II est encore a remarquer que dans la craie on trouve beaucoup de valle'es sans eau et que les sources des rivieres sont rarement place'es a Tori- gine des valle'es ; elles surgissent ordinairement a une distance plus ou moins grande du point ou ces excavations commencent. Pour s'en convaincre , il suffitde jeterles yeuxsur une carte ge'ographique un peu de'taille'e. chapitre VIII. De l'argile de Honfleur et du sable de Glos. L'argile de Honfleur et le sable siliceux de Glos sont des dep&ts paralleles. — L'argile est generalement bleue et le sable blanc ou jaunStre. — Details de la stratification de ces deux terrains a Hennequeville , Glos , Saint-Julien-sur-Calon«, etc. * et re- flexions sur leur affinite. — Le sable de Glos ne parait pas representer I' iron - sand t comme plusieurs geologues 1'ont pense. — Mineranx contenus dans l'argile et dans le sable. — Fossiles. — Etendue. — Usages. — Agriculture. — Sources. II arrive souvent dans la se'rie des terrains de se'diment ? qu'un gres ou un depot are'nace suc- cede a un de'pot argileux ou calcaire , et que des couches mine'ralogiquement tres - diflerentes se trouvent neanmoins paralleles ; c'est ce qui a lieu par rapport aux argiles et aux sables que je vais brievement decrire dans ce chapitre et qui se trou- vent immediatement au-dessous du green-sand. I 66 TOPOGRAPtflE GEOGNOSTIQUE Vargilc de Honjleur que plusieurs ge'olognes regardent corame identique avec le Kimmerid- ge-clay est bleuatre , gnse 7 rarement jaunatre ; elle alterne principalement vers le bas avec des couches peu e'paisses d'un calcaire marneux e'ga- leraent bleu , au milieu desquelies on remarque quelquefois des concretions de calcaire compacte jaunatre. On voit en outre dans les falaises de Henne- queviile et de Villerville ? alternant avec les mar- nes pre'ce'dentes ( principalement vers la partie in- ferieure) , tin gres dont la pate argilo - siliceuse est remplie de globules oolithiques tres-luisants , de fcr oxide et qui contient des lignites 7 des co- qnilles formant parfois lumachelle et un grand nombre de grains de quartz hyalin jaunatre dont le volume varie depuis la grosseur d'un plomb de chasse jusqu'a eelle d'une noisette* Lorsque les grains de quartz disparaissent , ce qui arrive fre- quemment , les couches de gres se changent en calcaire marneux , et se confondent avec l'argile bleue. Ce gres pre'sente aussi des couches d'un grain tres - fin , plus dures et plus siliceuses que les autres, qui necontiennent pas de fer oclitique; elles se lient a un calcaire place' au - dessous de l'argile de Honfleur et. que nous de'signerons sous ie nom de calcaire de Biaiigy pour nous con- former a In nomenclature cVja e'tablie. DU DEP T . DiJ CALVADOS. 1 O7 Sables de G(os. Si l'on examine ensuiteles eo- teaux qui bordent la Calone , que Pcnremonte la valle'e de la Touque jusqu'a Fervaques , qu'on visile Ies collines de Glos . de Roques , de Tour- ville , de Blangj et plusieurs autres , on trouvera constamment le gres dont je viens de parler , mats au lieu d'alterner avee l r argile de Hontleur , il se trouve re'uni a un sable siliceux tres-fin 7 blane ou jaune , qui a pros de 200 pieds d'epaisseur ( Glos , Saint - Martin-de-la-lieue y Saint - Julieii- sur-Calone , Kabu , les Autbieux, elc.) Les coupes suivantes donneront une ide'e exacte de la strati- fication de ces differenls terrains. COUPE DE LA FALAISE DE HENNEQUEVILLE. .li° Craie avec silex grisatre et un grand nombre d'Al- "«3 < cyons environ. 100 pieds. u f 2« Terre verte 4°« £ /3° Argile de Honflcur 60. Z 14° A/, alternant avec plusieurs couches de gres U .jj \ ferrugineux rempli de grains de quartz a Sd I hyalin et de globules de f'er oolithique. ao. e= "3 15° Id. alternant avec plusieurs couches d'un ►2 5 ] gres plus compacte , et rempli de co- *} 5 I quilles brisees formant une sorte de la- j2 S 5 machelle. 10. I 6° Gres plus siliceux que le precedent et \ contenant moins de coquilles. G. On trouve au milieu des douches , des noyauxapplatis d'un cal- caire lithographique Ires-compacte ct du fer oolithique dissemine. IDO TOPOGRAPHIE GEOGNOSTIQUE 7° Calcaire siliceux fort dur contenant des globules de fer oolithique (partie supe- rieure du calcaire de Blangy. ) 1 pied. S° Calcaire blanchatre 6iliceux et feuillete , passant au silex nectique. 3. 9° Calcaire semblable au numero y. a p. I [a. J io° Id. rempli de moules interieurs de Trigo- ne I nies. i lp Hi* Plusieurs couches plus ou moins dures de calcaire semblable au precedent. 3 pieds. 5 <\ 12° Silex noir en couche , passant a un gres •4j grisatre et finissant parse confondreavec le calcaire. ip pied. jS 1 1 3» Plusieurs couches calcaires passant au U J gres. 4. i4° Calcaire jaunatre sans coquilles (pierre a chaux de Blangjr ) plusieurs couches. 5. i5° Marne blanche. i. i6° Calcaire d'nn blanc jannatre renfermant des moules de coquilles turriculees(Ne- rinees ? ) 6. fi/* Marne blanchatre. i [2 pied. tcli8° Calcaire semblable au numero 16. a ~ < 19 Calcaire rempli de Polypiers ( coral-rag.) 6. 3 I 20 Id. plus compacte. 5. ^2i° Oolite du coral-rag. PROFIL DE LA COLLINE DE GLOS , PRES DE LISIEUX. i° Argile sableuse verdfitre (green-sand ) qui se confond par le has atec 1'argile suivante 4o pieds. 2 Argile \bleue. 20 3° Sable d'un blanc jaunatre contenant un lit peu epais d'argile bleuatre et plusieurs couches tres- minces de fer oxide cloisonne , au milieu des- quelles on remarque des boules d'un demi-pied DU DtfP T . DU CALVADOS. l()i) de diametre environ formees de grains de sable agglutines par I'oxide de fer. oo pieds. 4° Plusieurs couches minces de gres ferrugineux 2. 5° Environ 100 pieds de sable tres fin d'un jaune tirant plus ou moins sur le blanc et rempli de coquilles qui ont conserve leur test ( Lucines , Trigonies , Gervillies Cucullees. ) On y remarque de 20 pieds en 20 pieds a peu pres,des couches de gres avec des fragments de lignites et des coquilles brisees ; le nombre de ces couches qui sont evidemment le resultat de 1'agglulination du sable par un ciment calcaire, varie beaucoup. Elles sont parfaitement horiiontales a Glos. 6° Le meme sable reposant sur une couche de gres calcaire qui renl'erme des lignites et des Trigo- nies et qui parait etre la premiere assise du cal- caire de Blangy que Ton exploite au-dessous. 25 pieds. Cette pat tie inferieure du sable de Glos con- ticnt plusieurs couches d'un gres ferrugineux jaunatre rempli de fer oolitique et de fragments de coquilles , qui me paraissent correspondre k peu pres aux numeros 4 > 5 et 6 de la coupe de la falaise de Hennequeville. On y remarque aussi une conche de fer oxide cloisonne. 7 Pierre a chaux de Blangy qui se lie intimement avec le coralr*$ comme dans la falaise de Henneque- ville. PROFIL DE LA COLL1NE DE SAINT-JULIEN - SUR-CA- LONE, PRES DE PONT-L'EVEQUE. 1° Craie chloritee. 60 pieds. 2 Argile sableuse d'un vert fonce(Lower green-sand?) 4o. 3° Marne bleue avec Gryphees virgules?etpetites Hui- tres ( argile de Honfleur ? ) 3o. 4° Plusieurs couches de gres rempli de coquilles ( sur- tout de Trigonies et de Pholadomies) et alter- nant avec du sable. 6. / I70 TOPOGRAPHIE GEOGNOSTIQUE 5" Sables parfaitement semblables a ceux vie Glos, en- viron 80 pieds. I! est difficile de voir le contact dn sable avec le terrain in- fers •lie ; ma-is OQ trouve le calcaire de Blangy et le coral-rag dans Je bas du coteau, et tout porte a croire que l'ordre de superpo- sition est le m£uie qu'a Glos et a Ilenneqneville. Les autres coupes que je poiirrais donner se- raient a j)eu pres semblables aux pre'ce'dentes , seu- kriient il est bon de noler qu'au Mesnil-sur~Blan- gy Pargile delioufleur se trouve entre deux cou- ches sableuses. On peut conclure des faits pre'ce'dents que l'ar- gile de Honfleur , quoique en general supe'rieure aux gres et aux sables de Glos, leur est a peu pres parallels , puisqu r elle alterne avec eux au Mesnil- sur - Blangy et avec le gres dans les falaises de Vjllerville et de Hennequeville ; il est d'ailleurs facile de voir que ces terrains se sont de'veloppe's aux de'pens les u-ns des autres , et l'argile de Hon > fleur est bien plus e'paisse a Hennequeville oil le gres ferrugineux est re'duit a quelques coaches su- bordonnees , qu'elle ne Test a Saint- Julien- sur- Galone^a Glos , aux Authieux 7 et dans les autres local! tc's oil les sables et les gres ont une grande epaisseur. M. de la Beche a donne' dans son excellent me- inoire sur la ge'ologie de la Normandie , une des- DU DEP r . DU CALVADOS. I7I crip lion fort exacle des sables de Glos ( 1 ) et les a rapporte's a V Iron-sand ; je n'ai pas cm devoir faire le meme rapprochement , parce que d'apres le tableau de la superposition des terrains que Von a vu ( page 78 ) , VIron - sand devrait surmonler I'argile de Honfleur , en supposant qu'elle repre'- sente le Kimmeridge-clay comme laplupartdes ge'ologues normands le pensent. Outre que les sables de Glos n'occupent pas celte place , ils se lientintimementpar le bas au calcaire de Blangv, et paraissent former un sjsteme dependant de roc- lithe supe'rieure ; c'est l'opinion de M. Jules Dcs- nojers qui a fait une e'tude approfondie du meme terrain dans le departement de l'Orne (2). Mineraux contenus. On trouve du fer sulfure' el du fer oxide' hydrate' dans les deux systemes que nous venons de de'crire ; le premier se ren- contre principalement dans I'argile. Fossiles. L'argile renferme des lignites, desTri- gonies nodule uses , desPholadomies , des Gervil- lies siliques etpernoides ( Deslong.),des Gryplic'es virgules ? 7 une grande Me'leagrine ( probabiement (1) Geological transactions of London , vol. I" , a* serie , p. 76. (2) D'apres les observations de M. Rozet , il cxiste aupres de Boulogne des gres ferrugineux semblables aux notres et qui ont aussi ete rapportes a VIron-sand ; mais il rcste encore de l'incerti- tude sur leur idcntite avec ce terrain. I72 TOPOGRAPIIIE GEOGNOSTIQITE la monie que celle du calcaire oolitique infe'rieur), des Huitres qui forment quelquefois une sorte de lumachelle , et dont une, assez grande, parait ca- racte'ristique de ce terrain; des Lucines , des Tro- chus et de petites univalves turricule'es, etc.Toutes ces coquiiles se retrouvent dansles sables de Glos a\ec des Cuculle'es et plusieurs petites bivalves qui n'ont pu encore etre de'terminees a cause de leur fragilite' et de leur mauvais e'tat de conserva- tion. II est a reraarquer que les coquiiles se trou- vent dans le sable de Glos avec leur test (1), comme on les voitdans le banc de Grignon , dans le Cotentin, ou dans les sables tertiaires des envi- rons deBeauvais. Etendue. L'argile de Honfleur et les sables de Glos se succedent ou se trouvent reunis au-des- sous de la craie et se montrent dans presque toutes les valle'es des environs de Lisieux et de Pont- PEveque( valle'es de la Touque , de la Calone , de TOrbec et autres ) , dans le petit bassin de Blangy , au confluent de POrbec et de la Touques , etc. 3\ous avons dii de'signer ces deux terrains par la meme couleur ; leur liaison , leur parallelisme et (O Ce test n'a pas ete lapidifle comme dans les couches plus anciennes , mais il est si fragile qn'il se brise des qu'on y touche vine, idduit en poussiere blanche; aussi est-il ibit difficile dc re- cueillir des coquiiles cntiercs. DU DEP T . DU CALVADOS. I7O leur peu d'Jlendue nous y auraient force lors meme que noire carte eut e'te' faite sur une plus grande e'chelle. Usages. L'argile de Honfleur sert a faire de la tuile a Criquebceuf , pres de Honfleur (i) 1 et a la Taupe , pres de Blangy ; le gres subordonne au sable iournit d'assez bon pave' dont on s'est servi pendant long-temps pour les rues de Honfleur et de Pont-l'Eveque, mais depuis quelque temps on emploie dans ces deux villes le gres interme'diaire de Mai et de Feuguerolles. Lorsque les couches de gres sont un peuschisteuses 7 elles fournissent des dalles recherche'es dans les campagnes pour paver le rez-de-chausse'e des maisons , pour faire des marches d'escalier et des ponts sur les ruis- seaux. Agriculture. L'argile de Honfleur se trouvant dans les valle'es ne produit gueres que des patu- rages ; les sables de Glos sont assez souvent re- converts par l'e'boulement des terrains supe'rieurs, et leur pre'sence influe peu sur la ve'ge'tation ; mais lorsqu'ils se trouvent a nu comme a Glos , ils sont (1) Le proprietaire de la fabrique tout recemment etablie a Criquebceuf prend l'argile dans la mer ; on fabrique aussi de ties- bonne chaux dans le meme etablissement avec des fragments de coral rag etde calcairc de Blangy tombes desfalaises; on les prend a Villerville. 174 TOPOGRAPHIE GEOGNOSTTQUE assez arides , ils y produisent cependant des me- lons et des le'gumes precoces. Sources. Elles sont nombreuses dans Pargile de Honflcur et rares dans les sables ; eiles ne se trouvent dans ceux-ci qu'au - dessus des couches de gres. Chapitre IX. Du Calcaire de Blangy. Liaison du calcaire de Blangy avec les systemes qui l'avoisineut superieurement et inferieurement. — Raisoas qui cmpechent de le rapporter an Porl/and-stcne. — Ses caraeteres, — Details de stratification. — Fossiles. — E ten due. — Usages. Je conserve ce nom de lieu , de'ja consacre dans le Calvados , a un calcaire qui se lie visiblement par le haut aux sables et aux gres de'crits dans le chapitre precedent , et par le bas au coral-rag. Ce calcaire a e'te' assimile' a celui de Portland par M. de la Beche ( »). Je n'ai pas fait le nicme rappro- (i) Voici le passage du memoire de M. de la Beche : -At Henqueville cliff may be traced thin beds of a hard yello ■wish white limestone , -wich contain seams and nodules of chert and casts of fossil shells , the same with those which are obser- vable in the Portland beds ; these rest upon corat-rag. They nve however much concealed by the fall of the superincumbent beds ; and i was ndt fortunate enough to meet with them in the interior. r DD DEP*. DU CALVADOS. T7J chement , parce que d'apres M. Conybeare , le Portland-stone est place au-dessus de 1'argiie ere Kimmeridge qui le se'pare du coral-rag , tandis que le calcaire de Blangy se confond avec ce der- nier et se trouve au-dessous de 1'argile de Hou- fleur , probablement parallele a celle de Kimme- ridge ; d'ailleurs les roches varient tellemenl 7 meme a de petites distances ; que Ton doit e'prou- ver quelque repugnance a prononcer sur lenr identite' , tant qu'elle n'a pas e'te parfaitement re- eonnue. Le calcaire de Blangy examine' dans la falaise de Hennequeville , pre'sente a sa partie siipe-. rieure , des couches siliceuses alternativement dures et tendres , renfermantun nombre conside- rable de monies de Trigonies ( voyez les nume'ros 7, 8 et suivants de la coupe de la falaise de Henne- queville, page 168). An milieu de ces couches on voit un banc de silex noir ressemblant beaucoup a celui de la craie et qui se transfbrme en gres blanchatre (1). Au-dessous de ce gres des couches epaisses d'un calcaire jaune, alternant avec des assises de marne (1) Dps masses considerables de ce gres tombees dans la mer entre Hennequeville et Trouville presentcnt un grand noinbie de veiius cuocentfiqaes au milieu dusquelles il existe piesijue tou jours un noyau de silex come. -4 176 topographs geognostique de meme couleur , paraissent repre'senter celles dont on fait de la chaux a Blangy et reposent sur le coral-rag ; ces deux roches se lient si intimement qu'il est impossible de de'terminerpositivement oil Tune commence et oil l'autre finit. Dans Pinte'rieur des terres les strates calcaires sontge'ne'ralement plus compactes , et quelquefois lithographiqnes ; le gres de la partie supe'rieure moins e'pais ; les silex en noyaux et assez rares. Les couches siliceuses de la falaise de Henneque- ville sont repre'sente'es a Blangy, Pierrefitte, Glos, etc. , par un seul banc de calcaire fe'tide , siliceux, jaunatre ou bleu, a cassure concoide , e'pais d'un a deux pieds. Les coupes suivantes qui ont e'te' prises a Blangy pourront etre compare'es avec une partie de celle de la falaise de Hennequeville. CARRIERE ENTRE LE MESNIL ET BLANGY. l* Glaise bleuc au-dessous de la terre vegetale ( argile de Hon- fleur? ) lp.ip. 2° Calcaire siliceux a cassure concoide que l'ou n'em- ploie pas a f'aire la chaux. 2. 3° Calcaire couapacte blanc , regulierement stratifie. 1. 4° Marae argileuse blanchatre. l[» 5° Calcaire semblable au numero 3. 1 i]». 6° Marne semblable au numero 4. a » La mt-me alternance de couches calcaires et de marnes , sem- blables aux numei os 5 et 4,s Glaise d'une eouleur bleue tres-prononcee, environ 4°» Elle ne contient point de strates cal- caires et repose sur la grande oolithe. Telle est la stratification de Pargile de Dives dans les lieux que nous venons de citer 7 mais les couches calcaires subordonne'es paraissent irre'gu- lieres et peu suivies , quelquefois elles dispa- raissent entierement. Mineraux contenus. Le fer sulfure' se trouve abondamment en cristaux dans cette argile , et les corps organise's en sont presque toujours in- cruste's ; la chaux sulfate'e s'y rencontre aussi assez frequemment en cristaux lenticulaires. Fossiles. Les corps organise's sont nombreux DU DEP T . DU CALVADOS. 1 89 dansl'argilede Dives (i). M. delaBechey a re- cueilli des debris d'Ichthyosaures, de Plesiosaures de Crocodiles, et les coquilles suivantes nominees d'apres Sowerby : Trigonia clavellata , Nau- tilus sinuatus , Ammonites armatus , A. su- blcevis, A. communis, A. omphalo'ides , A. ex- cavatus , Perna aviculoides , etc. On peut en citer beaucoup d'autres, telles que celles-ci : Ger- villia perno'ides , G. siliqua , Ostrea giega- rea , O. plicatilis , O. Palmetto, , O. minima ( Deslong), O. carinata, O. marschii, Pinna tetragona , Modiola subcarinata , Trigonia costata , T. elcngata , Lima proboscidea , Pecten lens , P. vimineus , Grjpha?a dda- tata , G. Maccullochii , Pholadomia ovalis , P. ambigua , Isocardia concentrica , Nu- cula pectinata , Terebratula biplicata , T. ornithocephala ( et autres dans le Kelloway rock). I'rochus gibsii , Rostellaria , Belem- nites , Ammonites acutus , A. duncani , A, annulatus , A. plicomphalus . On trouve encore dans le meme terrain des coquilles dont j'ignore les noms, des Encrin.es, etc. M. Jules Desnoyers y a (1) Plusieurs d'entre eux sout identiques avec ceux que Ton trouTe dans le lias , et c'est probablement une des raisuns qui ont fait presumer a M. G. Prevost que l'argile d'Oxford reposait immediatement , a Dives , sur des argiles appartenant an lias. On attend avec impatience le .savant memo ire dans lequel cette opi- nion doit fitre dcveloppce. 19° T0P0G1UPHIE GEOGIfOSTlQUE observe parmi les Oursins les Ananchites bi- cordata , Qalerites depress a , G. patella , JSucleoiites scutata, Cidarisj et parmi les Ser- pule'es la Serpula guadrangulaiis. M. Bou- rienne , docteur me'decin , membre de la socie'te' Linne'enne , possede un poissou fossile provenant des falaises de Villers et qui parait etre le Dape- dium politum figure' dans le premier volume des transactions de la socie'te' ge'ologique de Lon- dres(i). Les de'bris de ve'ge'taux abondent aussi dans l'argile de Dives ; ils v sont fre'quemment pe'ne'tre's de chaux carbonatee et quelquefois a l'e'tat de jajet. On y a trouve' des fruits de coniferes quise- ront de'crits par M. Deslongcliamps. Toutes ces petrifications sont assez souvcnt rccouvertes d'un vernis de fer sulfure qui leur dunne une couleur bronzee et l'aspect me'tallique, et plusieurs coquilles ont conserve' leur test nacre. Parmi celles que je viens de mentionner , quel- ques-unes paraissent se rencontrer de preference dans les couches duKelloway-rock et quelques autresdans l'argile bleue; du reste elles sont assez inegalement distributes , enprodigieuse quantite dans certains lieux et assez rares dans d'autres. (1) Cc poisson avait ete trouve dans le lias.J'en faisla remarquc parce que l'argile de Dives coatient plusieurs autres 1'ossilcs du nicnir terrain. DU DEP T . DU CALVADOS. 10 I Et endue. De toutesles series de couches argi- leuses qui appartiennent aux terrains oolithiques , Pargile de Dives est la plus irnporlante et celle qui occupe le plus d'espace dans le de'partement j die commence a se montrer au-dessus du forest-mar- ble a Sallenelles , sur les bords de l'Orne ( i) 5 ellc vient ensuite former le sol de la fertile valle'e d'Auge 7 sur une largeur d'environ trois lieues , et se prolonge dans le de'partement de l'Orne (2) en d^crivant quelques sinuosites ; elle a pour limites , a I'ouest , les villages de He'rouvillette , Sannerville , Argences , Moult 7 Airan , Oue'zy } Canon , Plainville , Saint-Pierre-sur-Dives , Ber- ville , Courcy , Louvagny , Barou , Norrey ; et a Test ceux de Beuzeval , Grangues , Brucourt, Dozuley , Clermont , Pontfol , Estrees , Livaye 7 Grandchamp y Saint-Julien-le-Faucon , Mithoys , Montpincon, etc. ; elle se voit aussi par de'nuclalimi dans la valle'e de la Vie, entre Saint-Julieii-'.c- Faucon et Vimoutiers ; dans celle de la Touque entre la mer et Lisieux ; dans celle de la Ca- lonne , et dans un grand nonibre de vallees moins (1) Elle oxiste meiue dans le village de Colleville , sur la rir« gauche dccette riviere. (a) Je I'ai aussi observee dans la Sarthe sur plusieurs points , et M. Jules Desnoyers l'a suivie tort loia dans ce departement. i5 I Q3 TOPOGRAPHIE G^OGNOSTIQUK importanles qu'il est iuutile de mentionner ; parce qu'elles seront indiquees sur ma carte. L'argile de Dives recouvre tres-visiblement la grande oolithe ou le forest-marble sijr toute !a ligne que nous venous de tracer depuis He'rou- villelte jusqu'a Norej , et elle s'enfonee sous la coral-tag ou sous \e green-sand , tout le long de cello que nous avons indique'e entre Beuzeval et Montpingon , aussi bien que daus plusicurs valle'es ou elle parait par denudation. Configuration. De tous les terrains de la for- mation oolithique , c'est encore Targile de Dives qui produit les e'minences les plus considerables ; nous la trouvons dans nos plus hautes falaises ( Beuzeval , les Vaches Noires ) , elle forme de- puis Dives jusqu'a Chamboy ( Orne ) , et proba- blement beaucoup plus loin , des buttes couron- ne'es de craie (green-sand ) , qui rivalisent en quelque sorte avec celies du Bocage ; et plus a l'ouest une seconde chaine de collines moins hautes que les pre'ce'dentes 7 don I nous avons fait mention au commencement de ce chapitre ( page 1 86 ). Enfin l'argile de Dives conserve constamment un niveau plus e'leve' que celui des plaines for- nixes par la grande oolithe et \eforest-marble( i ), [\) M. Elie de Beaument , professeur adjoint a 1'ecole des mi- nes, Tun des savants qui s'occupeut de dresser la carle geologi- DU DEPr. DU CALVADOS. 1 Q3 et comme elle oppose peu de resistance a Fac- tion des eaux courantes ,les vallees ysontlarges et profondes ; j'ai deja en l'occasion de parler de ces diffe'rentes circonstances , en tracaut les earacteres des principals regions naturelk's du Calvados ( page 1 14 ) 7 et les coupes que j'ai figure'es ( pi. o et 6 ) ? feront le complement des notions que j'avais a donner sur la confi- guration du sol. Epaisseuret inclinaison. Je ne croispas que 1'argile de Dives atteigne plus de 5oo pieds dV- paisseur ? encore est-il probable que dans plu- sieurs endroits elle se trouve confondue avec 1'argile de Monfleur , lorsque le coral-rag qui partage les deux systemes vient a disparaitre (v. a la fin de ce me'moire Fart, argile de Hon- fleur , dans l'explieation de la carte ge'ologique ). L'argile de Dives parait ge'ne'ralement incline'e vers l'est comme les autres svstemes du terrain secondaire ; mais bien souvent aussi on y re- marque des inclinaisons qui ne sont qu'appa- rentes et qui proviennent de l'empietement des bancs les uns sur les autres. que de France , a remarque que presque partoot oil elle existe, l'oxford clay i'ornu- des eminences qui dominent la grande oolithe, comme on l'ouserve dans le Calvados. I 9 i TOPOGRAPHS GE0GN0STIQUE. Diluvium* line glaise jaunatre remplie de silex de la craie , plus petils et beaucoup plus use's que eeux qui se trouvent dans le diluvium de ce dernier terrain , recouvre presque cous- tamment l'argile de Dives , et forme sur les hauteurs de Bavent , Troarn , Saint-Pair , Jan- viile , Argences , Canon , Saint-Maclou , etc. ua depot fort e'pais qui a de'ja attire i'attention deplu- sieurs ge'ologues ; ce qui m'a paru extreme- nient e'tonnant et digne d'etre note' , c'est que ce depot s'est arrete pre'cise'ment oil se termine Fargile de Dives , et qu'il ne s'est pas re'pandu sur la grande oolitlie , oil l'on ne voit le plus souvent que les fragments calcaires et les silex du terrain oolitique ; la distribution des de'bns diluviens se trouve ici d'accord avec les limites des re'glons naturelles. Agriculture. Une grande partie des ferliles paturages de la valle'e d'Auge sont an milieu de l'argile de Dives (i) ; mais ce terrain ne convient («) 11 parait que les herbages des environs de Pont-I'Eveque , du hassin de la Dive jusqu'a Corbon, et de la Vie, jusqu'a L\- varrot , sont meilleurs que ceux qui se. trouvent plus au sud ; et il est probable que les alluvions moderues, qui sont plus abon- dantts vers la mer , contribuent a rendre pins fertiles que les mi- tres les con trees que nous venons de mentionner : d'un autre cute les alluvions anciennes (les silex de la craie et l'argile jauhu) pen vent dans d'autres localites diminuer la fertilite du sol. II n'est done pas etornant qu'il y ait beaucoup de variety dans la quabte de fond* mime aste* voisins ht uns des autre*. DU DEP T . DU CALVADOS. I Cp pas aussi bien aux Co'reales , a cause de la pro- priety qu'il a de retenir l'eau trop long-temps ; ne'anmoins les hauteurs sont assez souvent sou- mises a ce genre de culture. Le bois le plus commun dans l'argile de Dives est l'orme et le ciiene ; le pommier y produit un cidre tres-fort qui contient bcaucoup d'alkool. Quelques plateaux sont presque ste'i'des^a cause du nombre considerable de silex qui s'v trouvent tasses dans le diluvium, et qui formentune espece de pave' a la surface du sol ; telles sont les hauteurs de Bavent , de Bures 7 do Troarn, de Saint-Pair , de Janville et plusieurs autres. Sources. Parmi les nomb reuses sources qui sortent de l'argile de Dives , il s'en trouve de mine'rales charge'es principalement de fer , d'acide carbonique j de sulfate de fer , etc. , etc. L'une d'elles ( celle de Brucourt ) , jouit de quelque ce'lebrite ; les eaux viennent d'en etre analjse'es par MM. Hubert et Le Coeur, membres de la Socie'te' Linne'enne de Normandie (e). Usages, On fait avec l'argile de Dives d'ex- cellente luile , a Troarn , Dozulo 1 Beuzeval 7 Saint-Julien-le-Faucon et ailleurs ; la manufac- (i) V. lr travail d« M, Ilubtrt dan* 1c troisieme volume de c«tt« Sociite* I !()6 TOPOGRAPIIIE GEOGxNOSTIQUE tine de Troarn fburnit toute celie dont on se sert a Caen pour couvrir les maisons. Chapitke XI. Cornbrash ? forest- marble etgrande oolithe. En supposant que le cornbrash existe dans le Calvados , il peut ette considere corame faisant partie du forest-marble. — Liaison de ce dernier calcaire avec la grande oolithe, sur laquelle il repose. — Le forest-marble consiste dans une serie de couches plus ou moios oolithiquesetplus ou moins sublamellaires dont la durete varie aussi bien que l'epaisseur et qui sont assez souvent as- siles. — Mineraux contenus. — Fossiles. — Usages. La grande oolite (calcaire de Caen ) presente qnelquefois des ca- racteres peu differents de ceux du forest-marble ; mais ell« est generalement d'un grain plus fin, raremcnt oolitique , nop su- blaiuellaire et presque aussi tend re que ia craie. — Mineraux contenus. — Fossiles. — Usages, Elendue du forest-marble et de la grande oolithe. — Diluvium qui recouvre ces deux calcaires. — Agriculture. — Niveau des sources. En Angleterre le forest-marble et la grande oolithe sont ordinairement se'pares par une argile bleue ( Bradford-clay ) dont Pe'paisseur est quel- quefois de 60 pieds , et lorsque cette argile vieht a manquer , il est impossible de distiuguer le Jorest - marble des couches supe'rieures de la grande oolithe (1), On e'prouvela meme difficulte' dans le Calvados oul'argile de Bradford n'exisle pas ; aussi a-t-on fixe' arbitrairement les limites (l) Outlines of ihc geology of England and Wales, p. ao5. DU D£P T . DU CALVADOS. IQJ du calcaire a polypiers , et a-t-on quelquefois attribue' a ce systeme une e'paisseur trop consi- derable aux depends de la grande oolilhe.' Comme il nous a paru impossible de rectifier sur tous les points les erreurs que 1'on a pu commetlre a cet e'gard , et de dislinguer partout deux sys- temes qui n'en font re'ellement qu'un seul dans beaucoup de localite's , nous avons cru devoir les de'enre dans le meme ehapitre et les designer par la meme couleur sur notre carte ge'ologique. D'un autre cote' , d'apres MM. Conybeare et Phillipps , ie calcaire de'signe en Angleterre sous le nom de Cornbrash parait plutot devoir etre conside're comme iaisant partie du forest-marble que comme constituant des assises dislinctes. Nous sommes porte' a croire qu'il en est de meme dans le Calvados , et que les couches re- garde'es par MM. Desnoyers et de La Beche ( i ) , comme identiques a celles du cornbrash , ne peuvent etre se'parees des assises du calcaire a Polypiers (forest -marble ) , qui recouvre la grande oolithe ; e'est pourquoi nous n'avons pas cru devoir les de'erire a part , et nous nous sommes conlente d'indiquer quelles couches du forest- (i) Voyei le MSmoire de M. de La Beche , p. 78. — V. celui de M. Desnoyers ( Annates des sciences naturelles, avril 1S25 j, dans lequel ce savant compare 1'oolitbe de Moult a cclle de Mamers., qui parait Stre 1c cornbrash. '90 T0P0GRAPHIE GEOGNOSTIQUE marble pourraient representor en partie le eornbrash. FOREST-MARBLE. Le forest - marble , qui dans le Calvados a reeu le nom de calcaire a Polypiers (i), a e'te spe'eialement etudie' par M. de Magneville des Fanne'e 1820. G'est un calcaire ordinairement fissile, quoique dans plusieurs localitesles cou- ches en atteignent plus de trois pieds d'e'paisseur. Le forest- marble pre'sente tan tot une pate nlanchalre , remplie d'oolilhes , de pisolites et de fragments de coquilles et de Polypicrs , qui ressemble beaucoup a celle du coral - rag , et qui contienl dans les couches les plus voisi- nes de la surface , des concretions de calcaire compacte blanchatre , jaune ou verdatre , et des noyaux de chaux carbonate'e cristallise'e ( Saint-Aguan , Cinthaux , Garcelles , Moult , Air an ^ Percy , etc. , etc. ) ; tantot un grain assez fin sans oolithes visibles ( Airan ) ; ou bien (1) Ce nom est impropre , parce que le forest-marble n'est pas fe scul qui contienne des Polypiers ; le coral-rag et plusieurs au- ties calcaires secondaires ensont egalement remplis. Le nom Anglais dont je me sers n'est pas beaucoup meilleur; mais il est plus generalement connu; il vient de ce que dans le comte d'Oxford on politic calcaire a polypiers commele niarbre. Les couches les plus propres a cet usage sont exploiters dans la foret de Which Tf'cod , et e'est par extension que Ton a designe Je £pdt>tout sntier soysje nom d« vmibrt ie foiet, forest -marble. DU DEPT. DU CALVADOS. 1 «)<) mi calcaire sublamellaire un peu compacte , jaune on d'un blanc tirant sur le gris , rempli de pelils noyaux arrondis , de nature semblable a celle de Ja pate qui les renferme , et qui ont la grosseur et Ja forme des Pisolites ( Saint - Agnan , Gar- eelles ^ ; ou enfin une pate grossiere jaunatre , remplie de fragments d'Encrines et de Polypiers eimentes par une dissolution spathique. Dans plu- sieurs locahte's , cette dissolution n'a pas entie- rement pene'lre la masse , et son absence a pro- duit des cellulosile's ou dcs nids de calcaire pres- que friable au milieu de couches tres-solidement cimentees ( Cinthaux , Le Rocreux , etc. ). Je crois ce banc parallele a un autre fort re- marquable par sa durete' et ses couches poreuses qui est rempli d'Oursins , de Polypiers , d'En- crines et de coquilles de dilferents genres , et qui forme la partie supe'rieure des falaises de Benouville et de Sallenelles , a l'cmbouchure de la riviere d'Orne , et de Saint-Aubin , entre Luc etBernieres sur-Mer ; a Sallenelles et au Rocreux, oil ce sysleme est recouvert par l'argile de Dives , il pre'sente une surface use'e et perce'e de trous^ d'ou l'on pourrait croire qu'il s'est fait un repos avant que la marne bleue qui le surmonte se soit dc'pose'e. A Test de Caen , daus les com- munes de Sainte-Honorine , Sannerville , Bannc- •2U0 TOPOGKAPHIE GEQGNOSTIQUE viile 7 Manneville , Cagivy , et plus au sud , dans quelques endroits pea e'loignes des eminences forme'es par I'argile de Dives , les menses strates cleviennent trcs-fissiles ct contlennent des oolitlies ferrugineuses de forme irre'guliere et un peu ap- plulies (i). Les couches qui paraissent infe'rieures aux pre* cedentes sout gene'ralement moins oolithiques , plus dures 7 contiennent tin grand nombre de la- melles spalhiques (falaises de Parrondissement de Baj'eux) , et quelquefois elles passent a un gees calcaire.Elles ne se distinguent les unes des autres que par une texture plus ou moins grossiere , plus ou moins cristalline , (Fou il re'sulte une durcte plus ou moins graude ; par la presence ou l'absenee ties oolitlies et par une tendance plus ou moins prononcee a devenir fissiles. Elles alternant quel- quefois avec des cordons ou couches t res -minces de silex noir ou jaunatre (falaises du Bessin 7 etc. ). Mineraux contenus. Le fer oxide se trouve. en noyaux et en grains oolithiques dans la partie superieure du forest -marble j le fer sulfure' y est rare. fi) Si une partie des couches du forest-marble representent le corn brash, ce sont prohablement quelques-unes de ceiles que nous venous d'indiquer; mais nous eprouvons trop de doutcs pour rien allumer relutivcment a ce rapprochement. DU DEPt. DU CALVADOS. 20 [ Fossiies. Dans son exposition methodique ues Poiypiers , Lamourouxa deerit plusieurs especes qui se tiouvent dans le forest-marble et dans les couebes supc'rieures de la grande oolilhe ; en voici Vindication : Terebellaria vamosissima (pi. 8*, %.!.), T .antilope^Berenicea dikiviana (pi. 80, fig'. 5 ) , Alecto dlcliotoma ( pi. 8 1 , fig. 12.), Jdmonea triquetra (pi. 79, fig. i5. ) , Theo- noa chlatrata (pi. 80, fig. 17 — 18) 7 Clirysao- ra damcecornis , Ch. spinosa{\)\.S 1 ,lig. 6 — 7 — 8—9. ) , Eunomia radiaia (pi. 81 , fig. 10 — 1 i.^Spiropora tetragona y Sp. cespitosa (pi. 82 ,, fig. 9—1 1 . ) , Sp. elegans , Sp. intricata, Fungia orbulites ( pi. 85 , fig. 1- 2—5. ) , Mil- lepora dumeiosa ( pi. 82 , fig. 7 — S. ) , M. co- rymbosa, M.conifera, M.pyriformis,M. ma- c rocaule(\)\. 85 , fig. 4—5—6—8.), Carj opliyl- lia truncata ( pi. 78 , fig. 5. ) , C. Brebissoiiil , Limn or ea mamillaris , Entatophoru cella- rio'ides (pi. 80 , fig. 9.) , Turbinolopsis ochra- cea (pi. 82 , fig. 4 — 5—6. ) , Eschar a , Alcj- onium , etc. , etc. On trouve aussi dans le forest - marble une on deux especes de Cidarites qui se renconlrent e'ga- lement dans le coral-rag , les Clipeus sinziatus et chuiicularis } \ Encrinites piriformis , desPen- tacnnitcs , des Apioci'inites 7 une Aslerie qui sera BOQ TOPOGRAl'HIE GKOGNOSTIQUE figure'e dans le qualrieme volume de la socie'te Linneenne, des Crustaces et les especes suivahtes, parmi les eoquilles( i ) : Modiola eiegans (Sow.) , Trigonia costata , T. gibbosa , T. duplicata , jivicula echinata , J, costata , Gervillia per- noides( Deslong) , G.siliqua, G.monotis(Des- long) ,6r. cos tellata (Deslong), Lima probosci- dea, Plagio stoma punctata , Pecten corneas, P. vimineus , P. vagans , Ostrea Marschii , O. palmetta , Pinna pinnigena , Mactra gib- bosa , Terebratula tetrandra , T. biplicata , T. digona , T. coarctata , T. reticulata , T, glob at a , T. plicatella , T. s errata , T. trun- cata. Patella rugosa (2), Trochus elongatus, Balemnites , Nautilus truncatus , Ammonites annulatus , unecoquille turriculee du genre J\e'- rinee , des Isocardes , des Lucines et autres eo- quilles.M.le baron deVauquelin a decouvert beau- (1) Je me sers presque constamment de la nomenclature de M. Sowerby. (2) Les geologues anglais ont deja compare les Madrepores du forest ■ marble avec ceux du coral rag ; mais ils n'ont pas encore determine si les especes sout differences dans ces deux terrains. 11 parait cependant qn'une Caryophyliie t.urbinee, une autre »oi- sine du C.earduus , une autre approcliant du C fleoouota ou ces- pitosa sont particulicres au forest-mar b le,aussi bicn qn'une Astree vuibiuc de /' Ailrca f*vos* et plusieurs autres Polypicrs. ( Foyez I* geologif de I'AngleHrra , p. a i3. ) DU DEPt. MJ CALVADOS. 20^ coup d'entpreintcs de fougeics(i) dans le forcst- inarble des environs de Falaise , et M» JulesDes- novcrs a figure' el dccril dans les annates des scien- ces nahirelks ( avril i8?5)une grande quantile dYrnpreintes vegetales dont la plupart ont apparti - mi a des fougeres , et qui provenaienl de l'oolilhe de IMamers a peu pres parallele au terrain pre- ce'dent. En lisant les details curietix donne's dans l'ou- vrage de MM. Conybeare et Pl\yllips(p. v,io et suivanles ) sur la distribution des fossiles dans le Cornbrash , le forest-marble, l'argile de Bradford et la grande oolithe , on voit que le Cornbrash contient des eoquilles que nous trouvons dans le forest-marble du Calvados ; en second lieu , que la plupart des Polvpiers et des autres fossiles du calcaire de Ranville et autres communes des en- virons de Caen , se rencontrent prineipalemcnt en (1) Les empreintes que j'ai observees dans la collection de M. le baron de Vauquelin m'ont paru se rapporter a une nieme cs- pece'de fougeres, maii elles ont ete trouvees a des niveaux dilFe- rents. L'une dc ces cmpreintes qui presente des ranxanx deoa pouces de Iongoenrprovient des calcaires fissiles places immedia- teinent au-dessous de la terre vtgetale entre l'eglise de SaintV- Anne-d'Lnlremont et le chateau d'Ailly. Toutes les autres pro- ferment <]es coucbes qui forment la suiface du niont d'Eraines a un niveau beaucoup plus eleve ; elles se trouvent pnur la plupart dans les silex tubulaircs subordonnes au forest-marble e! dont un grand nninhrc ont cte repandus a la surface du sol aires avoir >ur- vevu a la decomposition des couches. 204 TOPOGRAPHIE GEOGNOSTIQUE Angleterre , dans le Bradford-clay et dans la partie supe'rieure de la grande oolitbe; celte remar- que pourrait fortifier les ide'es e'mises plus bant sur le parallelisme presume du Cornbrash et da forest- marble et porter a croire que dans le de'partement du Calvados une grande partie de ee dernier eal- oaire represente aussi le Bradford- clay et peut-etre le systerae supe'rieur de la grande oolitbe. Je me contente d'indiquer ee rapprocbement , et Ton verra bientot que personne plus que moi n'est per- suade' de 1'incertitude de la geognosle comparee , surtout quand il s'agit de determiner la relation de rocbes qui appartiennent a la mesne formation. Usages. Les couches fissiles du forest-marble ne fournissent que du moellon , mais il en est d'au- tres plus e'paisses dont on tire d'excellentespierres de taille plus solides etmoins lrygrome'triques que celles du calcaire de Caen , e'est ce qui les fait pre'fe'rer pour les parties basses des maisons 7 les murs de soutenement , etc. Parmi les exploitations ouvertes au milieu de ce calcaire 7 les plus remarquables sont celles de Ranville, place'essurlesbords del'Orne, dans une position extremement favorable pour le transport des blocs qui en proviennent ; celles d'Orival pros de Creuily , dont on tire la plus grande partie de la pierre de taille employe'e a Bayeux et au - dela DS DEPt. DU C\LVADOS. ^OD de ectte ville ; enfin celles de Rots , de Revievs , de Courseulles , de Canon , du Rocreux pres de Saint-Pierre-sur-Dives , etc. GRANDE OOLITHE. La paftie supe'rieure de la grande oohlhe pre- sente quelquefois les memes caracleres que le forest- marble ; mais les couches moyennes et in- ferieuTesensontanoinsoolilhiques d'un grain plus fin , plus rarement sublamellaires , on y rencontre moins de debris de coquilles ; elles sont en general plus e'paisscs que celles du forest-marble , et leur couleur est cons tarn ment blanche ou iegerement jaunatre. Le calcaire de Caen qui fakpartie de cettesous- forrnation est tachant comme la craie ; il conlient des silex corne's noirs ou jaunatres , tantot dispo- ses en couches paralleled a la stratification , tantot dissembles au milieu de la masse ; quelques- uns d'entre eux se pre'sentent sous la forme de petits cjlindres irreguliers qui ne sont corne's qu'a leur centre , et dont l'exte'rieur est presque a i'e'tat nec- lique (i). Dans Parrondissement de Falaise et dans plu- sieurs pariies de celui de Caen . la grande oolithe (1) On croit que ces corps cylindiiques ont ete originaircment dvs Aleyons ; les couches dans lesquelles ils se reucoutrent en •grand nom'fore, ont rec^u des ouvriers le noni de banes pineux dans Jtb carritrea de la Maladrerie. 206 TOPOGRAPH IE GROGNOSTIQUE - qui est fort e'paisse se compose en entier tie cou- ches alternatives d'oolithes blanches qui devien- nent quelquefois assez fines pourn'etre plus per- ceptibles a l'ceil nu , de calcaires plus compactes sans oolithes dont la texture est fre'quemment su- blameilaire , et de de'bris incohe'rents de coquilles amalgame's avec des oolithes blanches. On y re- marque , comme dans le forest- marble (i) , une sorte de clivage qui divise les couches dans un sens contraire a celui de la stratification ( Voyez la fig. 4 7 pi- '•) Miner ait x contenns. On rencontre quelque- fois dans le calcaire de Caen des cristaux de quartz a l'inte'rieur des Ammonites, et les carrier es de la la Maladrerie fournissent des morceaux applatis d'une calce'doine blanchatre , dans laquelle M. He'rault a remarque des empreintes de cristaux qu'il suppose avoir e'te' de Strontiane sulfate'e. La chaux spathique est tres-rare dans le calcaire de Caen , et ne se trouve qu'a l'inte'rieur de cer- taines coquilles. Fossiles. On voit dans la partie supe'rieure de la grande oolithe ui: amas de de'bris de pelits (i) Cette disposition trcs-frequente dans le forest-marble s'ol>- scive aussi dans le calcaire grossier du Cotentiu , dans le gies bigarre et meme dans les sables calcaires qui recou Trent la graade oolithe a Angloisebeville et • Ailly pies de Falaise. DU DL:P T . DU CALVADOS. 20 7 Millepores et de plusieurs Eponges figurees par M. Lamouroux. Les fossiles contenus dans les parties moycnne et inferieiire du meme calcaire j sont fort cu- rieux , mais peu abondants ; outre une espece de Crocodile , de'crite par M, Cuvier , et dont un magnifique e'ebantillon a e'te' offert au muse'um d'histoire naturelle de Caen , par M. Luard , membre de la Societe Linne'enne , on y a decou- vert des debris de Megalosaurus , des dents de Spare et de Squale,des palais triturants de poissons marins ( i ) , des defenses de Baliste , des armures 7 (1) Des dents de Spare , de Squale et de Megalosaure , des palais triturants de poissons marins , et quelques antics fos- siles tout a fait identiques a ceux que j'ai trouves dans le cal- caire de Caen, existent dans l'oolithe de Stonf siield en Angletem , dont le6 etonnantes productious ont pique si vivement la cu- riosite des geologues (voy. les Memoireset les planches de MM. C Prcvost et Desnoyers , Annalesdes sciences naturelles , avril 1S25 ) (a). Ce rapport ne doit pas etonner , car M. Buckland , dans son tableau de l'ordre de la superposition des slrates dont se compose I'Angleterre , et M. (Jrenough , dans la legende de sa belle carte geologique du mPme pays, placent le calcaire fissile de Stonesfield entre le forest-marble et la grande ooiilhe , ce qui correspond a la partie superieure de notre calcaire de (a) On sait que le calcaire de Stonesfield presente de grandes anomalies, entre autres cello de contenir des debris de Mara mi- fores qui jusques-la ne s'etaient trouves que dans les terrains su- perieurs a la craie. l6 308 TOPOGRAPHIE GE0GN0STIQUE qui oat du apparteair a une especede Mourine on Raye aiglo ( i ) , des nageoires dorsales de pois- sonsAcanthopteVygiens (a) , des Ammonites, des Belemnites , des Pinnites ( dont une espece non de'crite) , des Gervillies pernoides , etc. , les Mytilus amplus , Avicula incequivalvis , Li- ma gibbosa , Ostrea crista galli , Pecten corneiis, Terebratula biplicata, T. obsoleta, quelques univalves etc. Ces mollusques y sont pour la^plupart maljconserve's et sans test 7 ce qui vient. a> probablement de la trituration a la- quelle ils paraisseut avoir e'te' soumis , et de ce que les eaux pluviales penetrant facilement le tissu lache de la roche , sans rencontrer de cou- ches argileuses qui les arretent , travaillent con- tinuellement a de'truire le test des coquiiles. Caen. II e6t vrai que d'autres savants placent le meme terrain tin peu plus haut , entre le forest-marble et le cornbiash ; Dials en supposant que cette position soit la veritable , le schiste de Stoneslield est toujours assez rapprocbe du calcaire deCaen, dans l'cchelle geologique. (1) V. le Memoire de M. Deslengcbamps, dans le 2». volume de la Societe Lianeenne. (2) V. la notice que j'ai communiquee a la Societe Linneeune, *ur la nageoire doi-sale d'un poisson Acantbopterygien , decou- verte dans les carrieres d'Allemagne. M. de La liecbe a ligure dans le premier volume de la Soci6t6 Geologique de Londres ( a«. serie pi. 4 )♦ plusieurs debris de na- geoires qui ent quelque rapport atec la piicedente , ils itaient piovenus du Lias d'Axminster. DU DEP T . DU CALVADOS. 20 On rencontre aussi dans lagrande oolithe quelques fragments de bois fossile , et des empreintes de fcugeres. Usages. La pierre la plus belle et la plus avantageuse pour les constructions est sans con- tredit le calcaire de Caen ; sa blanche ur , sa texture fine sans etre compacte , la facilite avec laquelle it se laisse tailler, lui donnent une su- periorite' marquee sur toutes les autres ( i) , meme sur le calcaire grossier de Paris avec lequel il a beaucoup de rapports. On en fabrique d'excel- lent pave pour les appartements ; il se prC'te par- faitement a la sculpture , on en fait des bas- reliefs, el des statues auxquelles il ne manque que le poli. Le calcaire deCaen sertaussia fabriquer une grande quantite' de chaux aux environs de Falaise. Les principales carrieres en sont situe'es a la Maladrerie , Allemagne , Ste. -Croix -Grand - tonne, Conteville , etc., arrondissement de Caen , et a Aubigny , Saint-Pierre-Canivet ,. Saint-Ger- (1) Le calcaire de Caen n'ofire qu'un inconvenient , celui d'etre tres bygrometrique et d'attirer l'humidite. C'est ce qui i'ait que depuis quelques annees on est dans l'usago de cons- truire la partie basse des maisons avec du granit on du forest- marble. TouUfois il paiait prouve qu'au bout de quelques an- nees le calcaire de Caen devient plus dur et moins bygro- iiujtricjue. 3T0 TOPOGRAPHIE GEOGNOST1QUE main-le-Vasson , Ussy, Langannerie , Quilly (i), arrondissement de Falaise. Celles de la Maladre- rie , d'Allemagne et d'Aubigny s'exploitent par galeries souterraines f les autres a ciel ouvert. Le calcaire deCaen se transporte par terre jusqu'aux extremite's du de'partement de la Manche , dans l'Eure,dans l'Orne et dans la Sarthe; on Pembarque meme pour la Bre'tagne et la Hollande (2). JNous le trouvons employe dans toutes les constructions romaines de notre de'partement et , au te'moignage des Antiquaires, plusieurs monuments de Londres ont e'te' e'leve's dans le moyenage avec la pierre de Caen. Enfine'est a la pre'sence de la grande oolithe et du forest-marble , dans les arrondisse- ments de Caen, de Bayeux et de Falaise, qu'il fatit attribuerle grand nombre d'e'glises remarquables que nous y voyons aujourd'hui ; les autres arron- dissemenls sont loin de nous pre'senter 1111 pareil luxe monumental. Etendue et configuration de la grande oolithe et du forest-marble. La grande ooii the et le forest-marble forment de vastes plaines assez nues , au milieu desquelles on remarque seule- (1) Les carrieres de Quilly paraissent avoir etc exploitees des je temps de la domination romainc. (a) MM. Jobert , negociants a Caen , en font dopuis qutlques annees des envois considerables dans ces diilercnts pays. DU DEPt. DU CALVADOS. 211 mentdele'gerese'miDencesapentestres-douces(i); sur presque toutes les hauteurs les couches fissiles ont une texture oolithico - sublamellaire , et pa- raissent appartenir au forest-marble , tandis que le calcaire de Caen domine dans les lieux les moins e'leve's. Nous avons de'ja dit ( page 1 97 ) combien ii serait difficile d'arriver a une de'limitation exacte des deux roches pre'ce'dentes j on peut les dis- tinguer dans beaucoup de localite's ; mais il n'en est pas de mome dans d'autres ( arrondissement de Falaise ) oil la grande oolithe toute entiere et meme l'oolithe infe'rieure et le lias pre'sentent les caracteres du forest-marble. Dans les de'tails to- pographiques quivontsuivre ? nous conside'rerons done ces deux calcaires comme s'ils constituaient un seul de'pot (a). (1) Ceci souffre un tres-petit nombre d'exeeptions , le Mont d'Eraines , par exeraple , offre des pentes rapides de plusieurs cotes. (2J Nous regrettons de n'avoir pu designer , sur notre carte ,Ie forest-marble et le calcaire deCaen par deux couleurs differentes ; et nous avions d'abord eu l'intention d'ysuppleer en enumerant le plus exactement qu'il nous etait possible les loealitespropres k chacun de ces deux calcaires ; mais nou& avons craint de devenir iastidieux en donuant la nomenclature de tant de communes. Nous nous borneronsdonc a indiquer, dans I'arrondissement de Caen, le forest-marble sur les plateaux de Cuverville, de Lisere , deSannerville, d'Emievillc, dc Cagny, dcFrenouville , de Bcllen- 2 12 TOPOGRAPHIE GEOGNOSTIQUE En jetant les yeux sur la carte , on verra qu'ils formeht en totalite ou en partie le sol de plus de 1 5o communes ; ils commencent a se montrer vers l'ouest , a Maisj , pres de Pem- bouchure de la Vire , puis ils se diligent vers l'est , en suivant la mer et couronnant une ligne de buttes dont les parties basses sont de marne bleue ( marne de Port-en-Bessin ) et de calcaire oolithique infe'rieur.Adixou douze lieues environ de leur point de depart ( vers Meuvaines ) , ces memes roches s'e'tendent sur une plus grande greville, de Sequevillela-Campagne, de Garcelles, de St-Agnan , de l'Ebisey , de Luc, de Courseules , de Beny , etc. etc.; dans 1'arrondissement de Bayeux , sur les plateaux de Sainte-Croiz , Grepon , etc. ; de Manvieux? de Colleville ? de Louvieres? de Saint-Pierre-du-Mont ? etc. , etc. Dans I'arrondissement de Fa- laise , sur le Mont d'Eraines , a Barou , Norrey , les Mou tiers, la chapelle Souquet , Courcy , Saint-Pierre-eur-Dives , Ernes , etc., etc. , etc. Le calcaire de Caen fornae d'abord une tone plus ou moins large entre le forest-marble et l'oolithe inferieure ou les terrains plus anciens , en passant par Sainte-Croix Grandtonne , Brouay, Bretteville-l'Orgueilleuse , Nore , Saint-Manvkux , Carpiquet, Bretterille - sur-Odon , Allemagne , Ifs , Fontenay-Ie-Marmion , Quilly , Berteville-Rabet, Quesne, Alsy , Ussy, Saint-Loup et Saint-Pierre-Canivet,Aubigny,VersainvilIe, Angloischeville, Beau- inais , etc. , etc. , etc. ; puis on le retrouve au milieu du forest- marble , dans la plupart des lieux oil le sol s'abaisse , coin me a Chicheboville , Conteville , Saiut - Silvain , etc. , etc. ; sur les rives du Laison a Conde , Mesieres, etc. , etc. , etc. ; sur cellos de la Dive , entre Morteaux et Trun , et dan* beaucoup d'autrts localites. DU D£P T . DU CALVADOS. ftl3 surface et occupent presque toute la campagne comprise entre Caen et la mer an nord et au nord-ouest, et entre cette ville et Falaise, au sud ; a Test et au sud-est de Caen , elles se trouvent Ires - distinctement limite'es par TOxford-Clay , depuis Sallenelles jusques dans le de'partement de l'Orne. La grandeoolithe se lie si intimemental'oolithe infe'rieure , et empiete si visiblement sur eile dans beaucoup d'endroits, que je ne pense pas qu'on puisse tracer partout une ligne de sepa- ration pre'cise entre ces deux terrains. Celle que j'ai indique'e sur ma carte ne peut etre conside're'e que comme approximative , quoique dans les lieux douteux j'aie constamment eu recours aux temperaments pour obtenir le ve'ri- table niveau. Dans l'arrondissement de Falaise , par exemple , les roches les plus rapproche'es de l'ancien lavage paraissent repre'senter l'oolithe in- fe'rieure , quoiqu'elles offrent tous les caracteres de la grande oolithe ; et comment parvenir a de'- limiter exactement deux terrains en apparence identiques et qui ne montrent entre eux aucune solution de continuity (i) ? (1) II est probable que les savants qui s'occupent de la statis- tique de l'arrondissement de Falaise ( MM. J. Desnnyers, Ga- leroo et de Brebisson ) , obtiendront des rcsultats plus satisfai- Ql4 TOPOGRAPHIE GEOGNOSTIQUE Les calcaires dont je parle , soil qu'ils appar- tiennent a la grande oolitlie , ou a foolithe infe'~ rieure , se trouvent singulierement morcele's par de fre'quentes denudations et par des ilots plus ou moins considerables de roches interme'diaires ( ancien gres rouge et phvllades ) qui forment aussi au-dessous des couches secondaires ? de petites chaincs dont les points culminants seu- lement paraissent a la surface du sol ( voyez la fig. 5 , pi. I ). II est extremement curieux d'examiner avec quelle bizarrerie les se'diments calcaires s'enchevetrent dans ces protube'rances de gres } et comment ils out' rempli toutes les cavite's qui existaient au milieu de ces e'cueils de Pancien rivage. On peut recommander , sous ce rapport , a l'attention des ge'ologues , la petite bruyere qui borde le cote' droit de la route d'Ar- gentan , a un quart de lieue de Falaise , celle qui se trouve devant la porte de l'abbaye de Saint-Andre' ; enfin celles de La Moissonniere a Vignats , de Perrieres , de Sassy , d'Olandon , etc. , etc. Diluvium. Le diluvium du forest-marI)le et de la grande oolitlie , presente des differences sants , ot que leurs observations jetteront beaucoup de jour sur la g^ogiaphie des terrains oolilhiques de cette partie du depar- tenient. DU DEP r . DU CALYADOS. 2] 5 ties - sensibles } selon les lieux oil on Pobserve. Souvent il consiste dans une glaise d'un jaune sombre , renfermant cles silex comes semblables a ceux qui se trouvent dans les couches imrae- diatement inferieures. Des fragments de roclies ancSennes ( gres interme'diaire , grauwacke , etc. , etc. ) se rencontrent aussi sur certains points dans Targile precedente ( moulin-au-Roi pres de Caen , l'Ebisey , Saint-Aubin-d'Arquenay ? etc. , etc. ) , et leur distribution par zones ou trainees , indique sufusamment que des courants les out apportes oil nous les voyons. Sur les plateaux de Saint- Pierre- du-Mont , Vierville , Saint-Laurent , Ma- rigny , etc. ? etc. ( arrondissementde Bayeux ) , la meme argile est fort e'paisse , remplie de silex tabulaires , comme nous l'avons fait remarquer ( page 1 36) , et la couleur en varie du jaune pale au jaune ferrugineux. Dans d'autres contre'es , une terre extreme- mentfine et tres-le'gere , douce au toucher 7 d'un jaune pale et presque sans aucuns de'bris calcaires ou siliceux 7 surmonte la grande oolithe et le fo- rest-marble ( Cre'pon 7 Ver , Sainte-Croix , Ban- ville j Venoix , environs de Caen, etc. ) ; cette argile contient plus de parties calcaires que la glaise , et quelquefois elle est tres-charge'e de 1 1 6 T0P0GRAPH1E GEOGNOSTIQUE siliee ( i ) , aussi ne retient-elle l'eau que faible- ment et se desseche-t-elle assez promptement (a). En parcourant la zone fort etendue oil do- minent les oolilhes blanches ( partie des cantons de Falaise ( est. ) ? Coulibeuf 7 Bourgue'bus , Troarn , Douvres , etc. , etc. ) , on observe une multitude de fragments calcaires re'pandus dans une argile peu e'paisse , dont la couleur varie , et qui est generate ntent le'gere, Enfin on trouve au-dessous des de'pots que je viens d'indiquer , et imme'diatement au-dessus des strates calcaires , dans le voisinage des e'mi- nences $ oxford - clay , ( Moult , Me'sidon , Percy , etc. , etc. ) an pied du Mont d'Eraines ( Sainte-Anne-d'Entremont 7 Goulibeuf ) , a Ailly, Vendeuvre et dans plusieurs autres lieux , an sable calcaire qui forme dans le diluvium un systeine distinct et plus ancien que les autres. Ce sable est rempli de Tere'bratules et d'autres bivalves, use'es ou brise'es, et depetits galets route's calcaires 7 irre'gulierement discoides 7 dont le dia- (i) Lorsque les eaux pluviale* ont coule sur l'argile dont je parte , on prut recueillir dans les petits sillons qn'elles ont for- mes , un sable siliceux extrtmement fin et tres-doux au toucher, dont je niesuis scrvi avec avantagopour polir finement les pierrei lithographiques. (2) M. de Magneville pensc que la tcrre jaune est recouverte par la glaise rouge a silex. DU DEP T . DU CALVADOS. 217 metre excede rarement un police. Tous ces debris sont quelquefois faiblement aggre'ge's ( 1 ) , et 011 les preridrait pour unecouche un pen grossiere de calcaire incoherent , comme on en trouve dans la grande oolithe, s'ils n'e'taient quelquefois re'unis a des galets route's de quartz lryalin et de gres interme'diaire ( Aillj ) j a Angloisclieville , stir le petit plateau qui se'pare la riviere d'Ante du ruis- seau de Pierreux ? le meme sable calcaire alterne avec des lits tres- minces de terre et de petits galets de quartz-hyalin. Au reste , il contient en ge'ne'ral fort peu de ma tie res e'trangeres , d'oii Ton peut conclure qu'il re'sulte de la tritura- tion des couches oolithiques ope're'e sans une grande agitation des eaux. Agriculture. Oh doit bien penser que le di- luvium de la grande oolithe , dont nous venons d'indiquer les principals modifications ? exerce , suivant sa nature , des influences diverses sur les productions du sol. M. de Magneville a public sur ce sujet, dans le troisieme volume de laSo- (1) 11 parait cependant que dans certaines circonstanccs Its sables calcaires dont il s'agit peuvent se solidifier et incrusler les objets qui se trouvent au milieu d'eux ; j'ai vu dans la collec- tion de M. de Vanquelin , des ecailles de moule ( rnylidts edulis ) renl'einiees daus de pareils sables qui avaieut acquis beaucoup de duretc probablement a une cpoque assez recente. 2l8 TOP0GRAPH1E GEOGNOSTIQUE cie'te' Linne'cnne , des notes curieuses que Ton pent consulter (i). Conside're'es dans leur ensemble , les terres qui recouvrent la grande oolithe et le forest- marble sont plus ou moms favorables a la cul- ture da ble' , du colza , des navets , de la be- terave , de l'oignon , du trefle , etc. , etc. Ce- pendant celles qui sont peu epaisses , trop \6- geres et remplies de fragments des couches ooli- thiques , sur lesquelles elles reposent (2) sont maigres et arides ( voyez la note , page 65 ) ; le colza y re'ussirait avec peine , tandisque le sain- foin y croit mieux que partout ailleurs. II n'existe gueres de paturages dans la grande oolithe et dans le forest-marble. Le bois y est aussi assez rare ; on y voit tres-peu de haies de cloture , et c'est en partie la nudite' qui en re'sulte , qui donne aux plaines de Caen et de Falaise un aspect si contras- tant avec celui da Bocage et du Pays-d'Auge. (1) Memoire sur les terrains de transport , depuis la page 63 jusqu'a la page 69. (2) En Angleterre on trouve aassi une grande quantite de frag- ments calcaires repandus dans le terrain meuble superienr a la grande oolithe. C'est de la qu'est venu le nom de stoncbrash hills clonnA par les cultivateurs a la contree dans laquclle cette roche doinine. DU DEP T . DU CALVADOS. 21Q L'orme , 1c Irene et le peuplier y croissent cepcndant assez bien dans les lieux qui ne sont pas trop arides. Dans l'arrondissement de Bayeux ( Ste.-Ho- norine , Saint-Laurent , Formigny ? etc. ) on voit encore sur le terrain qui nous occupe une e'tendue assez considerable de terres incultes con- nues sous le nom de vignels j mais on ne peut douter que ces landes ne devinssent fertiles si elles e'taient de'friche'es , et de'ja quelques-unes d'entre elles Pont e'te' avec succes. On pourrait citer dans l'arrondissement de Caen et dans celui de Falaise (1) plusieurs autres landes situe'es sur le forest-marble et la grande oolithe. Le meme terrain pre'sente aussi plusieurs ma- rais tourbeux , tels que ceux de Ghicheboville ? des Terriers ? de Colleville , de Rots 7 de Ran- ville , etc. Sources. Comme les eaux pluviales traversent toutes les couches sans trouver d'assises argi- leuses qui les arretent ? les sources n'existent le plus souvent qu'au point de contact de la grande oolithe avec les roches infe'rieures } et les puils sont ge'ne'ralement profonds dans ce terrain. (1) Malgre tous les obstacle* qu'il avait a vaincre , M. de Van- quelin est parvenu a mettre en rapport une partie des plateaux du moot d'Eiaines, presque depour\ ue de terre vegelale et cou- verte de silcx. 2 20 T0P0G1UPHIE GEOGNOSTIQUE Chapitre XIII. De l'argile de Port-en-Bessin. L'argile de Port-en- Bessin est parallele an calcaire de Caen ( grande oolilhe ). — Elle est bleue on jaunatre et conlient des coaches subordonnees de calcaire marneux. — Mineraux con- tenus. — Fossiles. — Etendue. — Usages. — Diluvium, — Agricul- ture. — Sources et perte de rivieres. Les memes couches qui tlans les arrondissements de Caen et de Falaise fournissent ces belles pierres de taille blanches que nous appelons cal- caire de Caen , so transformed en calcaire marneux et en marne bleue ? entre la Seule et la Vire , au nord-ouest du de'partement , et cons- tituent un banc argileux e'pais d'environ 100 pieds ( Port-en -Bessin , Aromanches, Sainte-Hono- rine 7 etc. ). Je donne a ce depot le noni d'ar- gile de Port-en- Bessin ( i ) ; la position en de- viendra facile a saisir si l'on jette un coup-d'oeil sur la vue que j"*ai figure'e des falaises comprises entre Vierville et Aromanches. (pi. 4). L'argile de Port-en-Bessin qui est bleue , par (1) Port-en Bessin est une des localites les plus frequentees et n ie de cellis oil on peut le mieux etudier le terrain que nous exa- minons. DU DEP T . DU CALVADOS. 22 1 fois jaunatre , commc celle de Dives , coniicnt aussiassez fre'quemmentdes couches subordonne'es d'un calcairo marneux de meme couleur , et quel- quefois oolithique , qui a beaucoup de rapport avec le Kelloway-rock que nous avons decrit(p. i85 ) (i). Ilserait possible qu'elle representat, au moins eu partie jlefuller's-earth des Anglais, qui est a peu pres dans la meme relation ge'ologique avec les systemes voisins 7 la grande oolithe et 1'ooliLhe inferieure (2). Mineraux contenus. On y trouve comme dans V Oxford- clay du fer sulfure, du fer sulfate et des cristaux de chaux sulfate'e lenticulaire. Fossiles. lis y sont rares et mal conserves : ce sontplusieurs especes de Tere'bratules lisses , une Tere'bralule plisse'e , des Ammonites , des Nau- tiles , des Pholadomies , des Me'le'agrines et des Belemnites , qui se trouvent aussi dans l'oolithe in- ferieure j des Crustace's ; enfin beaucoup de bois pene'tre de chaux carbonate'e et de fer sulfure. Etendue.Cetie argile occupe la partie moyenne (i)Voyei, pour plus de details , mon memoire sur quelquea terrains de l'arrondissement de Iiajreux, i cr vol. de la societe Lin- neenne. (2) 11 est probable que dans certains lieux la marne de Port re- presente aussi une partie de l'oolithe inferieure , car elle parait ejnpieter sur les bancs qui la iupportent. 33 2 TOPOGJUPHIE G^OGNOSTrQUE et infe'rieurc ties falaises de Parroiulissement de Bayeux ( voyez les pi. 4 et 5 ) , et forme a peii de distance des cotes , une ceinture entre l'oolithe in- fe'rieurc et le forest - marble sous lequel elle s'en- fonce, en passant par Ge' fosse , Lethanville, Deux- Jumeaux , Anglesqueville (i) , Asnieres , Ve'ret , Formigny , Russy , Neuville , Comraes , Fonte- nailles 7 Rye , Bazanville , etc. Au Manoir , Saint- Gabriel , Ruqueville , Martragny , etc. , elle se transforme visibleinent en calcaire marneux jau- nalre , puis 'en calcaire de Caen. Comme les assises marneuses de Port - en- Bessin out souvent beaucoup de ressemblance avec le lias ? il est tres-diffici!e de les en distinguer lorsqu'elles se trouvent en contact avec lui ( envi- rons de Gefosse ). Le calcaire oolithiqueinfe'ricur qui en ge'ne'ral fournit un bon horizon entre ces deux formations , prend quelquefois une teinte bleuatre comme elles ( Vieux-Pont pres Bayeux ) 7 ce qui peut encore jeter de l'obscurite sur les li- mites infe'rieures de la marne de Port-en-Bessin. II est done possible que celle-ci se trouve re'unie au lias dans quelques localite's oil nous n'avons pu (i) L'argile bleue et le calcaire marneux form ant a Anglesque- vi!le Peminence isolee sur laquelle est situe Pancien chateau d« I?( aumont-le-Hichard ; on voit dans Pargile de Dives beaucoup de pareilles eminences en forme de cone tronque arrondi. DU DTh»T. DU CALVADOS. 3a5 la distingner de ce dernier ( voyez l'explication de la carte ge'ologique ). Diluvium. Une argile d'un jaune pale , ou ti- rant sur le gris , a laquelle est souvent venu se meler le diluvium du forest-marble et de la grande oolilhe avec ses silex , parait dominer sur la marne de Port-en-Bessin ; mais on y trouve aussi des zones de galets et de sables quartzeux 7 e'vi- demment provenus du terrain intermediaire (1). Ainsi on exploite au pied de la butte deCommes , a Maisons, He'rils , etc. , une couche de galets roules de quartz hyalin et de gres , semblables a ceux que nous verrons bientot dans Parkose et le red- marie. Le diluvium des terrains an- ciens a forme' sur l'argile de Port-en-Bessin un autre depot fort remarquable dans les landes de Criqueville et de Le'thanville ; il se compose , dans cette localite' , de galets tres-petits et tres-serre's de quartz-hyalin blanchatre , de galets un peu plus gros de gres quartzeux interme'diaire et de sables quartzeux jaunes semblables a ceux que (l) Nous Terrors bicntdt le diluvium du tertain intermediaire recouvrir aussi le Lias, et cette extension des debris de Pan- cien continent sur les terrains plus modernes , nous annonce qnc b's rives du Bassin ne sont pas eloignees ; l'elevation de celles- ci a du naturellement favoriser la descente de ce« debris rer» des regions plus basses et agir , conjointement arec d'autres circonstanccs locales, sur la direction des courants qui l«s ont entraines. 1- 3*4 TOPOGRAPH!! G^OGIfOSTIQUE j'ai de'crits dans le premier volume de la Soeie'te Linneenne ( pag. 6y ) ; le tout est souvent re- convert d'une argile qui , a inspection de la couleur , m'a paru provenir aussi du terrain in- terme'diaire , peut-etre des Phyllades (i). La grande ressemblance des fragments et des sables precedents avec ceux qui se sont formes aux depends de L'ancien gres rouge , ne permet pas de douter qu'ils ne proviennent des c'mi- nences de cette nature qui bordent le bassin se- condare , et l'on peut meme suivre leurs traces jusqu'au lieu de leur origine. L'examen auqucl je me suis livre me porte a croire que les debris de roches anciennes qui recouvrent l'argile de Port - en - Bessin , a Criqueville , ont e'te' ap- porte's des landes de Lessay et de Saint -Pa- trice , du Mont Gastre , ou des \ autres emi- nences de gres rouge ancien qui regnent entre Pe'riers et Saint-Sauveur~le- Vicomte 7 dans ie de'partement de la Manche. Les courants qui les ont charrie's devaient par consequent venir de Touest (2). Agriculture, L'argile de Port- en -Bessin (1) Les parties terreuses tenues en suspends dans l'eau , ne ie sont deposees qu'apres les galets ruules ; voila probablement pourquoi ellcs ont forme une coache distincte et superieure. (a) 11 est probable que le red-marle a aussi fourui une paitie lies materiaux qui composent ce depot arcuaee. DU DEP T . DU CALVADOS. 2a5 produit de bons paturages , et des terres labou- rabies de nioyenne qualite' qui sont en general mouillantes et difliciles a cultiver ; le colza et le trefle y re'ussissent parfailement , l'orrae et le pommier y croissent avec vigueur. II existe encore dans ce terrain quelques landes qui pour- raient etre cultive'es avec beaucoup de succes ( Formigny , Veret , etc. ); celles de Criqueville, dont la sterilite provenait de l'alluvion mentionne'e dans le precedent paragraphe , viennent d'etre mises en rapport. Usages. Les couches calcaires subordonne'es a l'argile fournissent de la pierre a batir , de mauvaise qualite', qui se de'lite a la gele'e ; on peut cependant I'employer a I'inte'rieur des maisons , et elle se durcit a la longue. Sources. Les sources sortent en grand nombre de la niarne de Port-en-Bessin , et produisent des cascades remarquables dans les falaises. Beaucoup d'entre elles forment des tufs ou incrustations cal- caires j la plus remarquable sous ce rapport ett celle de Saint-Simeon, dans la falaise de Saint*. - lionorine , qui est renomme'e pour gue'rir de la Havre (i). (1) 11 existe encore pres de la fontaine , une chapelle fort arcienne , rlediee a St, -Simeon , et a e6te de la*Wlle il se ticnt tons les ans un<> assem lee. 236 topogkaphie geognostique Perte cles rivieres. L'Aure et la Dr6me se perdent insensiblement au pied de la butte d'Es- cures , dans la valle'e de Maisons , entre les strates du calcaire marneux (i) , presque au point de contact de cette roche avec l'oolithe infe'rieure. Apres s'etre re'unies , ces rivieres se divisent en deux courants ; en e'te' on voit disparaitre l'un de ces courants dans un espace de 20 toises environ ; en liiver , que les eaux sont plus abondantes , elles se perdent sur une longueur de plus de 4° toises. L'autre courant apres avoir servi de moteur a un moulin , disparait de la meme maniere , mais plus proraptement que le premier. Partout ou les eaux sont absorbees , on entend un bruit sourd 7 et on les voit ressortir a marce basse au pied des falaises , entre Port et Mari- gny , a une lieue de distance ; les couches d'oii clles surgissent sur la cote , sont identiques avec celles qui les recoivent a Maisons (2). (1) Ce phenomfene a ete mentionne dans un ouvrage intitule QUerveillcs de la nature en France, mais d'une maniere inexacte , ca qui m'a engage a en parler ici. Lei fosses dans lesquellos lis eaux I'engouffrent s'appellent fossa du Souey. (a) On crait generalement que PAure ct la Drome ne se sont pas teu jours perdues a Maisons ; mail qu'a une epoque rerulea Jeur cours se prolongeait jusqu'a Isigny ; en effVt la configura- tion du sol pourrait le faire supposer aussi bicn que le nora DU DEPt. DU CALVADOS. 227 Chapitre XIV. Du Calcaire oolithique inferieur ( inferior oolithe) Conybeare. Le calcaire oolithique inferieur se divise en deux systemes , Tun superieur blanchatre , qui se lie k la grande oolithe , Pautre peu epais rempli de coquitles et d'oolithes ferrugineuses. — Description de ces deux bancs principaux. — Mineraux con- tenus. — Fossiles. — Etendue et details degisement. — Diluvium. — Agriculture. — Usages. Le calcaire oolithique inferieur pre'sente deux systemes principaux de couches. Le premieF ou supe'rieur , intimement li^ a la grande oolithe etbeaucoup plus e'pais que I'autre, est forme d'un calcaire blanc a tissu lache 7 tout-a- faitressemblant au calcaire de Caen, et renfermant des oolithes alte're'es qui prennent une teinte rousse en approchant des couches ferrugineuses delapartie infe'rieure. II se divise ordinairement par lits e'pais d'un demi-pied a trois pieds , mais de villi* d'Aurt conserve a la vallee d'Isigny. D'un autre rule la riviere qui passe dans cette derniere vallee s'appelle encore aujourd'hui fAure inferietire ; la source n'en est pas eloignee des fosses du Soucy , et en hiver , lorsque les eaux sont trop abondantes pour ctre toutes absorbees dans ces fosses , elles inondent la vallee voisine et vent se reunir a I'Aure-Inferieure. 228 TOPOGRAPHIE G^OGNOSTIQUE dans les falaises de Ste.-Honorine on rfy voit pas de stratification , les fissures verticales e'ga- leut en nombre les fissures horizontals, et cel- les-ci ne sont pas assez continues pour se'parer regulierement les strates. Dans rarrondissement de Bayeux oil l'argile de Port-en-Bessin la surmonte , ce systeme parait appartenir a l'oo- Hthe inferieure ; mais il semblerait avoir bien plus d'affinite' avec la grande oolithe , dans d'au- tres localite's oil cette argile manque ? et se trouve me'lamorphose'e en calcaire de Caen comme aux environs de cette ville , en Ire les Mouliers et le Bois Halbout , a Quilly et dans presque tout rarrondissement de Falaise. Aussi on a rap- porte' la meme roche , tantot a la grande oolithe et tantot a l'oolithe inferieure , et cette difficulte' de se'parer deux calcaires dont les limites ne sauraient etre exactement trace'es , leur a souvent fait attribuer une puissance trop considerable. Le systeme infe'rieur , de'signe' par quelqnes ge'ologues sous le 110m de banc sabieux , ne consiste qu'en deux 011 trois couches ayant en- semble une e'paisseur de trois ou quatre pieds an plus j et seulement d'un pied et demi a deux pieds dans beaucoup de localite's ; c'est une espece de gres calcaire de couleur jaunatre ou grise , extre- mementremarquable par la grande quantite d'ooii- thes lerrugineuses ? et le nombre prodigieux de DU d£Pt. DU CALVADOS. 229 coquilles qu'il renferme (i). Les globules ooli- thiques en sont ovoktes et un peu moins gros que ceux de la grand e oolithe (a) ; cependant dans l'une des couches ( la plus basse de celles qui contiennent des ooliihes ferrugineuses dans l'arrondissement de Bayeux ) , ils acquierent assez souventun volume beaucoup plus considerable et qui vane depuis celui d'une noisette jusqu'a la gros- seurdu poing; dans ce cas,ils contiennent presque toujours , a leur centre , une petite coquille (5) ou un fragment du calcaire inferieur,et la forme en est subordonne'e a celle du nojeau sur lequel se sont mould's les feuillets concentriques d'argile ferrugi- neuse. Dans plusieurs localite's le banc ferrugineux de l'oolithe infe'rieure peut servir a fixer les limites supe'rieures du Lias j mais ce n'estpas un horizon bien constant ; les oolithes brunes qui en font le principal caractere paraissent quelquefois n'etre qu'accidentelles , se montvant dans une localite' (1) Ces couches ferrugineuses sont parfaitement identiques avec celles que Ton trouve en Angleterre , k Dundrypres de Bristol , localite qui a fourni a M. Sowerby un ties-grand nom- br« de fossiles. (2) Ces derniers sont aussi generaleuient plus ronds que ceux de l'oolithe inferieure. (3) J'ai trouve bien souvent de petiteg Ammonites , des Te- rebratules , des Cypricardes , etc. , an centre de res oolithes gi- gantesques ( Saint-Vigor-le-Grand , Klreham, Saiute-Hoaurinc, etc. , pres Bayeux. »3o TOPOGRAPHIE G^OGNOSTrQUE et disparaissant dans l'autre ; c'est vraisemblable- ment ce qui aura trompe M. de La Becbe , lorsque dans les falaises de Farrondissement de Bayeux , il a confondu le calcaire oolitbique infe'rieur , aussi bien que les argiles bleues de Port-en-Bessin qui le surmontent , avec le cal- caire a grypbites arquees (Lias). Mineraux contenus. La cblorire est assez souvent disse'mine'e dans l'oolitbe infe'rieure , et les coquilles des coucbes ferrugineuses pre'sen- tent quelquefois des cristaux de quartz a leur inte'rieur. Fossiles. Le calcaire blanc de l'oolithe infe'- rieure contient ge'ne'ralement peu de fossiles ; cependant dans la faiaise des Hachettes , en tie Port-en Bessin et Sainte-Honorine , on y re- Tnarque une grande quantite' d'Eponges et de Polypiers , des de'bris de Crocodile (i) , des Crustace's , des Oursins et plusieurs especes de (i) M. de Bazoches a decouvert une portion de la machoire d'un crocodile dans l'oolithe qui forme la base des falaises de Port-en-Bessin , et j'ai vu des Tertebres du meme animal a Sainte-Honorine. En 1S25 on a trouve,a deux lieues de Bayeux, dans la commune de Couvert , egalement dans la partie blanche de l'oolithe infe- ricure , un crocodile tout entier, dont j'ai pu recueillir un grand nombre de fragments ; ce crocodile etait de la memeespcce que celui des carrieroi d'Allemagne , depose au museum d'histoire na- turelle de Caen. DU DEPt. DU CALVADOS. 201 coquilles j j'ai visite et decrit depuis long-temps celte curieuse localile , dont la pi. 4 presente une vue detail lee. Mais le banc f errugineux surtout est fertile en pe'trifications j dans beaucoup d'endroits ce n'est qu'un agglome'rat de coquilles tasse'es les lines sur les autres et pe'ne'tre'es de fer oolithique. Voici l'indication tres-incomplete de celles qu'on y voit commune'ment ,• elles ont aussi e'te' tron- vees en Angleterre dans Poolithe ferrugineuse de Dundry pres de Bristol : Mjoconcha crassa , Trigonia coslata , T. striata , Avicula ina 3 .- quivalvis , Gervdlia pernoides , Limagibbosa, L. proboscidea , Plagiostoma punctata , P. Dupllcata , Pecten corneas , P. Fimineus , Ostrea marschii, Pholadomya , marchisoni , Ph. cequalis 3 Astarte excavata , A. planata, A. rugatus y A. imbricata, Cardita lunula- ta , Cucullea dec us sat a 7 Terebratula con- cinna , T. biplicata , T. ovo'ides , T. lata 7 T. dimidiata , T. bullata } T. sphatroidalis , T, emarginata , Pinna pinnigena, Trochus punctatus y Tr. elongatus , Tr. abbreviated , Tr. Jasciatus , Tr. granulatus , Tr. sulca- tus , Tr. ornatus , Tr. bicarinatus , Tr. concavus , Tr. imbricatus 7 Tr. reticulatus . Turbo ornatus f T. rotundatus 7 Melania a3a T0P0GRAPH1E GEOG^OSTIQUE heddingtonensis , M. lineata , Rostellaria , Parkinsonii , Belemnites Nautilus obesus , Ammonites discus , A. acutus , A, Quadra- tus ,A. Braikenridgii , A. Gervillii, A. Bron- gnartii } A. Blagdeni } A . annulatus , A . tri- plicatus y A. biplex y A. rotundus , A. los- viusculus , A, contractus , A. complanatus , et un grand nombre (Fautfes especes , des Oar- sins , des Pentacrinites, des Vertebres d'lchthyo- saures , des Lignites , le bois a odeur de truflfes de'crit par M. Desnoyers , etc. Etejidue et details de gisement. Nous avosis vu que les limites supe'rieures du calcaire ooli- thique e'laient souvent fort obscures ; les limites infe'rieures n'en sont pas plus elaires dans beaucoup d'endroits. Dans quelques localite's de 1'arrondis- sement de Bayeux ( Vaux-sur-Seulles) , l'em- pie'tement des depots les uns sur les autres s'est fait de bas en haut , e'est-a-dire que des couches mine'ralogiquement semblables a celles du Lias ont continue' a se former au niveau de i'oolithe , tandis que dans l'arrondissement de Caen et dans celui de Falaise , il s'est fait de haut en bas ; les oolithes ferrugineuses se sont d'abord re'pandues dans les couches marneuses du Lias ( Les Mou- tiers , Gurcy 7 etc. ) ; puis les oolithes blanches de la grande oolithe ont envahi a le:ir tour les DU DriP*. DU CALVADOS. 233 couches les plus basses de l'oolithe infe'rieure. J'ai donne , pi. 3 , une figure qui fera parfailement concevoir l'effet de cet empie'tement , qu'on re- trouve dans les sediments de tous les ages , et qui jelte tant d'obscurite' sur les niveaux ge'olo- giques , en rendantles horizons me'connaissables. Quoiqu'il en soit , on peut tracer approxima- tivenientlVtendue du calcaire oolithique inferieur, ainsique nous Tavons fait sur notre carte. Depnis Le'lhanville , au nord-ouest , jusqu'aux environs de Falaise ? au sud sud-est , il forme une zone continue d'abord entre le Lias et la marne de Port-en-Bessin , puis entre le Lias et la grande oolithe ( \oycz la carte ). Nous avons deja dit un mot du morcellement des sediments secondaires les plus rapproche's del'an- cien rivage( v. p. is i4) ; rien ne represente niieux imeancienne mer que ces depots calcairesformant dans les environs de Falaise, des golfes, des anses 7 des de'troits , etc. , etc. Au milieu des caps et des ishmes de gres quarlzeux interme'diaire ( la Ho- guette , Saint-Pierre -du-But , Vignats , etc. , etc. ). Sur le re vers sud-ouest de la petite chaine de gres quarlzeux qui regne entre Saint-Pierre- du-But et Cordev , il existe a mi-c6te une e'troite ceinture calcaire qui se prolonge jusques dans le de'partement de I'Orne ( depuis Coupigny , 3D4 TOPOGRAPHIE GEOGNOSTIQUE jusqu'a Ne'cy ) , enconservant la meme position j la fig. 5. , ( pi. i re . ) donnera une idee de ce curieux gisement du calcaire oolithique (i). Diluvium, Les glaises et les argiles d'un jaune lerrugineux plus ou moins fonce' , qui recouvrent Toolithe infe'rieure , deviennent quelquefois plas- tiques , ainsi que nous l'avons dit page j46 J elles contiennent une grande quantite' de silex ana- logues a ceux qui se trouvent dans le calcaire oolithique et les couches supe'rieures du Lias. Dans plusieurs localite's , les silex dont nous par- Ions sont exte'rieurement blanchatres a l'e'tat de cacholong ? et la glaise qui les entoure est de meme couleur , circonslance que nous avons deja remarque'e au-dessus de la craie. Les argiles diluviennes et plasdques qui sur- montentl'oolithe infe'rieure , renferment des Ver- tebres d'Ichthjosaure,desTe'rebratuleset plusieurs autres coquilles caracte'ristiques de Poolithe infe'- rieure (2) ; elles acquitment une e'paisseur con- (1) Cette bande calcaire se trouv* placee dans une legeracayite qui existe sur le penchant du cfiteau , au point oil le gres inter- mediaire vient s'appuyer sur les schistes (royez la fig. 3, pi. 1".). (2) On a vu ( page i48 ) que le gres associe aux argiles preci- dentes contient les memes coquilles que l'oolithe inferieure ; je viens desire dans l'interessant Memoire de M. Constant Prevost, sur les schistes calcaires de Stonesfield (Annales des sciences na- turcllcs , avril i8»5 ) , une nute qui cite un nouTel exemple bien DU DE>*. DU CALVADOS. 255 sidc'rable pres des limites du bassin secondaire , dailS les environs d'Evrecy , dans la forth de Cin- glais , a Donay , Meslay , Bray , Martinville , etc. , dans les bois de Samt-Clair-la-Pommeraye , etc., etc. ( v. ce qui a e'te ditp. i5g) ; ellessont remarqtiable de la presence de fossiles anciens dans des couche* tres-modernes ; je m'empresse de la reproduire ici : c Dans le dernier numero des Transactions de la Societe Geo- a logique de Londres , dit M. Conslant Provost, M. R. Taylor, « en decrivant les strates des depots diluviens qui constituent en « grande partie le sol des comtes de Suffolk et de Norfolk , euu- € mere parmi les fossiles qui se rencontrent dans les couches ar- « gdeuses de ce« depots, de grandes Belemnites couvertes de Scr- « pules, la Gryph&a dilatata ( de 1'argiled 'Oxford ), VOitrca del- « toidea (du Kimmeridge-clay) , des fragments d' Ammonites et « des Vertebres; il dit qu'a Eye en Suffolk, les Belemnites se « trouvent avec des dents d'EIephant. Aupres de Diss an nordde « la riviere Waveney , il a trouve reunis des Belemnites, Ammo- « nites , Oursins , Serpules , Gardioms , Mies, Tellines, Uuitres, « Peignes , Plagiostomes , Terebratules , Inocerames , des frag- « mens dePentacrinites , etc., avee des ossements et avec VOt- « trea qregarea, VAttarle planata, la Vtnus turgida , VUnio Listen'. « Dans des puits ouverts dans l'argile superieure a la craie , on a a rencontre dans plusieurs lieux de gros bloet ou rognons f Boul- « dan ) d'un gres verdatre remarquable par plusieurs fossiles t particuliers , tels que de petites Belemnites , Terebratula ovoi- • (tea, T. plieata, 1\ gigantta , Avieula media , et plusieurs fcs- « peces des genres Troehut , Unto, Attarle, Ftnui , Teltina , « Cardium, Iscexrdium et Peeten.fi Marham , M. A. Taylor a en- i core trouve dans le depot diluviea solide et au milieu des argilcs, « des blocs de sable vert contenant les Peeten orbicularis et cornea, « Terebratula lata et ovaidet , Trigoaia dtceformli , plusieurs espi- « cos de Petonsies et de Belemnites. »36 TOPOGRAPHIE GEOGNOSTIQUE cl'un Lrun ferrugineux tirant sur !e rouge (i) , etremplies de silex assez volumineux. A Donay , dans le bois de Saint-Clair-la-Pom- merave , a Pierrefitte , a Treprel , a Ouillj-le- Basset ( route de Falaise a Conde' ) , au De'troit , auxLoges, a Fourneaux , etc. , etc. les memes argiles recouvrent les phyllades du terrain inter- mediaire (2) , et en cachent sur quelques points les veritables limites ( voy. l'explication de la carte geologique ). Apiculture, Les glaises jaunatres ou rougea- tres a silex de Troismont , de la foret de Cinglais , des bois de Saint-Clair , de Pierrefitte , Martain- ville 7 etc. , etc. , ressemblent beaucoup a celles qui recouvrent la craie ( v. pag. 161), aussi produisent-elles des re'gions agronomiques a peu pies semblabies , et sont-elles fre'quemment plan- tees en bois. Dans d'autres localite's oil le dilu- (1) Cette couleur pourrait provenir . sur quelques points , du melange de particnles enlevees a un minerai de Per, qui depend de l'ancien gres rouge, et qui se trouve assez rapprocut du ter- rain oolithique sur le bord du basiin ; au reste, e'est uoe supposi- tion qui n'est peut-etre pas fondee. {2) II serait possible que des couches caleaires eussent existe dans quelques unes des localitcs ou le diluvium del'oolithe repose sur les Phyllades; il serait meine difficile d'affirmer qu'il n'ea existe pas encore quelques stiates , entre les phyllades et le dilu- vium dans certains lieux oil ctluici est fort epais , et cache en- tiercment le sol infarieur. DU DEP T . DU CALVADOS. 2$J vium du calcaire ooiithique iiiferieur est moins glaiseux , moins rempli tie silex , il iburnit d'exeel- lentes terres a labour un pea fortes et mouil- lantes , par consequent d'une culture difiici'e , mais d'un tres-bon produit ; le pommier y re'ussit bien. Usages. Sauf le banc sableux qui contient ordinairement beaucoup de silice , les difFerentes couches de l'oolithe infe'rieure sont exploiters pour faire de la chaux sur la lisiere du Bc- cage (l) , ce qui donne lieu a des excavations conside'rables oil I'on peut recueillir beaucoup de fossiles (2). Le calcaire ooiithique infe'rieur est aussi employe' a batir. (i) Un grand nombre de cultirateurs transportent jusqu'a plus de 20 lieucs de distance la pierre a chaux qu'ils tirent des arrondisso- mentsdeCaenet de Falaise,et la font cuire sur leursproprietes avcc legenestetle vignot qu'ils cultivent dans les canipagnesdu Bocage; au contraire , il est rare qu'on transporle au loin , sans qu'eile soit cuite , la chaux que Ton tire des environs de Bayeux ; parce que le voisinage des mines de Litry perniet de la livrer ainsi a un prix modere, et que la plus grande partie en est transportee dais l'arrondissement de Saint-Lo , oil Ton ne cultive pas le gent5t cotunie dans celui de Vire. (2) Les carrieres les plus remarquablts de tout le departenient , sous le rapport des fossiles , sont celles des Moutiers , sur le bord de la grande route de Caen a Conde ; le banc de sable y contient une prodigieuse quatitite de coquilles parfaitement conservees. Cette localile est tout a fait s< mblable a celles de Saint- Vigor de "Vaucellcs, d'Etreham , de Sully etde Carcngny pres Bayeux. a38 TOPOGIUPHIE GEOGNOSTIQUE Chapitre XV. Du Lias. Caractcres generaux du Lias. — La partie superieure contient beaucoup de Belemnites et parfois des oolithes ferrugineuses. — C'est a tort qu'elle a cte souvent conlbndue avec le banc sableux de l'oolithe. —La partie inferieure du Lias renferma beaucoup deGryphites arqueei et des couches de caleaire com- pacte. — La nature des roches sur lesquellcs le Lias s'est depose parait avoir influesursa.texture.— Developpementd«cetteidee. — Epaisseur.— Mineraux conteous.— Etendue et details de gi- sement. — Agriculture. — Usages. Le Lias consiste dans un depot assez consi- derable de couches alternativement calcaires et argileuses , de couleur grise , bleue , noiratre ou jaunatre , dont l'e'paisseur varie depuis 5 pouces jusqu'a 1 8. Ce de'pot peut se diviser en deux parties prin- ciples : l'une supe'rieure , dans laquelle on trouve beaucoup de petites Ammonites ( Ammonites IValcotii ) , le Pecten equivalvis , le plagios- toma gigantea , etc., et une grande quantite de Belemnites ; Pautre infe'rieure , remplie de Gry- phites arquees ; je de'signe la premiere de ces deux series de couches 6ous le nom de caleaire DU DEP*. DU CALVADOS. 25l) a Be'lemnites , et la secondc sous celui de cal- caire a Gryphites ( i ) . Comme la partie supe'rieure du Lias ( le calcaire a Be'lemnites) est bleuatre dans une contree du departement , tandis qu'elle est jaunalre, remplie d'oolithes et de points ferrugiueux dans une autre , les memes couches ont e'te' rapporte'es a deux systemes difTe'rents par tous ceux qui les ont etudiees , et lorsqu'elles contenaient des par- ties ferrugineuses , elles ont e'te regarde'esa tort comme identiquesavec \ebanc sableux que nous avons de'crit dans le pre'ce'dent chapilre ( p. 2128). L'examen approfondi , auquel je me livrai en 1824, des couches du Lias compare'es a celles de Foolithe me fit bienlot decouvrir cette erreur. (1) J'eruprunte ces deux denominations a M. de Gerville qui a ^tudie avec tant de perseverance les formations secondares du Cotentio. Ce savant geologuea reconnu comme moi, que le ban* des Belemnites forme toujours la partie superieure du Lias, *-t qu'il centient quelques fossiles que Ton ne trouve pas dans la partie inferieure de cette formation. C'est pour differencier ces deux series decojehes qu'il a designe la plus elevee sous le nnm de ca'cat-e r. i tlcmniles , et l'antre sous le nom de bane des Gry- phites. ( Voyer la Notice de M. de Gerville dans le journal de physiqua , t. lxxu, pages iS, 19, ao et 21 , et torn, lxxxiv, pages 309 et 210. ) C'est avec tin grand plaisir que j'ai tu la meme distinction eta- blie par un geologue tres-distingue, M. Dufrenoy , professeur a TEcolc des mines de Paris , dans le savant Memoire qu'il vient xle publier sur le Lias du sud-ouest de la France ( Anntlcs dc* sciences naturelles , torn, xm, p. 3r).{)~ l8 2^0 TOPOGRAPHIE GEOGNOSTIQUE Je reconnns que les couches ferrugineuses de Curcy, du Pout-de-Landes, d'Epinay-sur-Odon, etc , confondues avec le banc sableux des Mou- tiers, de Vaucelles, de Saint- Vigor, etc, n'e'taient point paralleles a ce dernier, mais qu'elles devaient etre rapporte'es a la parlie superieure du Lias ; et de son cote' M. Deslongchamps arriva a la meme conclusion par Pexamen des coquilles. Parmi les bancs qui constituent cette partie su- pe'rieure du Lias , il s'en trouve un e'pais de deux a quatre pieds , qui conlient quelquefois des oolithes ferrugineuses , lorsque les a ulres n'en pre'sentent point , et qui , pour cette raison, a e'te' plus particulierement confondu avec le banc sableux. (1) II renfenne le Pecten equivalvis , des Terebratules , (T. acuta, T. quadrifida, T. numismalis ) un grand Plagiostome strie' , et surlout un tres-grand nombre de grosses Be'lemnites (2). Cette assise remarquable fournit un tres - bon horizon a cause de son e'paisseur constamment plus considerable que celle des (i)Il est cependant tres facile de distinguer les oolithes du banc sableux, de celles qui se trourent dans le banc dont je parle ici ; les premieres sont regulierement arrondies et souvent luisantes exterieurement ; les autres ne consistent que dans de petites concretions pulverulentes , et de forme peu reguliere. (a) Les Bclemnites ne m'ont jamais paiu aussi grosses dans les autres couches que dans celle-ci. DU DEPi. DU CALVADOS. 3»4 l autres ; elle est connue des ouvriers sous le nom de banc de roc , (i) et conlient quelquefois trop de silice pour etre employee avantageuse- ment a la fabrication de la chaux ? circonstance qui lui est commune avec le banc sableux. II est facile del'observer lelong des collines littorales de Lias qui regnent au-dessus du red-marle, depuis l'extre'mite' occidentale du de'partement jusques dans Parrondissement de Falaise 7 en passant par Agnerville , Mandeville , Blay , Subles , Ellon , Juaye , Mondaye, Lingevres , Hottot , Tilly, Ju- vigny, Monts , Villy, Epinay, le Pont-de-Landes, Curcy , etc. ; mais on peut la voir dans bien d'au- tres endroils , notamment sur les bords de l'Aure, a Saint-Loup , Saint- Vigor , Gueron , Monceaux, Saint- Amator , etc. ; a Vaux , Nonant , Vaussieux, etc. , sur les bords de la Seule. Je me suis livre' a un examen si attentif des ni- veaux compare's du banc sableux du calcaire oo- lithique , et du banc de roc du calcaire a Be'lem- nites , que j'ai pu dans certains lieux compter les strates qui les se'parent Pun de l'autre. La coupe de la butte de Vieux-Pont, figure'e pi. 5 , monlie leur position relative. Ainsi re'tablies dans leur place veritable , entre (i) 11 no faut altaclier aucun sens a ce nom vuigaire dost jc oae sera a dcfaut d'u'.i autre. *4 2 TOPOGRAPHIE GEOGNOSTIQUE le banc sableux et le banc de roc inclusivement ? (voyez la pi. 5), les conches dont il s'agit dans ce paragraphe pourraient bien repre'senter en partie le sand andmarlstone de Smith (i) , elles alter- nent souvent avec des assises de marne dont une e'paisse de 2 a 6 pieds , les se'pare ordinairement du banc de roc. Cette derniere couche de marne contientuneou deux strates tres-minces,d\in cal- caire jaune un peu fissile , dans lequel on trouve des Ichthiolithes de plusieurs especes (2). J'ai indique' , planche 5 , le niveau de cette couche fort remarquable ; quoique parfois interrompue, elle est assez constante pour que j'aie pu la suivre sur une etendue de dix a douze lieues. On voit assez souvent dans les strates supe'- rieures, du calcaire a Be'lemnites , surtout en approchant de leur jonction avec le calcaire oolitique j des si!ex tuberculeux branchus , les uns pyromaques , bleuatres ou grisatres 7 non translucides ( Vaucelles , Sully , Magny , Groisilles , etc. ) ; les autres blancs comme de la craie et d'un tissu si lache qu'ils deviennent insensiblement nectiques ( faiaises des Hachettes , (i) Voyez la geologie do l'Angleterrc , page 258. Le mnd ct tnarl$ton» , etudie en Angleterre par M. Smith , est un syiteme intermecliaire entre l'oolilhe inferieure et le Lia6. (2) A defaut de poissons, on en voit assez souvent des ceailles di&seminees dans le calcajres dont il s'agit. DU DEP X . DU CALVADOS. «45 Saint - Vigor pres Bayeux , les Moutiers , etc. ) ; quelquefois au lieu de silex , ce sont des concre'- tions plus ou moins nombreuses de gres calcareo- siliceux micace' , grisatre(i) , comme on en voit dans le green-sand avec lequel cette portion du Lias offre encore un autre rapport, celui de contcuir de la chlorite. Lorsquelecalcaire a Be'lemnites n'a pase'te' recouvertpar Pootithe inferieure, j'ai quel- quefois trouve a sa surface , des marnes jaunatres u i peu sableuses, renfermant des paillettes de mica. Le calcaire a Gryphitcs ( parti e inferieure du Lias ) est recouvert par le calcaire a Be'lemnites dans toutes les localite's oil ils sont reunis. Quel- quefois ils selient l'un a l'autre , et il n'est pas fa- cile de fixer entr'eux une ligne de separation. Ce- pendant les Gryphe'es arque'es ne pe'netrent point ordinairemenl jusqu'a la couche larde'e de grosses Be'lemnites ( le banc de roc ) que j'ai figure'e pi. 5 , et ce banc peut fournir un horizon assez sur (2) entre les deux se'ries. (1) On remarque dans le sand et martstanc des concretions de gres calcareo-mkace semblables a celles que nous trourons chez nous dans les couches compvises entre le banc sable ux et celui des Belemnites. Ges concretions siliceusea se montent de preference immediatement au-dessous du banc sableux, et elles diminuent a mesure que Ton approcbe du banc de roc ; elles manquent quel- quefois presqu'entierement lorsque les couches comprises entre ccs deux bancs sont tres-argiieuaes. (2) Le calcaire a Cclem;.i!cs pwrait aasex souvent descendre 244 TOPOGRAPHIE GEOGNOSTIQUE Le calcaire a Gryphites pre'scnte , outre les couches plus ou moins marneuses qui caracte'risent la formation du Lias toute entiere , d'autres cou- ches compactes a cassure concoide , appele'es cas- tine , qui en general ne font qu'allerner avec les autres a des intervalles hide'termine's , et qui sonfc assez souvent traverse'es par de petits filons de Spath calcaire blanc. ALongeau les couches com- pactes, tres-nombreuses, se trouvent form des de rognons calcaires applatis etcontigus; j'ai observe' desnoyauxde calcaire grenu au centre de quelques rognons de ce calcaire lkhographique. Les couches les plus infe'rieures n'ont souvent rien qui les distingue des autres ; ne'anmoins dans plusieurs endroits (Longeau , PEpinay-Tesson 7 etc. ) uii calcaire presque noir 1 contenant une prodigieuse quantite' de Gryphites et alternant avec des marnes de meme couleur remplies de lignites , caracte'rise les points de contact du Lias avec le red-mar le. II me reste a dire un mot des changements ex- tremement remarquables qui surviennent dans la. texture du Lias , en raison de la nature des roches sur lesquelles il s'est de'pose. Le calcaire a Gryphites arque'es m 7 a paru au - d^ssons de cet lioiizon , mail je n'ai pas tu Ie» Grjphitev Je par des cristaux de spalh calcaire ; elles se tap- portent aux genres Peigne, Plagiostome , Lime, Placune , f^enus , Avicule , fluitre , Pinnite (Pinna lanceolata) y Moule , Melanie, Am- monite ( dont une tres - volumineuse se trouve e'galement dans le Lias , et une autre parait voi- sine de X Ammonites eruca ). J'y ai remarque de grandes coquilles bivalves , transverses , strie'es transversalement 3 que je n'ai pu ratla- cher a aucun genre , des Oursins cidarites , des Astrees , du bois fossile , etc. , des Vertebres de Satirien ( peut-etre de Plesiosaure. ) Enfm , et je garde ce fait pour le dernier , j'y ai trouve a Agy des Grypliites aique'es , csquilles que l'on n'avait point encore de'eouvertes dans ce sysleme de couches (i). Usages, Le calcaire d'Osmanville est exploile dans cette commune , sur les proprie'te's de IW. le marquis de Briqueville ; il fournit de Ires- bonnes pierres de taille dont on s'est servi pour les travaux du Vey , et dernierement , pourcons- truire la tour de l'e'glise de Monfreville j ma is cette pierce est bien plus ge'ne'ralement employee (i) II serait possible, comme 1c pense M. Maufras , quo Ips Cryphitcs ne se trouTassent qu'a la surface chi calcaire u'Os- tunnville ; ear Ja carrierc d'Agy c-st tres-peu profqqcle. ■9 a 56 TOPOGRAPHIE GEOGNOSTIQUE dans le Cotcntin ; on en fait aussi de la chaux aux environs de Valognes. Ghapitre XVII. Reflexions sur quelques faits mentionne's dans les precedents chapitres , et sur les variations des niveaax zoologiques. En vojant la liaison des difFe'rents systemes d'oolilhes , leurs passages multiplies , leurs em- pie'tements re'ciproques et leurs me'tamorphoses , nous sommes force's d'admettre que dans la classi- fication desroches, il est impossible de tracer des divisions qui conviennent exactement a toutes les localites ; une grande partie de ces systemes ne paraissent gueres que des varie'te's accidenlelles survenues dans le grand de'pot oolithique , de sorte qu'il n'existe pas une identite' parfaite entre les formations ou les subdivisions de formations dis- se'mine'es dans des localite's diverses , et que beaucoup de roches dont les caraeteres different plus ou moins , peuvent etre conside're'es comme des Equivalents ge'clogiques , ou comme se repre'- sentant les unes les aulres ; ainsinous avons vula marne de Porl-en-Bessin repre'senter dans les en- virons de Bayeux , une partie du calcaire oolithi- ) DU DEP*. DU CALVADOS. B3 H que infe'rieur et de la grande oolithe des arron- dissements de Caen et de Falaise, le Lias deve- nir oolithique, le Coral - rag se changer en argile de Dives, etl'argile de Honfleur passer au sable de Glos. II re'sulte de la difference tres-sensible qui existe suivant les lieux dans le developpement de plu- sieurs systemes de roches , qu'un depot reconnu poste'rieur a un autre dans une localite' , pourrait ailleurs etre, au moins en partie , aussi ancien que celui auquel il e'tait superpose dans le premier lieu; car un lambeau de formation peut bien avoir ele recouvert par un autre depot, en merne temps que cette formation prenait tout son developpement sur un autre point. C'est ainsi que plusieurs terrains seraient quel- quefois reunis par accollade late'rale , plutot qu'en superposition horizontale(i). En second lieu , les fossiles ne sont pas toujours un indice parfailement sur pour reconnaitre Page des terrains j outre qu'il y a beaucoup de coquilles (i) M. Constant Provost a pense que l'argile de Dives n'etait, en grande partie, qu'une sorte de protuberance ou d'extcnsion du Lias qui auiait pris dans le pays d'Auge un plus grand deve- loppement qn'ailleurs , et aurait continue a se former parallele- aient a la grande oolithe ; nous ne pouvons adopter ni combartr- cette opinion, arant de connaitte le mimoire dans lcquel tllo sera develop pie. a5S TOPOGRAPHIE GEOGNOST1QUE qui se retrouvent dans un grand nombrc de bancs diiTe'rentscomme on a pu le voir par le petit nombrc de celles que nous avonscite'es,et qu'il est difficile de de' terminer d'une maniere absolue queiles especes peuvent etre regarde'es comme caracte'ristiques de chaque roche, la texture de celles-ci parait quel que fois avoir influe'sur la distribution des fossiles ; d'oii il re'sulte^we lesnweaux Zoologiques nesontpas p ar Lout pai -alleles aux niveaux ge'ologiques,el qu'ils peuvent osciller suivantles cbangements qui surviennent dans la nature des couches : en d'autres termes que 1'on peut trouver des fossiles diffcrents dans des bancs paralleles et geologiquement identi- queSjinais d'une composition mine'ralogique diffe- rente ? et des especes semblables dans des assises dontle niveau serait diflfe'rent,mais dont la texture serait analogue : a peu pres comme nous voyons tous les jours dans nos mers telle coquille affection- ner un fond vaseux , telle autre un banc de sable , d'autres enfin ne se trouver que sur un fond solide. II faut bien remarquer aussi que des formations de'pourvues de fossiles dans une re'gion ? peuvent en ofTrir dans une autre ; enfin que les coquilles paraissent quelquef'ois re'unies par agrouppement, de sorteque les caracteres zooiogiques ofTriraient plus de difference en ligne horizontale qu'en ligne verticale. DU DEP T . DU CALVADOS. a59 On voit corabien d'anomalies s'opposent a Pad- mission des regies absolues ; ce sont les excep- tions re'pe'te'es qui rendent la ge'ognosle comparee si incerlaine , et qui empechent souvent de de'ter- miner Page relatif desroches de contre'es aussivoi- sines que deux arrondissements du raeine de'par- tement ou deux cantons du meme arrondissement. En re'sumantce que je viens de dire, il y a quel- quefois idenlite' d'e'poque la oil il y a diversite de couches , etquelquefbis diversite' d'e'poques la oil il j a identite' de fossiles ( i ) . J'avais d'abord eu Pintention de donner plus de de'veloppement aux considerations pre'ce'dentes ; mais j'ai pense* que ce n'est pas dans un travail tel que celui-ci , dans lequel j'ai cherche a presenter des faits le plus clairement possible , afin de les mettre a la portee de tout le monde et de familia- riser avec Pe'tude de la geologie,qu'iLfaLlaiten faire ressortir les incertitudes ; j'ai d'ailleurs e'te arrete' par une autre consideration : Pun des ge'ologues les plus distingues dePEurope , M. Constant Pre'- vost , doit publier un travail important sur les ter- (1) Ceci pounra paraitre cantredire les principcs poses dans nion introduction ( j». 85 ) ; mais il faut bien remarqner qu'alors j'exposais des gcneralites ; ici au comtraire j'exprime unc opi- nion qui m'est propre. Au reste ce que jo dis s'applique prinoipa- lement a d«s terrains pen eleignes les uns des autrcs dans Pechelle g6ologiqu< . 260 TorOGRAPIlIE GEOGNOSTIQUE rains du nord et du nord-ouest de la France com- pares avec ceux de PAngleterre. Avec une telle supe'riorite de moyens 7 et accoutume' a e'tudierla formation des roches sous un point de vue tout- a-fait philosophique , ce savant aura , je n'en doute pas , tire' de la comparaison d'un plus grand nom- bre de locality, des inductions bien autrement cer- taines que les miennes.Il en. aura de'duit des conse'- quencesplus rigoureuses. TERRAINS SECOND AIRES INF^RIEURS. A partir du Lias et du calcaire d'Osmanville , jusqu'aux roches de transition , nous trouvons un nouvel ordre de sediments ; nous remarquons des depots are'nace's mi-partis de gres et d r argile qui forment des terrains de rivage sur les bonis de Pancien continent ,etune sorte d'interme'diaire entre les roches anciennes et celles que nous ve- nous de de'crire. Le calcaire devient plus rare , prend une tex- ture plus compacte ; le quartz et le feklspath qui s'e'laient a peine montre's dans les terrains secon- daires supe'rieurs jouent un grand role dans la com- position de ceux que nous allons examiner ; la couleur blanche , jaunatre ou bleue , dominante dans les depots plus modernes , se trouve rem- place'e par la couleiu rouge ou grise* Les fossilcs DU DEPr. DU CALVADOS. a6 1 si abondants dans les calcaires oolithiques et dans le Lias deviennent exlremementrares. En un mot tout annonce un grand changement , et cette e'po- que nous parait une des plus remarquables et des plus tranche'es de la chronologie geologique. Chapitre XVIII. Du Red-marle et du Calcaire magnesien^ij. Le red - marie peut se diviser en deux systemes entre lesquels on trouve parfois un calcaire fragmentaire. — Description de ce dep&t. — Mineraux contenus. — Fossiles. — Diluvium. — Agricul- ture. — Usages. — Description du calcaire magnesilertt frag- mentaire subordonne au red-marle. — 11 ne s'y trouve que de place en place. — Minerau* contenus. — Etendue. — Usages. RED-MARLE. La formation du red-marle (a) consiste dans un de'pot de sable , de marne et de gres argileux; elle se divise en deux systemes entre lesquels (1) Avant donne des details asset etendus 3ur ces deux roebes dans un memoire qui fait partie du deuxieme volume de la So* ciete Liuneenne ( Voyer ce memoire, depuis la. page 5 1 5 jusqu'i la page 54.8 "5 , je me borne a en presenter ici une description tres-abregee. (a) J'emploie ce nom de preference a celui dc gris bigars on de nouveau gris rotigo, parce qu'il me parait convenir mieux aux njarnes rouges qui dans le Calvados torment la majeure partie de la formation , et que d'aillcurs il est possible que le rec'. narlc rc- presonte une partie du Iodic liegen(h>, infeiicur au gres bigarrr. 962 TOPOGRAPHIE GEOGNOSTIQUE se trouve un calcaire fragmentaire qu'on croit klentique avec le magnesian limestone des An- glais. La partie la plus ancienne du sysleme infe- rleor poiirrait bien repre'senler le todte liegende, et u'apres les observations de M. He'rault et deM. Lamare , elle se lie que'lquef ois au terrain bouiller; le reste de la formation re'pond , selon tonte ap- parence , au gres bigarre' ( Bounter sandstein ) , et peut-etre dans quelques lieux aux marnes irisees des Vosges et de la Lorraine. La partie supe'rieure du red-marle est plus par- tieulierement forme'e de sables jaunalres et de ga- leK quartseux roule's de diiFe'rentes grosseurs (Co- lombieres , Landes de Fains , etc. ) qui s'agglu- tinent et forment tantot des poudingues 7 tantot des arkosesou gres friables dans lesquels on trouve quelquefois du feldspath decompose' ( pont du Trecle entre Trevieres et Colombicres ; Neuilly- le - Malherbe , Bougy j etc. ). Ce sont ces menses sables et gres qui dans le Cotentin acquitment une grande solidite et qui constituent , au moins en partie , les arkoses que j'ai de'crites en 1826(1). Le systeme infe'rieur qui parait quelquefois se'- (1) Mon memoirc »ur l'arkose n"u Cotentin i/a pas encore ete imprime , mais il a etc iu a. la Societe Linneenne ( voyez lc rap- auct sur les travauv de ccttc sucieic, aunie 1826). DC DEPt. DU CALVADOS. ^65 pare du precedent par le calcaire magne'sifeie fragmentaire , est d'une couleur differente, et ge'- ne'ralement plus argileux. Des marnes d'un rouge amaranthe ou lie de vin etrarement jaunes ,blanchatres 7 bleuatres ou ver- dalres par places , en constituent la majeure partie; elles allernent dans quelques iocalite's avec on gres de meme couleur auquel elles passent et qui at- teint pres de -200 pieds d epaisseur a Cartigny. Ce gres est compose de grains de quartz ordi- nairement tres-fins parseme's d'e'cailles de mica et quelquefois de cristaux de feldspath decompose' , et re'unis par un ciment argileux tres - abondant ou par de l'oxide de fer ; le plus souvent il ne consiste que dans des marnes rouges endurcies , mele'es de parties sableuses , et ii fait ordinaire- ment une le'gere effervescence avec les acides ; on y rencontre meme des cristaux de chaux carbo- nate'e ( Cartigny ) et quelquefois des concretions etdes couches subordonne'es,regulierement alter- nantes d'un calcaire compacte devenant parfois aussi dur que le raarbre et passant du rouge au jaune, au bleu , au brun , etc. ( Cartigny , la Folic, Saint- Marcouf , etc. ). Le calcaire dont je parle s'observe d'abord a Moon , puis a Cartigny , a la Folie , a Tournieres, au Molay , etc. 7 au pied des eminences de maiue 2(>4 TOPOCRAPHIE GEOGNOSTIQUE rouge ; mais il domine surtout dans le petit bassin de Nolre-Dame -de - Blagny , et au confluent de PEques et du ruisseau de Landon a Saint-Martin de Blagny ; il y est jaunatre , fort dur , un peu schisteux et pourrait bien y reposer sur le terrain houillcr. Dans cette derniere commune et a Tournieres , les marnes rouges alternent aussi avec des argiles grises endurcies et sehisleuses qui se rapprochent de celles qui alternent avec le gres houiller (i). Toutes les couches du red-marle sont horizoiir tales ou legerementincline'es, et plusieurs d'entre elles renferinent de nombreux fragments arrondls de quart zhyalin , de gres interme'diaire et de grauwacke , parmi lesquelsils'en trouve quelquesr uns de sye'nite etdeporphyre. Mineraux contenus.Je n'ai pu de'couvrir dans le Calvados aucune trace de gypse ni de sel gemme, miue'raux qui accompagnent ordinairementle red- marle en Lorraine , en Angleterre et ailleurs ; je n'j ai vu que de l'oxide de fer , un peu de baryte, et une tres-petite quantite' d'oxide de manganese qui forme quelquefois des points noirs dans la roche. (i) Cette circonstance vient a Pappui des idees de M. Herault, tnir la liaison de la partie infeiieure du red-marle avec le terrain, liuuiller. DU DJ^Pt. du CALVADOS. a65 Fossiles. J'y ai trouve tres-rarement des debris assez mal caracte'rise's de ve'getaux monocotyle- dons , mais jamais de coquilles. Etendue et configuration. Lered-marle ofiVe des bultes arrondies et a pentes douces , dont la hauteur n'excede gueres i5o ou 200 pieds(ar- rondissement de Bayeux). Apres avoir occupe tine partie du de'partement de la Manche , il se montre dans le Calvados sur les rives de la Vire et de l'EHe , entre Isigny et Lison. II forme sur le territoire des communes de Carligny r de Saint- Marcouf , de la Folie 7 de Tournieres et de Ber- nesq y des coteaux dans lesquels on peut facile- ment observer le passage du gres micace' aux marnes rouges (1). L'espace occupe' par le red- marie entre Isigny, Lison et Littry , pre'sente la forme d'un triangle irre'gulier dont le petit cote ( du nord au sud ) peut avoir trois ou quatre lieues r et les deux autres (de Pouest a Test ) quatre ou cinq (2). (1) C'est la qu'il faut,aller etudier le red-marle ; a Cartigny ou ces cuteaux ont pres de 200 pieds de hauteur, on voit une serie d« couches horizontales de gres rotigeatr*, dont la texture varie beaucoup , et qui contiennent" par le has des couches de caU caire argileux passant au niarbre ; j'ai donne une analyse assez detaillee de ce cdtean et de plusieurs autres dans le a* vol. de la societc Linneenne. (a) Daas la foret de Ceiisy et dans qutlques Iwux voisins , il af)G T0P0GRAPH1E GEOGNOSTIQUE A partir de Littrj , le meme depot se prolonge vers le sud - est , et forme une ceinture plus ou nioins large , entre le Lias et les Phyllades , en passant par Campigny , Le Tronquay , Noron 7 Le Vernay , Trungy , Bernieres, Longraye, Tor- teval, Orbois, Hottot, Saint- Vaast et les bruyeres de Fains. Depuis cette derniere localite' , le red-marle ne forme plus de zone suivie , mais on en trouve ca et la quelqnes traces entre le Lias ou l'oolithe in- fe'rieure et les roches de transition. A insi on le voit dans la valle'e de I'Odon, a Tournay, au Locheur, Missy , Bougy , Arry , JNeuilly - le - Malherhe , au pont de Landes , aux Moutiers , a Fre'aux , etc. Dans les environs de Faiaise il se pre'sente de la meme maniere a Villers-Canivet , le long du ruis- seau qui sort de l'e'tang de Pabbaye ; a Saint-Lau- i ent-de-Vaton sur la route de Versainville, et pres du ealvaire sur celle de Faiaise a Caen ; enfin dans les valle'es de Villy , de La Hoguette, d'Eraines et dans piusieurs autres lieux qu'il serait superflu de mentionner. 11 occupe encore une petite portion cxiste au-desstis des roches intermediaircs quelqucs traces de marne rouge et de galets roules que 1'on a quelquel'ois exploites pour les routes. Je ne les ai pas marques sur ma carte , parcc qu'il n'est pas certain que ces depots, d'ailleurs peu epais, n'aient point ete transports oil nous Its voyons , posterieurement a la formation du red-marlc. DU JDEPt. DU CALVADOS. 267 la foret de Cinglais , entre Saint-Laurent-de-Con- del , Grimbosq et les Moutiers. On peut remarquer que depuis le village de Noron , au sud de Bayeux , les galets quartzeux roule's et les couches sableuses sont en exces sur les marnes rouges (i) , et que le depot est beau- coup moins e'pais que dans la partie occiden- tale du de'partement ; au pont de Landes > a Neuilly-le-Malherbe et a Bougy , il consiste seu- lement dans quelques couches de galets et de sable formant poudingue ou passant a l'arkose. Usages. On fabrique de la tuile , des faitie- res , de la brique et de la poterie de plusieurs especes avec le red- marie. Les potters de INo- ron se servent d'argile rouge et d'argile jaune qu'ils prennent aupres du bois du Tronquay , a peu de distance de la route de Bayeux a Saint- Lo ; l'argile rouge produit tine poterie de gres qui ressemble beaucoup a celle de Ne'hou et de Vindefontaine dans le de'partement de la Manche , et qui consiste principalement en grands pots (1) II est bon de faire remarquer que les sables et les galets roules qui forment geniralement la partie superieure du red- marle , s'etendent plus loin que les couches inferieures. Nous avons deja vu que le calcaire a Belemnites se prolongeait bien plus loin au sud que le calcaire a gryphites, d'oii l'on peut con- clure que dans le red -maris , cornme dans le Lias, l'amincissement des couehcs s't-st fait de bas en haut , au moins en general. a68 T0P0GRAPH1E GEOGNOSTIQtTE pour les laiteries et pour rcnfermer le beurre , pots a fleurs, dames jeannes de difierentes formes, bouteilles a bierre , etc. ; on transporte cette po- terie dans plusieurs de'partements , et on I'em- barque dans le port de Caen (i). La poterie de Lison se fait avec de l'argile d'un jaune-orange un peu micace'e , et de l'argile grise , me'lange'es ensemble , qu'on prend entre le pont de la Hodrie et celui de Moon , sur la route dlsigny a Saint -Lo ; elle consiste en plats , assiettes et pots de difierentes grandeurs , gros- sierement vernis , qui vont bien au feu , et dont on se sert dans \es campagnes voisines (a). Les argiles rouges gache'es avec de la paille et du foin servent a e'lever des murs assez solides ; la plupart des maisons rurales sont construites de cette maniere dans la re'gion du red-marle. Je ne connais qu'une seule localite' ou les cou- ches du gres fournissent de bons mate'riaux pour batir ; cette carriere est situe'e a Gartigny ; on en a tire' d'assez belles pierres de taille , dont (1) II n'y a pas moins de huit ou dix fabriqnes de poterie a Noron ; il en existe aussi plusieurs au Vernay , sur la route de Tilly a Balleroy ; mais ces dcrnicres 'tirent leur terre de Noron. (a) On tie trouve que cinq ou six fabriques de poterie dans la commune de Lison ; ily en a aussi une ou deux dans cclle de Berncsq. DU LEP T . DU CALVADOS. 269 on a construit le pont de Moon , la tour de Pe'glise de Lison et plusieurs maisons. Diluvium, Le diluvium du red-marle se com- pose en general d'argiles , de sables et de gaiets provenus des bancs que nous avons de'crils , et seulement un peu remanie's par les eaux , il est assez difficile de distinguer ces debris de cecx qui sont en place. Cependant M.Jules Desnoyers a remarque'avecbeaucoupderaison,qu'outrela pre'- sence de petits fragments de silexqui se trouvent quelquefois dans les sables, et qui sont un bon indice pour recou'naitre le diluvium , on peut encore tirer parti de Pexamen des gaiets quart- zeux qui sont ordinairement brise's et moins re'- guliers dans le diluvium que dans le red-marle. Agriculture. II y a beaucoup de variete daus la qualite' des fonds situe's sur le red-marle; les marnes rouges convienuent particulieremeut aux palurages comme tous les terrains hygrosco- piques , et c'est au milieu d'elles que se trouve une partie des herbages d'Isigny et du Cotentin ; elles produiscnt aussi du blecj , de Porge , du trefle, etc. Le bois d 1 orme, le chene et le pommier y croissent a merveille , et le cidre qu'on y re'- colte est excellent (i). (1) Le cidre de Cartigny est regardc par plusieurs pnrsonnes rujiiiMc ie mcilleur du drpat lenient ; il est moins fort que eclui du pnys d'AugC ; ti/ai> !<• goftt fn est plus ngieable. 27° TOPOGRAPHIC GEOGNOSTIQUE Les sables jaunes et les galots quartzeux for- meiit au contraire uq terrain maigre qui est sou- vent pccupe par des bois et des bruyeres (Neuilly , Berncsq , Lizon , Le Molay , Le Vernay, Landes de Torteval , de Fains , etc. ). Cependant une partie de ces terrains a e'te' de'friche'e avec beau- coup de succes depuis quelques anne'es. La chaux est un excellent engrais pour le red- marle ; la tangue y produit aussi de tres-bons efFets aux environs d'isigny oil elle s'emploie. Sources, La partie sableuse du red-marle pre'- sente tres-peu de sources j c'est ordinairemeut au-dessus des premieres strates du conglome'rat magne'sifere qu'on commence a en trouver ; elles deviennent quelquefois nombreuses dans les mar- nes rouges qui forment la partie inferieure du red-marle. CONGLOMERAT MAGNESIEN, Le conglome'rat magne'sien , assez ine'galement repandu au milieu du red-marle , parait en oc- cuper la partie moyenne , comme nous l'avons dit page 262 ; mais sails avoir dc niveau bien DU DEPt. du CALVADOS. 2~J 4 constant (i) ; il semblerait , dans quelques lieux , avoir ete depose par des courauts. 11 fair une vive effervescence ayee les acides et conlient tres-peu de magne'sie (2) ; il est or- dinairement sublamellaire , d'un blanc sale 011 jaunatie ; mais la marne qui s'y trouve quelque- fois dissemine'e \ lui donne , suivant les lieux , une teinte rouge , griseou verdatre ; on y remarque tres-fre'quemment des cavites tapisse'es de spath calcaire. Les fragments de roches erapates dans le cal- caire magne'sien sont de gres quartzeux 7 rarement de marbre , de phjllades , etc. ; il y a des bancs qui n'en contiennent point. Les couches ont or- dinairement de deux a trois pieds d'e'paisseur et sont horizontales ; quelquefois elles se reunis- sent et n'en forment qu'une seule. Mineraux contenus. On n'a encore trouve' (1) Nous avons vu ( page 263 ) que la parlie inferieure du red- marle contient des assises de calcaire compacte ; le cooglome- rat magnesien forms un autre systeme calcaire tres-distinct dang ce terrain , mais a un niveau plus eleve que le precedent ; il se lie aux sables , galets et arkoses qui le eurmontent , plutot qu'aux marnes rouges qui le supportent et qui renfcrmcnt le calcaire compacte. (a) Cette circonstance distingue le conglomerat magnesien du Calvados de celui d'Angleterre , dans lequel la magnesie est iassez aboudante, 20 272 TOPOGIUPHIE GEOGNOSTIQUE que de la Baryte sulfatee et du feldspatli dans le calcaire magne'sien du Calvados. Fossiles. Je n'y ai jamais vu de coquilles ; on m'a cependant montre' quelques bivalves mal conserve'es que Ton disait provenues des carrie- res de Neuilly ; mais en supposant que cette assertion fut fonde'e , les debris d'etres orga- nised doivent etre excessivement rares dans le calcaire magne'sien , puisque mes recherches pour en trouver ont toujours e'te' infructueuses (1). £tendue. Par tout oil j'ai pu l'observer le con- glome'rat magne'sien est associe' aux sables , aux arkoses et aux argiles du red-marle ( partie su- perieure ) qui le recouvrent et le de'robent le plus souvent a la vue. Ou le trouve en couches e'paisses sur la rive droite de la Vire , depuis le pont du Vey , jusqu'au -dela de Neuilly ; non loin d'une ferme appele'e les Carrieres , sur la (1) En Angleterre on y a decouvert un poisson qui parait ap- paitenir au genre Chcetodon , des debris d'Encrines ( Parkinson , rol. 2, p. 10, fig. 4 )» des Alcyons ( Parkinson , vol. 2 , tab. 10 , fig. i,2,3), plusieurs petites coquilles qui ressemblent a cellos du genre Donax, des Arches , des Anomies (Sow., Brist. , min. , tab. 55 ) , et quelques autres debris de corps organises peu de- terminables ( ▼. la Geologie de l'Angleterre , p. 3o5 ) ; mais notre calcaire magntsien est il parfaitement idenlique avec celdi d'Angleterre ?C'est I'opinion de plu.sieurs geologues fort instruils; je n'oserais cependant l'aflirmer abso'ument , n ayant pu com- parer n»oi mf'iiic ces deux ruches. DU DEP 1 . DU CALVADOS. 1~)5 lisiere de la foret , on le voit tres-rapproche' du Lias, et absolument au m£me niveau (i). Plus au sud , il de'crit une ligne de Touest a I'est , depuis Airel jusqu'a Cartignj , oil il s'enfonce sous le Lias. II existe encore au - dessous des sables , entre Bricqueville et Tre'vieres , et a Cas- tilly , sur les proprie'te's de M. le comte de Kergorlai , pair de France. II est reconvert dans cette derniere localite' par une couche peu e'paisse de quartz opaque vert jtraverse'detubuluresde'chi- quete'cs , et rempli de petits fragments de quartz- hyalin 7 auquel suceede un silex corne' ? passant a une substance calce'donieuse 7 qui se trouve aussi dans la meine position sur le bord de la Yire , au petit Vey et a Neuillj (a). Usages. M. Pattu , inge'nieur en chef des ponts et chausse'es , a tire' de Neuilly la plus grande partie du moellon dont il s'est servi pour cons- truire le pont du Vey, et quoique fort dur , et difficile a tailler , le conglomerat magne'sien est assez souvent employe a batir dans la re'gion du (0 Ce point merite d'etre examine de nouvean; outre que I<- calcaire magnesien y parait accolle au Lias, il n'est pas Fragmen- taire , et resemble un peu a cclni d'Osinanville et de Valogncs. (a) V. les details de la stratification du calcaire niagnesiftre donnes dans le dcuxicnic vX>l. de la Societe Linnet, me , pages 5oo et 53i. 2j4 T0P0G1UPHIE GEOGNOSTIQUE red-marle , on h pierre est rare ( Lizon et en- virons ) , on en fait aussi de la chanx , lorsqu'il ne contient qu'un petit nombre de galets roule's. Chapitre XIX. Du Terrain houiller. Plugieurs assise* de schistes argileux , degres feldspathiqueset de poudingues forment le terrain houiller du Calvados. — Epaisseur de ce terrain , et considerations sur la profondeur do hassin se- condare a Littry. — Mineraux contenus. — Fossiles. — Etendue. — Usages. Le terrain houiller se compose de couches al- ternatives et un peu incline'es au nord , de schistes argileux , d'argile endurcie , de gres quartzeux micace' et feldspathique gris , et de poudingues quartzeux , au milieu desquelles on trouve des veines de houille donfc l'e'paisseur augmente en approchant de la couche exploite'e. Celle - ci de cinq a six pieds de puissance, donne plusieurs es- peces de houille dont la qualitc varie. Au-dessous de la principale couche de houille, des roches demome nature que celles qui lasur- niontent , alternent jusqu'a une assez grande pro- fondeur , et Ton trouve avec elles un conglo- me'rat feldspathique alle're , qui existe aussi DU DEP T . DU CALVADOS. 27 5 dans le terrain houiller du Plessis ( Manche ) t place sur les Lords du me me bassin que celui de Littry , et qui oflfre a peu pres la meme succes- sion de couches (i). £paisseur et inclinaison. M. He'rault , in- ge'nieur en chef des mines , a publie' dans son Me'moire sur les terrains du Calvados , une coupe du puils Saint- Georges de Littry , situe pres des roches de transition ; elle montre que la houille se trouve dans cette localite' a5i6pieds de profondeur , et que le terrain intermediaire existe a 545 pieds plus has. Aquelque distance du puits Saint-Georges ( au hameau de Gouville), on en ouvrit un autre il y a quelques annees , qui fut abandonne'a 700 pieds de profondeur ? sans que l'on eut cesse' de rencontrer les galets roule'sjon s'arreta sur un banc de poudingue , dont on ne pouvait pre'voir la puissance. Ainsi,tandis que sur presque tous les points de l'ancien rivage , entre Littry et Falaise 7 les couches secondaires sontsi peu epaisses et le bassin si peu profond 7 que les roches in- terme'diaires se montrent encore a trois ou quatre lieues de ses bords dans plusieurs valle'es ( vallees (1) V. mon Memoire , deuxieme vol.de la Suciete Linneenne , p.55o. II est possible qti'une partie des couches inferieurts a la liouille irpresenteol It: milsstcne grit des Ang'ais. <2j6 TOPOORAPHIE G^OGNOSTIQUE. de l'Orne , de POdon , etc. ) 7 a Littry , ail con- traire , nous trouvons des rives abruptes et pro- fondes , comblees par un depot considerable de gres houiller et de red-marle. Les couches du terrain houiller, presque horizon-tales dans beau- coup d'endroits , sont plus ou moins incline'es aupres des relevements de porphjre , et pres des bords du bassin ; sur quelques points 7 cette in- clinaison excede 45 degre's. Mineralise. On a trouve a Littry quelques traces de fer carbonate lithoide , dans les argiles schisteuses qui alternent avec le gres houiller ; de !a baryte sulfate'e et du spath calcaire , sont disse'mine's dans les couches de gres et de pou- dingue. Fossiles. Les empreintes de fougere si carac- te'ristiques des schistes houillers se trouvent a Littry , dans les argiles endurcies ; les gres ren- ierment plusieurs especes de Calamites , notam- ment celles qui ont e'te' de'erites par M. Adolphe Brongniart , dans son Histoire des ve'ge'taux fos- siles , sous les lioms de Calamites suckawii et Cm cruciatus , et tigure'es pi. XIV et XIX de ce bel ouvrage. Le cabinet d'histoire naturelle de Caen possede quelques e'cbantillons des difTe'rents ve'ge'taux fos- siles decouverts dans le arcs houiller de Littrv. DV DEPt. DU CALV.1D0S. %JJ Etendue. II est difficile de savoir quelle e'ten- due le terrain houiller occupe au-dessous du red-marle , qui le recouvre presque constamment ; mais on petit pre'sumer qu'il ne s'jf Uouve que par places : il parait a la surface du sola Littry et a I\otre-Dame-de-Blagny , dans la valle'e. Usages. Tout le monde connait Pulilite' du combustible dont nous venons de decrire le gi- sement , pour faire concevoir rimportance de la mine de Littry; il suffit de citer quelques phrases d'un inte'ressant me'moire de M. Pattu , inse're dnns le premier volume des Archives normandes. « La mine de Littry, dit-il, rend chaque anne'e i2 millions de kilogrammes de houille, qui se- raient la cargaison de 120 navires de 100 ton- neaux ; ses propres ouvriers forment une bour- gade populeuse et active dans un canton du de- partement oil l'on ne voyait,en 174* (0?4 ue des huttes de loin a loin , et oil les terres e'taient a peine cultive'es. Les fours a chaux qu'elle entre- tient a dix lieues a la ronde , donnent par an 83 millions de kilogrammes d'engrais , qui for- ment la charge de 8,000 voitures a quatre che- vaux , et qui ame'liorent i5o,ooo arpens de lerre ; ces fours emploient , pour Texploitation (1) C'est en 1 74 1 que la mine fut tlablie,.par M. DcJacoiu de Balieioy. »J5 TOPOGRAPHIE GEOGNOSTIQUE cie leurs vastes carrieres de pierre et pour eirx- memes , un nombre considerable d'ouvriers et de voitures particulieres. » Sur environ 56o 7 ooo quintaux me'triques de houille que produit cbaque anne'ela mine deLittry , il n'y en a guere qu'un cinquieme de propre aux forges, le reste est employe dans les fours a cbaux. L'ex traction de la houille se fait par sept puits, sous la direction immediate de MM. Noel et Lance , dont ^administration sage et e'claire'e a mis Fe'tablissement dans Pe'tat le plus prospere , et qui sont a juste titre regarde's comme les bien- faiteurs de leur pays (1); la compagnie occupe environ 56o ouvriers. Chapitre XX. Porphyre et trap associe's au terrain houille r (a). Le porpbyre qui accompagne le terrain houiller du Calvados presente une pate tantot tres-com- (1) Les vuesgenereuses et bienfaisantes de MM. Noel et Lance sont connues et appreciees de tousles habitants du department ;, elles ont produit les plus beureux resultats dans l'arrondissenient de Bayeux. (2) Quoique cette roche se lie an terrain intrrmediaire , son as- sociation d'aulrc pari aver le terrain houiller, nous engage a la ;»P!'io< in 1 de ce dernier. EU DliP T . DU CALVADOS. 279 pacte a cassure concoi'de et passant au trap ; tantot grenue , contenant des cristaux tie felds- patli ; la couleur en est grise , tirant sur le brun , jaunatre , verdatre et par fois rougeatre ; on y voit tres-fre'quemment des veinules de chanx car- bonate'e et des filets de feldspath blanchatre qui traversent la roche dans tous les sens. M. Boue y a remarque' de petites agathes. On ne connait pas encore bien les difFe'rentes manieres dont le porphyre trappitique est associe au terrain houiller ; mais il est certain qu'il y forme des relevements on gros filonset des masses conside'rables qui divisent ce terrain en plusieurs bassins ( voir la pi. VI ) (i). Une pareille protube'rence vient d'arreter les travaux que la compagnie de Littry avaitentrepris auhameau du Camet ? et a force' d'abandonner un puits de trois cents pieds de profondeur au moment oil Ton espe'rait rencontrer la houille. Ge que 1'on (i) D'aprts les recherches de M. Herault (*) , on a reconnu a Littry deux bassins principalis, dont Tun de forme eliptique , offre une longueur de 1,000 m . sur 760 u . de largeur , et dont I'ati- tre , plus au nord, et de furme demi circulaire , n'a que 60 m . de largeur. Les exploitations actuelles sont situees sur ces deux bassins. (*) V. liuteressante Notice de M. Herault, sur le puits du Garnet. 280 TOPOGRAPHIE GEOGNOSTIQUE sait du porphyre tie Lillry et de ses rapports avec le terrain houiller , parait tout a fait con- forme a ce qui a e'te' observe' en Angleterre , on Tassociation de ces roches est tres-fre'quente. Etendue. Le porphyre se montre a la surface du sol dans la commune de Lit try , pies du co- tea u de Montmirel , sur le bord du bassin , en- tre les phy Hades et le terrain houiller. M. He- rault Pa observe' dans la foret de Gerisy ; entin il forme un relevement dans la commune de Notre-Dame-de-Blagny. TERRAINS ANCIENS. Chapitke XXI. Considerations generates. Nous allons sortir du bassin d'une ancicnne mer pour parcourir une partie du continent qui lui servait de limites 5 une nouvelle se'rie de for- mations va s'offrir a notre vue. Nous allons examiner des roches dures , pres- que sans coquilles , dans lesquelles le quartz , le feldspath et autres substances dominent et dont lcs couches fortement inclinccs ( voycz DU DEPr. DU CALVADOS. 28 £ la pi. II ) 1 paraissent avoir e'prouve de violentes convulsions. Nous allons voir , ainsi que nous 1'avons de'ja. tlit, p. 1 1 5 , que ces roches constituent une region physique tres-distincte des autres par ses elevations et ses enfoncements , ses valle'es pro- fondes et e'troites , et ses pentes rapides. Si avant de nous avancer au milieu de cette region montueuse 7 nous jetons un coup-d'ceil sur les rives du bassin que nous allons quitter , nous remarquerons qu'avant tout se'diment se- condare le fond en e'lait ine'gal et presentait des de'chiquetures ou vallons plus ou moins consi- derables qui out e'te combles par le red-marie , le Lias , et le calcaire oolitliique (i). Nous pour- rons observer ce remplissage parlout oil nous verrons ie contact des terrains secondares et des roches anciennes , notaminent sur les bords de l'Orne et sur ceux de la Laize ( voyez la pi. VI). Nous avons de'ja eu occasion de faire re- marquer comment les protube'rences du fond du bassin et ses sinuosite's littorales ont produit des ilots et des caps au milieu des se'diments se- (1) C'est ce qui fait que dans plusieurs vallee9 , on rctrouve a un niveau tres-bas des couches qui existent aussi sur les plateaux qui doininent ces Hiemes vallees. 282 TOPOGRAPHIE GEOGNOSTIQUE condaires qui nous represented l'ancienne mer. Les denudations poste'rieures ontaussiproduit des eilels tres-remarquables , en mettant les roches anciennes a de'couvert dans un grand nombre de vallees; de la ces petites regions intercallaires qui se pre'senlent brusquement au milieu des pleinescalcaires quiavoisinent l'ancien continent , toutes les fois qu'un ruisseau s'est creuse' un lit un peu profond ; l'inspection de notre carte ren- dra loutes ces particularite's tres-sensibles. Les roches anciennes se sont en ge'ne'ral de'- veloppe'es sur une plus grande e'chelle que les roches secondares j elles ont une tendance mar- que'e a passer des unes aux attires par une mul- titude d'interme'diaires , et comme leur super- position est souvent tres- douteuse a cause de leur stratification incline'e , certaines formations dislinctes en apparence pourraient bien re'suller des proportions diverses on de la nature diffe'- rente des elements qui les composent , et ap« partenir a la meine e'poque. Nous essay erons cependant d'e'tablir un ordre chronologique dans la description que nous allons presenter des roches anciennes du Calvados 7 et nous exami- nerons successivement le calcaire a Orthoce'ra- tites , l'ancien gres rouge , le calcaire marbre 7 DU DEPt. DU CALVADOS. 285 }es phyllades et la grauwacke , les gneis et les micachistes , et enfin les granites. Chapitjie XXII. Du calcaire noir a Orthoceratites ( Carbo- niferous limestone? ) et des schistes char- boneux de Feuguerolles, Description abregee du calcaire a Orthociratites et des scbistes qui l'aceompagnent. — Us s'appliquent surTincien gres rouge, et paraissuit representer le calcaire carbonifere des g^ologues anglais. — Fossilcs. — Etendue. On trouve dans la commune de Feugue- rolles j sur la rive gauche de l'Orne , pre'cise'ment en face de Saint-Andre'-de-Fontenay, un calcaire noir , fdtide , rempli de fossiles , surtout d'Or- thoceres , associe' avec des schistes pourris char- bonneux et nricaces , que Ton prit pour un af- fleurement de houille il y a 36 ou 4° ans j et qui donnerent lieu a une excavation profonde. Ce calcaire , gene'ralement schistoide , argileux et a cassure terne , devient quelquefois fort dur et sublamellaire comme le marbrc. On n'a conserve aucune coupe des puils qui furent creuse's an- ciennemenl : mais il est probable que le calcaire a84 TOPOGRAPHIC GEOGNOSTIQUK alterne avec les schistes bitamineux qui I'accom- pagnent ; on ne Tapercoit , a la surface du sol, qu'a une seule place ( pres de la route du bac de Fontenay ) oil il repose sur les schistes qui s'appuient eux-memes sur l'ancien gres rouge ; son inclinaison est d'environ 45 degre's , et vers le N. E. , coiume celle du gres. Toutes les cou- ches charbonneuses re'unies ont une e'paisseur assez considerable sur le bord de la riviere , et par leur nature et leur gisement , elles se rapprochent ]>eaucoup de celles qui donnerent lieu , ancien- nement , a une recherche de houille dans la com- mune de Lestre , de'partement de la Manche ; clles me paraissent pouvoir etre rapporte'es a Tepoque du calcaire carbonifere ( carbonife' rous or mountain Limestone ) . Fossiles. M. Deslongchamps ? qui ale premier signale' la pre'sence du calcaire a Orthoce'ratites de Feuguerolles , et examine' les fossiles qu'il renferme , y a reconnu deux especes de Graph- tholites , Tune analogue a celle des calcaires noirs de Scandinavie (i) , l'autre nouvelle , ressem- blant a une plume ; une espece de Bellerophe a (i) Ce rapprochement a etc fait par M. Alex. Brongniart , mi-rnbre de l'Institut , auquel M. Deslongchamps avail cnvoyu dc* echantillous du calcaire de Feuguerolles, DU DEPt. I)U CALVADOS. ^85 carene dorsale tres-aigue ; une Orthpceratiie tres- commune et qui se pre'sente a tous les ages ( elle paraitvoisine de YOrthocera stenhaueri, Sow.); une autre espece moins nombreuse et beaucoup plus grosse , qui n'offre que des fragments in- de'terminables ; un Productus de taille mediocre a stries tres-fines et tres-nombreuses ; une tres- petite Avicule ; deux petites bivalves tres-voisines du genre Moule ( Mjtilus ) , l'une a stries non interrompues , l'autre a stries interrompues par des sillons transversaux profonds; eniin de petites bivalves presque mycroscopiques. Etendue, Le terrain que nous venons de de'- crire est place' a Feugtierolles dans une espece (Pause ou de bassin tres - circonscrit , taille' au milieu de L'ancien gres rouge qui borde les rives de 1'Orne ; on Fa aussi rencontre', dit-on, en creusant des puits dans les communes de Saint- Andre'-de-Fontenaj et de Mav. On a trouve' a plusieurs endroits , au contact de Fancieu gres rouge , des schistes noirs tres- probablement contemporains de ceux de Feu- guerolles. Tels sont les schistes graphiques 7 de- couvertspar M. A. de Brebisson aSaint-Picrre- du-But pres Falaise , sur le bord d'une chahie de gres rouge ancien. a86 TOPOGRAPHIE GEOGNOSTIQUE Chapitre XXIII. De l'ancien gres rouge Cold red-sand stone) Conjbeare. La formation de 1'aucien gres rouge ae compose de couches plus ou moins dures , plus ou moins quartzeuses et souvent feldspa- thiques , qui presentent des variet»s n«mbreuses de texture , depuis le quartz grenu jusqu'aux cooglomerats ou poudingues. — Ces couches altement quelquefois avec des argiles micacees. Mineraux contenus. — Fossiles. — Epaisseur et inclinaison. — Etendue et configuratioa. — Usages. — Diluvium. — Agriculture. La formation de l'ancien gres rouge offre plu- sieurs especes de roches dont nous nous contente- rons de dormer une indication sommaire. Gelles dans lesquelles le quartz domine sont d'un rouge terne , roses , quelquefois grises , blanchatres, ou jaunatres , et pre'sentent des va- rie'te's nombreuses depuis les poudingues quart- zeux feldspathiques a gros grain , jusqu'au gres quartzeux dans lesquels les grains ne sont plus ViSibles ? et au quartz grenu qui peut en quelque sorte etre conside're' comme un raoyen terme entre le gres et le quartz hyalin. Les couches precedentes se montrent tantot en contact les unes avec les autres ( May, Mouen, Saint-Quentin , Noron, Urville , etc. , etc.) ; DV DEPt. DU CALVADOS. 287 tanlot elles alternent avec des assises e'paisses d'un sable argileux micace' ( Saint- Martin- de- Sallen , Campandre , Roucamps , Jurques 7 On- defontaine , environs de Ponlfarcy et de La Cha- pel I e Heuzebroc 7 etc. , etc. , etc. ) , a peu pres comme nous avons vu certains calcaires secon- dares alterner avec des marines (i). Les conglomerats fornient un autre systeme fort remarquahlc de l'ancien gres rouge j ils sont trcs-re'pandus dans le Calvados , oil ils ont ete de'signe's sous le nom de conglomerats poiphj- ritiques. Ils se composent d'une pate argilo - siliceuse plus ou moins dure , d'un rouge-ocreux , ama- rante ou lie de vin , dans laquelle on voit par fois des cristaux de feldspath , et qui ren ferine des noyauxde quartz hyalin ; ces roches passent soit ( surtout vers le haut)au gres et aux pou- dingues quartzeux feldspathiques, soit ( principa- lement vers le bas ) a un gres rouge scliisteux, micace' , tres-fin et tres -argileux, qui se confond avec les phy Hades, soit enfin a une argile endurcie (\y An Plesifa , a Campandre , a Ilamars , et dam un grand immbre d'autres locaKtes , lps butces n'offrent guerp que dp.« ar- }< i ! t- s micacc.es £t dps gres incuhercnts, au milieu dr-squeis ou vuit lenlemcn.t qn«*l«^ncs couches minces de gres pins suij'.'es. fc I a88 TOPOGRAPHIE GEOGNOSTIQUE remplie de fer oolithique , qui a ete exploited coinrae mineral sur plusieurs points du de'parte- ment ( La Mousse , La Ferriere , Roucamps , etc. , etc. , etc. ). Toutes ces varie'te's de I'ancien gres rouge sont faciles a reconnaitre par leur couleur qu'elles doi- vent a l'oxide de fer ; cependant 7 dans quelques loealite's , la matiere colorante a manque' et la roclie est demeuree blauchatre ou grise. Les principaux systemes que je viens de men- tionner ne sont e'videmment que des modifications d'un meme depot , cependant en ge'ne'ral les gres oil le quartz domine torment Te'tage supe'rieur ; les conglome'rats la partie moyenne ; et les cou- ches schisteuses paraissent les plus rapproche'es des grauwackes et des phyllades 7 avec lesquels elles se lient de telle sorte qu'on ne peut sou- ■vent les en separer qu'au mojen d'une ligne imaginaire. Mineraux contenus. L'ancien gres rouge se charge tellement dioxide de fer qu'il forme des roches de minerai brun ou rouge , qui ont e'te' exploiters autrefois. Une pareille roclie se \oit a Urville sur les bords de la Laize , elle v off're une straliiication semblable a celle du gres quart- zeux qui i'accompagne et dont elle n'est qu'une modification ; les memes couches f'errugineuses DO DEP T . DU CALVADOS. 289 se trouvent associe'es an gres rouge clans la bruyere du Plessis-Grimoult , dans celle de Roucamps , a La Ferriere , a Saint-Martin-des-Besaces , a Orbigny pres de Ponte'eoulant et dans plusieurs autrcs localite's ; on remarque au milieu des ro- ches et des argiles endurcies , rouges 7 remplies de fer oolithique , qui forment la partie la plus e'leve'e des hauteurs de La Mousse , de proibndes excavations nomrae'es \es fosses d'enfer, et d'ou on a lire' une grande quantite' de minerai a une e'poque que je ne connais pas. I! n'existe plus aujourd'Imi dans le de'partement aucune fabrique de fer , ce qui tient sans doute a la cherte' du combustible ; les forges de Bal- leroy out e'te abandonnees depuis long -temps ; celles de Danvou , qui tiraient la plus grande partie de leur minerai de la bruyere du Plessis , Font e'te' vers 1802. II n'y a pas long-temps qu'un habitant de Bret- teville- sur-Laise concut le projet d'utiliser le minerai d'Urville, et qu'il obtint a cet eflet une concession du gouvernement ; mais il a renoncu a son entreprise. Fossiles. On ne trouve pas de fossiles dans le gres dont le grain est grossier , tels que !cs conglome'rats et le gres quartzeux feldspathique ; mais il en existe dans quelques gres quartzeux ago TOPOGRAPHIE geognostique a grain fin , tels que ceux de May , de Jurques y d'Ondefontaiue , etc. 7 etc. M. Deslongcharaps s'est principalement occupe de l'e'tude de ces corps organised , et no as en donnons d'apres lui remuneration. Ce sont plusieurs crustace'es. Asa- phus brongnartli, As. brevicaudatus , As, incertus ; parmi les coquilles cloisonne'es uu Nautile , une tres-grande Orthoce'ratite et deux especes de Conulaires (v. 2 e , vol. de la Socie'le Linne'enne, pi. 19 etao ); enfin unTrochus, deux especes de Pholadomyes , une Cypricarde , une Modiole , une Tere'bratule et deux Productus. L'ancien gres rouge du de'partement de la Man- che contient plusieurs coquilles ( la Haye-du- Puits et environs ) que Ton n'a pas encore trou- ve'es dans celui du Calvados. Epaisseur et inclinaison. LVpaisseur du gres rouge ancien est exiremement variable a cause de Pempie'tement de ses couches sur celles des schistes infe'rieurs et de la tendance que ceux- ci out a passer au conglorae'rat argileux (1) ; elle varie depuis 60 pieds jusqu'a 4oo et au-dela j Pin- (1) C«:t empietement est si visible que les zones du gres sn ticiiTt 'lit quelqurfois encaissees au milieu des schistes, comme si no cour»ot Its avail dejosees apies s'Otrc creusc un lit au mi- lieu des roches schistr uses. DU l)£?r. DU CALVADOS. 29 1 clinaison n'est guere plus constante , elle m'a paru de 10 a 2 5 (Ingres au sommet de plusieurs eminences ;mais elle estge'ne'ralement bienpluscon- side'rable pres des points de contact avec les phyl- lades ou avec le calcaire marbre. Les bancs plon- gentle plus ordinairement au nordouau nord-est, je les ai vus rarement plonger vers le sud. Configuration et e'tendue, L'ancien gres rouge forme plusieurs cbaines de butes fort e'leve'es qui reposent sur les scbistes et la grauwacke ( voyez pi. 7. ) et quelquefois sur le calcaire marbre. Ces cbaines , generalement e'troites , ont une direction parallele a celle des couches , de l'ouest nord-ouest a 1'est-sud-est ; il semblerait souvent qu'elles ont e'te* de'posees par des cou- rants ; leurs sommets sont arrondis et ondule's ( r ) ( voyez la pi. 7 ) , et leurs pentes assez rapi- des. Le gres rouge produit assez ordinairement des escarpements sur le bord des valle'es , soit du cote' du relevement des couches , soit lorsque celles-ci se trouvent coupe'es transversalement ; dans ce dernier cas , les deux rives sont souvent abruptes , et lorsque des couches plus dures (1) II est a remarquer que les buttes ondulees et quelquefois eoniques »ont pour la plupart de conglom^rat porphyritique ; le gri-s quartzeux forme des plateaux plus unis. a()2 TOPAGRAPIJIK GEOGNOSTIQUE que les autres ont oppose plus d'obstacles a la decomposition , elles forment , dans les valle'es f des barrages ou des retre'cissements fort remar- quables ; une grande partie des sites les plus pittoresques de notre de'partement , tels que les rochers de Rouvres , de Soumont et de St.-Quen- tin , de Falaise , de Noron , de Saint-Clair , de Fourneaux, de Rapilly , de Saint-Germain-le- Vasson , d'Urville \ de Feuguerolles , de Maltot r de Mouen , de Bully , de Campeaux y de Saint- Martin-Don , etc. , etc. , appartiennent au ter- rain de gres rouge. Apres avoir traverse' le de'partement de la Manclie , Tancien gres rouge vient former dans le Calvados deux chaines prineipales d'e'minen- ces. La plus septentrionale se divise en plusieurs ramaux ou embranchemens et passe par Saint- Ouen-des-Besaces, le bois du Homme, labruyere de Jurques 7 les bois du Pare Huet , les hauteurs d'Ondefontaine , de Roucamps , de Campandre , du Plessis-Grimoult , de Saint-Martin-de-Sallen j cette derniere paroisse se trouve dans une gorge ( voyez la coupe , pi. VI ), entre deux ramaux de gres qui se prolongent aU'dela de la riviere d'Orne ; Tun d'eux fort e'troit et en d'os d'ane forme la butte de Caumont ? sur laquelie M. le Cure' d'Esson vient de faire re'tablir un cha- DU DEP T . DU CALVADOS. aCp pelle , passe par Combray , et se termine aupres tie 1'abbaye du Valj l'autre vientfinir a La Mousse, oil il fournit le minerai de fer dont j'ai de'ja parle'. D'apres les observations barome'triques de M. Delcros , officier supe'rieur du genie , et membre de la Soeie'te Linneenne , la chaine dont je viens d'indiquer la direction atteint 363 metres d'e'le'- vation pres d,u Plessis-Grimoult et de Campandre', et je ne crois pas quelle ait moins de 6 ou 800 pieds sur plusieurs autres points culminants ( 1) , aussi influe-t-elle beaucoup sur la direction des courants d'eau , et limite-t-eile en partie deux grands bassins hydrographiques. En efiet , elle ne se laisse traverser que par l'Orne et la Vire 7 et elle donne naissance a beaucoup depetites rivieres dont les unes , sur le versant septen- trional , coulent plus ou moins directement vers le nord , et les autres , sur le versant meridional , se dirigent vers le sud-ouest ou vers Test, jus- qu'a ce qu'elles se jeltent dans la Yire , le Noi- reau ou TOrne. La seconde chaine de gres rouge est situe'e a une ou deux lieuss au midi de la pre'ce'dente et suit (1) II est bon de faire remarquer que la chaine de gres rouge a'auaisse sensiblcaunt cut re Campandre et Caumont. 2()4 TOPOGRAPHS GE0GN0ST1QUF. a lieu pres la raeme direction j mais elle est moins large et presque entitlement compose'e de con- glomerats ; elle commence au sud de Pontfarcy , traverse la Vire , forme les hauteurs de Landelles, de Pont-Bellenger , de Saint -Martin-Don. Dans cette commune , aux environs de Campeaux , et plus loin vers Test , on petit remarquer qu'au lieu d'etre par noyaux de'tache's dans le conglo- me'rat ? le quartz hyalin y forme , dans plusieurs endroits des marbrures et des veines qui se fon- dentdansla masse (Saint-Martin-Don , butte de Grosmont , etc. ) 7 a peu pres comme le spath calcaire dans certains marbres j ce qui me parait prouver que ces parties quartzeuses ont e'te' dans un e'tat de ramolissement complet. On les vcit meine dans plusieurs endroits se souder les ones aux antres et constituer des couches plus ou moins epaisses de quartz hyalin. La roche blanche de Campeaux , qui domine la route de Thorigny ii Vire? ( voyez la pi. 7 ) me parait etre le re'sultat d'an passage' semblable du conglomerat porphyri- lique au quartz hyalin laiteux. Dans' la bruyero de Bures , sur les hauteurs de Plaine-Seuvre , etc. on trouve aussi des couches discontinues d'un quartz semblable 7 qui forment mie sorle de croute, soit Ma surface du corig'omeYat por- phyTitique , soit mcme au desais des schistes , du dep t . du calvados. 29 5 lorsque celui-la vient a manquer (i). A partir de Campeaux , la chaine de gres rouge se trouve interrompue momentane'ment par quelques valle'es ; mais elle se continue vers Test en passant par Le Benj , Mont-Chauvet ; Lacy , Saint- Vigor , Orbignj , Proucy , etc. ; elle se par- tage ensuite en deux branches dont Tune s'arrete pres de Saint-Marc , et dont Pautre se rapproche du bourg de Cle'cy , iraverse ! a riviere d'Orne J se prolonge sur le territoire de la Pommeraye y et va former 1'e'minence sur laquelle sont situe'es les mines du chateau Ganne ; elle se trouve in- terrompue a Pierrefitte ; mais elle recommence pres des iles d'Quilly , au nord de la route de Falaise a Vire , passe par Rapilly , Le Detroit , Les Loges , Fourneaux , et vient se re'unir a une petite chaine de' quartz grenu , qui se'pare Cor- dey de Saint Martin et de Saint-Pierre-du-But. Cette chaine n'est elle-meme qu'un embranche- ment ou cap dependant d'une presenile assez conside'rable de gres qui s'e'tend dans le bois de Saint- Andre' (a) , et qui se trouve re'unie (1) La presence du quartz precedent empeche de cultiver plu- sieurs portions de terre ; maii com me la croflte qu'il forme est sourent peu cpaisse et discontinue , on est parvenu a Penlcvor dans plusipdfs endroits. (a) Li: gres rouge se prolong*- au sud dans le depai -t<-ui<:ui du I'Oroc , ssir le territuirc de lir iv-iix. , la Pelerie , A iiltdicu ; et peut-ctrc plus loin. 3()6 TOPOGRAPHIE GEOGNOSTIQUE au quartz grenu des bruyeres , de Noron , et de Marti gny , au nord-ouest de Falaise ( voy. la carte ) , au moyen d'une espece d'isme 7 pas- sant par les roquettes et la Courbonay. Outre les zones principales que je viens d'in- diquer, l'ancien gres rouge forme au-dessous de l'oolithe , a un niveau beaucoup moins e'leve' , des chaines qui paraissent sur le bord des val- le'es ( Bray-en-Cinglais , Saint-Germain-Le-Vas- son , Urville , May , Maltot , Baron , Tourville , etc. , etc. ) , et dont les points culminants pro- duisent quelques ilots ou oasis au milieu des se'- diments calcaires ( Perrieres , Olandon , Sassy , etc. ) , comme j'ai eu Poccasion de le dire pre'- ce'demment. Usages. Le conglome'rat du gres rouge fournit dans plusieurs endroits une fort bonne pierre qui se taille comme le granit ; l'abbaye d'Aulnay en e'tait construite presqu'entierement ; on peut aussi Temployer avec avantage a re'parer les routes , lorsqu'il contient beaucoup de noyaux de quartz hyalin. On fait des pave's pour le rez-de-chausse'e des maisons , et quelquefois des marches d^scalier avec les couches schisteuses du gres rouge ; mais les bancs de quartz grenu sont plus utiles que tons les a litres ; ce sont eux qui fournissent les DU Dtf.P T . DU CALVADOS. 1$7 meilleurs mate'riaux pour la reparation des routes, et des pave's pour les rues de Caen , de Bayeux, de Falaise , de Pont-PEveque et de Honfleur ; com me ils se taillent difficilement , on n'en lire que T. DU CALVADOS. 3o~ de de'eouvrir a Arclais,plusieurs empreintes vege- tans fort curieuses : ce sont,avec des trilobites du genre Calimene, les seules traces d'etres organised que l'on ait encore rencontre's dans les schistes pre'ce'dents. Epaisseur. Tantot l'oscillation des schistes vers le gres rouge se remarque jusques dans les valle'es les plus profondes , tantot elle n'est visible que sur les plateaux , et ici comme dans presque toutes les roches l'epaisseuresttres-variablejquel- ques-unes des buttes formees par le schiste os- cillant atteignent plus de cinq cents pieds d'e'Ie'- vation. La partie la plus ancienne du grand depot selris- teux, et probablement la plus e'paisse, parait tou- jours inferieure au gres rouge et au calcaire mar- bre ; elle se compose de phyllades et de grauwac- kes dont Faspect ge'ne'ral estapeupres le merae, mais qui pre'sentent une tendance conlinuelle a changer de texture par des passages ordinairement insensibles et lents , quelquefois brusques. Ainsi les phyllades offrent de nombreuses mo- difications depuis les schistes te'gulaires bleuatres ou noirs ( ardoise ) et les schistes argileux tres- fins et doux au toucher, gris et jaunatres, jusqu'aux schistes noduieux et aux phyllades are'niferes qui 5o8 TOPOGRAPHIE GEOGNOSTIQUE passent a la grauwaeke ; et celle-ci presente aussi de nombreuses varie'te's , depuis les grauwackes compactes qui passent aux trappites jusqu'aux grauwackes a structure are'nace'e plus ou moins grossiere. Toutefois Pespece la plus commune est a petits grains ; elle ofFre quelquefois des fragments de feldspath lamelleux qui lui donnent un aspect porphyro'i'de. M. Dubourg d'Isigny , qui m'a offert plusieurs morceaux de sa collection avec une ge'ne'rosite dont je le prie de recevoirici mes remerciments, a observe' dans la commune du Desert, au Nord de "Vire , une grauwaeke dans laquelle on trouve des boules forme'es de couches coucentriques. Nous devons ? dans un travail topographique tel que ie noire , nous attaeher prineipalement aux unite's ge'ologiques et passer le'gerement sur les fractions de ces unite's j aussi nous ne chercherons pas a de'erire toutes les modifications que presente la grande formation phylladique. L'e'numeration que nous pourrions en faire serait d'ailleurs in- complete , e'est dans la nature meme qu'il faut etu- dier ces varie'te's infiniment nombreuses. II y a dans quelques endroits une telle liaison entre la grauwaeke et les roches macliferes ( mi- caschiste et gneis ) qn'il est impossible de (racer des limites precises entre ces deux formations ; DU DEP T . DU CALVADOS. ^09 je serais meme tente de croire qu'elles n'en font qu'une seule. On voit en efTet dans plusieurs con- trees la formation schisteuse osciller perpe'tuelle- ment entre les phyllades ou les grauwackes et les micaschistes. Ges oscillations se remarquent tres- bien sur les rives dn Noireau, pres de Conde, aux environs de Vassj , etc. Couches intercalees. La diorite forme des couches intercalees dans la grauwacke 7 entre Saint - Marc et Cle'ey sur les bords de l'Orne , a Pierrefitte,Vieux,Orbois 7 Parfouru-Le'clain, dans la valle'e de l'Aure(i) ; ou bien elle s'y rencontre en amas ou massifs enveloppes dans les schistes , au milieu desquels elle parait se confondre ; cette diorite est compose'e de feldspalh blanchatre , de quarlz,et de cristaux verdalres dont une parlie pa- raissentetre de talc chlorile et l'aulred'amphibole; elle est en gdne'ral fort dure et contient du fer sul- fure' : lorsque le talc pre'domine sur I'amphibole , on a une espece de prologine au lieu d'une dio- rite. Mineraux contains. Les filons de quartz hya- lin ne sont pas rares dans les grauwackes ; le fer (i) La diorite de Parfouru a ete decouverte par M. Lair do Beauvais , membre de la societe Linncennc et commissaire- voyer de l'arrondisscment deBaycux.C'est a lui que j'en dois l'm- Ale a lion- 5lO TOPOGRAPHIE GriOGNOSTIQUE sulfure s'y rencontre aussi assez fre'quemment ; on a de'couvert a Curcy , dans Pardoise , des grains d'argent natif , dont M. He'rault s'est empresse de donner la description (i). « Quelques-uns de ces « grains, dit M. He'rault, sont de la grosseur d'une « halle de fusil , et le plus ordinairement cepen- « dant ne sont pas plus gros qu'unplomb de chasse. « lis se trouvent dans les fissures transversales « que pre'sente souvent le schiste ardoise,et quel- « quefois ils sont accompagne's d'une pyrite qui « n'est point argentifere. II parait certain que le « dernier exploitant } avant la revolution , avait « acquis une fortune considerable pour un homme « de son e'tat , etily a plusieuis raisons de croire « que la rencontre qu'il fit dans ses travaux , de )> fissures remplies de grains d'argent , a du con- « tribuer aux be'ne'fices que lui procurait son ex- « ploitation. » D apres l'analyse qui a e'le' faite par M. Berthier, Pai gent natif de Curcy contient : Argent °>9° Cuivre .... 0,10 Cette composition est la meme que celle de l'ar- gent monaye'. Etendue et configuration . Les roches qui font (1) Annalcs des mines , vol. XI p. 71. DU DEP r . DU CALVADOS. i)II Pobjet de ce chapitre occupent un espace consi- derable dans l'arrondissement de Vire et dans ceux de Falaise , de Bayeux et de Caen ; elles s'avan- cent assez loin au milieu des de'pots secondaires , dans les vallees oil elles ont e'te' mises a de'cou- vert par des de'nudationsposte'rieures (V.la carte.) Les sehistes que nous avons separe's des au- tres et de'crits en premier lieu a cause de leur affinite avec le gres rouge , se rencontrent prin- cipalement dans le voisinage de ce dernier (sur- tout pres du conglome'rat porphyritique). On les voit a Bures, Mallue , Mont - Bertrand , Cam- paux, Le Tourneur ? Arclais , Bremoy, Monlamy, Mesnil - Auzouf ? Saint - Germain - Langot , Tre'- prel et plusieurs autres communes. Entre Cle'cy et Harcourt ils acquierent une grande durete' y comme nous l'avons dit , et passent fre'quemment au gres rouge phylladifere. Ils forment les falaises pittoresques et fort e'leve'es qui bornent les rives de l'Orne au Vey , Saint-Re'my , le pout de la Lan- delle , Saint- Martin-de-Sallen ? Gaumont, etc. , et en partie la butte de Saint-Clair-La-Pommeraye , l'un des points les plus e'leve's du de'partement ? ainsi que celles de Saint-Ouen de La Villette , de Pe'ri- gny, de Lenault , etc. II est impossible de donner une delimitation exacte de ces roches qui ne sont qu'ane moditicalion des pliyllades ordinaires ; je Oil TOPOGRAPHIE GEOGNOSTIQUE les ai indique'es sur ma carte avec la meme cou- leur que ces derniers , le'gerement ponctue'e avec celle du gres rouge. La formation schisteuse atteint 5oo metres de hauteur sur certains points , et produit sur le bord des valle'es des escarpements tres - remar- quables , moins pittoresques cependant que ceux de Pancien gres rouge et d'une forme diffe'rente. Les valle'es de l'Orne , du Noireau , de la Laise et plusieursautres qui sont profonde'ment encaisse'es dans ce terrain , montreront une foule de faits iu- teYessants de stratification(i).Ony verra des cour- bures qui font de'vier plusou moins sensiblement la direction desstrates. On remarquera dans les valle'es transversales r principalement dans la valle'e de l'Orne , des de'- (i) C'est la , ainsi que dans les vallees creusees au milieu du gres rouge que no» peintres paysagistes devraient aller chercher des inspirations ; nous les voyons chaque annee venir en grand nombre a Honfleur et dessiner avec enthousiasme nos 1'alaises crayeuses de Hennequeville , de Grace ou de la Here ; mais ces falaises uniformes et qui ressemblent a de grands nmrs eleves par la main des hommes peuvent-elles etre companies a ces es- carpements plus considerables et surtout bien plus pittoresques formees par des terrains a couches inclinees dont les accidents de tout genre et la tcinte rembrunie ont quelqus chose de si poctique ! Nous ne le pensons pas, et le Bocage dont les ruches nous presentent l'aspect physique des pays de montagnes , l'em- portera toujours parses sites sur les regions crayeuses meme le*. plus inegales et les plus couples de vallons. DU DEPt. DU CALVADOS. 3 1 3 viations en forme d'S ( Mesnil - Vilment , Cosses- seville , Le Vey et Saint-Re'my , Harcourt , etc.) qui proviennent des obstacles oppose's au cours des eaux par la direction des couches qu'elles ont coupe'es ; il sera facile de se convaincre que ces deviations sont moins fre'quentes dans les val- le'es longitudinales ou qui sont paralleles a la direc- tion des strates. Usages. Partout ou on les rencontre les roches schisteuses que nous venons d'examiner , four- nissent des mate'riaux pour les constructions ; comme elles occupent une grande partie du Bo- cage , on les connait vulgairement sous le nom de pierres bocaines ; il est tres-difficile de les tailler syme'triquement et elles produisent un effet peu agre'able dans les murs , tant par leur forme plate et irreguliere que par leur couleur brune ou gri- satre. On tire du terrain de phyllade , a Gastillon, a La Bazoque et a Litteau , arrondissement de Bajeux 7 ainsi qu r a Curcy pres de Harcourt , des ardoises qui sont en ge'ne'ral fort e'paisses ; comme elles s'appliquent mal les unes sur les autres , on est oblige' de les mastiquer avec de la chaux ; tou- toutefois celles du premier choix , de Castillon , n'offrent pas le meme inconve'nient , quelques personnes meme les pre'ferent a celles d'Angers , a cause de leur grande solidite. 5l4 TOPOGRAPHIE GEOGNOSTIQUE M. Le Bouteiller \ient d'ouvrir a Livry une carriere dont il tire ane grauwacke fort dure et verdatre } qui est employee a paver les rues de Bayeux. Le terrain de phyllade fournit dans plusieurs endroits de bonnes pierres a repasser les rasoirs ; on fait aussi d'assez bons crayons pour e'crire sur 1'ardoise , avec quelques varie'te's de schistes ar- gileux. Diluvium, La decomposition plus ou moins facile des roches schisteuses, en raison de leur na- ture plus ou moins argileuse , a apporte' des mo- difications sensibles dans le diluvium qui les re- couvre. Tantot il se compose d'une terre grise , peu e'paisse , remplie de fragments de phyllades ; tantot d'uneargile d'un gris jaunatre , tres-franche et parfois tres - e'paisse , sans melange de de'bris schisteux ; plus rarement on y trouve des glaises jaunes quipourraient bien etre provenues en par- tie de la decomposition du gres rouge , et dans lesquelles j'ai remarque' parfois des galets roule's de quartz hyalin et de quartz grenu. Entre Martigny et Pierrepont, arrondissement de Falaise, les argi- les diluviennes m'ont paru puissantes , et j'ai vu au milieu d'elles , a la surface du sol , des blocs con- siderables de quartz grenu qui oat probablement ete detaches de quelques rochers du voisinage , tels que ceux de Noron. DU Dlh-r. DU CALVADOS. 5 1 Agriculture, La region phylladique est assez fertile en ble' , en seigle , en avoine , en sarrasin , en trefle , etc. (i) ; on commence a y cultiver le colza. Les valle'es offrent des prairies me'diocres, et les coteaux sont plante's en bois-taillis ; le hetre et le cheneacquierentde grandes dimensions dans ce terrain : l'orme s'y rencontre rarement. Le pom- mier y prospere , mais le cidre qu'il produit est ge'neralement moins fort que celui qu'on re'colte dans les terrains secondaires. II serait fort curieux de comparer la capacile productive des re'gions phylladiques avec celle des plaines calcaires , et d'examiner la difference qui existedansla qualite' de leurs fruits. Nous ne pou- vons trop inviter M. Boisard a se livrer a des re- cherches de cette nature dans sa statistique agri- cole du de'partement ; il parait certain que le ble' du Bocage rend plus de farine que celui des plai- nes calcaires, et plusieurs boulangers m'ont assure' qu'ils estimaient cette difference a trois francs par sac j tout le monde sait que l'avoine du Bocage est plus pesante que celle de la plaine. La chaux employe'e depuis quelque temps dans (i) Malgre les notables progres que l'agriculture a i'«its dans le Bocage depuis 5o ans , les assolements sont encore vicieux , la culture du seigle et du sarrasin occupe trop d'espace , et le genet couvre encore trop sinivent la tene pendant trois annees eoiiMCutives. 3l6 TOPOGRAPHIE GEOGNOSTIQUE les terres argileuses et froides de la region sclris- teusey aproduit des effets prodigieux el souvent quadruple les re'coltes de ble ( i). Chapitre XXVI. Des Micaschistes et des Gneis macliferes. Description des principalis varietes de micaschistes et de gnei* macliferes. — En appruchant de la z&ne granitique, ces roches renferment des masses de pegmatite et de granite. — Considera- tions sur ces accidents de cristallisation.— Mineraux contenus. — E ten due. — Usages. Les roches que nous allons examiner dans ce chapitre pre'sentent plusieurs varie'te's ou passages depuis les micaschisles les plus voisins des phylla- des 7 jusqu'au gneis passant a Feurite; elles ont e'te' fori bien de'erites par M. Puillon Boblaye, officier au corps royal des inge'nieurs-ge'ographes ? dans un me moire qu'il a publie' sur la ge'ologie de la Breta- gne 7 et par extension sur les roches des environs (1) On a remarque que l'einploi de la chaux nuisait a la crois- sar.ee spontanee du genet ; je cite ce i'ait parce qu'il vient a l'ap- pui de ce que j'ai dit , dans le chapitre deuxieme , de l'infliience que la nature du sol peut exercer sur les plantes ; le genet est ef- {retirement 1'une de celles qui se trouvent le pluscomnumcnient dans les regions non calcaires du Calvados. DU DEPt. DU CALVADOS. 017 d'Avranches et de Vire(i).Nousrapporterons pres- que textuellementla description qu'il en a donne'e. Les diffe'rentes varie'te's que nous avons obser- vers peuvent se rapporter aux Irois ou quatre types suivants : i° Micaschiste gris ou brun , a feuillets plus ou moins e'pais de mica gris avec un peu de quartz , et renfermant presque toujours un grand nombre de macles. 2 Roche bleue ou noiratre moins fissile que la pre'ce'dente , dans laquelle les grains de quartz et tie mica sont si pelits et tellement amalgame's en- tre eux , qu'on distingue a peine plusieurs subs- tances. 5° Autre roclie en apparence homogene , d'un bleu fonce' , grenue , e'clatante dans sa cassure 7 dans laquelle on reconnaitala loupe les e'lements du granite et une multitude de petites macles mi- croscopiques. 4° Gneis maclifere zone' , tres-fin, compose' de feuillets re'gulierement alternants de feldspath et de quartz grisatre et de mica brun. II est assez curieux d'examiner les localite's oil les roches macliferes se trouvent le plus rappro- chees des granites; ces derniers ,et surtout les peg- (t) Mcnioiies du Museum d'histoirc naturelle, t. i5. 3 I 8 TOPOGRAPIUE GriOGNOSTIQUE. matites , forment au milieu d'elles des amas plus ou nioins considerables qui pre'sentent tantot Pas- pect de nombreux filons , tantot celui de grandes taches ou marbrures irregulieres ; ces di liferents accidents sont faciles a voir pres de Vire dans les valle'es qui entourent la ville , a Clinchamps, etc. On ne peut admettre que le granit s'est fait jour a travers les couches brise'es des roclies ma- cliferes.Les marbrures dont nous venous de parler ne sont pas , a proprement parler, des filons , quoi- qu'ils en prennent quelquefois la forme : ce sont des accidents de cristallisation. En efFet au milieu des granites et des pegmatites qui limitent les ro- ches macliferes, on trouve aussi des masses plus ou moins conside'rables de celles-ci ( laBelliere, Clin- champs , Roullours ) ; ces deux roches difTe'rentes de texture alternent meme ensemble quelquefois , ce qui montre bien leur contemporane'ite'. Ainsile me'lange que nous avons remarque vient de ce qu'il y a eu en quelque sorte incertitude dans la cristallisation , au contact des granites et des roclies schisteuses macliferes. Miner a lot contenus. On y trouve de petits fi- lons de quartz hyalin remplis de fer sulfure'. Les masses subordonne'es de pegmatite contiennent souvent des tourmalines et d'autres su!)stances dont il sera question dans le cliapitre suivaut. DU D^Pt. DU CALVADOS. 3lQ £tendue. Les roches pre'ce'dentes forment dans l'arrondissement de Yire , une zone ou cein- ture entre les granites et les phyllades ; comme elles paraissent se confondre avec ces derniers , nous croyons qu'il est presque. impossible d'en e'tablir de ce cote' la delimitation exacte ( voyez ^explication de la carte ). Au conlraire elles se distinguentdes granites d'une maniere assez nette, et leurslimites infe'rieures peuvent etre trace'es au moyen d'une ligne qui , partant de St.-Maur ( Manclie ) , se dirigerait parallelement a la route de Villedieu a Saint-Sever jusqu'a Fontenermont 7 traverserait la foret de Saint-Sever , puis incli- nerait vers le nord pres de Clinchamps , pour revenir au sud a Saint-Martin de Tallevendej cette ligne couperait ensuite la ville de Vire en deux parties , et se prolongerait presque parallelement a la route de Vassyjusqu'au-dela deRoullours , ou elle inclinerait vers le sud en rondissant , puis vers le sud - ouest , en passant entre les deux Trutemer el La Lande -Vaumont ; les memes roches occupent une etendue conside'rable dans les arrondissements d'Avranches , de Mortain (i) ct de Domfront , oil elles forment des zones qui alternent avec des granites. (i) Voyez nion Essai Mir la Topographic gcognostique du de- partemcat dc la Manclie. 20 5aO TOPOGRAPHIE GEOGNOSTIQUE Usages. Ainsi que les Phyllades , les ro- ches macliferes fournissent des mate'riaux pour les constructions et pour la reparation des routes. Comme elles se divisent assez souvent en grands feuillets tabulaires 1 on en fabrique a Vire des pave's carre's pour les appartemens. II y a lieu de croire que les fragments de ces raemes ro- ches , trouve's par M. de Formeville dans les ruiues de l'ancicn Lisieux , avaient servi a paver le rez -de - chausse'e des maisons de cette ville roraaine. Chapitke XXVII. Du Granite, Caractercs des roches granitiques du Calvados. — Granite gris et granite jaunatre. — Ge dernier est le plus repandu a la suri'ace du sol. — 11 passe quelqtu.fois a l'eurite et a la pegmatite dans le volsinage des roches macliferes. — Mineraus contenus. — Di- rection. — Configuration et etendue. — Diluvium. — Agriculture. — Usages. II me reste a parler de 1'importante formation qui comprend les granites gris et jaunatres , la pegmatite et l'eurite. Le granite gris est ge'ne'ralement a grains moyens , compose' de feldspath blanc ou ver- datre , de mica noir ou bronze' , et d'une assez DU DEP T . DU CALVADOS. 02 I grande quanlite de quartz hyalin ; c'est le plus dur et le plus estime. Le granite jaunatre ne differe du pre'ce'dent que par sa couleur et par sa durete moins con- siderable ; c'est , je crois , le plus re'pandu a la SLtrface du sol ; il passe fre'quemment a la peg- matite et quelquefois a l'eurite , au contact des gneiss et des micaschistes. La surface en est souvent de'sagre'ge'e et re'- duite en gravier , et quelquefois des couches solides paraissent alterner avec des couches in- cohe'rentes , ce qui provient peut-etre de la resistance ine'gale que les bancs ont oppose'e a la decomposition. La pegmatite se compose de cristaux ordi- nairemcnt tres - volumineux ( La Belliere ) de feldspath jaunatre , de quartz hjalin et de mica brun. Elle se trouve en nids ou amas dans le gra- nite precedent ; mais toujours sur ses bords , et le plus souvent au contact des roches macliferes , au milieu desquelles elle forme des marbrures ou des masses intercale'es , comme on Fa vu dans le chapitre pre'ce'dent. Enfin Feurile , souvent associe' avec les peg- matites 7 est ordinairement blanc ou gris ; le mica y est pen abondant et quelquefois argente au lieu d'etre brun. 3'22 TOPOGRAPHIE GEOGNOSTIQUE La reunion de roclies d'une texture aussi dif- ferente que le granite a gros grain ( pegmatite ) 7 le granite a grain fin ( eurite ) et le gneiss , pre'- cise'ment au point oil les schistes vont succe'der aux granites 7 me parait fort remarquable et in- diquer , com me je l'ai de'ja dit , une sorte d'in- eerlitude dans la cristallisation. Ce melange est tres-apparent dans la carriere de La Belliere y sur la route de Vire a Conde ; on j voit les memos strates devenir successivement granite , pegmatite , eurite et gneiss. A Vire des cliange- ments analogues s'observent dans le monticule sur lequel est place' le donjon de Pancien chateau ; le granit se montre a la partie supe'rieure de cette colline , soude on accolle' avec des roches mac- liferes ; ces dernieres paraisserit dominer dans la partie infe'rieure ; mais elles y sontinterrompues par de nombreuses taches de granit,dont plusieurs coupent transversalement les strates. Mineraux contenus. On rencontre frequem- ment dans la pegmatite , des cristaux de pi- nile , du talc , de Vandalousite , et de nom- breuses tourmalines noires. La carriere de La Lelliere a fourni jusqu'ici la plupart des morceaux de ces substances qui se trouvent dans les collec- tions de Caen et de Vire ; mais si d'autres exploita- tions favorisaient les recherches des mine'ralo- DU DET T . DU CALVADOS. 5*3 gistes 7 on trouverail probablement les monies mine'raux partout oii il y a des pegmatites. J'ai vu des tourmalines au milieu des vei lies de pegmatite, qui existent dans les roches maelifetes , pres des hameaux de La Renarderie et de La Brunerie , a Clin champs. Pen ai trouve' e'galement dans la foret de Saint-Sever et dans plusieurs autres localite's des de'partemens du Calvados et de la Manche , situe'es surlalisiere des granites. J'ai aussiremar- que' dans cette derniere roche des tilons de quartz hyalin , aune lieue et demie de Vire ? sur la route de Saint-Pois ; pres du hameau de la Faverie , dans la foret de Saint-Sever ; et pies du village de la Touptiere, dans la commune de Saint-Man- vieux. lis contiennent un peu de pyrite. Direction. 11 n'est pas facije de voir la direction du granite , parce qu'il est souvent traverse' de fissures qui se croisent , et qu'il ne pre'sente pas toujours une stratification distincte. Autant que j'ai pu en juger , les couches vont du sudsud-ouest au nord nord-ouest , comme celles des roches macliferes. Cette direction n'est pas conforme a celle des autres roches anciennes qui est de l'ouest nord-ouest a Pest sud-est , comme on l'a vu page 112; mais les directions sont quelquefois peu constantes , et je ne pcnse pas que I'on doive y atlacher beau- 02/\ TOPOGRAPHIE GEOGNOSTIQUE coup d'importance. On verra par le^s nombreuses coupes qui accompagneront mon Essai sur la to- pographic ge'ognostique du departement tie la Manche , combien elles peuvent offrir de varia- tions dans un espace merae circonscrit (i). Etendue et configuration. Le granite forme dans le Calvados une region tres-distincle , dont nous avons indique' ies limites en tracant celles des roches macliferes ; cette region 7 qui oeeupe 1j territoire d'une douzaine de communes de l'ar- rondissement de Vire , n'est qu'une petite partie de la zone granitique qui traverse le de'partement de la Manche (a) en s'e'lendant vers l'ouest jus- qu'a la mer , entre Avranches et Granville , et qui , vers Test , pe'netre assez loin dans le de'- partement de TOrne. Le granite est gene'ralement plus eleve' que les roches schisteuses qui Tavoi- sinent , et il forme sur les confins de la Manche el du Calvados une suite d'e'minences qui de'ter- minent dans deux directions difFe'rentes , le cours (0 Au cap de Fermanville la direction des couches granitiques est du sud-ouest au nord-est , et celle des micaschistes qui se trouvent entre Carneville et Bretteville , est du nord ausud, tan- dis que depuis la pointe du hoc , a Bretteville , jusqu'a Cher- bourg , et bien au-dela , la direction des steaschistes et des gres quartzeux est a pcu pres dc Test a l'ouest. Ainsi Ton remarque trois directions differentes dans l'espace d'unelieue. (a) Voyez ma carte gcologique de ce departement. DU d£p*. du calyados. 5a 5 de plusieurs rivieres. Les unes coulent au sud et vont se rendre dans la Se'e qui se dirige de l'est a I'ouest vers Avranches , tandis que les au- tres descendent au nord. J'ai donne' sur ia planche VII utie vue de cette chaine , prise de Saint- Martin-des-Besaces. Les eminences granitiques sont ordinairement en pente douce et se terminent par des plateaux sur lesquels ontrouve quelquefois un assez grand nom- bre de blocs arrondis de diffc'rentes dimensions. Diluvium, Le Diluvium du granite se com- pose en ge'ne'ral d'argiles jaunatresou grises 7 quel- quefois me'lange'es avec des graviers provenus de la de'sagre'gation des couches. On remarque aussi dans plusieurs endroits , a la surface du sol grani- tique, une terre a foulon grise , dont on se sert a Yire pour de'graisser les draps , et qui parait for- mer un-sy steme particulier dansle diluvium. J'ai encore fort peu e'tudie' cette argile ; mais je compte l'examiner proehainement dans le de- partement de la Manche ( arrondissements d'A- vranches et de Mortain ) , et consigner le re'sul- tat de mes observations dans mou Me'moire sur la ge'ologie de ce de'partement. Agriculture. On peut appliquer presqu'en- tierement aux granites ce que nous avons dit des productions des terrains de phyllade j la facilite 020 T0P0GRAPH1E GEOGNOSTIQUE plus ou moins grande avec laqnelle ils se decompo- sent apporte des ine'galite's sensibles dans la ferti- lite du sol qui les recouvre. A cote de plateaux abondamment pourvus de terre ve'ge'tale , on en trouve quelques mis d'assez arides et jonches de blocs de granite ; les terres les plus rocailleuses pre'sentent cependant des espaces susceptibles d'etre cultives , et que cliaque jour on s'occupe de dc'fricher. Le ehateigner parait affectionner le granit ; au moins en trouve-t-on tres-peu dans notre department , sur les autres terrains. Usages. Tout le monde connait la solidite du granite et son utilite en architecture. Sex- ploitation de cette roche occupe un nombre con- siderable d'ouvriers aux environs de Vire , et e'est une branche d'industrie assez impoitante pour la contre'e oil on Pexerce. ( 1 ) On ne travaille guere que les blocs dont le sol est jonche dans la foret de Saint-Sever , leboisdu Gast , celui de La Haie a Tallevende, les monts deVire, les landes deRoullours, etdans quelques champs qui appar* tiennent a differents particuliers , parce que ces masses e'tant de'gage'es 7 peuvent etre taille'es im- (1) La difficulte de transporter le granite force a tailler sur place les morceaux dont on a besoin ; voila pourquoi dans ce»- taines communes il y a tant d'hommes occupes a l'exploita- tion cette pierre» DU DEPt. DU CALVADOS. ^^"J me'diatement , et sont faciles a enlever. II exlste cependant entre Le Gasl et Saint -Germain-de- Talleveiule ties excavations dont on exlrait de tres-beaux morceaux de granite , et on sera force' d'en onvrir d'autres quand on aura employe' totis les blocs qui se trouvent a la surface du sol. Le granit gris , qui est le plus dur , fournit d'excellente pierre de taille ; on en fait de grandes auges , des tours de pressoir 7 des obe'lisques , des bornes , des pave's pour les trottoirs , etc. , etc. ; ces diffe'rents objets s'exportent dans plu- sieurs de'partements voisins; les bornes et les pave's s'embarquent a Caen et se transportent a Rouen, a Paris et en Hollande. Le granit jaunatre, moins dur quele pre'ce'dent, fournit du moellon ; il a la proprie'te' de resister au feu , probablement parce que le feldspalh qui le compose eu partie a subi une alteration , et on le recherche pour les fours , les chemine'es , etc, M. Pattu entretient la route de Vire a Gonde' avec Teurite et la pegmatite de La Belliere. Plu- sieurs autres routes sont re'pare'es avec du granit 7 dans les cantons de Vire et de Saint-Sever. Nous terminons cet essai sur la constitution ge'o- logique du Calvados , par le tableau abre'ge des roches que nous avons de'crites ; elles y sont range'es d'apres l'ordrc die superposition qu'elles affectent dans la nature. D28 TOPOGRAPHIE GEOGNOSTIQUE Tableau abrege de la superposition des ter- rains du Calvados. i°. Terre vegetale et alluvions modernes ; 2°. Diluvium remanie ( alluvions anciennes ) ; o°. Argiles avec silex ; glaises, sables, etc., depot que nous avons designe sous le nom impropre de Diluvium, et qui appartient tres-prubablement, suivant les lieux, a plusicurs epoques contemporaines de la formation des terrains ter- tiaires, ou rneine de quelques roclies secondaires ; les gres et les argiles plastiques qui surmontent la craie, lecalcaire onlitique et le lias , etc. , apparticnnent a ce groupe ; 4°. Craie et green-sand se divisant en craie marneuse (i) ( partie superieure ) , craie chloritee ( partie moyenne ) , craie sa- bleuse et sable vert terreux ( partie inferieure ) ; 5°. Argile de Honfleur et sable de glos ; 6°. Calcaire de Blangy ; 7». Coral-rag avec calcareous grit vers le bas; 8*. Argile de Dives, avec coucbes subordonuees de calcaire marneux ( Kelloway rock ) ; 9°. Cornbrash (douteux) et forest marble; io°. Grande oolitbe et argile de Port-en-Bessin ; ii°. Oolithe inferieure. — La partie superieure composee d'un cal- caire blanc , peut-etre en partie parallele a la grande ooli- tbe ; la partie inferieure consistant en un banc tres-coquil- lier et peu epais, rempli d'oolitbes fcrrugineuses; 12». Lias. — La partie superieure formee de calcaire a Belemnites, et la partie inferieure, de calcaire a Gryphites; i3°. Calcaire d'Osmanville et de Valognes ; i4°. Red-marle. — La partie superieure composee de galets rou- (i) La craie blancbe se rencontre peut-etre aussi dans quelques Jicux ; niais elle n'cst pas bien caracteriscc. J)U DEP T . DU C4LVAD0S. O29 Ies et de sables pas»ant a l'arkose ; et la partie inferioure de marnes rouges alternant avec des couches calcaires. i5°. Calcaire magoesien ; 16 . Terrain houiller; 17 . Porphyre ; i8 e . Calcaire a Orthoceratites alternant avec des schistes noirset probablement avec le gres intermediaire. 19 . Gres intermediaire se divisant en gres quartzcux coquillier ( partie superieure ) , conglomerats porpbyritiques ( partie moyenne)et gres schisteux rougeatres ( partie inferieure); ao°. Pbyllades et grauwackes. — Oscillant vers le gres rouge ( partie superieure ), purs 011 oscillant vers les micaschistes macliferes ( partie inferieure ) ; 2i°. Micaschistes et gneiss ; 22°. Granite. ADDITION. Chapitre XXVIII. Argileplastique et craie du Plessis- Grimoult. L'argile plaslique et la craie fornient au Plessis un petit depot isole au milieu des roches ancienues. — Cette argile est noire , elle presente plusieurs particularites remarquables, et la craio qu'elle accompagne differe , sous plusieurs rapports, de celle des grands bassins. — Fossiles. — Etendue. — Diluvium. — Usages. La brivyere du Plessis-Grimoult ? dont la partie la plus eleve'e est appelee Le Mont Pincon , est compose'e de gres interme'diaire ; elle est separee du monticule de Campaiidre' ,egalement en gres, par une valle'e mare'cageuse , dont le fond parait 3SO T0P0GRAPII1E GEOGNOSTIQUE reposersurlesscbistesargileux. C'estsur la petile orientale de cette bruvere , et vis-a-vis de celle de Campaudre ( voy. la carle ) que se Irouveut la craie et 1'argile plastique que nous allons exa- miner. Rien de plus curieux que ce depot en mini a lure jete bors des limites gene'rales des terrains secondares , au milieu des rocbes an- cicnnes , et a i4 lieues de la zone crayeuse. II nous rappelle ces petits depots isole's qui ont , depuis quelque temps , excite vivemeut l'interet des ge'ologues , notammentceux duCotenlin , que nous avons de'crits dans un precedent Me'moire. Des le moisde fe'vrier i8a5 (i) jevisitai 1'in- teressant terrain du Plessis ; mais comme les carrieres qui avaient e'te' ouvertes anciennement n'etaient plus exploiters depuis long-temps , je ne pus determiner a quelle formation il fallait le rapporter . et je me promis de faire des fouilles afin de re'soudre cette question: je n'aipu executer mon projet que trois ans apres Tavoir forme (a). (1) Long-temps auparatant, M. Dubourg d'Isigny, president du tribunal civil de Vire , avait visile le Plessis et en avait rap- porte des fossiles qu'"il a eu la bonte de me communiquer. (2) Le premier puils quo j'ai fait creuser sur la bruyere du Plessis a ete commence le 9 mai 1S2S; le second 1'a etc plus tard, et lorsque 1'impression de ce Memoire etait presque achevee, c'est ce qui m'a force a placer ici la description de la craie du Plessis qui aurait dCi se trouver dans lc chapitre 7. DU DEP T . DU CALVADOS. 35 1 J'ai d'abord fait ouvrir un trou de i5 pieds de profondeur 7 au raojen duquel j'ai pu ob- server la nature des couches , et M. Deslong- ehamps , qui s'est livre' a un examen attentif des corps organises trouves dans cette fouille , a reconnu qu'ils etaient incontestablemtnt iden- tiques avec ceux de la craie. Gependant , comnie je de'sirais me procurer un plus grand nombre de fossiles , j'ai fait dernierement ouvrir mi nouveau puits qui a e'te' pousse' jusqu'a i* pieds au-dessous du sol; j'avais le projet de faire creuser beaucoup plus avant ; mais une source place'e dans Pargiie noire supe'rieure a la craie , de'layait cetle argile et occasionnait des avalanges de boue qu'il e'tait difficile d'arreter , et qui ont force' d'interrompre les travaux(i). D'apres ce que les excavations pre'ce'dentes mViit permis d'observer , le de'pot du Plessis se compose d'une argile plastique noire et d'un banc de craie. Ces deux systemes re'imis ne paraissent pas avoir plus de 20 pieds d'epaisseur. (1) Cet accident ne serait point arrive si mes outriers avaient pris des precautions suffisantes, ct si le puits avait ete fait dans la belle saison. OD2 TOPOGRAPHIE GEOGNOSTIQUE Glaise noire. V 'argile plastique est noire, extremement col- lante; je n'en ai vu nulle part ailleurs de semblable ; clle esttres-homogene dans toute son e'paisseur 7 qui est d'environ 12 ou 1 5 pieds et ne contient pas d'etresorganise's , a moins que Foil neregarde comme ay-ant appartenu a des auimaux mous ( peut - etre des Me'duses ) , un nombre conside- rable de blocs ovoi'des ou sphe'riques un peu ap- plalis, que j'ai figures pi. i re . , n° s . 1 , a , 5. Ges boules disse'mine'es dans la glaise noire ( V. la coupe , pi. i I-e , fig. 5 ) , sontd'un calcaire argi- leux noir , fe'tide, extremement dur et entierement pe'ne'tre'es de fer sulfure'j leurdiametre varie depuis deux ou trois pouces jusqu'a huit ou dix. Sur presque toutes, j'ai remarque' du cote' de I'ap- platissement une espece de sillon ou d'entaille ar- rondie semblable a celle que produirait un emporte piece ou quelqu'instrument trancliant du meme genre. On trouve avec les corps prece'denls quel- ques fragments d'un calcaire argileux noir , tra- verse' de spath calcaire blanc , qui a beaucoup de ressemblance avec certains calcaires de transition. L'argile qui les renferme parai trait clle-menie plus ancienne que l'argile plastique ; aussi avait-eJle DU D£P T . DU CALVADOS. 555 etc' regarde'e comme une varie'te d'ampelite gra- phique par quelques personnes qui I'avaient ob- serve'e avant moi , et qui n'en avaient pas connu le veritable gisement. Craie. Au-dessous du banc de glaise noire se trouve le calcaire que nous rapportons a la craie ; il ne forme qu'une seule couche dans laquelle on re- marque ne'anmoins plusieurs assises. La partie la plus e'leve'e , qui supporte imme'- diatement l'argile noire , est d'un jaune rouille' , tantot sableuse et presque incohe'rente , tanlot plus solide et le'gerement sublamellaire , comme plusieurs couches du calcaire oolithique. Elle ne contient que des pointes d'oursin et un tres- petit nombre de coquilles a l'e'tat de moule in- te'rieur ; son e'paisseur est de 2 a 5 pieds. Plus bas , le calcaire blanc , le'gerement jau- natre , d'une consistance variable , mais genera - lement faible , contient un assez grand nombre de fossiles 7 dont le test a disparu et des petits cristaux isole's de chaux carbonate'e tapissent les cavite's qui re'sultent de cette disparition. IAassise dont nous parlous se lie aux autrcs et n'en est 554 TOPOGRAPHS GEOGNOSTIQIE se'paree par aucune fissure de stratification ; son e'paisseur est d'un demi pied a un pied ; c'est elle qui a produit presque tous les fossiles que nous avous recueillis. La parlie inferieure du banc pre'senle tantot une marne sablense , d'un gris bleuatre , melee de parlies terreuses tantot un calcaire assez dur 1 colore' en vert par une grande quantite de chlorite. Comme noire puits a e'te arrete' au milieu de cette derniere assise , nous n'avons pu la voir en contact avec Je terrain interme'diaire ; mais celui-ci doit se trouver a tres-peu de distance, et tout nous porte a croire que le banc de craie n'a gueres plus de cinq pieds d'e'paisseur. Quoiqu'il en soit , voici la coupe du pints que nous avons pratique' en dernier lieu : i». Terre vegetale et alluvions a pieds. 2 . Glaise noire 14 7>°. Calcaire jaunatre friable, passant a la niarne ct renfermant peu de fossiles. 3 4°. Calcaire blanc , tacrie de rouille , et contenant beaucoup de coquilles. . . Spouces. 5°. Calcaire plus dur, colore en vert par la chlorite. On n'y trouve qu'un petit nonibre dc fossiles l C°. Marne sableuse d'un gris bleuatre, re- posant probablemeut sur le terrain intermediaire. DU DEP . DU CALVADOS. 6$J Mine'raux. Nous avons vu que le fer sulfurc est abondant dans les concretions calcare'o-argi- leuses qui se trouvent au milieu de Pargile plasti- que ; nous avons aussi remarque dans celle-ci un assez grand nombre de petits cristaux de fer sulfate. La craie ne contient que du fer oxide'. Fossiles, M. Deslongchamps , profonde'ment verse' dans la connaissance des corps organises fossiles , nous a renris les notes suivantes sur ceux que nous avons apporte's du Plessis , et que nous nous e'tions empresse de lui communiquei : « J'aitrouve (dit-il) dans les echantillons de craie du Plessis, plusieursdents de Squale, une ou deux especes de Crustace's brachyures , inde'termina- bles ; j'y ai vu des portions de carapaces orne'es de mamelons , des pinces , des portions de pieds de diverses grandeurs : il y aurait quelques rai- sons de croire que ces fragments de Crustace's appartiennent a l'espece figure'e par M. de La Besche, dans le deuxieme volume des transactions de la socie'le' gcologique de Londres , et que j'ai nominee dans un Memoire ine'dit Orythia La- beschii (le test n'a point disparu ). Le nombre des coquilles dont le test n'a point disparu 1 ou a e'te' remplace' par une matiere si- liceuse , est peu considerable , mais elles sont caracte'ristiques. »4 536 TGPOGRAPHIE GEOGNOSTIQUE La plus commune est la Gryphea columba , toujours petite et constamment change'e en silex. Vient ensuite la Trigonia scabra , tanCot change'e en silex , tantot a Pe'tat de moule in- te'rieur. On trouve encore dans le meme etat , mais plus rarement , deux especes de Trigonies qui me paraissent ine'dites , Tune est fort grande , a grosses cotes trans versales , l'autre est t res- petite ; toutes les deux sont a l'e'tat de moule inte'rieur. Le Pecten quinque costatus est rare , petit , mais bien reconnaissable j les deux valves en sont separe'es et le test conserve. J'ai reconnu encore parmi les coquilles qui ont conserve' leur test : i°.Une petite valve supe'rieure ou plane d\m peigne a grosses cotes , dont j'ignore Pespece ; q°. Plusieurs tres-petites valves infe'rieures li- nement strie'es d'un peigne inconnu , ou peut-etre de tres - jeunes individus du Plagiostoma spi- nosa , mais il n'y a nulles traces d'epines. 3°. Un fragment de Te're'bratule strie'einde'ter- minable. 4°. Des parcelles de test d'Huitre ou Grjphe'e. Les coquilles , dont le test a disparu 7 sont plus nombreuses et malheureusement l'e'tat de moule inte'rieur laisse presque toujours sur les especes DU DEP r . »U CALVADOS. 5'Sj line incertitude dc'sespe'rante. Je serais porte' a coire que beaucoup d'entre elles sont nouvellcs. En void, l'e'numc' ration : i°. Ammonites varlans ? II est tres - pro- bable qu'un petit e'chantillon assez bien conserve appartient a cette espece. a°. Fragment d'une autre Ammonite dontl'es- pece est inde'terminable. 5°. Coquille turriculee , a spire allonge'e , a stries transversales, qui parait etre une Turritelle. 4°. Une autre coquille e'galement a spire allon- ge'e , dont je n'ai pas vu l'empreinte , mais dont le moule inte'rieur remplissant la re'gion de la bouche rappelle un pen le genre Melanie ; 5°. Une coquille a spire courte , alevre droite renfle'e , rappelant assez la forme et la taille du Cassis avellana. Brong. 6°. Une grande bivalve dont l'empreinte pre'- sente des enfoncements disposes sur des lignes longitudinales nombreuses , le test de cette co- quille devait etre couvert d'e'pines ou de Tuber- cules , nombreux et ties - elegants ; elle ressemble beaucoup a un Cardium. . 7°. Une valve qui rappelle un peu la forme des arcbes. 8°.Plusieurs especes dont l'empreinte des char- meres annonce des f^enus , Cythdrees ou As- tarte. Leur lest elait lisse. 558 TOPOGRAPHIE GEOGNOSTIQUE 9°. Une grande valve qui rappelle un peu !a forme de certaines Isocardes. io°. Une valve qui ressemble a une Lutraire mais qui offre sous le crochet un pli tres-profond et semble annoncer un genre inconnu. ii°. Une portion du test d'un oursin? a tre-s- petits tubercules. 1 2°. Deux poinles de Cidarites ? dont I'une strie'e et l'autre lisse. i5°.Des fragments de Serpule et probablement de Dentale. i4°.Des Polypiers, savoir : une Aslre'e a e'toiles me'diocres , et des petites Turbinolies ou Caryo- phyllies. » Etendue. II est difficile de rencontrer un de'pot plus circonscrit que celui que nous venons de de- crire. A parlir du penchant de la bruyere , oil nous avons fouille , il suit la depression du sol et parait descendre de I'ouest a I'est jusqu'au bord du ruisseau qui coule dans la valle'e voisine ( i ) ; on apercoit en effet la glaise noire dans un chemiu qui suit la meme direction (a) , et on a retrouve' (») D'apres cette disposition, la craie qui repose sur le grt'-s , a rextremite de la bruyere du Plessis , doit reposer sur le schistc argileux dans lc vallon voisin qui est situe sur la commune de Campandre. (a) La presence de cette argile rendait la route si difficile DU DEPi. DU CALVADOS. 55q des marnes calcaires en creusant un puils dans le village de laSaigniere. II nous ae'te' impossible de de'couvrir exactement quelle e'tendue le de'pot oc- cupe du nord au sud , mais elle doit etre peu con- siderable. Diluvium. Le diluvium qui recouvre les cou- ches pre'ee'dentes se compose d'argile rougeatre et de nombreux fragments de gres de'tache's de la partie la plus eleve'e de la bruyere ; il est assez e'pais au village de la Saigniere. Usages. La craie du Plessis a e'te' exploite'e il y a fort long - temps par les proprie'taires de la grosse forge de Danvou,quil'employaient pour la fabrication du laitier. Ce sont eux qui ont fait praliquerlaplupart des excavations donl les traces sout encore visibles aujourd'hui , ainsi qu'une tranchee qui sert a Te'coulement des eaux ; comme lis trouverent ensuite plus d'avantage a se servir du calcaire marbre de Saint - Martin-de-Sallen , ils abandonnerent Sexploitation duPlessis. On ne sait positivement combien d'annees s'e'taient e'eou- lees depui3 que cet abandon avait eu lieu , lors- queplusieurs cultivateurs des environs se re'unirent il y a environ ao ans ? pour faire rouvrir les an- avant qu'elle fftt reparee , que depuis long temps elle portait le nom fie rue Pougeai , mot par lequel on designe en Normandie plusicurs maticres collantes , telles que le brai , le goudron , etc. 54o TOPOGIUPIIIE OEOONOSTIQUE cicnnes carrieres. lis en tirerent a peu pres une vinglaine de charrete'es de craie dont une partie fut convertie en ehaux , et 1'autre employ e'e im- mddiatement a marner les terres ; mais comme le banc calcaire e'tait peu e'pais et constainment re- convert par la glaise noire dont nous avons parte', le produit ne re'pondit pas aux frais d'exploita- tion , et les actionnaires furent bientot de'goute's de leur entreprise. Depuisce temps personne n'a ebercbe' a utiliser le calcaire du Plessis. On a fabrkfue' anciennement de la tuile avec Targile noire qui surmonte la craie , ainsi que le prouvent les mines d'un four et les nombreux debris de tuileaux trouves pres de la sur la bruye- re(i); nouspensonsqu'une fabrique de ce genre devrait prospe'rer au Plessis , d'autant mieux qu'il n'en existe aucune dans le pays 7 et que la glaise noire est d'une homoge'ne'ite' telle qu'eile pourrait etre mise en oeuvre sans beaucoup de pre'- paration. Conclusion. L'apercu rapide que nous venons de presenter nous a montre plusieurs faits inte'- («) II paiaitrait que des le temps des Romains on aurait employe cette argile au meme usage , car on a cru la reconnaitre dans des luiles et des briqaes romaines decouvertes a Fieiville pres de Vieux, et dont I'interieur avait conserve une couleur noire (res-intense. DU DEP T . DUGALVADOS. 34 1 ressants sur lesquels nous appellerons ^attention en terminant ce chapitre. D'abord nous avons vu que l'argile du Plessis diflere sensiblementde L'argile plaslique ordinaire, et que la craie de cette local ite se distingue aussi des autres craies par sa texture et l'absence totale desilex.En second lieu , quoique le nombre des especes de coquilles que nous avons trouve'es soit tres-peu conside'rable et en quelque sorte en rap- port avec le pen d'epaisseur et d'e'tendae du banc qui les renferme , nous en remarquons quelques unes qui pourraient bien ne pas exister ailleurs : ces difTe'rentes parti cularite's sur lesqnelles nous n'insistpns pas a cause du peu de donnees posi- tives que nous posse'dons encore sur les couches qui les pre'sentent , nous paraissent provenir des circonstances locales qui ont agi sur la formation de ces couches. II n'est pas e'tonnant en efiet qu'un de'pot isole' et d'une si petite e'tendue difTere de ceux qui se sont faits dans de grandes mers. Et d'ailleurs il parait que la craie qui est place'e sur les bords des terrains anciens offre to u jours des caracteres particuliers ; le Gotentin nous en fournit un exeniple remarquabie. Aussitot que la belle saison sera venue , nous ferons faire un nouveau puits , afin de completer les notions qui nous manquent sur le depot du fetyfc TOP. (;£0G. DU D^Pt. DU CALVADOS. Ples.sis , de voir s'il n'aurait pas dans le fond da vallon une e'paisseur plus considerable qu'aupres du relevement des couches oil nous avons creuse', et d'examiner s'il n'existerait point dans cette valle'e, des terrains plus re'cents que ceux que nous avons deja trouves. Nola. Notre intention etait de donner a la fin de ce memoire ua rxpose rapide de la theorie des puits artesiens , et d'examiner si l'on peut en etablir dans nos terrains; mais avant de trailer cette question avec Tetendue qu'elle merite , nous avons voulu reunir de nouveaux documens , atteadre le resultatde quelques expc- ri inces qui doivent etre faites sous nos yeux et comparer exacte- m< nt quelques niveauxsur lesquels nous n'avons que des donnees approximatives. Des ce moment nous sommes portea croireque Ton pourrait ouvrir de pareils puits avec quelqu'espoir de succes dans certaines localites de la region crayeuse et peut-etre de la formation oolitique ( calcaire de Caen et forest-marble ). Nous esperons pouvoir communiquer bientot a la Socicte Lin- neenne j le rcsultat de ucs recliei t lies a ce sujet. k- \VMV« WW^X *V> W^ M\ .*>*».%> AWMWttmi EXPLICATION DES PLANLHEb- CARTE GEOLOGIQUE. M. Dnooesnai de TOrme, i Muir o"artiBerie et eleve de ft cole Potoecbniqne , draft anaonee no travail snr !es niTearrr compares de? d^Te'rente* parties da de- '''■'- "- : :~ ::;- ? --? ;-"• : ie r -r f :: ; :" •. :-; :■■: -.qner d"apres hri ; snr m carte, les bauleci* des points les phis important* sons le rap po rt seologppe; malhenreoseroent one tongue indisposition a mipti a e re jenne savant de reafiser ses projets pendant le dunki sejnesfre qn*3 a passe dans le departement . et fai etc pnre' des doenments qall m'arait promts; jespere l Nous avons trouve' a Angoville, dans le chemin qui se dirige vers Bon-oeil , et en contact avec les roches in- terme'diaires , un calcaire sublamellaire fort dur , qui a quelques rapports avec celui d'Osmanville ; raais dans l'examen rapide que nous en avons fait , aucuns caracteres zoologiques ne nous ont para venir a l'appui de cette analogie apparente. C'est vraisemblablement encore une des modifications du Lias. Terrain houiller. Quelques points de la eouleur consacre'e a ce terrain ont e'te place's dans le petit bassin de Blagny, sur celle du red-marle , pour indiquer que cc dernier parait un peu plus ancien dans cette localile' que dans les autres, et qu on y trouve quelques schistes argileux qui pourraient de'pendrc du terrain houiller. Calcaire d Orthoceratites de Feuguerolles. Nous n'avons point consacre' de eouleur a ce calcaire ni aux schistes qui l'accompagnent, a cause du peu d'e'tendue qu'ils occupent; d'ailleurs il est possible qu'ils alterneut avec les gres inteimediaires , et dans ce cas , ils seraient d'unc t'poque peu diflerente de celle du ealcaire marbre. iNe'anmoins 1' absence totale de corps organise's (ossiles dans ce dernier nous empeche dele rapprochei , quant a present , de celui de Feuguerollcs. »i 25 35a TOBOGRAPHIE GEOGNOSTIQUE Gres quart zeu.u Inter midiaire. Nous avons cru devoir consacrer des couleurs diffe'ren- tes aux gresqu.artzeuxinterme'diaires a grain fin, quelque- fois coquillers , et aux conglome'rals , dccrits dans le cha- pitre XXIII : a la ve'rite ces roches appartiennent a la meme formation ; mais les premieres sont en general su- perpose'es aux secondes. Nous avons aussi trou ve' un moyen pour distinguer des autres les gres schisteux rouges , ordinairement tres-argi- leux , qui occupent i'e'tage inle'rieur de la formation ( La Ferriere-du-Val , Montamy , Bremoy , etc. ) ; rien de plus nature! en effet que d'exprimer leur tendance a passer aux schistes-phyllades, par un le'ger melange de la couleur de ceux-ci , avec la teinte adoptee pour le gres rouge. D'apres le memesysteme , nous avons indique' l'oscilla- tion des phyllades vers les conglome'rats du gres rouge , en appliquant sur la couleur de ceux-la quelques points de la nuance consacre'e au terrain dont ils tendent a se rapprocher ( voyez, ce qui a e'te' dit p. 3i2 ). C'est ainsi que par des eombinaisons tres -simples de couleurs, base'es sur les affinite's ge'ologiques, nous avons ,pu diffe'rencier de simples varie'te's de roches, et exprimer les passages d'un terrain a un autre. Nous aurions pousse' ce systeme plus loin , et nous I'aurions applique a beaucoup d'autres formations , si noire carte eut e'te a plus grand point. En jetant un coup-d'oeil sur cette carte , on pourra faci- lement reconnaitre la direction des chaines de gres place'es au-dessous de l'oolithe , et dont quelques parties seule- ment paraissent a la surface du sol. Ainsi les gres qui se DU DEPt. DU CALVADOS. 553 trouventaMouen , Tourvillc, Baron , cte. , sur le Lord tie I'Odon , dependent de la meme chaine que ceux dc Feu- guerolles et de Mai surles bordsdel'Orne;ceux de Saint - Germain - le - Vasson , UrvilJe , etc. , sur le bord de la Laise; dc Saint-Quentin et de Rouvres, sur les bords dti Laison , et ceux d'Olandon et dePerieres 1'ont partie d'nne autre chaine dont la direction est bien prononcee. Enfin les gres de Noron , Saint - Andre , La Ho- guette , Cordey , etc. , correspondent aux chaines qui traversent 1'arrondisseineut dc Vire. II est a remarquer quequelqucsconglome'rals compose's de noyaux de quartz renferme's dans une piite phylladtquc ( environs d'Aulnai , Livrj , etc. ), out cte ranges dans les plryllades , bien qu'ils paraissent contemporains des con- glome'rats porph>ritiqucs , et qu'ils n'en difterent que par l'absence de la couleur rouge. Calcaire marhre. Le calcaire marbre ne forme le plus souvent que des couches peu e'paisseset accollees ou subordonne'es au gres interme'diaire , comme le montre la carte; lepeu detendue qu'il ocrupe et le terrain meuble qui le recouvre , aussi Lien que sa disparition fre'quente au milieu des gres et des schistes, nous ont probablement empeche' de le voir dans plusieurs localite's ou on le trouvera par la suite. On a e'te' oblige' de lui donner dans quelqueslieux ( Combray , Caumont ,etc. ) un peu plus d'e'tendue qu'il n'en occupe ic'ellement. Pliyllades et Grauwackes. Nous nous contenterons de faire remarquer en passant que dans les pin Hades et les terrains anciens , la rumifi- 354 TOPOGRAPHTE GEOGNOSTIOUE calion drs vallecs offre quelque chose de divergent et dc eontourne' qu'on ne trouve pas dans les terrains calcaires de la premiere et de la deuxieme region ou les valle'es sont ge'neralement plus droites et moins ramifie'es. Ceci doit tenir a plusienrs causes que nous exposerons dans un autre me'moire ; mais particulierement a la divcrsite des obstacles que les eaux ont e'prouve's pour se frajerun pas- sage. Nous ferons remarquer aussi combien la de'nudation des roches andiennes est fire'quente dans les valle'es qui parcourent le Lias et l'oolithe inferieure, entre Tilly-sur- Seule et Falaise ; ces re'gions littorales sont en quelque sorte des contre'es mixtes mi-parties de calcaires et de roches schisteuses ou quartzeuses. Roches madi feres, Nousne pre'tendons point etre arrive's a une delimita- tion exacte des roches macliferes du cote des phyllades. En effet, ceux-ci paraissent assez souvent osciller vers les micasehistes et la roche maclifere que nous avons de'erile sous le n°. 2 , dans le chapitre 26 , devient quelquefois extremement compacte et difficile a distinguer de certai- nes grauwackes qui passent au trap. II est done possible que les roches macliferes s'e'tendent au-dela des limites que nous leur avons trace'es d'un cote'. Nous les avons meme vues paraftre tres-distinctement au milieu des schis- tes , dans quelques localite's , notamment aupres du cha- teau de Vassy, ou elles forment deux mamelons fort ap- parents. DU D±P J . DU CALVADOS. 355 PLANCHE I". Fig. i. Coupe ideale du pays compris entre les Vosges et les terrains anciens de la JSormandie. On voit par cette coupe du grand bassin ge'ologique qui occupe une partie de la France , comment les roclies viennent successivement forme* a la surface dusol, deszonesquis'e'cartentd'autant plus du point central, qu'elles sont plus anciennes. Elle montre que le de'partement du Calvados , place a l'extre'- mite' occidentale d'une ancienne mer , et en partie sur le rivage qui labornait, renferme desroches anciennes et des roches secondares , et qu'il y a beaucoup d'analogie entre sa constitution ge'ognostique et celle d'une partie de la Loraiue , place'e a l'extre'mite oppose'e de la aieme cavite'. II est inutile de faire observer que Ton a exprime' la position relative des formations , sans pre'tendre indiquer l'etendue re'elle qu'elles occupent a la surface du sol. Cette coupe est purement ide'ale. Fig 2. Coupe de la vallee I on g it ud in ale de la Guyne. Elle nous montre un excmple de ce qu'on appelle denu- dation. En effet , le calcaire secondaire qui recouvre les plateaux des deux cote's de la valle'e , indique que les ro- ches anciennes e'taient primitivcment recouvertes par des couches calcaires continues qui ont e'te' enleve'es lorsque les eaux ont creuse' le vallon que l'on voit aujourd'hui. Cette coupe nous montre encore le gres interme'diaire su- perpose' aumarbre , etcelui-cireposant sur les grauwackes ct les phyllades. 356 TOPO<*RAPIUE GEOGNOSTIQUE Fig. 3. Coupe tie la Cliaine dt gres situee en (re Cor~ dey el FalaU'e. Nous avons trace ce profit pour montrer la disposition d'une bande calcairn fort e'troit© qui se pro- longe asscz loin sur la pente occidentale de la bruyere de Cordey ( v. les pages 233 et 234 ). L'enchevetrement de 1'oolithe dans los blocs degres se remarque sur le cole op- pose de la menie cliaine. Fig. 4- Kile nous raontrc une sorte de clivage ou di- vision des couches en leuillets dont la direction n'est pas parallele aux lignes de stratification. Cette disposi- tion , assez commune dans les couches du forest - mar- ble , se trouve e'galement dans le gres bigarre' , dans les inarnestertiaires duCotentin , dans les sables de Bayeux, et dans plusieurs autres terrains. M. Elie de Beaumont la regarde comme une consequence du mode , suivant le- quel les caux stratifient les depots ar^'nace's. Fig 5. Coupe ideate du depot de craie et d'argile plus- tujue du P lessis-Grimoult . Cette coupe ide'ale est prise surla Bruyere, dans un endroit oule depot paraitrait en- caisse' dans le gres ; elle montre les superpositions que nous avons fait connaitre danslechapitre XXVIII (l) , a (i) Cette planche a ete faite avantque nous ayons connu le re- sultat de nos dernieres fouilles , et e'est a tort qu'elle indique au- dessous de la craie une conclie de glaise noire ; les ouvriers qui avaient travaille aux carrieres il y a ?.o ans , nous avaient bien as- sure que cette couche existait ; mais nous sommes porte a croiie qu'ils ont voulu parler de la craie sableuse verdatre ou bleualrc, qui parait occuper la partie inferieuredu dep6t. Le nouveau puils que notts ferons creuser levera toutc espece d'incertitude a cet egard. DU DEP T . DU CALVADOS. 3^7 cote de ce profit nous avons figure quelques-unes des con- cretions calcareo-argileuses renferme'es dans la glaise noire, qui surmonte la craic ; les n°\ l et 3 portent l'espece d'entaille dont nous avons parle'. PLANCHE II. Rien de plus pittoresque que lesbords del'Orne, entre Harcourt et Cle'cy ; la stratification des terrains anciens s'y dessine de la maniere la plus tranche'e , ainsi que le montre notre planchc deuxieme. Nous pensons que cette contree me'rite d'etre souvcnt visite'e paries peintrespaysa- gistes et les ge'ologues qui veulent e'tudier les accidents varies que produisent les roches a couches incline'es. PLANCHE III. Fig. i. Coupe Ideate des terrains situes entre Saint- ho et Bayeux ; entre Bayeux et Caen, entre Caen et Falaise ; entre Falaise et Saint- J ulien-le-Faucon; entre Saint-J alien et Orbec. Cette grande coupe , qui pre'sente une succession de terrains tres-varie's , sur une e'tendue de 38 lieues , montre un grand nombre de superpositions inte'ressantes. Nous lui avons fait suivre , autant que pos- sible , la meme direction que les grandes routes , afin de familiariser les voyageurs avec Tobservation desfaits ge'o- logiques. Fig. 2. Vue de la falaise d' Auberville . Elle pourra etre comparee avec la coupe que nous avons place'e page 186 ; elle montre 1°. que la craie chloritee ( green-sand) 558 T0P0GRAPII1E GEOGNOSTIQL'E. qui tonne lapartie superieure de la falaise, est se'pare'e de l'ooiithe du coral-rag, parune argile bleue qui paraft etre cellc de Honfleur; 2". Que l'ooiithe du coral-rag devicut marneuse et finit par se fondre dans la marne en appro- chant de Dives ; 3°. Que l'argile d'Oxford se'pare le cal- careous-grit de l'ooiithe blanche du coral-rag, tandis que ces deux systemes sont en contact dans d'autres localitcs ou ils se sont de'veloppe's aux depends de l'argile. Fig. 3. Ellemontreque le banc ferrugineux del'oolithe inferieure est separe' du banc de roc, par plusieurs cou- ches appartenaut a la partie superieure du Lias. Une ligne trace'e au milieu de ces dernicres indique le niveau de celles qui contiennent des poissons fossiles. Fig. 4- Coupe figurative de I'empietement de lagrande cotit/ie sur l'ooiithe inferieure et de celle-ci sur le Lias , etc. , entre les environs de Bayeua et ceux de Falaise. Pour bien concevoir cette figure, il taut se reporter a ce (jui a ete dit ( pages 232 et 233 ) de I'empietement des bancs les uns sur les autres. D'apres les ide'es exprime'es dans ce paragraphe , il n'y aurait pas loujours eu conteni- porane'ite' dans les de'pots de nature identique , et il serait possible que la grande oolithe eutde'ja commence' a se for- mer dans 1'arrondissement de Falaise , lorsque le Lias et l'ooiithe inferieure se de'posaient encore dans celui de Bayeux. Si dans des localite's aussi rapproche'es , il est difficile d'accorder les horizons chronologu/ues avec les horizons ge'ologiques , quelle incertitude ne doit-on pas e'prouver , lorsqu'il s'agit de ge'nc'raliser , et de comparer des forma- tions c'loigne'es les unes des autres!' DU DEPt. DV CALVADOS. «>C>9 En voyant les roches se deVelopper ine'galcmcnt , en conside'rant que l'accroissement d'un systeme enlraine quelquefois la suppression d'un autre de'pot , il nous semble qu'on peut regarder comme problematique t I'existence an fond des bassins, des roches qui en occupcntles bords. Conside're'es en grand, ellessembleraientsouvent accollees les unes aux autres, plutot que superpose'es. PLANCHE IV. Fig. i. Vae des Falaises comprises entre Port-en- Bessin el Piervilte. M. Le'chaude' d'Anisy , membre de plusieurs socie'te'ssavanles , a eu la bonte' de lithographicr cette vue d'apres le croquis de M. Le Nourriehel. Le forest-marble couronne la falaise et repose sur l'ar- gilede Port-en-Bessin. Lapartieinfe'rieure de cette argile passe au calcaire marneux bleuatre (1) , et forme un banc (jue Ton distingue facilement au-dessus de l'oolithe infe- ricure. On remarque entre Port et Sainte-Honorine , au lieu nomme' les Hachetles , des corps avances qui flanquent le pied de la falaise et ressemblent , en quelque sorte , aux grosses tours applique'es contre les murs des forteresses.Les (i) Cette couleur s'altere facilerasnt au contact dc l'air ct la roche devient jaune sur le bord des fissures qui la traversent. Les blocs exposes a l'air perdent aussi leur couleur bleuc. On a observe le meine phenomene dansle Liai et en general dans tous les calcaire* marneux bleuatres. 0(l0 TOPOGRAPHIC GEOGNOSTTQUE vagues qui chaquejour tendent a do'truire ces masses, ont dt'ja enleve des portions considerables de leurs bases , de sorte qu'elles paraisscnt aujourd'hui porte'es sur des ponts grossierement faconne's. Quoique les corps avance's dont nous parlons soient e'videmment en place, lenrs couches sont plus eleve'es que celles de la falaise , et ne correspon- dent pas avec elles , ce qui prouve que ces dernieres ont subi un affaissement. Les brisures de ce genre ne sont pasrares, etl'on en voit plusieursautresentre Aromanehes et Grand-camp. Enapprochantdc Sainte-Honorine, lebanc ferrugineux coquiller de l'oolithe infe'rieure parait au - dessous du calcaire blanc de l'oolithe infe'rieure , il est supporte' par des couches de calcaire bleu avec silex , que nous rap- portons a la partie supe'rieure du Lias ( voyez p. 24^ ). Gette curieuse localite' qui montre la reunion et la super- position de quatre terrains fort importants , est une des plus remarcjuables du de'parteinent ; elle pcut etre consi- de're'e comrue classiquc , et nous engageons les naturalistes a la visiter. La partie blanche de l'oolithe infe'rieure con- tientd'ailleurs des fossiles fort curieux dans les falaises de Sainte-Honorine ( v. pages 23o et a3i ). A partir de Saint-Laurent, le forest - marble empiele sur les couches infe'rieures et forme la plus grande partie des eminences qui bordentla cote. Fig. 2. Vac des Falaises depuis Port-en-Bessinjus- (ju'd Aromanches. Ces falaises font suite aux pre'eedentes du cote du levant et soul forme'es des memos terrains. Les falaises de l'arrondissement de Bayeux ne parais- sent pas atteindre au-dela de 200 ou 25o pieds d'elc'va- DU DEP T . DU CALVADOS 3G I tion , et n'en out souvent que i5o ; elles sont par conse- quent moins e'leve'es que celles de Dives, de Trouville , de Hcnnequeville , etc. , etc. , qui ont plus de 3oo pieds ; mais elles sont en general plus rapides et quelquelois pcr- pendiculaires , aussi pre'sentent - elles des coupes plus netles. PLANCHE V. Coupe generate des falaises et des eminences qui harden t Us coles depuis Honfleur ( Calvados ) jusqu'd Burfleur ( Manche ) (l). Nous n'entrerons point dans L'exanieo detaille de tous les fails que present e ce profil , parcequ'ils ont c'te e'nonce's dansle cours du Me'n:oire , et qu'un coup d'ceil jete sur la planclie en apprendra plus que de longs eormnentaires. Nous feronsseulement observer que cette coupe confirme parfaitement ce quiae'te' dit ( pages 112 et n3)de l'incli- naison ge'ne'rale des couches vers Test ; on remarquera que cctte inclinaison est si le'gere qu'elle n'est perceptible que dans de grands espaces ( v. p. 81 ); quelquefois merae les strates affectent pendant fort long -temps la disposition horizontale. Au lieud'arreter cette coupe a l'embouchure de la Vire , oil se terrainele Calvados, nous l'avons prolonge'e jusqu'a l'extre'mite orientale de la presqu'ile du Cotentin , afin de (1) Une partie de cetle vue a*ait deja eti publiee par M. de La Beche. 56* TOPOGRAPHIE GEOGNOSTIQIJE completer le systeme des terrains seeondaires (a) , et d'arriver a l'ancien continent. Parmi les elevations qui bordent nos cotes , plusieurs ne sont perpendiculaires qu'a moitie' , d'autres pre'sentent seulernent des pentes rapides. M. Le'chaude', qui a eu la complaisance de lithographier cette planche avec son ta- lent ordinaire , a distingue' les pentes rapides des pentes abruptes, par la maniere dont il les a ombre'es ; les pre- mieres sont indique'es par un grene' , les autres par des hachures verticales. II a etc impossible d'exprimer sur une aussi petite e'chelle la disposition par e'tages que pre'sentent certaines falaises , telles que celles qui sont couronne'es de craie. Cette rpche forme presque toujours une seconde falaise en retrait , a une certaine distance du bord de la falaise principale. PLANCHE VI. Fig. i. Coupe transversale des terrains du depar le- nient du Calvados , depuis Gatkemo , au sui-ouest 3 jus- qua Quetteville au nor d~ est. Comme la direction des roches anciennes est ge'ne'ra- lement de l'ouest nord-ouest a Test sud-est, et celle des roches seeondaires du nord nord-ouest au sudsud-est, ou fa) On voit que les roches anciennes commencent a se trouver a Quineville , et que les arkoses sont gnperposees aux granites et aux grauwaekes, entry La Pernclle et Barfleur. DU DEP T . DII CALVADOS. 563 m£me du nortl au sucl, il nous tallait , pour couper tians- versalement ces roches , mener une ligne a peu pres du sud-ouest au nord-est. A ce moyen , nous avous pu pre- senter sur une raeme coupe la succession de tousles terrains qui se trouvent dans le de'partement. Ce profil , rapporte' a la carte ge'ologique , fera parfaitement concevoir pour- quoi l'aspect du pays et les caracteres de la ve'ge'lation paraissent toujoursplus varie's lorsqu'on coupe les couches a angle droit ? que lorsqu'on voyage parallelement a leur direction , et afin de prendre un exemple tire' de nos en- virons , pourquoi celni qui irait de Courseulles a Falaise ( v. la carte ) trouverait cOntinuellementunpays de plaine, tandis que celui qui parcourerait la route de Dozule a a Aulnay, ou de Lisieux a Saint- L6, corame nous l'avons suppose' (page 70 ) , pourrait observer des sites varie's , plusieurs nuances tres-prononce'es dans la ve'ge'tation , et plusieurs re'gions agronomiques assez distinctes. Quoiqu'il en soit , la grande coupe que nous donnons ici montre la position des pegmatites sur les bords de la zone granitique , l'empietenient du gres rouge intermc'- diaire sur les schistes , a Saint-Vigor ( voy. la note, page 290 ) le marbre plongeant au Moulin-au-Bceuf , sous les schistes qui oscillcnt vers le gres rouge (v. page 3o6 ) , la position du marbre a Saint-Martin-de-Sallen , celle des gres et des apgiles plastiques dnns la foret de Cinglais enfin une suite de superpositions qui s'accordent parfaitc- ment avec celles qui ont e'te pre'sente'es dans les autres coupes et "dans le profil des falaises. Fig. 2. Coupe ideale des terrains situes entre Batleroy et lamer.FAlc confirme ce que nousavons dit (page 11 3) de rinfluence des sinuosite's littorales sur la direction e^ 5()4 TOPOGRAPIIIF. GEOGNOSTIQUE l'inclinaison des terrains secondares. En effet , lps cou- ches plongent assez visiblement au nord , entre Balleroy et la mer , parce qu'une espece de Golfe qui se dessine de ce cote dans le bassin , fait changer leur direction ; tandis que le plus ordinairement elles sont inclinees a Test ou au nord-est. Nous avons aussi essaye de donner une idee des relevements de porphyre qui interrompent les couches de honille a Litry. Fig. 3. Coupe ideate des terrains situes enlre Moon et Maisy. Elle a ete' prise a l'extre'mite occidentale du de- partemeut , et parallelement a la pre'ce'dente.Elle montre le conglome'rat maane'sien en couches discontinues au nn- lieu du red-marle , et plusieurs depots de Lias , dont on a fait mention page 'i5t ; ces terrains plongent au nord dans cette contre'e , commc entre Balleroy et la mer. Fig. 4- Vue du remplissage des vallees anciennes par les sediments secondares. Elle montre qu'avaut le depot des terrains sccondaires , l'ancien continent e'tait sillonne de vallons qui ont ete' eombles par le Lias , l'oolilhe , ou par d'aulres roches. Ce remplissage , visible sur les bords de l'Orne , est encore plus apparent sur ceux de la Laisc et dans plusieurs localite's de l'arrondissement de Falaise. PLANCHE VII. Nous avons voulu sur cette planche e'viter l'arridite' des coupes ordinaires , et montrer qu'un paysage un peu e'tendu pre'sente presque toujours l'association de plusieurs ter- rains. La premiere vue prise des hauteurs de Saint-CIair- la-Pommeraye , Tun des points les plus e'lcve's du de'par- tement } offre sur les premiers plans une ceinture forme'e Dt 1 DEP*. DC CALVADOS. 505 par les roches schisteuses ( 3 e . region natnrcllc ). On voit ensuite tine vaste plaine ou domine la formation oolilhique ( 2 e . region ") , et dans le lointain , les collines connues sousle nom de buttes du