STANCE PUBLIQUE DE L'ACAD^MIE DE DIJON. j^.5& /.2^ A ACAD^MIE DES SCIENCES, ARTS ET BELLES-LETTRES DE DIJON. SEANCE PUBLIQUE TENUE LE JEUDI 22 AVRIL 1B19. A^-Wi-bN, CHEZ FRANTIN IMPRIMEUR DU ROI ET DE L'ACADEMIE. W. DCCC. XIX. ahs ACADEMIE DES SCIENCES, ARTS ET BELLES-LETTRES DE DIJON. STANCE PUBLIQUE TENUE LE JEUDI 2 2 AVK.il 1819. IVX, Antoine, Docteur en Medecine, pre- sident, ouvre la Seance, et dit : Messieurs , Au retour de chacune des epoques consa- crees a la tenue de ses seances publiques , r Academic de Dijon eprouve une satisfac- tion nouvelle et bien douce d' avoir a rendre compte de ses travaux annuels devant une assemblee nombreuse et brillante , qui , en I'honorant de sa bienveillance, lui temoigne un interet quelle a toujours ambitionne, et 4ont elle doit se glorifier d'etre I'objet. n Les sciences etlesarts, n^s du besom qui se fait constamment sentir chez tous les peuples civilises, ne seroient que des inven- tions oiseuses, s'ils n'etoient diriges vers un but d'utilite generale , et c'est pour I'at- teindre que les societes savantes mettent tous leurs soins a leur imprimer cette utile di- rection. L'Academie de Dijon a quelque droit de revendiquer sa part dans les progr^s qu'ils ont i'aits , surtout depuis pr^s d'un demi- siecle , puisqu'elle a et^ le berceau d'une de ces sciences positives qui n'etoit alors , pour ainsi dire , qu'ebaucliee , mais qui au- jourd'hui, brillante de I'eclat qu'elle doit k line salutaire reforme, marche a grands pas vers le terme de sa perfection possible. Sans doute les membres actuels de I'Academie ne sauroient se prevaloir des menies succ^s que ceux qu'ont obtenus leurs devanciers ; mais lis esperent , en suivant leurs traces , pou- voir encore se rendre utiles a leurs conci- toyens par la culture assidue des sciences , des arts et des lettres , dont ils s'attacheront h. inspirer le gout de tout Teffbrt de leur zele. Si I'Academie a paru jusqu'ici s'occuper plus specialement des sciences et des lettres, elle n'a pas, pour cela, neglige de donner (3) ses solns aux arts utiles , et prlnclpalement k Tagriculture, le premier et le plus impor* tant de tous. Elle peut en effet fournir la preuve que, dans plusieurs circonstances , elle a donne des conseils , publie des ins^ tructions , soit sur des objets d'economie ru^ rale , soit relativement a des epizootics de-^ sastreiises qui detruisoient des troupeaux; entiers , et , par cette espece de calamite , privoient le cultivateur de ces animaux pre- cieux , qui , devenus ses compagnons neces- saires, partageoient avec lui ses travaux agri- coles. Et tout recerament encore , n'a-t-elle pas eyeille I'attention de I'autorite adniinis'- trative sur une pratique dangereuse , sulvie par un grand nombre d'agriculteurs, et ob^ tenu d'y substituer I'emploi d'autres inoyens non moins sihrs, qui n'entrainent aucun in? convenient, pour operer la destruction d'une multitude de ces animaux rongeurs , appeles campagnols , dont la longue seclieresse de I'annee derniere avoit favorise I'excessiye multiplication , et qui ravageoient le terri- toire de cette belle plaine qui forme , dans notre departement , le bassin de la Saone ? Penetree de cette verite , que ragricultura est le principal mobile de I'industrie , dont eJle developpe i'activite , et qu'elle ^limentg (4 ) le commerce qiu , a son tour , porta partout rabonclance et vivifie tons les canaux de la prosperity publique , elle voit decouler de cette triple source tons les avantages qui peuyent assurer le bien-etre et procurer des jouissances a riiorame vivant en societe. C'est en encourageant les liommes labo- rieux , voues par etat k I'art de cultiver la terre ; c'est en leur f aisant connoitre les bon- nes metliodes de culture,que les compagnies savantes peuvent le plus dignement seconder les intentions d'un Gouvernement sage et eclaii^e qui paroit aujourd'hui porter un re- gard attentif sur cet art bienfaisant , dont il veut sans doute hater la perfection. L'Aca- deraie regardera tou jours comme un devoir de faire pour I'agriculture ce que deja elle a fait pour I'industrie , et ce ne sera peut- etre pas sans succes ; car , yous le savez , Messieurs, nous en serious encore h. attendre la creation de cette ing^nieuse machine k fabriquer le papier , au moyen de laquelle on peut se passer de presque tous les ouvriers papetiers , sans les encouragemens que notre Societe a donneskl'inventeur, M. Ferdinand Leisteinschn eider , de Poncey, commune du canton de Saint-Seine. La mdme chose peut arriver k I'egard d'autres arts industriels, et (5) l*Academie , autant qixe ses f acultes pourront le permettre , sera tou jours disposee k don- ner les meraes encouragemens. Mais suf"fit-il , pour assurer la feliclte de rhomine social , des nombreux avantages que lui procurent les sciences et les arts, et ces avantages sont-ils capables de moderer ses desirs , de mettre un frein a son ambi- tion ? L'experience n'a que trop prouve le contraire. II est done une autre science plus necessaire a sa nature , plus propre a repri- mer la fougue de ses passions, la science de ce qui est bon , de ce qui est juste , en un mot, la morale , cette garantie puissante de I'ordre et de la tranquillite , dont ne peuvent se passer les nations policees , et qui , lors- qu'elle n'est pas raeconnue , supplee toujours efficacement a I'insuflisance des lois. On congoit parfaitement qu'il ne pent ^tre ici question de la morale des anciens philoso- phes, qui laisse tant a desirer, et qu'on s'ef- forceroit en vain de reraettre en vigueur ; mais bien de cette morale evangellque, fille de la Religion , comme la Religion est la fille du Ciel d'ou elle est descendue sur la terre pour le bonheur des hommes , dont elle est la plus douce consolation dans I'ad- versite. C'est cette itiorale pure et toute divine ^ }5resque foulee aux pieds de nos jours, que I'Academie s'empressera de favoriser et dd tepandre par la voie des belles-lettres. Ella lie cessera de I'opposer k ces maximes per- verses qui corrompent les societes j et qui cent fois pulverisees, ne se reproduisentpas moina aVec la m^me impudeur. Comment en ef'f'et he pas gemir sur ces deplorables theories de quelquesecrivainsqui, dans des ouvrages tout tecens, estimabies Gependa.nt sous d'autres rapports , ont glisse ^ non pas peUt-^tre sans dessein , des assertions liardies ^ dans les- qtielles on peut demeler ^ a travers le vagud des pensees , I'intention bien fonnelle d'en^ lever a i'homme ce principe immateriel qui lui est etroitement uni j et qui seul constitus son intelligence j car ils osent attribuer a la inati^re la f aculte de faire penser la matiere^ tout en convenant qu'il est dans I'liomme des plienomenes inexplicables par les lii- niieres de laraison. Insenses! qui ne veulent pas reconnoitre que le supreme Auteur et moderateur de ce vaste univers oppose a la curiosite inquiete de I'esprit humain, de$ fearrieres qu'il n'est pas dans son pouvoir de teiiVerSeri (7) ^ L'Academle ayant decide que le DiscQiirs qui a reinporte le prix seroit lu en entier k cette seance, le temps ne pourra permettre la lecture des differens morceaux qui etoient destines a la remplir. En consequence , le Se- cretaire fera un expose sommaire du compte rendu , et la seance sera terminee par I'an- nonce dessujets de Prix pour 1^20 et 1821. Wi^fc' imnj i^i COMPTE RENDU D E s travaiix de I'Academie des sciences y arts et belles-lettres de Dijon, M ESSIEURS. L'usage que les Academies ont adopte de rendre, tous les ans, un compte public de leurs travaux , est un motif qui entretient leur activite , et qui stimule leur ardeur pour atteindre le but d'utilite vers lequel elles di- rigent leurs efforts. L'Academie de Dijon a cette annee la sa- tisfaction d'en fournir la preuve, en detail- lant les occupations auxquelles elle s'est li- vree j ces occupations ont reiju un accrois- sement par des circonstances qu'il est impor- tant de signaler. Rempli de zele pour tout ce qui peut ameliorer le sort d'un departeraent, dont la ricliesse est loin de justifier le nom brillant qu'il a reQu en 1790 , le Conseil general de- siroit, depuis quelques annees, voir les bon- (9) Jies metliodes de culture se repandre dans cette partie de I'ancienne Bourgogne, a I'ad- ministration de laquelle il coop^re : il a juge que le moyen le plus sur d'atteindre ce but etoit d'en confier le soin a. TAcademie, et il en a consign e le voeu , d'une maniere f'or- melle , dans le proces-verbal de sa derniere session. Empressee de repondre a la confiance et aux vues patriotiques du Conseil general , I'Academie s'est occupee de former dans son sein {6 jajivier i8ici) une Commission per- manente d'agriculture , composee de MM. Grasset , Deze, Bonnet-Coqueau, Masson et Vallot. Cette Commission s'eclairant des lumieres des diverses Societes d'agriculture, et des autres correspondances que pourra encore ouvrir I'Academie , repetera les essais et les experiences , y joindra les siens pro- pres , fera sur les procedes d'une utilite cons- tatee, ses rapports a I'Academie, qui redigera des instructions claires, precises, debarras- sees des details scientifiques , et a la portee des plus simples cultivateurs auxquels elles serontspecialcment destineesj bien convain- cue que , quoique necessaires pour eclairer la pratique , les dissertations tlieoriques eloignent I'attcntioa des agriculteurs qui ne s'attachent qu'aux f'alts , et qui ne deraan- dent que des experiences dont les resultats Solent certains. L'Academle, qui a deja recti de sa Com- mission plusieurs rapports de cette nature , les a transmis a I'autorite administrative su- perieure, et celle-ci s'est iiatee de leur don- ner de la publicite. La Commission continue ses travaux, dans lesquels elle suivra , autant que possible , I'ordre des saisons, des cultures et des recol- tes , afin que les instructions soient rappro- cliees des epoques ou elles devront etre mises en pratique. Nous commencerons par ces details I'exa- men du travail auquel I'Academie s'est livree depuis sa derniere seance publique. AGRICULTURE. On se rappelle I'annonce falte , I'annee derniere ( Seance publique , 1818, p. ^i), d'une experience sur I'lncislon annulaire de la vlgne (1). Elle a ete tentee sur une varlete de muscat , tellement sujette a la coulure , (1) Cette methode, pour empecher la coulure de la vigne , fut indiquee , il y a vingt ans , dans la Decade philosophique , an yii, o.'^ trimestrCf pag. 5o3. ( lO rjtie chaque annee on avolt le deplalsir d'etre priTe de fruits. II etoit difficile de rencoii- trer tin ecliantillon plus convenable pour s'assurer des avantages du nouveau precede. Au mois de juin dernier, cette treille en es- palier au levant, au Jardin botanlque, etoit chargee de fleurs , corame elle I'est tous les ans. A cette epoque, M. Vallot, Docteur- Medecin , fit pratiquer I'incision annulaire sur plusieurs sarraens ; et afin d'avoir dea points de comparaison , il fit laisser les autres intacts : les incisions n'ont ete pratiquees que sur les pousses de I'annee , et dans la partie du rejet qui se trouve immediatemeut au- dessous de la grappe. Le resultat de I'ope- ration a ete de provoquer la fecondation des ovaires dans les grappes situees sur les sar- mens incises » et de leur faire rapporter du fruit, tandis que les sarmens intacts ont coule comine les anriees precedentes, et n'ont rapporte que des grappes degarnies. L'effi- cacite du procede ne pent point etre revo- quee en doute pour le cas present : d'ail- leurs ce procede est analogue a celui des Vignerons de Frontignan , qui tordent la queue de leurs raisins ( Collect, acad. t. iv. p. 2i3 ) pour en accelei'er la maturation , et tt ['usage de nos jardiuiers qi;i , pour avoir ( lO des primeurs , pratiquent sur les arbres frm- *iers en fleurs , des ligatures au moyen de fil de fer. Ce fait est confbrme aiix pheno- menes de la physiologie vegetale , et M. Vallot iii^nore pour quelle raison M. Des- chartres ( Voy. Ephemerides de la Societe d' Agriculture du departem. de I'Indre pour 1817, xi.^ cahier , p. 101 ) n'a pas reussi. Ce proprietaire annonce que sur la moitie des ceps operes par lui , le raisin a coule en- tierement. L'experience faite a Dijon a eu le succes le plus complet. Le rapport en a ete fait a I'Academie ( Seance du i^ aoiit 2818) ; il est imprirae en entier dans les An" nales de I'Agriculture fran^aise , 2.^ serie , torn. 3 , pag. 353-358. L'incision annulaire n'epuise-t-elle pas le cep ? Cette metliode , employee ancienne- ment sur les arbres f'rui tiers, a ete abandon- nee, a raison de la mort des branches ope- rees. La taille de la vigne s'oppose a cet inconvenient ; mais n'y en a-t-il pas d'au- tres ? C'est a l'experience a prononcer. La beaute de la saison pendant laquelle la vigne etolt en fleur I'annee derniere , est sans doute le motif" pour lequel on n'a point employe dans les vignes la methode de l'incision annulaire j et d'apres des renseignemens ( ^3) qui nous sont parvenus , les proprletaires / de vignes pensent qu'a raison de la taille courte employee dans la Cote , cette pra- tique ne peut point etre usitee dans notre vignoble. Des observations faites par M. Be- non ne sont point f'avorables a I'introduction. de I'incision annulaire dans le Maconnois. ( Compte rendu de La SociStS des Sciences, Arts et Belles-lettres de Mdcon. ly ddcembre 2818. pag.^). Comme tous les etres organises , la vigne a une dur^e limitee 5 raais la ciilture est par- venue k la prolonger par le provignement, c'est-^-dire, le couchement des ceps. La Societe des Sciences , Arts et Belles- lettres de Macon , a envoye a I'Acaderaie , pour en avoir son avis, un raemoire sur une m^thode pour renouveler la vigne. {Seance du X decembre i8i8). L'auteur de ce memoire, M. Rubat, pro- prietaire a Vinzelles , arrondissement de Macon , a recouche, en avril i8i3 , six cou- pees de vignes usees par I'age. Elles prirent, par cette operation , I'aspect d'une plante de quatre ans, qui est a sa premiere taille : elles en offrirent la progression, soit pour la beaute du bois, soit pour les produits ; et a leur cin- quidme feuille , les vignerons les plus exer- ( 14) ces leiir donnerent hult ans. Par cette me- thode , le proprietalre a beneficle des trois ans de repos necessaires au sol , apres I'ar- racheinent J des trois ans d'enfance de la vi- gne, d'une annee pour les chances de la re- prise , et enfin du prix de fa^on de la jeune vigne pendant trois ans. M. RuBAT detaille le precede qu'il a sulvi; il dit que pour les terrains glaiseux ou ar- gileux , il laut I'employer au mols d'avril , mais qu'on doit en faire usage des le mois de decembre ou pendant I'liiver , pour les terrains siliceux ou sablonneux, II distingue deux especes de vigne , dont il developpe les caracteres : le plant ordi" naire ou garnet 3 dont les feuilles a cinq lo- bes sont foiblement colorees 5 et \e plant vi- vace ou plant Jin , a feuilles tribolees d'un vert fonce , et qui se distingue par I'excel- lence de ses produits. L'auteur indique en- suite la nature du terrain et I'exposition qui conviennent a cliaque espece ; il rappelle I'influence de ces deux conditions sur le pro- duit et la qualite , et rassure contre la crainte manif'estee par les vignerons , qui disent en proverbe : Le garnet tuera le plant Jin. M. RuEAT passe en revue les diverses ma» nleres de provigner usitees dans le Macon^ ( i5 ) nolsj II les regarde comme insuf'fisantes jmais il convient que le procede usite Jans laCote, et qui peut seul convenir dans les terrains sablonneux , ne pourroit pas etre remplace par le sien. La methode de M. Rubat n'est point nou- vellej elle est indiquee dans plusieurs traites sur la culture de la vigne : mais ce proprid- taire a le merite de I'avoir employee en grand avec intelligence et avec beaucoup d'avan- tage : on peut former des souhaits pour que son exemple soit suivi dans tons les pays ou le terrain et la maniere de cultiver la vigne perraettent de recourir a ce procede. M. DE SouHEY , Assocle non resident, a adresse ^ I'Academie ( c^ ddcembre i8i8) un memoire intitule : Essai sur les moyens de prevenir les maladies epizootiques. Apres des considerations generales sur les epizooties , leur contagion , leurs ravages , I'auteur fait sentir aux proprietaires, I'avan- tage de prevenir les epizooties. On y par- viendroit , dit-il , en tenant les etables pro- pres , et en deposant les furaiers dans un local approprie. En effet , dans nos cara- pagnes , les Stables sont basses et nullement aerees ; les animaux qui y sout entass^s , y (i6) eprouvent une temperature elevee qui les rend tres sensibles a rirapression de Pair ex- terieur, lorsqu'ils sortent : les emanations qui s'ecliappent de leur corps , alt^rent les fourrages, qu'une distribution mal entendue fait ordinairement placer sur les etables , dans des fenils qui n'en sent separes que par des claies. A ces causes eloignees des epizooties , M. de Souhey ajoute encore, la fatigue d'un travail excessif auquel on astreint quelque- fois les animaux ; I'usage oil Ton est de les faire paitre dans des lieux ou ils trouvent des plantes humides ou couvertes de rosee; et en- fin le parcours(i) qu'il regarde comme nuisi- ble et perfide.L'auteur admet deux sortesd'e- pizootiesj Vune spontane^e ^Va.utre^a.T conta- gion; c'estcontrecette derniereseulement que lesmesures de police sont dirigees. La premie- re est celle contre laquelle M. de Souhey de- sire que Ton emploie les moyens preserva- tifs qu'il indique d'apres sa propre expe- rience. II suppose que Ton a suivi d'abord ■ ■^— ''■ ■■ (i) Voy. les Rejlexions de M. G-AsquET , sur les droits de parcours , de vaine pdture et d'usage dans les bois. Annal. de I'Agriculture franc. 2/ seiie | torn. Vj pag. a5i— 259. (17) les conseils dont nous avons parle plus liaiit, et il ajoute que la chaux vive repaudue dans les etables et arrosee d'eau , puis fondue sur la litiere des animaux , a mesure que Von en forme les tas de fumier , presente le dou- ble avantage de prevenir le developpement des epizooties spontanees , et de fournir un. precieux engrais. M. de Souliey s'est assure que la cliaux vive melangee intiinement avec les fumiers, produit I'engrais le plus actif qui solt con- nu, puisqu'il repare I'epuisement desterres, et qu'il pent etre employe en moindre quan- titej M. de Souhey s'est assure par lui-merae qu'une partie de ce nouvel engrais fertilise plus que cinq de faraier ordinaire. Get en- grais a en outre le precieux avantage de detruire les mauvaises herbes , ce qui evite les journees de sarclage et les frais de cri- blage 5 il detruit aussi les insectes , les li» maces qui causent un si grand dommage dans nos cultures. L'auteur , dans son Memoire , rappelle aux agriculteurs que la source de leurs ricliesses consiste a former beaucoup d'eleves pour multiplier les bestiaux 5 h eta- blir des prairies artificielles , qui sont un. tresor iiiepuisa])le, sur-toutsl; lorsqu'on eii donne le produit au betail , on a I'attention ( i8) d'y ajouter du sel. M. de Souliey termlne son travail en indiquant la maniere de confec- tionner le nouvel engrais. Lorsque dans la fosse a famler, le tas est eleve d'un demi- metre , on recouvre la surface avec trois ou quatre centimetres de chaux vive concassee : ainsi de suite alternativement (i) . Ce procede , indique dans le TraitS des Engrais par r. G. Maurice , Geneve , i8oS. in-?)° , pag. i4i. 162 , doit etre d'autant moins neglige , que la confection des engrais est un des moyens le plus avantageux dans I'agrlcul- ture; aussi de tout temps on s'en est occupe, et aujourd'hui on prepare , dans les environs de Lyon, nn nouveau compost qui , sans etre le mSme que celui employe par M. de Sou- liey , est confectionne d'apres des prlncipes analogues. {Annul, de I' A gricuU.fr an c. ^ , 2." sSrie, t.y,p. 274 )• On voit , d'apres cet extrait, que M. de Souhey, en indiquant des moyens pour prevenir les epizootics, ne s'est point ecarte des grandes regies d'agriculture. La temperature douce de I'automne , la secheresse et le peu de rigue ur de Thiver, (1) L'eau chargee de chaux magnesienne fournit un sediment qui, mele avec dufimiier, forme un excellent compost. Ann. de I'Jgr.franc., 2.^ aer., torn, v, p. aSo. ( 19 ) avoient singuU^reinent favorise la multipli- cation des rats ( campagnols ) dans le pays bas. Pour s'opposer h leurs ravages , les gens de la campagne ont eu recours a 1 'arsenic ; ce moyen pouvoit donner lieu a de grands abus et a des accidens terribles. L'Academie, irappee du danger d'une methode aussi dan- gereuse , chargea sa Commission d'agricul- ture de lui presenter un travail sur ce sujet important. En consequence M. Masson, rapporteur, a lu (2,7 Janvier i8ig) le Memoire dans le- quel la Commission insiste sur le danger de se servir de I'arsenicj cette substance ne de- truit que peu de rats , et empoisonne le gi- bier de toute espece , ainsi qu'on en a eu la preuve cette annee : d'un autre cote, I'ar- senic fait perir les vegetaux qu'il touclie , et sous ce point de vue, il est plus nuisible que les rats contre lesquels on I'eraploie. Ainsi , a raison du danger et de I'inutilite de cette substance delet^re , la Commission a propose h I'Academie de s'adresser k I'Autorite pour la prier de defendre que Ton recoure a ce moyen. Elle a indique plusieurs precedes plus efficaces , moins dangereux , et aussi economiques , pour obtenir Teffet que Ton desire 3 ce sont les pates avec la noix vomi- (20) que (i) , I'ellebore blanc , la pouclre de sta- physaigre , la laureole , etc. etc. Elle a fait sentirque tous les moyens,quels qu'ils soient, lie seront couronnes clu succ^s qu'autant que leur emploi sera simultane dans toute I'eten- due du canton qu'on veut delivrer j et que tous les pieges , tous les appats empoisonnds partiels neproduirontnuleffet. D'apres I'avis de sa Commission , FAcademie a adresse k M. le Prefet une copie du rappoi^t. Ce ma- gistrat en a senti I'importance , il s'est em- presse de prescrire des mesures adrainistra- tives, et de donner de la pubiicite au tra- vail de I'Academie : il a fait inserer un ex- trait du rapport dans le Memorial admiuis- tratif ( i8ig y n^. 6 , pag. 46 et suiv. ; n.° 1 1 , PP-93 — 95) i eta invite lesMairesa ne point perdre de vue un objet aussi important. Les plantes cereales sont sujettes a diver- ses maladies ; les plus terribles sont la carie, et le cliarbon (2). Le travail de M. Tillet , (1) La noix vomique est aujoiird'hui conseillee pour I'enipoisonnementdes loups. Ann. del' Agr.fr anc. , 2.' serie , torn, iv ^ pag. 33 1. (2) A I'epoque des semailles du seigle et du froment, la Commission d'Agiiculture n'existoit pas ; c'est pour cela que I'Academie n'a publie le procede du vitriolaoe qu'a I'epoque des semailles de Forge et de I'avoiiie, qui, comme on le sait, sont tres sujets au gliarbon. (^1 ) {Haller, B'M. hot. t. x.p. 445. S- mdcxxxj ) couronne dans le milieu du siecle dernier par rAcademie des sciences de Bordeaux , renferme des vues extremement curieuses et des experiences tres exactes sur la contagion de ces maladies 5 il indique, pour les preve- nir , plusieurs preparations salines dont les agriculteurs n'avoient conserve que le chau- lage. L'insuffisance de ce moyen a engag^ depuis plusieurs agronoiues a substituer a la chaux un sel plus efflcace. On essaya le vi- triol bleu {sulfate de cidvre) ^ qui fut an- nonce, il y a environ une quarantaine d'an- nees , par M. Tessier, et sur lequel Pvl. Prevost vient de publier un Memoire interessant. Un de nos collegues, M. BoNNET-CoQaEAtr, s'est assure de I'efficacite de ce moyen ; il en fait usage depuis plus de vingt ans j il en a obtenu le succes le plus complet : il iit meme aclieter au niarche du ble le plus noir et le plus moucliete , il le v itrio la -^ourXe semer, et il en obtint du ble tres sain et tres beau. Persuade que les raeilleurs procedes en agriculture ne se propagent cliez les gens de la campagne qu'a I'aide du raystere, il promit a plusieurs laboureurs, etonnes de la beaute de ses champs , de levir apprendre son se- cret , a condition qu'ils ne le diroient a per- ( ao Sonne 5 il savoit bien que cette condition S6- roit un motif qui porteroit les paysans a di- vulguer le secret. Les laboureurs auxquels M. Bonnet confia son procede , s'en servi- rent avec avantage; inais lis i'abandonnerent ensuite , parce qu'ils espererent qu'ils n'en auroient plus besoin , et qu'on pouvoit s'en passer. lis se fondoient sur ce que pendant une ou deux annees , la carle et le cliarbon ( champignons parasites intestinaux) ne s'e- toient point developpes dans les champs de leurs voisins qui n'avoient point use du pre- servatif, et ils regarderent alors comme inu- tile la preparation qu'ils donnoient h. la se- mence ; mais ils ne tarderent pas a se re- pentir de leur insouciance. La carie et le charbon ravagerent de nouveau leurs mois- sons , sans que ce fleau les decidat a recourir au preservatif. Tel etoit I'etat des choses , lorsque ces annees dernieres on annonga dans notre departement une poudre vegeta- tive qui prevenoit la carie. M. Masson , notre collegue , fut charge d'analyser cette poudre; il reconnut qu'elle n'etoit composee que de sulfate de cuivre en petite quantite , associe a quelques autres substances salines masquees par d'autres raa- tieres inertes. La Commission d'agriculture ( ^3 ) k laquelle il comniuniqua son travail , en fit un rapj3ort ( lo mars i8ig) a rAcademle. Cette Societe s'empressa d'adresser le rapport a I'Autorite , en la priant d'eclairer les agrl- culteurs , et de leur indiquer le moyen de remplacer tres economiqueraent et blen plus avantageusement une poudre qui leur cou- toit fort cher, et qui ne pouvoit pas produire Tin grand effet, a raison de la petite quan- tite de sulfate de cuivre contenue dans cha- que dose. L'Autorite, toujours empressee de saisir ce qui a rapport a I'avantage de ses adrainistres, a fait iinprlmer le travail de I'Academie dans le Memorial administ. ( i8ig _, n.° lo, p. 85 .et suiv. ) M. Thouin , Academlclen non resident, pour repondre aux intentions de S. Exc. le Ministre de I'interieur , a envoye , pour la pepinlere du Departement , des glands du chene , appele en Espagne , Ballota. Ces glands, confies ^ notre collegue M. Grasset, sont actuellement disposes pour en favoriser la germination. BOTANIQUE. La famllle des champignons fournit une multitude d'especes , que les travaux des Botanistes raodernes out contribue h. faire coniioitfe : le tort que ces champignons cau* Sent aux objets Sur lesquels ils croissent , erl rend la determination tr^s importante ; c'est ce qui a engage M. Vallot £i donner ( o.y Janvier iSig ) rhistoire de plusietirs de ces Vegetaux , qui ne sont point portes sur la Flore de Bourgogne. N.° 1.^' udgaricum album terrestre, me du I tarn pan Is referetis. Michzli nov. gen., p. i2i , tab. 63 ,f. 2. iSr. B. C'est a tort que Bulliard {Hist, des Cham- pignons de la Trance , p. 86), rapporte cette citation ^"sa secoude esp^ce de Reticulaire ( -ReV/CK/a/Ve c?^s jardins ) , qui est evidemraent d'un genre different. Polyporus crustaceus , effusus , farinosus albiis, Haller, Hist, helvet. , n.° 2272. En effet, daiis le mois de Janvier , j'ai vu ce Bolet repandre ses graines qui sont sous la forme d'une pous" siere impalpable d'une grande blancheur. Boletus medulla panis. J^cq. Misc. austr. , torn, if p. 141 J tab. IX. Boletus medulla panis. B. Crustaceus albus effusus difformis. Gmel S. N. edit. Xixi j torn. 2 , p. 14^8^ n.° y6. B. Albus f durus f effusus , planus crustaceus., su- perne perforatus , tubulis obliquis rectisque. Encycl. meth., Botan. sup. , torn, i , p. 666, n.° to. Le caract^re superne perforatus , n'est pas exact y comme on le verra plus has. Bolet mie de pain. Dec. Fl.fr. sup. , torn, v , p. Sg^ «." 25[9.C Ce bolet de couleur blaache ^ ne pr^sente qu'une ( ^5) Couche , ([111 recouvre le bois et se repand sur les corps environnans , sans adopter de forme determinee. II suit leur contour qu'il incruste ; il se repand sur la mousse , surle for, sur le mastic, sur des brins de bois, etc. etc. , auxqtiels il adhere par sa surface sterile. La surface fructifere offre des tubes dont I'ouverlure est ties petite : le bord de ce Bolet paroit former un leger bourrelet , conime s'il eut ete une substance fluide , telle que de la creme epaisse qui auroit coule sur le bois ; c'est dans ce bourrelet que reside la force de vegetation , etavec une loupe on y remarque I'orifice des tubes qui doivent s'y developper. II peut acquerir une grande epaisseur , s'il Croit dansun angle, comme je I'ai observe dans la serre dii jardin de Botanique ou cette esp^ce de Bolet en detruit les poteaux , quoiqu'ils soient peints. Ce Bolet s'etend sur la surface, tournee vers le sol des traverses superieures , et il offre dans une epaisseur assez grande, des tubes distincts; la portion, qui se re- pand le long des poteaux perpendiculaires , offre des plaques pen epaisses , de figure irreguliere , et ne pre- sente que desstries , par I'alongement des tubes. D'apres cette disposition, on voit que I'expression superne perforatus donneroit une fausse idee, puisque la surface oil sont les pores, n'est jamais touriiee du c6te du ciel \ aussi cette expression ne doit-elle se rap- porter qu'a la surface opposee a celle qui adhere forte- ment et dans toute son etendue , aux corps sur lesquels se trouvece bolet. Dansl'analyse des especes ( Dec. Fl. fr. , torn. I, p- 99, n.° 6 ), elle sera desigiieepar : Plante crustacee etendue en plaques B, mie depain(299.c) N.° a. Hydnum Ileemisphaericuni. Nob. H. acaule lenticulare , supra tomentosum squaiidum , infra albo flavum , margine aucto. (26) Cette espece dure et coriace se troiive sur le bols de hetre qui commence a se decomposer ; elle adhere par le c6te du chapeau, qui est tomenteux en dessus, d'un blanc gri- aatre ; la surface inferieure offre des pointes qui n'occu- pent que le disque, tandis que la circonference forme un limbe depourvu de pointes. Je n'en ai vu que du diametre de 3—4 lignes et au- dessous. Dans I'analyse des especes de la 2.* edition de la Flore franjaise , par MM. De Lamarck et DecandoUe , elle sera placee ( torn, i, p. 98 , n.° 9 ) , sous le titre : Pedicule nul, plante coriace 9*. / Oblongue,violetteouvineuseendessous,77yc?/iff 1 trompeur (2.()6.) " J Circulaire, jaxinatre en dessous, J^j/d/zze AeWs- \ phe'rique, Nob. On la trouve toute I'annee dans les chantlers de bois de sciage. N.° 3. Le Bisse peau, Bissus aluta ^ Dec. Fl. fr. torn. 5, p. 10, n.° 164.* Gette espece est appelee Cuir des arbres , Peau de Banff Amadou blanc. Diet. sc. nat. ,tom. xii, p. i5o. II en existe des echantillons d'une grande etendue de diverses figures et de differentes epaisseurs, sous les estrades de la salle des hommes i l'h6pital general de notre ville; ilsse mod^lent suivant I'espace dans lequel ils peuvent se developper. Au mois d'aoiit 1817 , on releva une partie des plan- ches qui etoient posees depuis 49 a^us , pour reparer les traverses qui les soutiennent ; je vis alors cette espece de Bisse garnir la surface inferieure des planches qu'elle recouvre , et former des plaques tres larges : la ( V ) yiresence de ce Bisse accelere la decomposition des bois, de merae que la presence detous les autres champignons qui croissent a leur surface. Cette espece n'est peut-etre qu'une variete du Bisse gigantesque , Dec. n.° 164. N.° 4- Agaric des gercures, Agaricus rimicola, Nob. Petit Agaric dont le pedicule plein? plus large k sa base,ofrre des radiculesblanches. Son chapiteau convex© est rouss^tre dans le disque et plus clair snr les bords. II se trouve toute I'annee, apres les pluies , dans les fentes de I'ecorce des arbres dont le tronc est couvert de mousse. On I'y observe sous toutes ses dimensions j son pedicule se courbe pour reprendre la vertlcale. Sur les tilleuls de nos promenades, sur les ormes au pare, etc. il se pourrolt que le pedicule fut iistuleux , quoiqu'Il m'ait paru plein ; alors cet agaric seroit I'A. des ecorces. Dec. Fl. fr. , torn. 2 , p. 166 , n." 44°' Quoi qu'il en solt , I'Agaric que je decris a ete indique par Micheli. {Nov. gen., p. i4€, n.° 34, tab.74, f-j,") sous le nom de Fungus minimus, albus, pileolo Hsemisphserico , vx arborura caudicibus, toto anno post pluvias oritur. Funghino bianco , dilegine , di capo mezzo tondo f che si trova dopo le piogge ne pedali degli alberi. La petitesse de ce champignon , son apparition , toute I'annee , apres la plule , me persuadent qu'il est le meme que celui que j'ai appele A. des gercures Agaricus, ri- micola, Nob. ,et qui sera I'A. des ecorces, Dec. , si I'on reconnoit que le pedicule est fistuleux. N.° 5. MATIERE VKRTE. Cette substance est encore peu connue , quolque les physiciens s'en soient beaucoup occupes, et qu'elle ait (^8) eteobserveepciur la premiere foi spar T/^owkisHenshaw, qui la signale parfaitement (Philos. Transact., r\,° 3 , art. 1 , an. i666); ii I'avoit remarquee en repetant de» experiences suriarosee. ( Voy. Collect. academ. , torn. 2 | pag.y.) On avoit totalement perdu de vue cette production jusqu'a Priestley ; puisque le savant Decandollb ( Flore francaise , 3.^ edition, torn. 2 , pag. 66)^ dit que ce createur de la chimie pneumatique , est le pre' mier qiii I'ait decouverte. Depuis ce physician, elle est devenue le sujet d'ob- servations nombreuses , ainsi qu'il est aise de s en as- surer en consultant le journal de physique {torn, xrii , part. I , iy8i , mars, p. 20^ , Memoire sur la matiire verte , ou plut6t sur Pespece de conferve qui crolt dans les vaisseaux pleins d'eau exposes a I'air, etc. 5 parM. Jean Senebier, bibliothecaire de la Republique de Geneve, etc. etc. , torn, xxr , part. 11 , iy84 , juillet, pag. 1. Reraarques sur I'origine et la nature de la ma~ tiere verte de M. Priestley , par tTeaTtlNGEN-Housz). Ce dernier auteur a confondu des animalcules infusoires avec la maliere verte. ScHRANCK ( Flora Bavarica, 2 , p. 666, n.° i6^6), appelle la matiere verte , Lepra infusionum. Gmelin ( Carolia LiNNEsystema naturae , torn. 2, p, i3g4 , n.° 66) , la designe sous le nom de Confer^'a infusionum. Vaucher {Hlstoirz naturelle des Conferves , pag, ■2^/ ) , la regarde comme une Ulve. Decandolle {Flor. franc., torn. 2, p. 65, n.° i6o), la designe sous le nom de Vaucherie infusoire , Vau' cheria infusionum. (^9) Dans le nouveau Diet. d'Hist. nat. ( edit. 7 , torn. XIX , p. 44s ) * '^ matiere verte est regardee comme appartenant au genre de V Oscillaire , ou on la decrit ( N. D. H. N. ) id. 2, torn, xjcir, p. igg — 200^. M. Palissot BeauvoIs lui a donnd le noni de Coc~ codie verte ( Nouv. Diet. d'Hist. nat. , edit, a , tom.^, pag. 242 ) ,• car il ne se developpe pas dans I'eau con- servee dans les vases , deux sortes de matiere verte , comme sembleroit I'indiquer le ( Diet. Sc. nat. , torn, g ^ pag. 4(^j ). L'age de cette singuliere production est cause de la difference que I'on a observee. La matiere verte ne seroit-elle pas I'origine du Byssiis Jlos aquae ? On doit rapporter a la matiere verte le produit de I'infusion du Lichen prunastri cjiie decrit Giuod- Ch AN TRANS ^^ Kechcrches chiniiques et microscopiques sur les Conferves, bysses , p. 44 > n-° ^^ > p- ^84, ad- dition au n.° i3 de mes Mernoires , tab. rii , f. i3). Mais il faut bien distinguer la plante, des animalcules dont parle I'auteur. Ces animalcules sont le Monas lens. Mull. {Animalc. infusoria, p. 4, n.° 6 , tab. x, f-s—" )• M. Girod-Cliantrans a coufondu , dans ses otserva- tions, les Conferves, les Bysses , avec les Animalcules infusoires , parfaitement decrits par MuUer , ainsi qu'on pent s'en assurer par les rapprochemens suivans : p. 227 , tab. XXXIII , fig. "jj , en parlant d'une Con- ferve inedite ( qui est une espece de Conjiigata ) , il re- garde les corpuscules K' K" IC" comme en faisant partie ; mais ces corps sont le Vibrio lunula (Muller , an. inf. , p. 55 , n.° 63 , tab. vii , f. 8 — 15). Les espdces de cornets qu'il decrit, p. 36, et dont il donne la figure , tab. v , fig. 9'"", sont les sporanges (3o) d'une espece de Tremelle , analogue a la Tremella na- tans , dontHEDWiG ( Theor. gener. , p. zt8, tab. 36 , Jig.g-to ), a represente les sporangcs. Les corpuscules doiit il parle , p. 63 , et qu'il repre- sente , tab. IX, fig. 19") sont le Conium pectorale ( Mull. p. 1 10 , n.° 1 14 ) tab. 16, f. 9 — 11 ). A la pag. 166 , il decrlt la rouille du Pourpier pota- ger qu'il a fait graver , tab. xxiii, f. 5^. DecandoUe I'a decrite depuis sous le nom de Uredo portulacae. Fi. fr. , torn. 5 , p. 88 , n.« 637. M. Girod rendroit un vrai service k la science , s'il rapportoit aux denominations systematiques , adoptees par les cryptogamistes raodernes , les plantes qu'il a de- crites, p. 20, n.° 4 ; p. 26 , n." 6 j p. 45, n." 14 ; p. 46 , 11.° i5 ; p. 66 , n.° 20 ; p. 74 , n.° 21 ; p. 94 , ii.° 29 ; p. Ill , n.° 35; p. i2i , n.° 38 ; p. 136^ ii.**4o; p. i32 , n.° 44 ; p. i4o , n.° 46 5 p. 146, n." 49 ; p. 149 ) n." 5i ; p. 2o3 , n.' 71 ; p. 206 , n." 72, M. Vallot, D. M., a egalement presente h rAcademie ( z4 mars i8i^ ) un travail qu'il a redige , pour son usage particulier , sur les Cryptogames parasites. Cette famille in- teressante de vegetaux est devenue plus nom- breuse , depuis que plusieurs Botanistes en ont fait I'objet unique de leurs meditations; les especes se sont multipliees , et leur de- termination , par le secours des systemes , devient souvent tres difficile , a raison de la petitesse de ces plantes et de la tenuite des ( 3i ) organes sur lesquels sont etablls les carac- teres qui les distinguent. Pour abreger les reclierches et ^viter le decouragemeiit qui nait souvent de la perte de temps, I'auteur a range methodiquement , sous le nom de chaque plante plianerogame, toutesles cryp- togames parasites qui croissent sur cliacune d'elles. II les designe par une phrase carac- teristique , en indique la synonyinie et les particularites : de sorte qu'au lieu de cher- cher , parmi une centaine d'especes , celle dont on desire trouver le nom , on se trouve li- mite a quatre ou cinq. Cette distribution donnele raoyen de reconnoitre tres prompte- ment et tr^s surement la petite plante que Ton examine ; elle a ensuite le tres grand avantage de lier I'etude des vegetaux avec celle des cryptogaraes parasites qui croissent sur euxj de f'aire connoitre tons ceux decrits jusqu'&. ce jour, et de donner une veritable liistoire naturelle de cliaque plante , si Ton y joint ce qui a rapport aux insectes qui se nourrissent de cliaque vegetal. La botanique offre alors un interet plus vif , tin attrait plus sedulsant , et ne merite plus le repro- che de ne consister que dans un assemblage de noms plus ou moins difficiles a fixer dans la memoire. (30/ Ce travail complete celul que M. Vallot a deja annonce (1813) sous le titre (Vlnsec- torum incunabula. Pour faire connoitre le plan de ces deux ouvrages , nous donnerons deux fraginens , I'un tire de la Cryptogamie parasite (1) , I'autre de Vlnsectorum incu^ nabula (2), dodecandrie trigynie. CVI. EupiioR-BE DE Maurxtanie. Eucycl. mdth. Hot. , torn. 2 , p. 4'S, n.° ij. 1. Aphytee parasite. Fleur sessile, haute de trois pouc.es , a trois petales , et a trois etamines inona- delphes. Mncycl. meth. Botan. y torn, r , p, 2 to. Diet. Sc. nat. , torn. 2 > p. 2y6, Nouv. Diet. Hist, nat., ed. 2 , torn. 2 , p. 27^. (1) Cryptogamie parasite, ou distribution des Cham- pignons parasites, d'apres les vegetaux sur lesquels iis croissent : par J. N. Vai.i,ot , D/ enmedecine , mein- bre de plusieurs Societes savantes, etc. etc. (2) Jac. Nicol. Vallot , M. et Sc. D, Hist. nat. Prof. mult. Societ. sodalis insectorum incuna- bula juxtd methodicum ordinem disposita , adjectis differentiis, synonymis moribiis, locisf observationi- bus, epoehis , cum indice locupletissimo. Cet ouvrage , offrant I'etat de la science entomolo- gique h I'epoque actuelle , et etant le complement des travaux de Linne , Fabricius et Latreille, a du titre ^crit dans la langue que ces savans ont adoptee , afin d'etre a 1' usage des Naturalistes de touces les Nations. (33) Cette plante slngxiliere , en ce qu'elle n'a, ni tige, ni feuilles , croit sur les racines de I'Euphorbe de Mauri- tania , au Cap de Bonne-Esperance. EuynoRBE Cypres. Dec. Fl.fr. , torn. 3 , p. 33y , n.° 2 1 68. 2. Uredo en ecusson. Poussiere nuc , d'un brun fonce , entouree des rebords de I'epiderme , rj^ui for- ment autour d'elle un receptacle blanc. Titliymalus verrucosus , Chabraeus, pag. 4^4) n.° 3. Esula Verrucosa , TVeinmann Phythant , torn. 2 , pag. 4t4, tab. 431 }/' d- Dec. Fl. fr. , torn. 2 , p. 227, n.° 60&. Encycl. meth. Bot. , torn. S , p. 224 , n." 16. Get Uredo vient de preference sur les feuilles du Iiaut de la tige , dont il occupe la surface inferieure 5 sou- vent il est dispose sur deux series de points, de chaque c6t6 de la nervure de la feuille. Dans ce cas , les feuilles ne deviennent point ovales , elles sont seulement un peu plus longues j plus larges et plus epaisses. Get Uredo paroJt d'abord sous forme de petits points jaunes proeminens , ([u'il ne faut pas confondre avec le premier etat de I'Ecidium des Euphorbes. Trouve en avril , au Mout-Afrique. Les tiges , attaquees de cet Uredo , portent des fleurs dont les bractees sont d^formees , et des feuilJes de-. flgurees , ovales , epaisses , et d'autant plus arrondies , qu'elles se rapprochent davantage du sommet ; leur sur- face inferieure paroit blanche vernissee : I'epiderme se fend irreguli^rement. 3. EciDiuai de I'Euphorbe Cyprus. Petits points ( H ) jaunes protuberans , qui grossissent , et s'ouvrent en une coupe circulaire , d'un jaune pale , peu prominente ; les bords sont presque entiers , un peu refl^chis. La pousslere est d'abord d'un jaune orange , et finit par ^tre brune ; mais elle est toujours dans une cupule. Reaum. {Mem. ins. torn. 3, p.6i3) , dit: « Poussi^re « jaunatre , qui , au microscope, imite une fleur, « produite par la piqure d'un insecte que je n'ai pu. a decouvrir. » Adanson, Famille des Plantes , torn. i f p. 4^» Rouille. Dec. Tlor.fr. , torn, 7., p. 240 , n." C4y, torn. 6 , p. Qi , n.° 647. Ecidiuni des Euphorbes. Encycl. meth. Bot. , torn. 8 , p. zSS , n.° ^G. Encycl. meth. Entom. , torn, rx , p. 6qj , col. a, Galles en moisissure. C'est ainsi qu'Olivier designoit V Ecidium des Eu- pJiorbes , et les differens Uredo qui croissent sur ces plantes. Cette espece parolt des le printems sur la surface in- ferieure des feuilles. On la remarque meme sur les tiges qui sont a peine sorties de terre. Elle rend steriles les pousses qu'elle affecte (1 ). Elle repand Tine odeur parti- culi^re et desagreable , qui devient surtout plus mar- quee dans I'age adulte. Les feuilles , chargees de cet Ecidium , sont plus larges et plus epaisses : au mois de mai , la surface in- (i) C. Bauhin Pin. p. agi , 5. i. Tithymalus Cyparissias foliispunctis croceis notatis. Encyc. meth. Bot. , torn, 2 ,p.438 , n." g3.*'E,^\x\di degener. L'auteur dit que cette monstruosite est produite pir des piqiires d'insectes. N. B. Cela n'est pas ; il paroit confondre cette plante ayec la pr6cedente. ( 35 ) ferieure des feuilles est couverte de petltes cavites bor- dees de blanc , qui imitent les trous d'une rape. Au printemps , sur les cherains couverts , autour de la ville. 4. ScE^ROTE DE l'Euphorbe Cypres. Fongoslte glo- buleuse , resserree a sa base , noire a, I'interieur , d'un beau violet k I'exterieur. L'epiderme forme une petite cupuie ^toilee i la base de ce Sclerotium. JDec. F/. fr., torn. 6, p. ii4> T\^° ^4^' Cette plante cbarnue se trouve a la surface inferieura des feuilles. 5.HypoDERME DES BRANCHES sicHES. Tachesnolrcs } luisantes , ovales ou oblongues , eparses , s'ouvrant par une fente longitudinale. Dec. Fl.fr. , torn. 6, p. /6j , n." 5224. /3. EupaoRSE DOUCE. Dec. Fl. fr. , torn. 3, p. 64* f n.° 2/67-. 6. Uredo creuse. Tubercule jaune et prominent : l'epiderme se rompt au sommet , et forme un orifice circulaire au fond duquel est une poussiere brune. Dec. Fl.fr., torn, 7. , p. 227^; torn. 6 , p.Gg , n.° Goj. Encycl. meth. Bot. , torn, viii, p. 224, n.° iG. Get Uredo couvre la face inferieure des feuilles sans les deformer. L'ouverture, par laquelle la poussiere sort, est de moitie plus petite que dans V Uredo en ecusson. Les lambeaux de l'epiderme ne forment point une bor- dure blanclie autour de la poussiere. Cette plante paroit en jiiin ; je I'ai trouvee , a cette epoque , au bois d'Asni^res. EuPHORBE RirEiL-MATiN. Dcc. Fl. f. , tom, 3 p p. 336 , n." 1166. 7. UriJdo du Reveil-jhatin. Tubercules epars, (36) presque planes, d'une couleur orangee assez vive, eti- toures par les lambeaux de I'epiderme dechire. £)ec. Fl.fr, , torn, 2 , p. zSz, n.° 6*2 2. Encycl. meth, Bot. , torn. 8 , p. z3o , n." 44- On ne confondra pas cet Uredo avec ceux deja de- ciits. La couleur suffit pour les distingiier. 8. Uredo PONCTUE. Tubercule convexe, d'un jauna pale, orbiculaire , un peu grenu ; ce tubercule se couvre bienlAt de cinq a sept taches protuberantes noires. Dec. Fl. fr. , torn. 2 , p. 286, n.° 633. EncycL mdth. Bot. , torn. 8 , p. 233 , n.° 6cf. EuPHOi^BE Peplis. Dec. Fl. fr. , torn. 3 , p. 33o , n.° 2146. 9. Uredo confluent. Tubercules d'un jaune pA.le ^ poussiere tres fugace apres la rupture de I'epiderme y dont les fentes ont une disposition a se reunir sous la forme d'anneaux concentriques. Dec. Fl. fr, , torn, i , p i33; torn. 6, p. 86 , n.° 6i6. Encycl. meth. Bot. , torn. 8, p. 23 1 , n.° 60. Uredo ponctue. Voy. 8. EuPHORBE MONNOYER. DcC. Fl.fr. p tOm. 3 ,p. 33o f n.° 3 144. 10. Uredo protuberant. Tubercule applati , fauvo arrondi , bord^ par les debris de I'epiderme dechire. Dec. Fl. fr., tom.2 , p.236 , VL." 632. Encycl. meth. , torn. 5, p. 233 , n.° 68, A la fin de sa vie , ce tubercule se change en pons - siererousse. Get Uredo nait epars k la surface inferieure des feuilles. En faisant attention k la maniere dont il s'estdeveloppe, on iiele confondra pas avec unEcidium. TiTHYMALE FEUET. Laril. FL fr. , tOm. 3 , p. 100 , n.° y2^ , xLir. Uredo ponctue. Koy. 8. (37) EuPHORBE BE Bois. Dec. Fl.fr. , torn. 3 , p. 33n , n.° 2i63. 11. EcimuM DE l'Euphorbe des bois. Petits points jaunes protuberans epars , et qui occupent qiielquefois la surface superieure de la f'euille. La poussiere est orangee. Dec.Fl.fr., torn. 2, p. 241 , n.° 6Vfig' '- Hufnagel ) Berlin. NLagaz. , torn. 2 , p. 4iG % xxjcii. Phalaena festiva. Encycl. method. Ent. , torn, r f p. go , sp. 22^. Nouv. Diet. Hist. nat. , ed. z , torn. 2 , p. 446. Arctie Hebe. Cette larve , noire , velue , nait en septembre ; elle passe I'hiver sous des feuilles. Au mois d'avril ou de mai , elle construit une coque sollde , dans laquelle elle reste vingt jours 5 elle s'y transforme en chrysalide noire ; et en juin , elle paroit sous la forme d'insecte parfait. La femelle pond ses oeufs en juillet ; ils eclosent ea septembre. 7. Phalaena geometra euphorbiata. Gmel. , S. IT, ed. jcixi , p. 2482 , sp. 6y3. 8. Phalaena noctua Euphorblce. Gmel. , S. N. ed. XIII f p. 2660, sp. ii2i. Larve velue, verdatre. Taches noires sur le dos. Deux taches lunaires rou- geatres sur les parties laterales du cou. Encyclop. me'th. Ent. , torn, rizz , p. 343 , sp. 3^8. Noctuelle de I'Euphorbe. A lb in, tab. 88 ,f. f.— h. Reaumur , Mem. ins. , torn, z , p. 63y , 638 , tab. (40) 2>f,/,S-~fO, i6 ; torn. II , p. 8g — f iy^ tab. 4,/- ^4' Roesel , ins. , torn, i , Phal. class, 2 , tab.46. Ernest , Pap. Europ. , n.° spj. Cettc chenille a sur chaqtie anneau dix faisceaux de poils, dont les deux siiperieurs soiit hors dn rangdeshuit autres. On voit sur les c6tes du corps, des lignes alter- nativeinent jaunes et noires , avec des taches en forme de trelle. La partie superieure du cou offre des taches rouges. All mois d'octobre , cette chenille construit une coque oviforme , dont les extremites sont iiiegales. Cette coque est recouverte de feuilles tr^s regulierement disposees. li'insecte parfait paroit au printemps suivant. La femelle pond des oeufs globuleux de couleur rose. 9. Phalaena noctua Medicaginis. Nob. Larve k XVI pattes , d'un blanc jaunatre , offrant des lignes for- mees par de petits traits noirs places k la suite les uns des autres. Voy. Luzerne. Euphorbia Characias. 10. CoCHENILLE DU ChARACIAS. NojIV. Dict. Hisfi. nat. , torn. 6, p. 6y3. La femelle , d'un blanc- de lait , 8e reconnoit , parce que son abdomen est termine par un sac floconeux qui contient les oeufs. JoiiTii. de Phys. , ty84 , torn. 24 > p- '_7'> tab. 1 , f. 2 , 3. —> iyS6 , mars, torn. 26 , p. 20j , tab. i , f. 14-16. Encycl. method. Entom. , torn. 6 , p. og y sp. ig. Coccus Characias. Latreille , Hist. nat. , tom. 12 , p. 368 , p. 386 ^ sp. 6. — Genera , tom. 3 , p. iy6 , i. Nouv. Diet. d'Hist. nat. , ed. 2 , tom. q , p. 662, Dorthesie. (4i ) Des le commencement du printemps, on trouve la fe- melle do'nt I'abdomen s'alonge posterieurement en un sac floconeux qui contient les oeiifs. Les males ailes pa- roissent en septembre. Apres avoir feconde les femelles , ils se retirent au pied des plantes , et restent immobiles sous les pierres ; ils se coiivrent de duvet et perissent. Les femelles , apres la ponte , changent de peau , pas- sent I'hiver engourdies , et se raniment au printemps. Cet insecte se trouve siir plusieurs autres plantes. Je I'ai rencontre abondamment sur la route de Paris j au bas de Talant. CocciNELLE DU Characi AS. NoE. (o. Larvc couvcrte d'une poussiere blanche , qui s'insinue dans le sac aux oeiifs de la femelle de la cochenille. Journ. phys. , i^S6 , mars , torn. 16 , p. 210. Encycl, meth, Ent. , torn, ri , p. ioo , col. 2. Cette larve s'introduit dans le sac , sans tuer la mere, y Slice les oeufs et les petits ; lorsqu'elle les a tous devo- res, ce qui est I'affaire de deux a trois jours , elle va a une autre femelle. EuPHORBE Cypres. 11. Chrysomele de i.'EurH0RBE, Schranck ,p. S3, sp. i66. Encycl. meth. Ent., torn, iv, p. //2, sp. y. Al- tica Euphorbiae. Diet. Sc. nat. , torn, i , p. 626 , n.° 12. Altise du Titliymale. 12. Capricorne, TETE "Rovcv.. Schmnck , ins. Aust.p p. 143 , sp. 2yo. Gmel., S. N. ) ed. :kiii ,p. 1840 , sp, 70S. Ceram- byx erythrocephalus. Sapcrda , Fabr. (40 i3. Gbibouri longimane. Lave renfermee dans una coque. Gmel. , S. N. ed. xzii^p. iyo3 , sp. ig. Crypto- cephalus longimanus. Chrysomela , Linn. Encycl. meth. Ent. , torn, vi , />. 3i , sp. 3. Clytra longimana. Voy. Trefle. PUNAISE AGILE. Voy. tl." 4" 14. Sphinx de l'Euphorbe. Linn. , p. 802 , sp. ig. Chenille cornue, noire, tachetee de blanc, ligne rouge «ur le dos ; sur les c6tes , ligne et points jaunatres. Hufnagel , Berlin. Magaz. , torn. 2 , p. iSo , ix. Harris Aurel- , tab. 4 > /• <^ — <-• Reaumur , ins. , torn, i , p. 2^9 — 2^1. Bonnet t OEuvres , ^.° torn, i , ohs. xrzz, p. 363 ^369. Bergst , Sphing. p. j , sp. 1 , tab. 6 , f. g ^ larva ; tab. i3 , f. g , Pupa. Cette belle chenille a une longueur de 36 a 42 lignes. EUe se retire en terre au mois de septembre , y construit une coque dans laquelle elle se tranforme en une chry- salide brune, dont les stigmates sont noirs : elle devient insecte parfait depuis le mois de mai jusqu'au mois de juillet. Cette chenille est carnaciere ; elle devore ses propres deoouilles , et souvent attaque ses serablables. Brez ( Flore des insect. , p. igG) , dit qu'elle parott periodiquement , tant6t tous les deux ans , d'autres fois tous les tiois ans , quelquefois apres quatre ans. i5. Phalene du Tithymale. Nob. Linn. , faun ^ suec. , ed. i f p. 266 , n." 826. (43) Frisch. Germ, f^f p. io , f. S. Papilio Erucse Tithy- inali secundae. Phal. jiectlnicornis elinguis ; alis deflexis griseis j fasciis duabiis obliquis ajbidis 5 inferioribusprominulis. Cette espece est-elle la nieme que la noctuelle de I'Eupliorbe , n.° 8 ? j6. Cecidomye de l'Exiphorbe. Nob. Pendant I'ete , on trouve souvent , au sommet des rameaux steriles de I'Eupliorbe Cypres , de fausses galies rouges formees par des feuilles elargies , se recouvrant exactement , et iqjitant un globule ; Tournefort en avoit fait une es- pece , sous le nom de Tithymalus Cyparissias , capi- tulo rubente. (^Tournefort , in.st. rei herb., p. 86). Au centre de cette galle , et entre les feuilles qui la forment, existent des larves apodes , blanchatres , qui se lilent des coques soyeuses blanches , d'oii sortent, en juillet, des insectes parfaits, qui sout des Cecidomyes. N. B. Les galies en moisissure, aut. sont les plantea cryptogames parasites , appelees aujourd'hui Ecidium de I'Euphorbe. Vid. p. 33 , n.° 3. 17. Galle des Racines. On trouve quelquefois . 8ur les c6tes de la racine , une galle grosse , ligneuse . noueuse , contenant une larve dans I'interieur. MalpigJii , Anat. plant., pars alter, f p. 42 ,f. 66. Euphorbia ruRpuRAXA. Dec. Fl.fr., torn. 3 , p. 342 ) sp. 2/6(9. La fausse galle qui se remarque au sommet de cette plante , et qui est comme celle de I'Euphorbe Cypres ( n.° 16 ) , contient plusieurs especes d'insectes. J'y ai remarque les suivans , au milieu de septembre : cl^ Une larve hexapode, a deux anteunes et deux filets (44) k la queue. Le corps est ovale , et recouvert d'un duvet extremement blanc. Je pense que cet insecte est le Dortliezia CharaciaSf Bosc. , que j'ai trouve depuis aux environs de Dijon, sur plusieurs especes de plantes ; mais k I'epoque ou j'ai fait i'observation , j'ignorois que la Dorthesieexist^t en Bourgogne , c'est pour cela que je me suis contente de tenir note de I'insecte , sans le determiner. /3 Le centre de la galle etoit occupe par des larves en societe, apodes et pointues a chaque extrcraite. Ce sont les larves de la Cecidomye de I'Euphorbe. Voy. 16. y. II y avoit au centre de la galle une chrysalide que je soupconne etre celle d'un Ichneumon, dont la laive avoit devore celles de la Cecidomye. Ces deux articles , extraits , I'un de la Cryptogamie parasite^ I'autre de V Insectorum incunabula , denion- trent que la Botanique pent presenter un interet nou- veau , dont on ne s'est point encore occupe jnsqu'i ce jour. On volt en effet les rapports qui existent entreles differens etres : et chaque plante devient un centre au- tour duquel se groupent des ohjets qui en rendent I'etude bien plus attrayante. Cette nouvelle methods complette i'Histoire naturelle des Vegetaux qu'il faut connoitre, non-seulement d'apres les avantages que nous en tirons , mais encore d'apres le rang que chacun d'eux tient dans le grand plan de la creation. De plus, ce travail donne I'etat actuel de la science ; il designe les observations deja faites , et determine en consequence si celles auxquelles on se livre , sont nou- velles. S'il eut ete publie , M. Hubert n'auroit pas donne comme nouvelle a I'Instiiut , (an 1 8 1 3 ) , I'histoire de la ( 45 ) Vhenille d Jiamac , qui a ete publide il y a plus de qua- rante ans par Goeze ( Naturf. , 6 stuck, p. i iS , tab. 1 , f' 3 — / / ). Le desir de connoitre I'origlne des contes labuleux faits sur les plantes , a determine M. Vallot a rediger des recherclies , dont il a communique les resultats a I'Academie (2 dec, 181S , i^ jam. iSi^ ). Il demontre que tous les contes f'abuleux , faits sur les plantes , ont leur source dans des faits reels mal observes , ou alteres , soit par I'amour du merveilleux , soit par le desir de piquet la curiosite ; I'auteur fait observer qu'il est bien surprenant que tous ces contes aient ete reputes successivement par tous les au- teurs, sans qu'ils se soient occupes de deter- miner le degre de conflance que Ton devoit accorder \ des assertions aussi etran^es. Explication des contes fabuleujz imagines sur quelques singularites du rdgne -vegetal, {zdec. 1818.) Tous les contes avances , en histoire naturelle , par les anciens et repeles par les modernes , ont leur source dans des faits mal observes ou alteres par I'a- mour du merveilleux , ou par le desir de tromper les amateurs , ou d'inventer une mystification. Nous ea avons deji donne des preuves ( V. Seance pub l. 1817, pag. 16 -25 ; 1818 , pag. 31 ). On peut en lire une autre h. I'article Daic ( Ornith), Diet. Sc. nat, , torn, atii J p. 45o. On en trouvera une nouvelle dans le ser- (40 pent tie mer d'Amerlque , dont les journaux ont tant parle en 1817 et 1818, qui n'est qu'un Scomber thyn* nus de 9 a 10 pieds ; Bullet , soc. Philom , 1818 , pag. 1905 Journ. phys. 181 <), Janv. torn. 88,pag. iii. Je me suis livre a ce travail avec d'autant plus de plaisir, que j'ai eula satisfaction de trouver I'explicatioa de tous les contes rapportes par Gaspard Bauhin et par le docteur Jonston. Quelques-uns ont deja ete eclair- cis par des savans j j'aurai I'attentioa d'indiquer leurs recherches. C'est sous la rubrique,/ier3^re et arbores admirandae, que C. Bauhin a reuni tous les vegetaux qui offrent des proprieles curieuses : dans I'examen que je vais en faire , je suivrai I'ordre adopte par cet auteur dans son Pinax , pag. 6iz et suiv. II parle d'abord d'une plante ( 1 ) qui a la propriete de provoquer des sueurs de sang. Raj ( Hist. Plant. , torn. 2 , pag. '795) range d tort cette assertion parmi les fables , puisqu'elle n'est qu'un fait mal observe. La lettre ecrite a Monard^s est claire et positive ; elle dit cc qu'un Indien , dans cc la ville de Posto , guerissoit les malades , en frottant cc avec le sue d'une plante , qu'il n'a jamais voulu cc faire connoitre , les membres affectes : le malade cc s'enveloppoit de couvertures , et le sang couloit des « parties qui avoient ete enduites du sue. » II n'y a rien d'etonnant dans cet effet que nous (1) Planta sanguineos sudores excitans. C. B. Pin, p. 5i3. Arbor sanguineos sudores excitans, Jonston DeiidroL p. 468 , (47) voyoiis journellement se repeter parmi le peuple ; il croit en effet que des topiques de verveine ( verbena officinalis, Linn.), appliques sur le c6te douloureux, en attirent le sang ; ce qui est confirme , disent les bonnes femmes , par la couleur rouge des compresses employees. Tous les medecins ( Geoffroy , Tract, de mat. med. torn. 2 , p. 323 ) , savent que I'apparence , qui seduit dans cette circonstance , ne depend que du melange de la matikre de la transpiration avec le sue de la "ver- veine , et qn'il n'y a pas plus de sang que dans les urines colorees etimitant du sang, rendues par lesper- sonnes qui mangent les fruits du cactier en raquette(i) ou figuier d'Inde, cactus opuntia. Plukenet { a malt, botan. , pag. ii6) parle d'une plante (2) parasite des Barbades qiii rend un sue rouge comme du sang. (1) JoifST. Dendr. , p. y, 5- xr. 4. Poma diuretica comesta urinam provocant et emittere cogunt ad sanguinis colorem. P. 56 , I." col. Pernetti. Voy. aux lies Malouines , torn. 3 , p. 201. (2)Herba parasitica barbadensissangiiineum liquoremfundens, ZV. B. L'iusut'fisance de cette description ne ni'a pas perniis de determiner le genre et encore moins I'esp^ce de cette plante, qui n'est point la Patience sanguine (a) ( Rurnex sanguineus, Linn), acclimatee dans quelquescontrees de I'Europe, quoique originaire de la Virginie. Je ne ciois pas non plus que Plukenet ait voulu designer le Crotok' SANOUirLXJUM , KuNTH , du trouc duquel il decoule une liqueur rouge comme du sang. Diet. sc. n. torn. 12, p. 55. Croton sanguinolent. (a) Geoffroy, Tract, de mater, medica. Venetiis torn. 2, p. 3Sa , $. IV. Lapatbum sanguiueum. Sanguineo scatens succo. (48) On ne peut pas dire si la plante , citee par Plukenet, est celle dont parle Monard^s , puisque I'Indien n'a pas voiilu la faire connoitre. PiUKENET , dans cet article , rapporte le conte de la plante Flabia , ou herbe d'amour de I'empereur Marc-Aurele. ( Mognodetus in vita Marci Aurelii , lib. 3 , cap. io ). Cette plante laisse echapper un sue rouge qui , tant qu'il est chaud , provoque I'a- niour, mais qui, froid , provoqtie la haine , a raison de ce qu'il ressembloit au sang des animaux. Mais elle n'est pas la seule qui soit rangee parmi \es plan- tes d'amour , que les anciens designoient sous le nom de philtres. Plukenet en indique d'autres 5 il ap- pelle la premiere , Scorpio'ides pinguifolium triphyl^- Ion , corniculis articulatis intortis : si ses feuilles ap- pliquees avec de la salive sur la peau y causent de la rongeur, c'est un signe d'amour 5 si elles font elever des pustules, c'est un signe de haine. ( Almag. botan. y p. 337, 6. Amalth. botan. , p. 189- 2). C'est V Orni' thopus scorpio'ides , Linn. La seconde est designee sous le nom de Convolvulus exoticus , annuus foliis Myriophilli(^A\m.2L^. botan., p. 117-3. Mantiss., pag. 55). Les Malais regardent le sue de eette plante comme tres efficace. C'est i.''Ipo- maea quamoclit. Linn. La troisieme est VHerha amatoriis efficax , quae circa Troglodytarum insulam «a5c//wr. Apud Plin. lib. i3, cap. 25. Plukenet pense qu'il s'agit d'une espece de sensitive qu'il appelle mimosa humilis , Ind. orient. , simpliciter pinnatistamarindi foliis , Jloribus corona- tUs flavis , lituris rubris eleganter strictis. ( Almig. (49 ) batan. , p. 252 , 8. Mantiss. , p. i3i ). C'est VOxalis sensitiva. Linn. Enfinsous larubrique Laurifolialnd. or/e«^.(Cerbera manghas), Plukf.net ( ^//zaM. , p. i3o,^.) cite avec doute la plante Rhaphani ( i ) , appelee Attire- chevaUx(?)!vw.^ lib. 12, cap. 8) , etrapporte les contes fails sur elle. On sail aujourd''hui que les proprietes merveilleuses, attiibuees aux diverses plantes d'amour que nous ve- nons de citer , sont nulles , et qu'elles avoient leur source dans la forme de ces plantes , dans la couleur de leur sue propre, et dans I'etonnement que causoient les phenomenes d'irritabilite vegetale offerts par quel- ques-unes d'entre elles. Une autre plante dont parle C. Bauhin, est celle(2) que I'on dit avoir la propriete A.s pronostiquerla. vie ou la mort aux malades. cc On mettoit cette plante en la main gauche du « inalade que I'on tenoit long-temps serree. Si le ma- ce lade devoit en ^cbapper , il devenoit joyeux et aile- cc gre; mais s'il devoit en mourir, il devenoit chagrin et ce fache. » ( Hist, gendr. des Plantes. Lyon, i663. fol. torn. 2 , pag. 747 > li-^'- xviii , ch. / J9 ). (1) Hippomagnesia. C. Schott physic, curlosa i368. Magia par. ir , lib. ir,c. 2 , p. 434. (2) Herba mortem, aut vitam in morbis praenuntians. C. B, Pin , p. 5' a. I Herba Peruana qii» vitam et mortem segris indirat. Jonst. Dendrol. P. 4ya, 5 //.... Earumdem, et TeoLlmatl{l^\>. cxxxiv), vJrium. N. B. La figure de cette plante , coplee de Nieremberg , est le fruit de riiiiagiuation de I'aitiste. 4 (5o) Raj (^ Hist. Plant. , torn, z , pag. i/^gS ) regards avec raison comme une fable ce que I'on dit de cette plante. Mais en se rappelant que les Brasiliens etoient tres superstitieux ( Guil. Pison , med. Brasil. , liv. 3, J>cg. 4o) , on trouvera flicilement I'origine du prejuge dont nous nous occupons. A def.iut de medicamens po- sltifs , ces peuples , ainsi que beaucoup d'autres , ont eu lecours a des pratiques superstitieuses , telle que celle de placer dans la main gauclie du malade une plante particuliere. Le desir de connoitre I'avenir, de deviner Tissue de la maladie , aura fait supposer entre elle et la plante un rapport mysterieux , semblable a celui que les astrologues admettoient dans leurs talis- mans, les mesmeriens dans Icur magnetisme , les char- latans dans leur baume , etc. etc. Ne voit-on pas encore de nos jours une foule de bonnes femmes pretendre suivre le developpement de I'orlfice de I'uterus dans I'accouchenient ( Jonston , Dendr. , pcig- 40^)') ^n observant le phenomene hy- grometrique de la rose de Jerico (i), ( tige dess6cliee de VAnastatica hierochuntica, Linn.), qui se res* serre par la dessication et qui s'epanouit dans I'eau phenomene qu'cffrent les mousses, etdontlacontre-partie (\) Rosa Hieiiclumtina. Jonst. Dendr. p. 4o3-iii, 5. / j tab. CXI , ou elle est representee cinq fois. Arbor in Sofala — a(puAAo; Jonst. Dendr. p. 4yo , 5. xruz. Arbor sine foliis. C. B. Pin. index ? Plukenet( Almag. p. 3o6 ) rapportoit , avec doute a la verite , 1' Arbor sine foliis C. B. P. a son Prunifera jamaicsncis fructu rubra , cujus ante maturilalem Jolia non promit, qui en est tres tlifftirent, et qui me paroit etre le Macaxocotlifera. (Jonst. Dendr. p. 8o ,i i3. ) ou Prune de cerf. Nieremb. H. N. exot. lib. XII- J c. 6i , p. 3 18. (5i) s' observe aussi dans la vesseloup hygromt5trique ( Geas- trumhygrometr. Dec. Fl.fr., to. i , p. 26S , n°.'j2o)y dontles divisions de sonenveloppe externe serecoquillent en dehors par un temps sec,et en dedans par iin tejnpa humide. A cette occasion , je rappellerai qu'il y a plusieurs vegetaux hygrometriques ; les parties des uns se resser- rent par I'humidite ( les ecailies des cones de pin , le» cils dii peristome de I'urne des mousses ) , tandis que d'autres s'epanouissent dans la menie circonsCance ; (la rose de J^rico) : la capsule de V AEnothera tetraptera qui se referme par la secheresse , et dont la dehiscence est singulierement favorisee par I'humidite , ( Bullet, Societ. philorn. 1818 , pag. i53. Journ. phys. 1819, janv., torn. 88 j pag. 97) : la capsule de la Ruellia antipoda , Linn. , qui plongee dans I'eau, eclate avec force , et lance vigoureusement les graines qu'elle con- tenoit. (Pi-UKENET, ^7/raa^. ,^. 167, tab. 186, f. 3). Les etamines des preles se contractent et se rouleng en spirale autour de I'ovaire , quand i'humidite les pe-» n^tre ; elles s'etendent comme les pattesd'une araignee, si-tdt qu'elles viennent a se dessecher. Dans ce der» nier cas, elles se deroulent par une elasticite de ressort si brusque et si ferme , qu'elles impriment un moiive. ment projectile au pistil auquel elles sont lixees , et s'elancent avec lui a une hauteur considerable , eu egard au poids infiniment leger de cette petite machine hygrometrique 5 souvent en moins d'une minute ceg bonds se rep^tent plusieurs fois, (IDict. Sc. nat, , tor/i, 3.U , p. 98), La troisi^me plants merveiUeuse doijt parle SauhiNj (52) est celle coiinue sons le nom de Baharas {\), On sup- posoit « que le solr cette plante brilloit d'lin vif eclat, cc qu'elle fuyoit celui qui vouloit la saisir, k moins que o prealdblement elle n'eut ete arrosee d'une maniere « particviliere , etc. etc. » Ce conte, fliit pai" Joseph ( de Bell, juda'i. ), a ete re- pete par tous les auteurs du moyen S.ge, et meme jusqu'au XVII. "^ siecle. II est un melange de la singularite qu'of- frent ies feua: follets , le bois phosphorescent , les ■vers luisans , (]^q\(\\\&s taupins , \es fulgores ( Nouv. Diet, tist. iiat. , edit. 2, torn. 26, pag. 6 ) , le Paussus sphaerocerus (Linnce. trans, iv ) , et les vertus suppo- sees de la mandragore. Je n'ai point parle de la ful- guration des fleurs de la capucine , observee d'abord par Mll^. Linne , etensuite par son pere (^Juurn. phys. et d'hist. nat, par l'abbeY\oz\t.v. ., torn. 1 , pag. i3y , ■i7j3. fSvrier) , parce qu'elle est aujourd'hui, et avec juste raison , revoquee en doute par les Naturallstes. {^Nouv. Diet. d'Hist. natur. ^ 2..'^ edit., torn. 6, p. ^48). La Baharas n'est pas la seule plante sur laquelle on a reuni des proprietes appartenant a differens ^tres 5 il sulfit d'ouvrir les anciens livres d'histoire naturelle , pour s'assurer que frequemment cette cumulation avoit lieu , et qu'elle a donne naissance a des opinions bien etranges. On en a la preuve dans les pretendus arbres, (i) Baharas in Judaea radix colore flammae assimilis, circa yesperam veluti jubare fulgurans. C. B. Pin, p. 5i3. Jladix Baharas. Jonst. Dendrol. p. 5y2 , i. i ■ Cardan de rer. variet. lib. ri , c. 33. De subtilit. lib. riii. N- B. On ignore ce qu'elle etoit , dit un des coUaborateurs du nouY. diet, d'hist. nat. t5dit. 2 , torn. 26, p. 4- ( 53 ) dont les feiiilles se convertissent en canards ( «) > ct sur lesquels Guettard ( Nouv. Mem. , torn, i , pag» i44 ) 3- donne une savante dissertation : il a demontre que I'on avoit confondu ce qui a rapport aux conques anatiferes , qui souvent adlierent aux bois , avec ce qui regardoit une espece de canard ( anas erithropus , Linn. ) fort commune dans le nord , oii ces testacees sent tres abondans ; que la diminution des conques anatiferes, devorees par les canards , avoit fait croire a leur changement , et que I'amour du merveilleux avoit engage a dire que les feuilles des arbres , en tombant dans la mer , subissoient une metamorphose" et don- noient naissance a des canards : cette extravagance avoit deja ete refutee des le xni.^ siecle par Albert le Grand. On en a une seconde preuve dans ces arbres , dont les fru its sont, dit-on , des /tuitres (2) : il ne s'agit cependant que de la circonstance que presentent.les Mangliers {Rhizophora mangle, Linn. ) , dont les ra- cines et meme les branches pendantes et plongees dans I'eau , sont souvent chargees d'huitres ( Ostrea para- sitica , Gmel. S. N. , ed. ssiii , torn, i , pag. 333ff, n.° i t6 ) , regardees comme tres delicates par les na- vigateurs. (1) Arbores anatiferae. C. B. Pin ,p. 5i3. Arbor in Orcadibus etHibriJis insulisanatifera Jonst. Dendr. p. 4-yt J ?. xxr. Tab. cxxxir, sur laquelle est une niauvaise figure du Lepas anatijera , Linn. (a) Fructus ostraceis non dissimilis arboribus nascens. C. B. Fin , p. 5i4: Arbor Ostreifera. Joust. Dendr, p. 4-yo , ?. xr. Une troisieine preiive se tire des arbres, doht on dfl que \esfeuilles ntarchent(^i)t Les Phyllies i-essemblent a des feuilles 5 les P/^a^/we^^ a des brins de bois (2). La ressemblance de certains insectes ortbopteres ^ lM.a7itis gongy lodes -gigas , avec des petits rameaux Sees ou des feuilles d'arbres , a donne naissance a ce conte ) et a sa contre-partie attestee par Pisoi* ( Hist, tiat. ei medic. , pag. 3 tj , lib- r , cap. xxt. Gaayara, Mantis gongylodes , Linn. ) , qui regrette de ne pou- Toir ofliir an lecteur la plante dans laquelle s'etoit transforme un de ces insectes ( mantis gongylodes ) y parce que le dessin a ete egare dans la traversee. Pison aura confondu la ressemblance de certaines feuilles aveC I'insect'e. On doit egalemeiit rapporter ici les pretendues raou- cbes vegetantes de Cayenne (3) , monclies vegetantes des Cara'ibes, observees d'abord par Joseph Torrubia i ce sonfc les Clavaria militaris-soboliferd qui ne crois- sent que sur les nymphes de Cigales. ( Act. Paris. 1769. pag. /^fyj , tab. 4- l^fiziER j Obs. phys. 1771 ^ tom. 1 , part. 2 , p. 238 , tab. 2 , f. 6 . 6. ijji^ juin. torn, ri f part. 2.^ , p. /^ip-zoo ). (1) Arbor Foliis ambulantibus. C. h. Pin,p, Si3. Arbor Frondiviva. Jonst. Dendr. p. A-68 , {. ir. Arbor in Borneo insula. Jonst. Dendr. p. 4-yt , 5. xXt^i. (2) N. D. H. N. , eel. 2, t. 25, p. 5o6 ; t. 26 , p. 29. (S) Waltok- Phil, irans. vol. Liii,p. 2j , tab. 33 , f. i. SeeLigman aves, jascicul. ix,tab. 2j. teoMNET. Contempt, de la nat. Part, x , p. ^7. HoBiiJbT. De la nature. Tom. 4-, p. tyf. SpALi.ANZA.5ri. Obs. microsc. p. 24g , tab. 6. MitLER. lllust. of. syst. sex. tab. ultint.fg. dextra infer. (55) La SpJiaeria entomorhiza ( Encycl. metli. diet. bot. torn. VII , pag. 326 , n°. 9) croit sur les larves d'in- sectes ; et cette observation avoit dej^ etd faite par un savant ( Act. Paris, 1769 , p. 4yo , tab. 6,f. i-^), qui avoit trouve sur des larves de scarabees une spherie pareille ou analogue. Una quatrieme preuve est fournie par les denomina- tions equivoques, qui transportent a des substances des proprietes qui ne leur appartiennent pas : c'est ainsi que JoNSTON parle d'un arbrc (1) qui , la nuit, est en- loure d'un essaim de mouches luisantes. Ces niouchcs peuvent etre des fulgores ou des taupins cucujo ( elater noctilucus , Linn. ); mais je ne sache point que I'oii ait observe qu'elles preferoient , pour se rassembler , •un arbre a un autre. Aussi Plukenet ( Almag. , p. n.'i&^Lucinium arbor tiliaefoliis majoribus americanum, t.ioi.f. 3. Amyris balsamifera , Linn.) rapporte-t-il dans la synonymie de son Lucinium , avec doute , a la verite , I'arbre des mouches luisantes de Jonston. A cette occasion , il observe que dans les Barbades , le iMcinium arbor , etc . , est designe , par quelques per- sonnes , sous le nom de Light-wood , non a cause de la lumiere qu'il repand, mais a cause de la legerete de son bois. J'observerai que Jacques Bontius ( Hist. nat. et med. Ind. orient, , pag. 86 , lib. r , cap. j^xjcijcz), dit qu'au Japon il croit une plante , de la forme d'un palmier , qui , si elle est mouillee par la plule , meurt sur-le-champ , a moins qu'on ne I'arrache aussi-t6t (1) Arbor Muscarum splendentium. Johst. Dend. p. 4yt , i. xxrii. (56) pout la porter dans un lieu sec , afin <3e la replanlef ensuite , etc. Je pense qu'il y a ici equivoque , et que palmae figura qui se trouve dans le texte , ne doit point ^tre traduit ^2.x Jigure de palmier, mais imitant la paume de la main. Alors on reconnoit dans la plante dont parle BontiuS , un cactier a articulations comprim^es, uiieraquette ouiuiedesautresplantes grasses, qui eneffet pourrissent par la grande humidite , et ne pfosperent que dans les climats cliauds et les terrains sees. Jonst. {Dendr., pag. 66, col. //^) I'avoit deja dit du cactus opuTitia ^ Linn : pluviae , qua facile corrumpitur , ini- mica> J'ai juge les developpemens qui precedent, necessai- res pour venir a I'appui de ce qui me reste a dire sur la racirie de Baharas , a laquelle on a attribue la pro- priete des vers luisans {lampyris noctiluca , etc. ) dont ]a lumiere n'est apparente que la nuit ; celle Aq% feux follets qui fuient ceux qui les poursuivent , et celles de \a.mandragore sur laquelle on a faittant de contes. La Mandragore (J. Bauhin, Hist. Plant., torn. 3, pag. 614-617. Diet, dcs Sc. medicales , torn. 3o , p. 424 ^t suiv, ) avoit des proprietes merveilieuses 5 on Temployoit a beaucoup d'usagas superstitieux j on lui attribuoit la vertu de rendre fecondes les femmes ste- riles , etc. etc. ; aussi cherchoit-on a se procurer un ob- jet aussi precieux , et les charlatans tiroient un grand parti de la credulite du vuigaire. lis preparoient la man- dragore, non-seulement avec la racine de la plante qui en porte anjourd'hui le nom i^atropa mandragora ,\-,\-si .)^ mais encore avec des racines de guimauve {^althaea offici- nalis f Linn. ), de bardanne ( aretium lappa , Linn. ) y (5?) tJ'Angelique {angelica archangelica , Linn, (i)), etc. etc. Us en faisoient de metal, de verre, de pierrcs , de bois. Ces mandragoyes representoient souvent la fbrme hu- maiiie toute entiere , et quelquefois la partie inferieure seulement. EUes etoient connues en Ailemagne sous le nom de racincs d'alrune , alraune . figures alru- niques. Gleditsch( Kquv. Mem. de I' Acad, de Berlin y J 778 > pag. 36 et suiv. ) donne sur la Mandragore una dissertation curieuse. II cite a cette occasion un ancien manuscrit de Dioscoride , acliele en i562 par Auger BusBECQ pendant son ambassade a Constantinople, de ia part de la cour de Vienne. Ce manuscrit du v.^ sie- cle , est en parcliemin ; il fait partie de ceux de la bi- bliotlieque de Vienne 5 il offre deux figures on tableaux relatifs a la Mandragore , et au moyen qu'il falloit em- ployer pour se la procurer : I'un d'eiix (^ grave a' la ta- ble 3 , p. 61 des nouv. Mem. Berlin , 1 778 ) porte au has : Canem ( radicem ) evellentem deinde morienteni ; parce que I'on pretendoit que celui qui arrachoit la racine mourroit sur-le-champ , et que , pour eviter ce malheur , on se servoit d'un cliien pour I'arracher. Un ancien medecin, appele Luth-F.-Dallah , avoit deja cherclie a detruire le conte de la Mandragore ; il regardoit comme une fable la necessite d'eniployer un cliien pour I'arracher , et il dit positivement que la clarte du Baratas depend des Vers luisans qui sorit quelquefois poses sur la plante. Leonard Plukenet , celebre botaniste anglais , A. (1) Mahght Biblioth.pharmaceulico-medica, torn. 3 ,p.ao8. (58) I'articleNinzin, *ee Ginseng (^/ota^. /). zS3 , tah. i6i, /• 7. Mantiss. p. ]35. Amalth. p. i52-i54- ) > pense que la racine de cette plante (^Panax quinque folium, Ijinn. ) , a cause des proprietes aphrodisiaques dont oa I'a dit douee , est la Mandragore. II rapporte egale- ment a cette merae racine ce que I'on dit de la lu- miere de la Baharas. II s'appuie sur le rapport d'un temoin oculaire , qui lui a assure positivenient que le Ginseng, avant d'avoir des feuilles , jette de la lumiere pendant la nuit. Si le personnage cite par Plukenet a vu ce qu'il dit , il n'y a pas de doute qii'il n'ait ete trompe par la presence d'un ver luisant sur la racing de Ginseng. Quelques commentateurs ( 1 ) ont cru que la Man- dragore etoit le Dudai'm ^ mais M. Virey a tres bien prouve que ce puissant analeptique est le Saiep (2). (i) Jacobi Thomasii de Mandragora disputatio.Lipsiae, i655, 4.0 Hall. 1739 , 4.0 Andrea. Holzbom de Mandragora. Utrecht, 169^, 4" Olai RuDBECK iilii de Mandragora disputatio. Upsal. 1710, 8.° icon. (2) II n'a pas ete si lieureux en disant ( nouv. Diet. d'Hist. nat., edit. 2, torn. 22, p. .576). m Nerp de Boeuf. On nomme « ainsi les tendons de cet animal, que les bouchers font secher « pourservirde fortes courroies. On prend ordinnirement pour « cela les tendons de la jambe et du calcaneum , qui corres- n pondent an tendon d'Achille dans I'lioinme. » N.B. Tout le monde salt que le nerfde boeuf n'est que la verge dessechee de cet animal , et que les pedagogues s'en servoient jadis pour corriger les enfans confies a leurs soins. Cette petite note doit etre jointe a celle ( seance pub. acad. Dijon, 1818, p. Si ), qu'a provoquee I'article MESEKTiRE( Noup'. ( ^9 ) i3'aulres cAmmentaleurs ont cru que la Mandragore ietoit la Baharas : ils ont raison s'ils se servent du mot Mandragore pour designer une racine quelconque , douee de proprietes fantastiques. A cette occasion , je rappellerai qu'il existe dans beaucoup de cabinets de curieux , des racines tr^s dures , Diet. d'Hist. nat. , edit, a , torn, xx , p. 333 ). On peut y joindre les suivantes : GuACATANE. Plante indiquee par Monardus ^ asse2 semLlable ail PoLiuM, iiiais inodore. Cette plante paroit dtre une Ger- MA?fDRER.(LN ).Nouv. Dict. d'Hist. nat. ,ed. 3,t. i3 ,p.565. Obs. En consultant I'histoire generale des plantes de Lyon, j'ai trouve ( torn. 3, p. 'p46 , livre xriii , chap. i38 ) la figure de la petite plante que Monardes avoit rejue de la nnuvelle Espagne ; cette figure represente le fruit du Cornaret angu- leux , Martynia angulosa , Lam. [Enc. mel/i. , lorn. 3 ^ p. H3> 11.° a), qui croit k la VeraCruz. Le redacteur de I'art. du nouv. Did. d'Hist. naturelle , edit, s , s'est coutentu de recourir au Pinax de C. Bauhin, oii il a trouve ( p. .22/, n.° ri ) Polio affims Guacalane : il n'a point cherclie a s'assurer qu'elle etoit la plante dont parle Monardes , qui n'etant point un botaniste hiibile ( Toy. Holler , Bibliot. hotan. , torn, i , p. 333. ), a pris dans cette circonstance pour des feuilles les pointes de la capsule recourbees en crochet. Alvarde. Lygeum Sparturn , Linn. Lygeum Spathaceum. Lam. Bncycl. mSlh. bat. , torn. 1 , p. g6. Cette plante qui croit en Espagne, oii elle est employee k clivers usages , a ete d^crite deux fois par C. B auhin. Voy. Pin.,, p. 5 ct p. 396. Grarnen Sparteum 3. Paniculd brevi folliculo inclusa. C. B. Pin, p. 5. n. Sparturn sterile. C. B. Pin , p. ,196. vi. Jonst. Dendr. p. 3yS , 5. K. Sparturn sterile. Sur la premiere citation tous les botanistes sont il'accord ; et en lisant le. petit extrait qui est au-dessous de la seconde , il ne rcstcra aucun doutc. Sparti genus in Hispa- nia et u4J'rica, juncus proprie aridi soU , quod neque folium , (6o) a fibres contournees , auxquelles , ^vtc tres peu (Je travail , on a donne la figure d'lin homme , ou , si I'on veut, d'lin magot chinois. Ces racines sont connues sous le nom de Mandragores : on les regarde vulgairement comme appartenant a un roseau des Indes ; c'est une erreur. Ces sortes de Mandragores s'obtiennent avec neque florent , iieque semen fert , qui aA vATia utuntur. Guiland. pap. En reflecliissant sur cette courte note , on s'assurera que Guilandiniis aura ete trompe par le nom vulgaire tie Sparlum , que quelques anciens ont donne a VAlvarde ,• il ne se sera plus rappele cette derniere plante , et il aura cru que la denomination de Spartum n'avoit jamais ete donnee qu'a des plantes legumi- iieuses ; ne voyant point de fleurs papillonacees sur I'Alvarde dent les feuilles sent d'ailleurs tres petites, il a fait sa descrip- tion en detaillant seulement des caractcres negatif's. Serpentaire grande de Matthiol. ( Hist, gener. des planles. Lyon, i653 , fol. torn, i , p. 4-yo , Uv. xr , chap, xxri ), vue a Treiite et a Venise par Matthiol, qui dit qu'elle a la racine en forme de rave. Dracwiculus bistorlce folio. C. B. Pin, p. 19I, i. C. Bauhin avoue n'avoir pas \ti cette plante ; il rapporfe que Dodonee doute de son existence, et que si cette plante cxiste, elle est une espece ile Bistorte. Pena dit que matgre ses recherches il n 'a point trouve cette plante , et Guilandiniis avance que la figure est de fantaisie. Il paroit que presque tons les botanistes ont adopte cette derniere opinion , puisque Gili- bert ( Hist, des Planles d 'Europe , ou elemens de botanique pra- tique, Lyon, I'jgS, torn. 3 , pao. 4^5 , n.° 435) dil -fig-fict. dans saSynonymieliuneo-Matihiolienne. On ne pent plus uieiaujour- d'hui I'existence de la grande Serpentaire trouvee et decrite par Matthiole , puisque Plukenet en a doune la gravure et la des- cription sous le nom de Arwncaulescens Rumicis a^restis fnliis sibi invicem implicitis , Virginianum. Pluken. jilmag. Sot. p. So , tab. ay t ,f. 3. Jlinalth. p. J7 — 3g. La suppression que J. Ant. Saracenus ( Sarrazin) a faite d'un (6i) des racinesde Chine {smilax china, Linn. ) ; j'en tire la preuve de la texture des racines et des ecliantillons qui faisoient partie Aes productions vegetales envoy ees a I'Academie par S. A. S. Mg'. le prince de Condje. {Regist. de. I' Acad. , stance dii 26 avril 1776 ). Les echanlillons portoient I'etiquette suivante : Ra- cines de Chine travaillees , et vulgairenient appelees chapitre des commentaires de Matthiole sur Dioscoride de dra- contio , a fait croire que la (igure ile Matlhiole eloit de fantaisie. Rariora novae aiigliae. Jo. Josselin , p. 4'(. 11 seroit possible que la plante decrite par Plukenet fut VAmin Seguinam , Linn., et dans ce cas il laudioit de nouveau d^crire la {^rande serpentaire de Matthiole , parce que je ne pense pas qu'elle soit la niduie que le Gouet veneneux ou la Seguine. Au surplus c'est une veriKcation a f'aire. Dracunculus S. Serpentaria major , IFeinmann. t. 2 , p. 365, tab. 472, lit. a, cuUivee dans les jardins oil elle fleurit en juia et juillet. Cette Serpentaire est entierement differente de celle appel^e Serpentaria mirabilis montana. Sidereon. Raj, Hist. Plant. , iom.3,pag.656, 5 4. Haller, Bibliot. bolan. torn. i ,pag. sgi , n.^ (c) ; torn. 2 , pag. 2o3. Weimiiann Phythanthoza icono- graphia, torn, iv, p. 323, tab. 916, lit. a. Commerc. litterar. Norimberg. .738, p. 377-379 , tab. vii, f. 12-14. La meri'eilleuse Serpentaire de moiitagne est une figure de fantaisie , faite sur une plante qui croit spontanement dans les inontagnes de la Styrie et de la Hongrie; plante que Mu?i- tingius a cultiv^e pendant sept ans dans son jardin , oii elle a fleuri sans donncr de fruit , et qui est la niSine que la Spacca- locchio. ( C. del Durante. Herb. p. 443 ). Le dessinateur a place une dtoile dans le centre de la tige (a I'imitation de celle qui sa trouve au printemps dans la Cliausse- trape, Centaurea Calcitrapa. Lix. ) pour reprosenter la (leur, et a dessinii un serpent la gueule beanie, a la place de la ner- Ture principale des feuilles. Les botanistes de la Styrie ou de la Hongrie pourront peut- *tre retrouver la plante doiit a pavle Muj^tiiigius. (62) Mandragore ( Voy. Journ. M. S. pour servir au ca- talogiie du Cabinet d'Hist. 7iatur. de I' Acad, des sciences, arts et belles-lettres de Dijon, pig. izS , 11°. 25). Ces sortes de raclnes ont ete designees par Ai.dr,o- VANDE {Monstror. historia... Bononiae , \(i\i ^ foliOf pag. i35. G'o(). Jig. , pag. 136-670) , sous la nom da radix Andromorphos. La 2.^ edition dii nouv. Diet. d'Hist. nat. ne donnant aucun detail a ce siijet , j'ai cru qu'il etoit necessaire de publier cette note , en fa- veiir des curieux dans les cabinets destjuels se trouvent ces racines. L'arbuste qui rapporte des agneaux (i) est nn conto fonde sur Tadresse de quelques trompeurs qui facon- noient la racine d'une espece de fougere ( Polypodiurrt horametz , Linn. ; Dicksonia culcita , Lherit. ) ; et lui donnoient la figure d'un animal porte-laine : comrae ^ avecune peau de raie on faisoitdes basilics,et avec una peau de serpent , garnie de sept tetes de belette , on avoit fait la fameuse hydre de Hambourg , etc. ( Seance publ. iSiy, pag. 23-23). Bauhin parle d'une j^lante qui a la propriete de rendre chaste (2). L'observation et I'experlence ont appris que certalnes substances agissoieut d'une maniere specijlque sur (1) Frutex Tartaricus C.B. Pin, p. 5/3. Frutex Scytliicus, Borametz. Jonst. Dendroh, p. 4yi ^ 5. /> tab. cxxxiv.Agnus Scj-thicus , figure de fanlaisie. (■2) Arbor venereos stimulos domans. C. B. Pin, pag. J,' .3, Jonst. Dendr. p. 4GS , 5. iix. (63) quelques-uns de nos organes, Tous les medecins sa- vent que le mercure agit sur les glandes salivaires j la graine du Pliellandrixim. aquaticum. , Linn. , sur le pouinon 5 le camphre et les cantharides , sur la vessie j ropium , sur le cerveau ; I'aloes , sur le rectum ; I'ell^- bore {^helleborus niger , Linn.) introduit dans I'esto- inac 5 determine I'inllammalion du rectum. ( Obfila , 2\aite des Poisons fO.,^ edit. torn. 2, p. 27 (1)5 ) la Bel- ladone , sur la pupilie ; la noix -vomique , sur les mus- cles ; la digitale , sur le coeur , etc. etc. 5 I'emploi du selgle ergote (2) paroit diriger toute son action sur I'uterus. {^Prdcis constit. medic, de Tours, i8i8 , 4*^ trimestre , p. 12). On connoit les effets des Nenuphars ( Nympkaea alba - lutea , Linn. ) ; on en attribue d'analogues au gatilier (3) {vitex agnus castas, Linn.), qui jadis etoit employe k Athenes. L'usage del'eau-de-viede datte,a laquellelesbabitans ajoutentles fruits de quelques Solarium et du piment, put contribuer a la microrchide, dont furent atteints plusieurs soldats de I'armee d'Egypte. ( Diet, scienc. med. torn. 33 , pag. 3yi. ) II ne seroit done point surprenant de trouver au Perou iin arbre qui possede les memes vertus. La superstition (1) Les lavemens de decoction de gratiole produisent la nym- pliomanie. Orfila, Traite des poisons , id. a. t. a^p.gS — gG. (2) Secale luxurians. C. B. Pin, p. 33 ^.iv. Ergot, Tessier , malad. des grains. Sclerotium clavus, Dec. Fl. fr. t. 5 , p. ii5 , n46f. (,i) Venereos impetus genitiiram dissolvendo infiiiigit. Hinc niatronis in Cereris sacro, ut castitatem servarent ex foliis lectiinn sternere suetum. Jonst. Dendrol. p. a56 , col. a. (^4) s'y sera jointe et aura porte les Indiens a n'employer jamais cet aibre, dont le bois est spongieux , pour faire du feu , dans la crainte de devenir impuissans. On rapporte qu'a la Chine il croit une plante ( i ) qui , dit-on , rend steriles ceux qxii ia mangent. C'est sans doute pour faire la contre-partie de ce qui precede , que I'on a suppose un arbre dont le fruit fe- conde (2). Dcs lotions avec la decoction des feuilles, des fleurs et des fruits du gatilier decoupe ( vitex negun- do ) passent pour rendre apte a la conception (3) {N. D. hist. nat. edit. 2.* t. 23, p. 472 ) j extrait de Jonst,, JDendrol- , p. 182 , qui ajouteyo/ia masticata stiniulos Veneris cohibent. II suffit d'enoncer ce conte pour en faire scntir le ridicule ; car il ne faut pas con- fondre cet effet avec celui des aphrodisiaqnes , parmi lesquels \''yignacath(^/[) ( Laurus pcrsea , Linn. ) jouoit iin des premiers r^les, sans compter la divinite payenne, ou ces saints que la superstition avoit rendus si celebres en Bretagne , et auxquels il ne faut pas ajouter exces- sive confiance , quoiqu'on ne puisse jias revoquer ea doute I'effet du phqsphore , des cantharides ^ etc. etc. Les fruits du briu d'amour (^Malpighia urens , Linn.) confits , passent a St. -Domingue pour aphrodisiaqnes. (1) Heiba Hoaco comesta steriles reddere putatur. Jonst. Dendiol , p. 4-'j2 , 5. ri. (a) Arbor I'luctu impraegnante. Jonst. DendroL p. 46S , 5. /. (3) Succus fiuticis ignei Tlepatli conceptioncm juvat. Jonst. Dendrolj p. i24, 5. ir. Cet arbre n'est pas coiiuu des l)o- tanistes uiodenies. . (4) Fructus validos adeo efficit ad coitiim , ut pvopiiis niira- culo sit ejus et'ficacia. Scalicer exercit. i36. Juit st. Dendrol ^ p. 42.5 , cqI. 1 . (65) Bauhin parle d'un arbre doiit \es feuilles se repUent lorsqu'on lis toiiche (i). Sous ce litre doivent etre rangees toutes les plantesf que I'on appelle sensitives : elles sont assez nom- breuses et appaitiennent i\ plusieurs families. Nous n'entreprendrons point d'expliquer ce plienomene dont la cause depend d'une irritahilite vdgetale , plus active chez certaines plantes que cliez d'auties. On peut d'ailleurs consulter I'excellent Memojre de M. Desfontaines ( Act. Paris. 1782) sur ce sujetjon en trouve un extralt dans le Journal de Physique ( torn. XXXI , part. 11. 1787 , decembre , p. 447 et guiv. ). Voici le noin des plantes oil cette propriete est le plus marquee : Mimosa pudica — viva — sen-' $itiva — casta — P'gra — prosfrata — (^uadrivalvis—» longisiliqua , Linn. Oxalis sensitiva , Linn. , k laquelle il faut rapper- ter les deux plantes indiquees par C. B. Pin, parr, 359 et 36o , sous les noms de Herba -viva foliia polypodii et Herba mimosa foliis faenu graeci sil- vestris , ainsi que I'a tres bien indique Pi,ukenet ( Almag. pag. 252 ). Jacob. Zanoni ( rarior. stirp. Hist. , p. ii\ , tab i3i , y. 2 ) en parle sous le jioju de Tadda veddi. JDionaeamuscipula f Linn, j appel^e vulgairement Attrape-mouche. (1) Arbor malavarensis , foliis tactu se contrahenilbus. C- S, Fin. p. 5i2. Arbor pudica. Jowst. Dendr.p. 468 , 5. r y tab. cxxxij. C'egt la figure de X Oxalis sensiliva. LiNff. fierl>a sentiens. Jpn«t. Dmdr< p. 4^3, 5, xm. 5 ( 66 ) Onoclea sensihilis , Linn. , dont le feuillage est si delicat qu'on ne peut le toucher sans q^u'il ne se fane et perisse. L'arbre Fontaine (i) est regarde par Raj {Hist, plant. , torn. i , pag. 1795 ) , et par Hallek. ( Bibl. botan. torn, 1 , p. 459) comine fabuleux. Cependant Jean Bauhin ( Hist, plant.... Ehroduni i65o ifol. torn, i , p. 4^3 , lib. iv , c. 25 ) , sous la rubrique Arbor aquam stillaris , donna la description A^un fragment de cet arbre que le due de Wirtemberg avoitrecu, le 20 juin 1600, de Paludanus. Le prince avoit ecrit lui-meine de sa main I'etiquette suivante : Mirabilis arbor ecc insuld dicta Ferro , quae arbor a. multis centenis annorum consistit, et quotidic tantiim fundit aquae , ut incolae satis pro potii habuerint. J. Bauhin , apres avoir decrit I'echantillon , rapporte ce que Benzo a ecrit de l'arbre merveilleux , de la ma- iiiere dont il a ete decouvert par I'indiscrelion d'une femme , eic. etc. Joseph Heukens dit avoir vu beaucoup de ces ar- bres enGuinee, mais aucun qui fournisse autant d'eau que celui de I'lle de Fer. Leonard Plukenet { Almag. botan. mantiss. pag, 171 , sous la rubrique ibid, ad lin. 3i , c'est-a-dire a Jjuplevrum fruticosum , Linn. ) , dit : An arbor mi- rabilis ex insuld Ferro aquam stillans (J. B. torn. 1 , (1) Arbor aquam funtlens , C. B. Pin, p. Sia. Jonst. Dendr. p. 4-6g , §. n , tab. cxxx/jj, offrant une figure de i'antaisie. Si las etrennes-mi^nonnes , curieuses , utiles et amusa^iites pour i8ig , Paris , chez Demoraine et Thebaut , etoient une autoiite , on pourroit temoigner sa surprise de ce que le conte se retrouye a la page 55. ( ^7 ) p. 4^5) ^-Z" qua forth sagapenum officinarum arbores enim ex quilns ingens aquarum scaturigo in insuld Ferro et Sancti Thomae ferulae sunt arborescen- tes , asserente TVossio. ( Not. in Pompon. Melam. ) II est surprenant que Plukenet, citant Jean Bauhin, ait adopte Popinion surannee de Vossius , lorsqu'il est demontre , par la description de Jean Bauliin, que I'arbre dont il s'agit est de la famille des palmiersj et qu'il a ete vu par plusieurs voyageurs. On sait que les Ndgres , qui habitent les rives du Congo , font usage d'une liqueur tres agreable , que I'on nomnie Palme-wine. C'est le sue qui decoule en. abondance d'une espece particuli^re etfort elevee de palmier , lorsqu'on perce le tronc pres du sommet. Ce sue possede a un degre ties remarquable la propriete si precieuse sous les tropiques, d'etancher promptement la soif. Les Negres ont remarqu^ que Poperation ne Tiussit que la nuit , et qu'apres le lever du soleil , il ne s'ecoule par la blessure du tranc que de tres petites quantit^s de liquide. ( Narrat. of expedit. by S. K, TucKEY , Annal. de Cliimie et de Fhys. i8i8. avril^ torn. VII, p. 421 ). Peron ( Koyag. de ddcouv. aux terres australes ), parle de I'arbre du voyageur , Ravenala Madagascar riensis , Sonnerat , ainsi appele , parce qu'il est de la plus grande ressource aux voyageurs , auxquels il fournit une boisson ttes salutaira , lorsqu'on perce I9 tronc ^ la naissance des feuilles. Dans nos pays , le bouleau fournit aux bergers qui en percent le tronc , une s^ve abondante qu'ils boivent aver, delices, II existe sur la proprii^te du chevalier JJanks j un bosquet compost d'une ceiitaiue de bou» (68) leaux , qui depuis plus de soixante ans fournissent une sorte de vin ; on y pratique alternativement la tere- bration tous les trois ans. ( Annates de I' Agriculture francaise , o..^ se'rie , torn, v , pag. 23i ). Plusieurs erables donnent aussi un fluide salutaire, lorsque I'on jierce leur tronc 5 tel que le Couton des Canadiens ( JoNST. Dendr. p. 110, §. 5), Acersaccharinum, Linn. Le Maguey, Agave cuhensis , Jacq., distille une eau douce at transparente , lorsqu'on en a arrache lesfeuilles interieures. La Caragate utriculee ( 1 ) , Tillandsia iitriculata , Linn. , conserve dans un reservoir inte- rieur, forme par I'elargissement de la base des feuilles, une assez grande quantite d'eau ou des pliues , ou des rosees tres abondantes , sous les zones torrides , pour desalterer les voyageurs. LaBandure de Qej\a.n^Nepent7iesdestillatoria, Linn. contient toujours dans les utricules operculees de ses vrilles , une certaine quantite d'eau. Beaucoup d'autres vegetaux offrent des reservoirs plus ou moins considerables. Maintenant, pour connoitre I'origine de la fable de I'arhre Fontaine , il suffit de se rappeler , 1.° le Pal- mier cite par tous les voyageurs , et dont Jean Bauhin a decrit un regime; 2°. que les hautes montagnes ont leurs sommets perpetuellement converts de vapeurs qui se resolvent continuellement en eau. « Au S. O. de la nouvelle Zelande est la baie obs- (1) Arbor foraminiilenta aqiioso humors plena, Jonst. Dendr. p. 4-Gg , 5. rii. L'auteura confondu I'arbre avec la plante parasite ( Tilland- sia utriculata ) qui croit sur lui. ( ^9 ) « cure ( Duski-bay)^ les montapnes de sacote sud sont K toujours couvertes de iiuages j les vapeurs se tc meuvent avec dilferens degres de vitesse sur le banc «c des colliues : elles enveloppcnt d'un broiiillard blanc K a demi-opaqiie , les arbres sur lesquels elles passent, « et se convertissent ensuite en bruine , en pluie « {^Second voy. de Cook. 4°« torn, i , p. 168). Le pic K d'Egmont est entoure d'un nuage ; les montagnes tc de Taiti sont huraectees par les brouillards suspen- cc dus tout le jour sur leurs cimes Tous les « voyageurs parlent des nuages adherens aux pics « d'Adam , de Teneriffe , etc. etc. r> ( Ducarla , Journ. Phys. 1784. torn. 23, pog- 3i-94 j torn. 24 ) pag. 392-456, des nuages parasites). En comparant les proprietes du Palmier vinifere et les phenomenes des nxiages parasites avec ce que I'on a raconte de I'arbre Fontaine , on reconnoit sur-le- cbamp I'origine du conte. Les premiers voyageurs auront confondu les deux phenomenes : pour rendre leur recit plus surprenant , ilsl'auront brode, et auront suppose que I'arbre ne crois- soit qu'a I'ile de Per, qu'il etoit unique , et qu'il duroit depuis plusieurs siccles. Cette derniere supposition etoit fo'urnie par I'arbre de mille ans(i), Ficus indica, Lam. ( Encyc. met. hot. torn. 2 , p. 498-8). (Jonst. Dendr. p. 48, §. Ill , p. 56. §. 8. ),qui subsiste pendant quelques ^iecles. Le nuage que I'on disoit envelopper la cime de I'arbre , prouve I'exactitude de i'explication que j'ai donnee. (1) Cienn^en. Jonst. Dendr. p. 4-yo , {. xri. Millenaria (70 Les AAfitiES surlesquels onbatlt des cabanes (i) nW* tien d'extraordinaire , puisque nous voyons quelque chose de semblable sur nos tilleuls d'Europe 5 celui du pOHtde Mayence, celui a, une lieue et demie d'Hesdin, etc. etc. ( JoNST. Dendr. jtJ. 31 1 , col. 2 ). Les arbres dont les voyageurs ont voulii parler, sont des fromagers; c'est I'espece appelee par LiNitE, Bom- bax ceiha, auquel le renflement (2) subereux qu'cffre son tronc vers sa partie moy enne , a valu ce nom ; c'est I'uH des plus gros vegetaux apies le Baobab {Diet. Sc. mid. torn. 3o , p c'est-a-dire , une espece de Lycogola , ou peut-etre une " espece de Vesse-loup ( Lycoperdon ). Nous engageons les Botanistes de la Capitale a visiter M. le Vicomte de Chateaubriand , pour le prier de leur faire voir les pommes de Sodorae qu'il possede 5 il leur sera facile alors de confirmer ou de detruire nos soupcons 5 et ils auront I'avantage d'eclaircir un point d'Histoire naturelle assez curieux. Le PiNDO (1) est une grande herbe que les Sauvages mettent au-dovant de leur porte , sur leurs fosses. Voyez Jean de Lery , qui n'a donne sur cette plante aucun autre renseignement , de sorte qu'on ne peut pas indi- quer a quel genre elle appartient. Les natureis ayant ^te presque tous extermines , il seroit difficile aujour- d'hui de retrouver tous les usages qu'ont observes les premiers voyageurs. Nous avons parle de la Corne (2) poussant des racines (1) Pindo Herbas c.iules aiit Palmarum ramos ad januas aediiim Brasiliani adponunt. C. B. Pin, p. 5i3. Jonst. Dendr. p. 473, I. XIV. (2) Cornu plantabile. C. B. Pin. p. 5i4' Jonst. Dendroid p. 473, «. XVI. (77) ( Seance publ. Acad, des Sc. , Arts et Bell. Lett, de DijoTif 1818, jo. 32). Nous rappellerons que I'arbre (1) qui portedes comes, est connu des Botanistes , sous le uom d'Acacie Porte- corne ( Mimosa Cornigera , Linn. ) , parce qu'en effet, a I'origine de chaque rameau , il a des epines grandes y creuses , arqu^es , et ressemblant , on ne peut mieux , a des comes de boeuf. J'ai pense faire plaisir aux Botanistes , en leur com- muniquant quelques synonymes de plantes ancienne- ment connues , et que I'on croyoit n'avoir point encore ete observ^es. Ce travail facilitera les recherches aux Savans, et pourra servir de supplement a des articles du Dictionnaire d'Histoire naturelle. A. Cropiot Americanorum ( Cxus. , Exot. ,1.2, c. 21 ; JoNST. , Dendr . , p. 182, §. iv , 3 , tab. iviii). C'est sous ce nom que I'Ecluse a parle de la feve du Tongo ( Coumarouna odorata, Aub. ), ( Seance cit. p. 60, n.° 77 ), dont on se sert encore aujourd'hui pour aro- matiser le tabac. B. Melissae species agrestis (Pison , Ind. , p. 242 ). Xochi copalli , id est , copal floridum , et Xarapisca ( Delaet , Ind. Occ. , 1. 5, c. 2 ; Jonst. , Dendr. , p. 3i4 J §• IX ). Sous ces noms , Pison et Delaet desi- gnent la Verveine odorante {Zapania citriodora , Enc. ni(5th. Bot. , torn. 8 , p. 84^ , n.° 19 ) , qui est aujour- d'hui si reclierchee en France a cause de son odeur. Plukenet ( Almag. , p. 247 , tab. 3c6 , /! 3 ) , trompe par Vindication de Pison , a donne a tort le (1) Arbor Cornigera. Jonst. Dendr. p. 368, 5- 11 1. tab. xcvt et p. 470, {. XVII. (78) Mellssae species agrestis , Pison , comme synonyms de la Melissa Jamai'cana odoratlssima. Ce sont deux plantes entierement differentes. Plukenet ( Almag. f p. i4o ) , ne s'attachant qu'i la disposition des feuilles , a rapporte , avec doute a la verite, a V Eupatorlum follls e/zM/o^? ( Eupatorium pur- pureum , Linn.; Eupatoiium verticillatum , Encycl. nietli. Bot. , torn. 2 , p. 4o5 , n.° 1 2 ) , le Xochicopalli , Delaet , qui n'y ressemble nuUement, ainsi qu'il est aise de s'en assurer , en se rappelant les caracteres de I'Eupatoire et ceux de la Verveine odorante. C. Chequinquammins Vlrginianorum ( Jonst. ^ Deudr. , p. 1 94 ) col. 3 , § m , extrait de Delaet ) ; c'est le Juglans nigra, Linn. , ou peut-etre, le Qnercus Phellos,y. Encycl. t. 1 ,p. 722,n.° iS.^; carles fruits de I'unet del' autre sont employes de la meme maniere. D. Floribundio ex arbore quae solum flores fert y fructus nunquam (Jonst. Dendr. , p. 343 , col 2,5). BoRACHERA arbor , cujusfoliorum succusexaquasump- tus , inebriat. (Jonst, Dendr., p. 4jo , §. xxiv). Flos iudicus arboreus Liliorum specie ( C. B. Pin., p. 470 > col. 2 , IV ). C'est la Stramoine en arbre {Datura ar- borea , Linn. ) , si repandue aujourd'liui dans nos jar- dins , et qui en effet ne fructifie point en Europe. E. Arbor Americana foliis salicis , incolis Xona- quilpatlis ( Jonst. , Dendr. , p. 44^ 5 §• xii ) , est la Spiraea salicifolia , Linn. , si commune aujourd'liui dans tons les jardins. F. Cistifolio , arhor exotica ( Jonst. , Dendr. , p. 412 , 12 , tab. cxv ; C. B. Pin. , p. 4^5 , xrii ) , de- $igne le Budleja globosa ( Encycl. , i , p. 5i3 , n. 3), arbuste agreable, cultive dans les jardins de Botanique. (79 ) G. Jasminum Brasilianum ( Jonst. , Dendr. , p. 429, §. vi) , figure a la table cxxi ,' sous le faux litre (1) de Jasminum luteum vulgo dictum bacciferum ( Jasmi- num fruticans , Linn. ) \ J asmini species ( Marcg. , Hist, plant. Brasil. , 1. i , c. 22 , p. 47 ) 5 allegue par Plukenet ( Almag. , p. 108 ) , sous le litre de Cle- matis Hederacea , Bucananthes siliquosa , indica , est le Bignonia radicans, Linn. , connu des jardiniers ^ sous le nom de Jasmin de Virginie. H. Saamouna ( PisoN , Ind. , p. i'j5 , cap. xxix j Med. Brasil. , p. 81 , c. 35 , Zamouna ) , est le Bom- hex Ceiba , Linn. Vid. supr. p. yo. Plukenet , qui ne s'etoit attache qu'aux feuilles , avoit regarde cet arbre , avec doute a la verite , comme (1) JoNSTON a plusieurs fois fait des transpositions pareilles ; tab. V , sous le litre : Frutex Brasiliensis innominatus , il donne k tort la figure du Guajeru tal). xxx ( Chrysobalaiius icaco ). Tab. XXII, sous le titre: Mucuitaiba , il donne la figure de YAninga-Iba ( Arum Seguinum , Linn. Encyc. 3 , p. i4> n.° 2^. ^ Tab. liiv , sous le titre : Canella de vtalo Linscholtani ( Laurus Cassia, Linn. ) Il donne la figure du Betre sive TembuL {Vi^tv Betle , Linn. ) qui se retrouveau bas de la m^me table a droite. Tab. xcv, sous le titre: Acacia joliis scorpioidis leguminosae Vedingii , il donne la figure du Siliqua dulcis { Ceratonia Si- liqua, Linn. ), qui est encore represente a la table ci. Tab. XXVI , sous le titre : Jamacani prima species ( denomi- nation employee par Pison pour dt^signer une espece de Cactier), JoNRTON donne la figure du Pitoma. repetee tab. xxx. Ces deux figures sont la copie en raccourci tie la plante appe'ee par PisoN ( Hist, nat., et medica^ lib. 4> c. 38, p. 196 ) Betys vel Betre , qui est un poivre , ou qui appartient a un genre voisin. JoNST. ( Dendr. p. 2o3, 5.1) parle de V Arbor Jucaje, il faut lire Jucaiae arbor j que ie soupjonne ^tre le Myrlus caryophillata , IjInn. (8o) eynonyme de son Pavia ( Almag. , p. 326), AEsculni Pavia , Linn. : s'il eut fait attention aux graines , aux epines qui recouvrent le tronc , et a sa texture sube- reuse , il auroit bien vu que le Saamouna n'appartenoit point k I'jffisculus. J. Karante , sive flos Persidis ( Jac. Zanonii , rar. stirp. Ilistoria f p. i35 , tab. lOo); c'est une mau- vaise figure de V Hibiscus mutahilis ^ Linn. , appele quelquefois Rose de la Chine. K. Siler frutice vero di Plinio (Jac. Zanon. , stirp, , p. i57, tab. 117)5 c'est le Rhamnus Alpinus , ainsi que le prouve la corolla a quatre petales , dessinee h. part sur la planche. L. Phillo overo foglio femina Indiana ( Zanon. , stirp., p. 233, tab. 181 ). Cette planche me paroit of- frir une mauvajse figure de la plante appelee par Linne y Clitoria ternatea, M. PoMPOQUABi (JoNST. , Deudr. , p. 6, §. vir , tab. v). c'est le Sapindus Saponaria j sa description est exacte , et la figure mauvaise. !N. SwERTz {Jlorilegium , part, ji , tab, 22 , n. 4 ) » sous le nom de Papaver Indiae occidentalis , Swertii. represente le fruit du Nelumbo ( Nymphaea Nelumbo, Linn. Nelumbo indica, JEncyc. mcth., torn. 4) />. 4^3, n. i. ) Swertz a eu tort d'indiquer cette plante comme ve- nant des Indes occidentales , puisqu'on ne la trouve qua dans les Indes orientales. O. Dans le has de la m^me planche , h. droite , cet auteur a represente , sans y ajouter de nom , une mau- yaise figure (repetee dans Buchoz , JDecad. 6 , tab. ix. Jig. 2 ), d'une plante qui par sa fleur ressemble a la (8i ) rose du Japon , Hortensia opuloTdes , mais qui en dlf- fere par les feuilles. P. Dalechamp ( Hist. gen. des plantes , torn, 7. , pag.y/^o , lib, xvxii , chap, cxxri ), donne , d'apres Pena, la description et la figure d'un fruit, sous le titre de : Gausses d'un arbre qui retire au rosage. C. Bauhin , Pin, pog. 4^4 > §• m? ^^ rapporte sous le titre de : Nerio siinilis arbor. II me parolt que cet echantillon appartlent au Ce- ropege porte-lustre , Ceropegia candelabrum. Linn, Q. Le fruit del'arbre Porte-Dragon {Hist, gen.des Plantes , Lyon , 2.^ vol. , p. 716 ; C. B. Pin. ^p. 5o5, col. 2, fructus Draconis arboris ex Monardes ; Jonst. , Dendr., p. 288, col. i , tab, lx^xi , Aceris cognata. Tilise folio Bengalensls, friictuamplissimis menibranulis circumcincto j Pluken. , iVfa/zi^/^^ jtj. 3, a/"/. 4» Z'- i30, art. 8, Angsana vel Angsava Javanica j Hort. Amste- lodani. , fol. 2i3, c, 109 5 H. J. N. Cranz, de dua- bus arboribus Draconis , 1768 , 4-° ) ? decrit et repre- sente par Monardes , qui y voyoit , en soulevant la premiere peau , la peinture d'un Saurien , est celui du Pterocarpus Draco , Linn. , c'est-a-dire , une gousse orbiculaire , grande , comprimee , d grosses nervures , tr^ssaillantes dans son milieu. Cette gousse, a une loge, contenant deux ou trois semences assez petites, ovales, oblongues, estenvironn^ea soncontourd'une large mem' brane I mince ^ ferme , entiere , nerveuse , etc. (i) (1) CoMMELiw ( Hort. Amstelodam. I , p- ai3 , cap. ieg , tab. log ) avoit deja reconiui I'identite des I'vuits du Pterocarpus Draco avec celui deci'it par Mow ab des. ( 82 ) L'empreinte des graines , les nervures de la gousse, ont represente un dessin qui en a impose a Monardes. R. C'est ainsiqueZANONi (Rarior. Stirpium Histor.^ p. 60, tab. 41 J sous le titre de Butua radix mosam- bicensis ; Ambiitua legno, Butua overo Brutua arbore) j represente I'Abutua a feuilies simples , et indique , sur la tranche des racines , un suleil. Cette figure est formee paries couches concentriques, et les rayons niedullaires qui y sont tres prononces ; de la meme ma- niere que la tranche des racines de la Pteris aquillna represente I'aigle de I'empire d'Allemagne , dont on croit trouver la figure dans deux lignes qui se croisent ^ dont I'origine et I'usage sont peu connus. Le meme dessin se voit aussi en coupant , en bee de flute, la tige de cette fougere par le bas : ce qui depend de I'organisation de cette tige , et de la disposition de cer- tains vaisseaux fort gros, dont on ignore encore les ve- ritables fonctions ( Bulliard , pi. 207 ) (1). S. Bake LI, nom d'un arbre dont parle Zanoni, j^. 43j tab. 28 , d'apres Mathieu de S. Joseph. Cet arbre croit pres de Negapatan , sur la c6te de Co- romandel ; a ses fleurs succedent des fruits qui ressem- blent a des oiseaux. (2) (1) Bignonla criicigera , Liif. a recti ce nom a raison de la fi- gure d'une croix que presente la coupe ti-ansversale de ses tiges. (2) Cast le VENDEjANG,espece d'arbre quiporte des fleurs de la grosseur du doigt, dont I'odeur est tres agreable; loisque le fruit commence ii se former, il a la figure d'un canard. Cet arbre est conimun dans le royaurae de Lahos. Duha.lde, Descript. geogr. hist, de Vempire de la Chine , t. 1 , p. io6 , col. 7. Comm. litt. Norimb. i738, p. i5j. (83) II est assez difficile de determiner exactement I'arbra dont on a voulu parler, Cependant , en examinant avec attention la figure , on reconnoit que la fleur appartieiit k une Malvacee , dont le fruit ovoi'de , alonge et fusiforiue j aura ete pris pour un oiseau. Get arbre a du rapport avec le Velaga ( Tab. regn. veget. par Ventenat , torn. 3 , p. icjS ) , ou avec le Quararibea ( Encycl. meth. Bot. , torn. 6 , /?. 33 ). T. L A MB A (^Ta/i on. p. i38, tab. 36, f. 3). Les fruits, de couleurd'or, ressemblent a une cerise. Les femmes s'en serventpourteinJre leurscheveux; maiselles se cacbent pour cette operation , parce qu'il est defendu , sous des peines severes , de cueillir ces fruits destines a la nour- riture desoiseaux. Quelques recherches que j'aie faites, je n'ai point encore trouv^ a quel genre appartient le Lamba. L'arbre Matuui (i) est certainement le Sterculier fetide ( Sterculia foetida , Linn. ), malgre que Plu- KENET, qui I'appelle Matuni {Almag. ,p. 266) , pense qu'il en differe. L'arbre de Sumatra (2) qui a pour racine wn grand vet , et qui se convertit en pierre , apres la chiite de ses feuiUes , est un conte fonde sur la forme' singuliere des raciues de Chine ( Smilaac China , Linn. ) , et sur les proprietes du Corail ( Isis nobilis , Linn. ), ou des autres Litbophytes. L'arbre du Chili (3), dont le pereKiRCHER dit que (i) Matuui arbor in sofala etc. Jowst. Dendr. p. 470? 5- xix. (2) Arbor In Sumatra etc. Jonst. Dendr. p. 4?° , 5. xx. (:'i) Arbor Chilensis cujus in foliis vermes prinio nascuntur} etc, Jonst. Dendr. p. 470, 5, xxt. (84) les feuilles portent des vers qui , en tombant a terre f se cliangent en serpens, est le resultat d'obser rations confuses faites sur des chenilles qui se nounissent des feuilles d'arbres situes dans des cantons ou les serpens sont communs. Ces larves , a I'epoque de leur transfor- mation , disparoissoient , parce qu'elles se cachoient; les serpens restoient , et on les supposoit produits par les chenilles , comme on croyoit que la Jackie {Rana pa~ radoxa , Linn. ) se convertissoit en poisson. Seba , Mus. I 5 , t. 78. Merian. , Surinam , t.ji. L'arbre des Philippines (i), dont les feuilles et les racines dirigees vers I'orient , sont salutaires , tandis que celles qui regardent le couchant , sont veneneuses , a ete invente pour rendre plus merveilleux les effets de I'lpo ( Antiaris Toxicaria , Lesch. ) \ de I'Ahouai Manghas (2) Cerbera Manghas , qui croit aux Indes Orientales, et dont le fruit est un poison 5 ou peut-etre, pour rappeler le figuier du Perou , ( Jonst., Dendr. , p. 56 , §. 1 ,Ficus Peruana): arbre portantdes feuilles et des fruits, duc6te du midi, quand I'ete est sur les mon- tagnes ; et lorsque I'ete est dans la plaine, qui en porta du c6te oppose. Ceconte paroit avoir sa source dans I'aU ternativedessaisonsque presentela presqu'ile en decadu Gange, dont la c6te orientale a I'ete , dans le moment oil la c6te occidentale essuie I'hiver. (1) Arbor Malacensis multis railicibus praedita. C. B. Fin,, p. 457. C. ScHOT, Magia pars iv. Syntagma i , c. 2, p. 366. Arbor Philippinarum insularum etc. Jonst. Dendr. p. 47® » {. XXII. (2) Cerbera Manglias. {uikasond siye ^rkasond. Z&noni p. 12, tab. 9. (85) Plukenet ( yJmaltJi. Sot. , p io3 , et Mantiss. t p. 86) , rapporte a tort cet arbre a son Galactoxylon , qui croit en Amerique , et que Sloane a designe sous le nom de Laurifolia arbor venenata. Cat, Jam. Le Baxana (i) est un arbre dont les fruits sont vene- neux 5 il croit dans le golfe d'Orniuz. Sa racine est uii contrepoison. Ceconte me paroitfabriquesur le Cerbera Manghas, Linn. , et peut-etre aussi sur les proprietes singulieres du Manioc ( Jatropha Manihot , Linn. ), dont la racine crue, ou le sue , est un violent poison ^ tandis que la racine cuite , on la fecule privee de son 8UC , par la compression , et soumise a Taction du feu , est un aliment salubre , que I'on regardoit jadiscomme un contrepoison. ( Pison , Ind. , p, \ i5 — 3o5 ; Marc grave , Brasil. , p. 65 ). Ces deux auteurs parlent d'une autre plante qu'ils ap- pellent Erva do Rato (2) ( Marcg. , Brasil. , ^. 60 ) , Tangaraca i.a ( Pison, Ind. , p. 3o2 j Pzukenet , Almag. , p. ^j ., tab. i/[/^ ^ f. 3 ) , dont la racine est le contrepoison des feuilles , des fleurs et des fruits , qui sont tres veneneux. On pent douter de ces recits , puis- qu'ils ne sont fondes que sur I'opinion des Brasiliens , qui avoient des idees tres superstitieuses 5 c'est ce qui (1) Arbor fructu venenato , radice venenorum antidoto. C. B. Pin, p. 5 1 2. Baxana. Jonst. Bendr. p. 47^,5. v. Encycl. meth. Solan., torn. 1, p. 391. Did. Sc. nat. , torn. 4» p- 161. Pluken. ( Mantiss. p. 23 ) dit : Baxana radicibus venena- tis fructu nirahix dicto antidoto et alexiterio. Ce qui est po- sitivement le conlraire. (2) Jonst. Dendr. p. 296, tab. lxsxii. Tangaracas secunda species, p. 467, {ix. (8M feSplique les proprletes deleteres qu'ils attribuoieni h quelques especes (i) d'acacies, parmi lesquelles I'obser- Vation n'en a pas encore demontre une nuisible. Cettehistoiremerveilleusen'auroit-ellepointsa source daiis les proprietes veneneuses du IVlancenillier (2) ( Hippomane Nlancinella , Linn. ) , et de I'Ahouai de Thevet ( Cerbera Ahouai, Linn.)? dont les effets out diietonner les premiers navigateurs ; aussi y a-t-il dans leurs recits beaucoup de confusion. Le Mancenillier a ete mentionne pour la premiere fois par Thevet (, Singiil. de la France antarctique , chap. Lxi ,_/b/. 118 verso ) , qui I'appelle : arbre qui porte un fruit gros comme un Esteu , et beau h. voir ( Hist. gdn..des Plant. , Lyon , torn, "z , p. 722 j Hv. xViii , chap, c5.11. Jean De Lery , (Hist. Voy. Bras. , /. 1 , c. 12 j p. 181 )^ le decrit sous le nora d'arbrisseaux portant fruits ressemblans a nos nefles ( Jonst. , Dendr. , p. 46, §. IV ). C. B. Pin. , p. 5i 2 , arbor , fructu Pilae magni- tudine. 6\ B. Pin. , p. 4^4 y Mespilo similis , fructu venenato. C. B. Pin, p. 4o5 , fructus orbicularis mi- nor , novem venis , ut et semen distinctum. Pluk. y u4lm. , p. 44? Mantiss. , p. 23 , arbor Americana j Mancinello diet. (t) La racine de V Aconitum anlhora , Linn , etoit regardee comme I'antidote des aiitres especes d'Acoiiit , et I'experience apprend que cette racine est un poison acre. Orfila, TraitS des poisons. Ed. 2 , torn. 2, p. 80. (2) Voy. pour le Mancenillier, Diet. So. medic, torn. 3(J > pp. 411 ft suiv» (87) L'arbre Porte or (i) est le fruit de I'lmagination. Les richesses acquises par les voyageurs qvii alloient en Amerique , avoient fait penser que I'or etoit extreme- inent commun dans ce pays , et qu'il se trouvoit meme dans les arbres. II seroit aussi possible qu'un arbre crois- sant sur un terrain aurifere , ait cte deracinc par un ou- ragan , que quelques paillettes d'or , melees avec la terre , soient restees adherentes aux racines , et aient contribue a propager le conte dont nous parlons. L'arbuste antipathique (2), dorit pai'le Kircher {Art. Magnet. , lib. in , p. 5io), a recu ce nom , parce que les fragmens de ses jeunes rameaux , coupes d'une certainef maniere , se repoussent ; ce qui forme une espece de jeu dont les enfans s'amusent. Cet arbuste est le MoUe a feuilles dentelees , ou Pol- vrier du FeTOu(Schinus Molie, Linn.); quant on dechire ses feuilles , il en sort un sue laiteux qui s'echappe par jets ; si I'on place les morceaux sur I'eau , ils recoivent a chaque ejaculation une impulsion qui les fait changer de place. {Noiiv. Diet, d'llist. nat. , edit. 2.^ , torn. xxr , p. s63 ). Si I'on secoue sur la superlicie d'une eau stagnante , couverte d'ordures , le lait du Titbymaie a feuilles rondes ( Euphorbia Peplus , Linn. ) , on voit sur-Ie- champ tous les corps heterogenes , qui la couvroient , se ranger sur les bords du vase ou du bassin , et I'eau devenir pure comme de I'eau de source ( Bul- (1) Arbor in Hispaniola quae auri venas habet. Jonst. Dendr, p. 471 , {. XXIII. (2) Frutex autipatheticus. Jonst, Dendrolj\>. 472, $. 11. (88) tTAiiD , Plant. vSne'fi. de la France ^ p. iiS ). Oil obtiendra le meme effet avec toutes les especes de Ti- tkyitiale. II ne faUt pas repeter souventcette experience Sur une eau dans laquelle il y auroit du poisson. Ce phenometie rappelle les attractions et les repulsions ^68 fragmetis de Camphre ou d'autres substances pla- cees sur I'eau, sur lesquelles on trouve un Memoire tres curieux dans les Annales de Chimie. Pour faire la contre-partie de I'arbre antipathiqu^ , KiRCHER ( loc. cit. ) , parle d'une plante (i) qui, pla- cee entre deux morceaux de bois , les unit si bien ^ qu'il faut une grande force pour les separer. II ne s'agit que de la propriete du sue visqueux de V Anona asiatica, donton sesertdanslepays,auxmemes Usages que la colle-forte dans celui-ci; oubien, du Nagas des Indes( A/e57^ayer/-ea, Linn.)) dontle fruit, avantla maturite , laisse ecouler un sue glutineux et extreme- inent tenace. La gomme resine de V Eucalypte resinifere , est si fiolide , que les naturels de la Nouvelle HoUande s'en servent pour fixer leurs baches de pierre aux manches y et qu'elle devient presque aussi dure que la pierre meme. Nouv. Diet. Sc. not., ed. 2, torn. 10 ^ p. 52.6. Plusieurs arbres ont un sue propre , tres visqueux y les Xanthorrhcea ( Annal. du Museum d'Hist.nat., torn. s.vir , p. 84) ; les Glutiers ou Sapium , etc. etc. Les fruits du Mangoustan du Malabar ( Garcinia JMalabarica ) contlennent un sue glutineux, si abon- (1) Herba attractira in insula Zellau. Jokst. Vendr., p. 473, fi. xt. (89) 3ant , qu'il s'ecliappe au travers de IVcorce 5 il est d'lm emploi commun pour faire de la colle ■, employee par les Pecheurs pour enduire leurs filets, afin de les con- server plus long-temps. ( Diet. Sc. med. , torn, xxx y /7. 436). L'lierbe d'ETHiopiE (1), qui eloigne les coquillages veneneux , est une plante dont je n'ai pu decouvrir le nom : I'article dans lequel il en est fait mention , ne donnant de details , ni sur la plante , ni sur les co- quillages. Cette propriete ne seroit-elle pas modelee sur celles de I'Opliiorrhize, de la racine d'Apinel {Aristolochia angiiicida) , etc. etc. ? L'herbe Quei (2) estle The ( Thea Viridis , Linn. ). L'herbe Lungsin (3), qui , mangee par les chevaux, leur donne de la force et de la vitesse , n'est peut- ^tre que I'avoine (Avena saliva, Linn. ), que I'on croit originaire de I'ile de Jean Fernandez. Ce n'est pas la graine de Jusquiame , Hyoscyamns niger , Linn.; e!le donne du feu aux chevaux , mais elle les fiiit maigrir. Les maquignons , pour engraisser promptement leurs chevaux , mettent, tous les matins, dans leur avoine , plein nn de de graines de Jusquiame. Mais cet embonpoint ne dure pas , et les chevaux ne tardent point a deperir entierement. (j) Herba AEtbiopica a qua venenataj cochleae abhorrent. JoNST. Dendr. p. 472, 5- iv. (h) Heiba Quei. Jonst. Dendr. p. 472 , 5. v. ('>) Heiha Lungsin. Jowst. Dendr. p. 472 , {. vii. ( 90 L'herbe Asbeste (i) est le mineral appele Amiante ^ ou lin incombustible f et dont on prepare des tissus | du papier, qu'ori nettoie en les jetant au feu. Le Feci (2) est le fruit de la Macre bicorne ( Trapa hicornis , Linn.^/. ) , plante qui est , a la Chine ) ou I'on en fait usage comme aliment, I'objet d'une culture reglee. Ce fruit n'a pas , corarae on Pa dit , la vertu ^ inis dans la bouche avec du cuivre, d'amollir le metal ^ et de le rendre susceptible d'etre broye avec les dents. C'est un conte qu'il faut ranger a c6te de celui que nous fait Bontius ( Ind, , p. 8&), en disant qu'il crolt, k Malacca , et dans quelques endroits du continent de I'Inde, une petite plante , dont la graine , qui imite I'orge , est plus noire et plus herisseej si I'on frotte les dents avec le sue de cette plante , elles peuvent broyer des cailloux. Je n'ai pas pu reconnoitre la plante dont a voulu jiarler Bontius. Si cette fable eAt ete faite dans les Indes Occiden- tales, on auroit pu facilement en expliquer I'origine , par la plante que Plukenet ( Almag. Bot. ) p- 80) , a designee sous le nom de Canna Indica sylvestris , fructu Saxcae duritiei , et Gypsi ad instar , mansu sub dentibus scruposo. En effet , le fruit de ce Bana- nier ayant la durete du platre , peut faire croire a ceux qui en mangent la premiere fois , qu'ils croquent de la pierre. (i) Herba Asbestos. Jonst. Dend.. p. 472 , {• x. (2) Feci f'nictiis sinensis. Jonst. Dendr. p. 473 , 5- xvii. Feci. DuHALDE , Descript. Chin. torn. 1 , p. 2^. 141. J74 » a confondu sous le nom de Petsi quelques especes de Ne- nuphar avec la Macre bicorne , bien indiquce par les details qu'il donne. ( 91 ) 11 est i croire que les cailloiix dont paile Bontius ^ tie sont que les graines dures de quelques vegetaux, telles que celles de la Larmille , Coix Lacryma Job. Linn. ; ou plut6t , quece n'est qu'une maniere inexacte de designer I'usuge que font les Indieiis , du mastica- toire compose de Betel , d'Arec ) et de chaux de co-" quilles calcinees. Jonst. , Dcndr , p. i5i , §. viii. L'herbe Yu (i ) , dont on fait des etoffes plus belles que la soie , est , suivant moi , le Byssus des Pinnes marines ( P/«7za , Linn. ). Peut-etre , ne sont-ce que ics fibres du Bananier, dont on fait les Nippis, {Nouv. Diet. d'Hist. nat. , edit. 2 , torn. 23 , /?. 4 ) > on celles du Murier a papier (^Broussonctiapapyrifera , Linn.^ sub Morus ). PruKENET ( Almag. , p. 2o3 , Mant. , p. 1 J 1 > Amalth., p. 128, sons la rubrique Kinsii. S. Byssini Aurei , herba Sinensium) , parle de l'herbe Yu. II cite les differens auteurs qui en ont parle , et rapporte les diverses substances vegetales qu'il croity avoir rapport. Mais toute sa synonymie n'eclaircit rien. II dit seule- ment qu'il y a «ine mousse doree , que I'on appelle laine d'agneau de Scythie ; mais il ne donne pas d'autre de- tail. Et I'on sait que la pretendue laine de l'agnea)x de Scythie , n'est que le duvet qui recouvre la racine avec laquelle on fait cette ressemblance d'animal. (1) Hcrba Yu. Jonst. Dendr. p. 472, 5- xii. Cette plante n'aiirnit-elle pas dii rapport avec o I'arbrisseau n singulicr, et assez semblable au licrrr, en ce qu'il grimpe en « liant et s'attache aux arbres ; il proiluir C. B. PiNAx, p. 5o8 , XV, Arbor exotica fructu dactylis simili. J. Bauhin , Hist, plant, f torn, t , p. 264, lib. 3, Cap. 8 , Arbor tinctoria. Jonst. Dertdr. , p. 146. Raj, Plant. 3, lib. jcjcir , p- 1 > torn. 7, p. 1^4 1 n.° 66 f Palma Guineaa. ( 95 ) Sloane , Jam, , torn. 2 , p. 2i5, Palma altissima Bon spinosa , fructu pruniforrai minore , racemo sparso. Jonst. Dendr. , pag. \I\S ^ in, Arbor tinctoria The- veti. Adanson, Senegal., p. 107. Palmiste, ses fruits sont dela grosseurd'une petitenoix, et recouverts d'une chair jaunatre dont on fait I'huile de Palme. Petr. Jon. Bergius , Materia medica , torn. 2, p. 8S2. Haller , Biblioth. botanica , torn.' t , p. 3oj , Oleum ex Senega croceum , violae odore. Excerpt, ex Cardani oper. , torn. 3 , p. 602. Ue subtilitate , lib. nil , Oleum admirabilis naturoe. D'autres plantes fournissent de i'huile odorante. LouREiRo parle d'une espdice de Camelli qui croit a la Cocliinchine , dont les semences fournissent une huile d'une odeur agreable. Encycl. suppl. 2 , p. 48 , col. 2. M. TouRNON , Docteur-Medecin , corres- pondant a Toulouse, a adresse a rAcademie ( zo janv. iSig ) une gravure de la f^alisne'' rle , qui represente les pleds male et femelle de cette plante, avec tous les details des or- ganes de la fructification : cette gravure est beaucoup plus exacte que celle donnee par Micheli, {^Nov. gen. plant, tab. lo). La sin- gularlte de la splrale qui porte les fleurs k pis- til , pour les soutenir constainment k la sur- face de I'eau , quel qu'en soit le niveaii , et la ( 9M manlere etonnante dont les fleurs a etamlnes sessiles, et submergees, se detaclient du pied male pour venir s'epanouir a la surface de I'eau, et feconder le pistil des fleurs I'emelles, off'rent un des phenomenes les plus surpre- xians dans le regne vegetal , et merltoient bien que Von donnat une representation exacte de cette plante si singuliere , que Ton peut appeler avec ralson une des merveilles de la nature. ME D EC I N E. Parmi les faits etranges qu'off're journel- lement I'etude des phenomenes de I'econo- mle vivante , M. V allot a clioisi celui que le hazard I'a mis a meme d'observer , et il en a consigne les details dans les registres de rA-cademle ( ^o dec. i8i8 ). Plusieurs historiens avoient revoque en doute la sin- gularite qu'offrit le fils de Louis XIII qui vint au monde avec deux dents : un pheno- mene plus extraordinaire est arrive dans no- tre ville au mois de decerabre dernier. La femme d'un manoeuvre est accouchee a terme d'un garcon bien conforme et bien portant , qui avoit cinq dents ^ la macholre inferieure, Ce fait rare n'est point unique , pulsque les ^phemerides des curieux de la nature (/)(?c. ij ( 97 ) an. 8, ohserv. ^j , p. y5. Dec. 3 , an. 3 , obs. y ,p- to) en rapportent des exemples, et que des auteurs attestent avoir vu des dents cliez le foetus. ( Haller , Physiologle, torn, nil J part, i , pag. 46 , §. jrx/). Ce fait, de pure curiosite, n'en merite pas moins ] 'attention de tous les physiologistes. Deux empoisonnemens accidentels , qui beureuseinent n'ont point enleve les indi- vidus, onteu lieu au mois de decembre der- nier J ils ont fourni le sujet d'une notice que M.Vallot a cominuniquee al'Academie ( lofdv. iSic) ) j il a pense qu'en signalant ces malheureux eveneinens , il engageroit les ouvriers a prendre plus de precautions lorsqu'ils emploient des substances veneneu-- ses ; et les gens credules , a avoir moins de conliance dans les conseils iinprudens des bonnes Jenimes. L'un des empoisonnemens eut'lleu sur un jeune homme qui, pour fabriquer du plomb de chasse , avoit augraente la dose d'arsenic jiecessaire h. la reussite de I'operation , et y avoit ajoutedeux gros de mercure. Ce jeune homtne se servit d'un instrument de fer, £t manche tr^s court, pour rompre Ja crouto 7 ( 9S ) fbrinee a la surface du ploinb foudu j au nieine moment, une grande quantite de va- peurs d'arsenic et de mercure se degage , le sujet de robservatlon les respire, et leureffet deletere se manifeste siir-le-champ par les symptSraes les plus alarmans. Les soins que I'auteur de cette observation a rendus au malade I'ont rappele a la viej mais les acci- dens de Terapoisonnement raetallique , quoi- que bien diminues , n'etoient point encore totalement dissipes , puisque le malade ne pouvoit point marcher seul. (i) Le second empoisonneraent a ete oliserve sur une domestique , qui , pour remedier k des douleurs dont elle etoit tourmentee a cliaque epoque menstruelle , prit , d'apres le conseil d'une ferarae , une forte decoction de laureole (Daphne laureola , Linn. ) qui produisit des accidens terribles , auxqviels I'auteur de la notice eut le bonlieur de re- medier tres efficacement. M. Chevrey (deSeurre),docteur-medecin, a envoye a 1' Academic (1-3, Janvier i8ig) un (1) Le sujet de cette observation est aujoiird'hui ( i.*' mai i8i^ ) gueri complettement. II est sorti de I'hApital pour retourner chez sou pere a Toulouse. ( 99 ) manuscrlt. Intitule : ConsldS rations physio- logiques et medicales sur le sommeil. L'auteur commence par preciser la diffe- rence physiologique qui se trouve entre I'etat de veille et I'etat de sommeil } il examine Taction des organes pendant ces deux pe- riodes qui partagent notre existence; il rap- pelle la division entre les organes , dont les uns servent a la vie organique , et les autres k la vie de relation , et il examine les clian- gemens que le sommeil araene dans chaque ordre de ces fonctions. L'ouvra^e est un precis de ce que les physiologistes modernes ont public sur le sommeil. ZOOLOGIE. M. Vallot a communique a I'Academie {^i^ janv. i8ig) des observations surdiverses productions marines, dont I'une est appelea le Boudin de mer ^ et I'autre la Crasse de mer : par le rapprochement des observations faites par divers auteurs qui ont parle de ces substances , M. Vallot demontre le rang qu'elles doivent ocfiuper dans les classifica- tions systematiques , et invite les naturalistes qui liabitent les bords de la mer , a renou- veler le§ observations pour confirmer ou de- truire les rapprochemens qu'il a faitsi. ( IGO ) gUR LE BOUDIN DE MER. Les observations, faites par des amateurs , serviroient bien plus aux progres de la science s'ils avoient Fatten tion de designer, par le nom systematique cpii leureonvient, les corps qu'iis examlnent. La negligence de cette precaution nous prive de Tavantage de profiter d'une foule d'observations plus interessantes les unes que les autres , et met les naturalistes presque dans I'impos- sibilite de les repeter pour s'assurer de leur exac* titude. Parmi les savans qui meritent ce reproche , je ne m a- dresserai, pour le moment, qu'a I'abbe Dicqueraare. II a enrichi le journal de physique de memoires tr^s curieux sur plusieurs animaux marins , dont quelques-uns ont eterapportes, par les naturalistes modernes, aux esp^ces systematiques auxquelles ils apparti6nnent ; mais dont d'autres sont jnsqu'a ce jour tellement restes incertains, que I'on seroit presque tente de nier leur existence : temoin, I'animal decrit par Dicquemare sous le nom de Boudin de mer. On est surpris queles naturalistes, qui sont all^s au Havre, n'aient pas examine , de nouveau , cet animal qui se trouve dans ces parages. Cette production , sous forme de tuyau mol , gros comme le pouce , long d'environ un pied , renferme un animal d'autant plus singulier qii'il contient une esp^ce d'elhiops plus epais que celui de la seche. ( Voy. jouni. phys. ijj8, octob., torn. XTi,part. xi , p. 286, tab. 1 ,fig' ' — •5. ) La structure singuliere de cet animal m'a engage k rechercher si quelques naturalistes n'en auroient pas fait mention. ( 101 ) Je trouve dans Rondelet ( de insectts et Zooph. liber, p. 110, cap. IV. Z)e ferme y.-uKpopvy^OTiOOt)' JDepis- cibus stagni marini liber p. i/[5. Lovgnslumbricus etc. Sub Tit. JDe Vermibus stagni marini. Edit, franc. p. j5. 102 , ) deux descriptions qui parolssent convenir exactement a cet animal, par la longueur, la grosseur et la forme quiimite celle d'unBouDiN, dontl'interieur ne contenoitque de I'eau et de la boue. Deslandes ( Mem. de I' Academic des sciences de Paris, lyzS , p. 4'^t , tab. /^ ) , pa'rle d'une espece de ver singuliere, longue de deux pieds et denii a trois pieds , offrant une galne coriace toute semblable a un cuir qu'on auroit laisse tremper dans I'eau. Sa queue (i)presque ronde decoupee, s'ouvre etse ferme comnie un parasol. Par cette queue le ver tenoit si fortement au bordage , qu'a peine pouvoit-on I'arracher avec la main. LiNNE ( Ainoenit. Academ. torn, ir , pog. '264 f tab. JIT , Jig. 6) , me paroit avoir parle du meme ver qu'il appelle Nereis Saccule induta. Si ce savant natu- raliste a en effet decrit le Boudin de mer , il I'aura designe posterieurement sons le nom de Sipunculus Saccatns , ( S. N. , ed. xir , p. 1078, n.° 2. ) GuETTARD ( iVfe/«., torn. Illy p. Sz) , parle de longs tuyaux membraneux , d'un pouce au moins de diametre, dans les glaises. Ce ver est aussi represente dans les planches de I'en- (1) Deslandes a ete induit en erreur par la forme de la tete de ce ver. Elle ressemble en effet a la queue de la larve de la mouclie armde, Stratiomys chamaeleon. ( 102 )• cyclopedie methodique. {Planch, vers mollusques , tab. Le savant et modeste Hermann , Professeur celebre d'histoire naturelle a Strasbourg, et dont la science deplorera long-temps la perte , frappe da la structure singuUere de ce ver , en avoit fait un genre particulier sous le nom de Thecospondyius , a cause d'une appa- rence d'articulation qu'offre la gravure de I'animal, et du fourreau qui le renferine. Dans le nouveau Dictionnaire d'histoire naturelle , ( edit. 2 , torn, ir , p. 26"/ , ) il est dit : Boudin d^ jiER ver h. tuyau qui paroit avoir beaucoup de rapport avec les Nereides. Get animal a besoin d'etre observe de nouveau. N. B. D'apres les gravures , je ne pense pas qu'il se rapproche des Nereides. Dans le Dictionnaire des sciences naturelles(^OOT. r, supl. p. 61 ^ art. BouDiN DE MER, ) on donne I'extrait de la note de I'abbe Dicquemare. On y a joint des re- flexions tres sensees sur I'inconvenance du nom, sur I'insuffisance des details donnes par I'abbe Dicquemare } mais on ne £iit aucun rapprochement du travail des autres observateurs sur ce ver. J'ai pense qu'en rapprochant les differens passages oii il est question de ce ver tubicole , je stimulerois la cu- riosite des naturalistes actuels, et que ceux du Hivre seront engages a verifier les caract^res d'un animal, sur le genre duquel on c'a point encore de donnees posi- tives ; a moins que ce ne soit effectivement le Sipun- culus Saccatus , ce que je serois porte a croire d'apres la concordance de la synonymie. * ( >o3 ) SUR LA CRASSE be MER. M. Lanioiireux ignore quelle est la natiire de la ma- tiere ecunieiise jaune , appelee crasse de la mer , qu'il soupconne etre lacause des qiialites deieteres des moules. Voy. sa lettre du 5 janvIer 1818 , Orfila. Traite des poisons, torn. 2, p. 5i8. Les details suivans serviront a eclaircir ce fait. GuETTARD etoit un naturaliste fort exact, ainsi qu'on peut s'en assurer en consultant les Memoires de I'Academie des sciences de Paris , et ceux qu'il a publics a part. On regrette seulement que les descrip- tions qu'il donne ne soient point assez exactes , et sur-tout qu'il n'ait pas adopte la metliode Linneenne pour la determination des especes dont il parle. II en resulte que beaucoup d'observations tres curieuses sont perdues, et qu'il est meme difficile de les repeter , soit par I'impossibilite de se transporter sur les lieux, soit par la difficulte de trouver dans ses ouvrages les des- criptions qu'il a donnees. En parcourant ses nouveaux Memoires (torn, r, p. i63 , torn. IT, p. 333), j'ai trouve I'observation suivantd qui me paroit curieuse : « Une Limace de mer, d'un beau jaune, depose des « masses d'oeufs, egalement d'une belle couleur jaune , tc qui forment , par leur ensemble, de longues et larges « especes de rubans Ce frai a I'air de rubans d'un cc beau jaune et grenus. Le grenu est forme paries oeufs a arranges symetriquement : lorsque ces ceufs sont cc eclos, les rubans sont parscmes de trous ( torn, if a p. i64- ) y> GuETTARD ( Memoires de I* Acadetnie des sciences ( io4 ) de Paris, ty6G. Fag. i6y), parle d'un Lievre Thdrtri j jautie citron, qui fait sortir du trou qu'il a sur le dos , Un panache feuillete, compose de plusieurs branches. Ses ceufs sont tres petits j ils forment par leur assem- blage desesp^ces de bandelettes d'un beau jaune citron. Ces ceufs sont lies par une matiere gluante et tenace qui preud une certaine consistance. On les trouve assez souvent repandus sur les bords de la mer du bas Poitou. Ce frai a ete observe par quelqiles anciens auteurs qui I'oiit decrit, comme une production marine , sous le Jiom ^ Alcyonium Taeniatum f autor. Alcyonium ver- miculatum flavescens. Tourn., 1. R. H. p. 577. CuviER (^rcgn. anim. , torn. 2. , p. 3go ), dit que le frai des Doris est en forme de bandes selatineuses re- pandues sur les pierres, les varecs. En lapprochant ces divers passages , je p6nse que I'on aemeureraconvaincu que I'animal decrit par Guettard, Soils le noih de Limace de wiez-d'un beau jaune , Lievre marin jaune citron, est une espece de Doris quejedesigne 60US le nom die Doris Flava , nob, et que V Alcyoniunt taeniatunt ^ autoR. , en est le frai. Cette espece n'est point decrite paries auteurs, etM, Cnvier n'en a pas fait mention dans son beau et savant memoire sur le genre Doris. C. B. Pin {p. 368. in), appelle le frai de VAplysie ilepilante, Alcyonium vermiculare , imper. C'est le P'ermichiaria d'imperati. TourNefort (^institut. rei Jierhariae , p. 6^6)^ sous le nom ^Alcyonium vermiculatum purpureum , indiqne le frai poilrpre de PAplysie ddpilante p tres ( io5 ) l)ieh decritpar Guettard ( Mem. torn. 3, p. 14G. /;?/. Nouv. Mem., torn. 1, p. i63 , Alcyonion milesien j torn. 3 , p. 333. Mem. de I' Academic des sciences de Paris , iySff , p. i6y , ) de la maniere suivante : cc Les masses de frai ressemblent a des vei's ou des ver- *t misseaux qui par leurs entrelassemens contournes de «; toutes facons, ferment des especes de boiiles irregu- cc lieres dont on trouve une grande quantite sur les Lords « de la mer. «Le frai est une espece de geleeblancliatre, on d'un « violet plus oumoinsfonce. Les masses d'oeufs ainsi reu- tt nis, sont contoiirnees en divers sens , eton les prendroit ec d'abord pour des especes de vers reunis ensemble. Ces ee masses sont quelquefois plus grosses que le poing; on o les trouve en octobre sur les c6tes du bas Poitou. 35 Je ne puis qu'inviter les naturalistes , qui habiteut les c6tes de POcean,a repeter les observations de Guettard, pour les confirmer ou les eclalrcir, dans le cas ou elles laisseroient quelques doutes. PHY SIQUE. M. Arnaud aine, Docteur-Medecin , cor- respondant au Puy, a adresse ( iH nov. i8i8) une notice , dans laquelle il annonce que tous les ouvrages de geograpliie ont donne une latitude inexacte du Puy. II rapporte les differentes latitudes citees j il les compare avec la carte de Cassini , et il en conclut que la vraie latitude du Puy est de 45" 2' qS" ; et que celle indiquee 4^ ° 25' 2," est le resultat ( *°6 ) d'une erreur typographiqiie qui a ete et qui est journelleraent repetee par les auteiirs. M. Deluc , Correspondant a Geneve, adresse a I'Academie {i8 nov.j ^o dec. i8i8) de nouveaux details pour appuyer son opi- nion relative a I'lnsuffisance de la neige on des glaces pour abaisser la temperature de Vair dans leur voisinage , inseree dans le bulletin de Berne , n." 6. II s'appule sur la vigueur de la vegetation au pied des glaciers des Alpes, pour en con- clure que le ref'roidissement de Tatmosphere ne depend ni de la glace , ni de la neige , ni de la grele ; il peiise que les retours de froid, qui s'observent en ete, tiennent a des chan- gemens subits dans la temperature de I'at- mosphere , changemens dont les causes ne sont pas plus connues que celles de plusieurs plienomenes meteorologiques notes par les observateurs , et dont nous ne rappellerons que les deux suivans : On sait qu'en 1709, Ic froid qu'on eprouva dans laHoUande"; en Angleterre et en Prusse, fut nioindre qu'a Montpellier, et que le ma- ximum du froid, en Janvier 1709, eut lieu a Montpellier deux jours plutot qu'a Paris. ( 107 ) {^Annales de Chimie , iHiS , nov. tom.jx, P^g- ^97)' Le second plienoniene est le sulvant : Sur les cotes des Etats - Unis , la marclie de qiielques ouragans est du sud au nord , quoique le vent souffle dvi nord-est. Ce plie- nomene observe d'abord par Franklin, aete revu depuis par Wargentin , dans le nord de I'Europe : lorsque le vent passe a I'ouest , il se fait sentir a Moscou plutot qu'a Abo, qui est de 1 5^ plus occidental ; et il ne parvient en. Suede qu'apres avoir prealablement souffle en Finlande. {^Journ. phys. iSi^j jam. torn.^ 88, pag. ^^). Jusqu'a present , les physlciens n'ont point encore reconnu la cause de ces phenomenes. Les reglemens de I'Academie prescrivent^ cliaque merabre de lui rendre comptedesprin- cipales decouvertes quise font dans la partie des sciences qu'il cultive plus particulierement. On a redige I'extrait suivant dans le double but de remplir ce devoir et d'avoir un texte pour I'une des lemons de physique de la fa- culte des sciences de Dijon. L' Academic a juge que les objets dont il traite ne se trou- vant encore que dans les journaux scienti- fiques etdissemines dans un assez grand norn- ( 168 ) bre de memoires, meritoient tine nouvelle publicite. Elle en a ordonne I'impression , pour etre jointe au compte rendu de ses tra- "vaux. DE XA FLAMME. 1. Si Ton approche un fil de platlne tres fin ^r? pouce de la flamme d'une lampe a esprit- de-vin , il devient blanc par Teffet de la clialeur j si Ton plonge dans la m^me flainme wn fil d'argent , il entre d'abord en ignition et SB fond quelques secondes apres. La tem- perature de la flamme surpasse done la cha- leur blanclie des corps solides. 2. Si on allume , sur de I'huile, un fil de coton de -j^ po. , et qu'on en approche un anneau de ~ po. de diametre , forme d'un fil de fer de -^ po. , il s'eteint aussitot, et avant que I'anneau touclie la flamme ; raais si celui-ci est prealablement echauff'e , on pent faire passer la flamme au travers. On observe un etf'et analogue en se servant d'un globule metallique de ^ po. produit par la fusion de I'extremite d'un fil. Si on re- chauffe, il n'eteint la flamme qu'k une moin- dre distance : il la laisse subsister meme au contact , s'il a acquis la chaleur blanche. Au reste , ces phenomenes ne sont pas bor- ( 109 ) Kes k des flamraes aussi petltes : je me suls assure qu'on pent laire evanouir celle d'une bougie avec un anneau de ^ po. de dia- metre , forme d'un fil de laiton de -7^ po. 3. La flamme est generaleraent f'ormee du melange des gaz et vapeurs qui se dega- gent du corps combustible , et se tz'ouvent a line temperature assez elevee pour etre lu- mineux pendant leur combustion au milieu de I'air atmospherique. A chaque instant, le melange qui brule communique a. celui qui lui succede la chaleur necessaire pour produire son inflammation. Or, si par un moyen quelconque on derobe k la llamme une portion notable de sa chaleur , elle ne pourra plus faire cette communication , et le nouveau melange ne s'enflammera pas. C'est precisement ce que le metal opere dans les experiences du (N° 2), en vertu de sa faculte condvictrice. Aussi , en substi- tuant a I'anneau metalliqiie un anneau de verre (substance qui conduit mal la cha- leur) de meme dimension, le phenomena n'a plus Heu, et on ne peut Je renouveller qu'en dirainuant le diametre de I'anneau on augmentant I'epaisseur du verre. 4. Le m8me anneau capable d'e'teindre la (no) flamme de I'liulle ne pourroit produlre le meme ef'fet sur celle du gaz liydrogene , et encore moins sur celle du soufre : il fau- droit diminuer son diametre , ou le former avec un fil plus gros ; ainsi les melanges gazeux qui composent la flamme possedent des de^res differens de combustibilite. Ces prelimlnaires poses , etudions les cir- constances principales qui peuvent inlluer sur la flamme. Nous suivrons a tres peu pres la marclie de sirH. Davy, a qui la physique doit presque tout ce qui regarde ce sujet. La premiere cause qui se presente est la rarefaction de Fair qui peut etre occasion- nee , soit par la diminution de pression , soit par la chaleur, Commen^ons par le pre- mier mode , il nous mettra en etat de pre- voir I'influence du second. 5. Une petite lampe pliilosopliique qui donnoit une flamme de -^ po. de hauteur fut placee, avec un recipient de 2 a 3oo po. de capacite , sur la platlne de la machine pneu- matique, et on soutira Fair. D'abord la flam- me s'aggrandit; elle arriva k son maximum quand la pression fut diminuee cinq ou six fois, puis elle s'amoindrit et s'eteignit enlin lorsque la pression fut reduite a j. ( 111) On fit usage d'un jet de flamme plus con- siderable j rextreinlte du tube de verre de- vint blanc , et il I'allut redulre la pression a -^ pour etelndre la flamme. Ce resultat avoit droit de surprendre. Oil devoit penser d'abord que I'hydrogene de- gage ne cessoit de bruler que lorsqu'il ne trouvoit plus assez d'oxigene dans Pair en- yironnant , et des-lors une flamme plus grande , usant plus rapidement I'oxlgene , devoit s'eteindre plus Yite. Le fait est entit- lement oppose. La cause ne reside-t-elle pas dans la chaleur que le tube de verre com- munique au gaz et sans laquelle la com- bustion ne pent continuer (N.° 3)? Pour le verifier, on attacha un fil de platine roule en spirale au-dessus du tube de la premiere experience , do maniere qu'il se trouvat dans la flamme ; on le vit bientot passer k la ckaleur blanche ; le jet de flamme ne s'eteignit plus comme auparavant a une ra- refaction de J. A cette epoque , le fil etoit seulement rouge a sa partie superieure. Lors- que la pression ne fut plus que de ^^ , le rouge devint obscur ; raais , aussi longtemps qii'il dura, la partie du jet en contact avec lui continua de bruler, et ce pUenomene ( 11=^ ) ne cessa que quand la presslon fut dimi- nuee des jf . Notre conjecture est ainsi plei- nement justifiee. 6. Voici done ce qui se passe : le calo- rique latent qui devient sensible a chaque instant de la combustion du gaz hydrogene, se porte sur le platine et le fait rougir ; ce dernier eleve a son tour le nouveau gaz qui arrive a la temperature necessaire pour de- terminer sa combinaison avec I'oxigene (a); la combustion cesse quand les gaz sont trop rarefies pour degager le calorique suffisant h. rifjnition du fil. Nous devons en conclure que la rarefaction n'augmente ni ne di- niinue la combustibilite des substances in- flammables. 7. II suit de la que celles de ces substances qui exigent le moins de chaleur pour leur combustion , ou celles qui en developpent davantage pendant qu'elle a lieu, doivent continuer a bruler dans un air plus rarefie ; I'experience le confirme merveilleusement : 1,'^ La flamme de I'oxide de carbone donne tres peu de chaleur, mais s'allume a la cha- (a) On sait que I'ignition visible d'un fil metalliquQ est le degre de chaleur qui allume I'hydrogene, ( 113) ^ leur rouge-obscur ; elle s'eteint , entouree (ill fil cle platine, lorsque I'air est rarefie six f bis . 2.° L'alcoliol et la cire exigent beaucoup cle chaleur , parce qu'elle se dissipe clans la volatilisation et la decomposition de leur matiere combustible. Aussi s'eteignent-ils lorsque I'air est rarefie cinq fois , et avec le platine , par vine rarefaction de sept a huit fois. o° Le gaz olefiant ne s'enllamme qn'a la clialeur blaiiche , mais developpe presque la merae clialeur que I'liydrogene; il s'eteint avec le platine quand la pression est dimi- nuee dix a onze fois. 4.*^ Le soufre qui brule k une tempera- ture pen au-dessus de celle de la fusion , demande un air rarefie quinze fois pour s'eteindre , et avec un fil de platine que la flamrae entretient au rouge obscur, la ra- refaction doit etre augmentee vingt fois. 5." Le phospliore brule dans un air rare- fie soixante fois , et I'hydrogene phospliore donne un eclair dans le vide le plus par- fait qu'on puisse produire. 6.° Les combinaisons avec le chlore , si analogue a Toxlgene , sont soumises aux 8 ( iM ) memes lois. Ainsi , son melange avec I'hy- drogene qui s'enflamine a une temperature plus basse que celui d'oxigene et d'hydro- gene , et qui developpe une chaleur im- mense , fait explosion a un degre de rare- faction plus eleve. 8, Les memes principes conduisent encore a cette consequence qu'en echauffant Pair rarefie , on y fera bruler des substances qui refuseroient de le faire a une temperature plus basse. Ainsi le camphre s'eteint dans un tube ou I'air est rarefie six fois j mais si Ton fait rougir le tube , I'inflammation continue jusqu'a une rarefaction de neuf fois, Le naphte s'eteint k la m^me epoque que le camphre ; mais etant mis en contact avec un fer rouge , on apergoit ime legere flarame lorsqne I'air n'a plus que j^s^le sa densite. 9. Puisqvie la combustlbilite des gaz ne varie pas en vertu de la rarefaction (N** 6), et qu'elle croit avec la temperature (N° 8), on pr^voit qu'elle s'augmente quand on ra- refie les gaz par la chaleur , bien loin de di- minuer , ainsi qu'on I'a cru jusqu'ici. Parmi les experiences qui le confirment , je choi- sirai la suivante : M. Davy introduisit un ( ii5) melange d'oxlgene et d'hydrogene dans un tube de cuivre , dont le bouchon n'etoit pas tout-^-fait juste, et le sovimit a Faction de la chaleur : il detonna avant que le tube fut devenu rouge , et cependant cette derniere temperature aurolt ete necessaire si le melan- ge n'eut pas ete echauffe. Note («), pag. 113. Le nieme physlcien, dans le cours d'ex- periences analogues, s'apergut qu'il se pro- duisoit une combustion lente par une tem- perature plus basse que celle ou a lieu la combustion ordinaire. Je reviendrai bientot sur ce fait curieux [U). Voyons maintenant quelle est I'influence des gaz etrangers sur la combustion. (J}') II cliercha aiissi a evaluer le degre de chaleur qui rend les corps solides lumineux dans I'obscurite. Apres avoir introduit un metal fusible dans un tube de verre gradue et recourbe , il I'echauff'a d'abord sovis I'eau bouillante , puis sur des charbons jusqu'a ce que le metal parilt lumineux. I e volume de I'air etoitalors 2,25 fois celui qu'il avoit a 100° {centigrades). Or, sil'onre- presente ce dernier par I'unit^ , il aiiroit ete represent^ par-;^ a o°( centigr. ) suivant la regie deM. Gay-Lussac; et si t est sa temperature lorsque le volume est 2,a5, la meme regie donnera I'^quation-f; ( 1 +o,oo375;)zz2,a5. de U\ ^ = ( ^ifi - I ) ,^^^ = Vm\= 558°,33. Tel est le degre cherclii^ qui se rapproche beaucoupde celui que Newton avoit deduit d'uu fait bien difl'drent. 10. L'exploslon d'un melange d'oxigene et cV hydrogen e dans les proportions qui constituent I'eau , dont on represente le volume parl'unite, et qu'on cherclie a faire detonner avec une bouteille de Leyde , est erapecliee lorsqu'on ajoute, soit ii volumes d'oxlde nitreux , soit 9 d'oxigene , soit 8 d'liydrogene , soit 2. d'hydrogene sulfure ou d'acide hydro-chlorique, soit 1 d'hydrogene carbure, soit -| d'acide lluorique silice, soit enhn ^ de gaz olefiant. Generalement ces gaz aglssent comme corps refroidissans ; mais le pouvoir qu'ils exer(jent a cet egard dependant de leur f"a- culte conductrice , de leur capacite pour le calorique , de leur densite , de la mobilite de leurs particulcs , et peut-etre d'autres cir- constances physiques , on ne pent jusqu'ici le deduire de lois fixes, et il laut consulter I'experience pour etablir leurs rangs respec- tifs. 1 1 . Ces rangs une fols fixes denieiirent les memes relativement aux flammes de toutes les substances. 12. On prevoit sans peine que la quan- tlte de gaz etrangers doit ^tre d'autant plus grande pour empecher la flamme d'un corps de subslster, qu'il a besoln de moins de calorique ; c'est ce qu'on proiive cVune facon ties simple : On laisse bruler tine bougie dans una bouteille a long col jusqu'a ce qu'elle s'e- teigne ; on y introduit une autre bougie qui s'eteint avant d'etre au bas du col ; on y substitue une petite lampe philosopliique qui y brule parfaitement , apres quoi le sou- fre allume y flambe pendant quelcjue temps , et enfin le pliosphore y brule encore avec un eclat presque aussi vif qu'a I'air llbre. i3. On prevoit encore que le pouvoir re- froidissant d'un meme gaz augmente et di- minue avec sa densite, mais la loi en est in- connue. 14. La vapeur excrce aussi un pouvoir refroidissant qui diminue avec son accrois- sement de temperature de meme que celui des gaz. i5. Ce n'est point ici le lieu de poser des regies pour apprecier les quantites de clialeur qui se degagent pendant la combustion ; jere- marqueraiseulementque, touteschosesegales d'ailleurs , elles sont proportionnelles a la quantite de matiere qui brule dans un temps donne ; que celle - ci est considerablement diminuee par la presence de I'azote , et va- rie tres peu lorsqu'on condense ou qu'on rarefie I'air atmospherique 5 qu'il n'en est pas ainsi lorsqu'on emploie le gaz oxigene pur ^ surtout dans iin etat de condensation , et que dans le chahimeau a hydrogene et oxygene , il est probable que les matieres solides exposees an jet de flamme attelgnent sa temperature; qu'eniin les degres de clia- leur des flammes des diverses substances sont Vralsemblablement tris differens. M. Davy, d'apres un essai, evaluecelui de la flamme du cyanogene(c)apres de 3ooo° {^centigrade ). Les connoissances que nous venons d'ac- querlr nous mettent en etat d'expllfjuer Tac- tion des toiles metalliques sur la ilamme. 16. Lorsqu'on coupe une flamme par une toile metallique horizontale , elle est forcee de se diviser en autant de parties qu'il y a de mailles dans la toile, et cliacune d'elles s*etelnt par le pouvoir refroidissant du me- tal , comme dans I'experience du N° 2 ; en- (c) Le cyanogene est le radical de I'acide hydro-cya- niqtie , autrefois nomme acide prussique. II resulte de la combinaison de 1 volumes de vapeur de carbone et de 1 volume d'azote , condenses en 1 volume. Lorsqu'on le combine avec un volume d'hydrogene egal au sien , on obtient deux volumes de gaz hydro-cyanique. Ces lesultats appartiennent a M. Gay-Lussac. (1^9) sorte que la partle de la flamme situee au- dessous de la toile est la seule qui subsiste. 17. Ce pouvoir refroidlssant est d'autant plus grand que les ouvertures sont plus res- serrees , que le diametre des fils est plus gros, et que le metal a plus de faculte con- ductrice et de pouvoir rayonnant. 18. On peut d'ailleurs le rendre sensible par des experiences directes : 1.^ Placez la main au-dessus d'unebou"le allumee , et abaissez-la jusqu'ci ce qvie la clia- leur devienne insupportable : interceptez alors la flamme avec un tissu metallique 5 a peine ressentirez-vous une douce chaleur. 2..° Attachez des feuilles de papier sur les deux faces d'une toiie metallique j vous pourrez en bruler une sans que I'autre eprouve la plus legere alteration. 19. II est evident d'avance que la peti- tesse des ouvertures necessaire pour arreter la flamme d'une substance doit augmenter en proportion que cette substance brule a une temperature plus basse , ou developpe plus de chaleur durantsa combustion. Ainsi le gaz liydrogene carbure, la cire, I'liuile, le gaz liydrogene, le soufrc , le phosphore, exigent des tissus de plus en plus serres. 20. On devine encore que la meme toile ( 120 ) qui a line basse temperature Intercepte une flarame , perd cette f'aculte lorsqu'elle est echauf'fee. Ainsi, lorsqu'on coupe la flarame d'uiie bougie par une toile convenable , on. voit d'adord passer une f'umee epaisse , qui diminue peu-a-peu d'intensite , et se rallume d'elle-raeme quand la toile est devenuo rouge. Si Ton fait avec une toile plus serree la meme experience sur la flamme du sou- Ire, elle se rallume bien avant que la toile n'ait acquis la chaleur rouge obscur, parce que , comme on I'a deja remarque plus baut , le soufre volatilise qui passe, s'enllamme k un deere inferieur a celui-la. 21. C'est sur cette action des toiles metal- liques et sur le pouvoir ref'roidissant des gaz, qu'est fondee la construction des lain- pes de siiret^j inventees par M. Davy, pour preserver les mineurs, de 1 'explosion des gaz liydrogenes carbones qui se degagent et se trouvent meles, suivant une proportion plus ou moins grande , a I'air atmosplierique , dans les mines. EUes consistent en general dans une lampe ordinaire sur laquelle repose une longue cbeminee de verre , renflee dans sa partie moyenne , et surmontee d'un cliapiteau de ier blanc garni d'une toile raetallique ou (^21 )_ mleuxdedeux. L'alr exterleur arrive par le dessous et traverse deux toiles avant de par- venir a la meche ; un fil de ler recourbe sert k arranger et netoyer celle-ci , et un orifice exterieur a introduire de riiuile dans le reser- voir, sans qu'il soit besoin d'enlever la che- minee. On peut aussi former cette derniere en toile inetallique en lui donnant 2 pouces de diametre. Ce mode est m^me pref'ere par I'auteur a tous ceux qu'il a imagines; le gaz des mines etant heureusement le moins in- flammable qui exlste , il est impossible que I'explosion se transmette au dehors lorsque les toiles ont 800 ouvertures par pouce carre. M . Davy a montre de plus que si la proportion de gaz mephitique augmentoit trop, en sorte qu'il ne restat pas assez d'air pour entretenir la combustion , la lampe s'eteignoit avant que la respiration put en ctre dangereuse- ment aff'ectee. 32. Considerons actuellement I'eclat lumi- neux des flammes. » Si Ton coupe celle d'une bougie par una toile metallique , et que Ton observe ie seg- ment inferieur que nous avons dit subsister seid , on s'assure immediatement qu'il est compose d'une enveloppe lumineuse tres ( 122 ) mince , entourant uii espace entl^rement obscur dont la meche occupe I'axe. La partie de la toile correspondante au cercle lumineux de la section reste nette et brillante, tandis que celle qui repose sur I'espace obscur se couvre de noir de fumee €t de cire volatilisee. Si Ton allunie le courant de vapeur qui passe dans les mailles de la toile, il brule comme si celle -ci n'existoit pas, joue au- dessus d'elle, et en est separe par un intervalle plus ou moins grand qui permet d'aperce- voirson interieur en regardant par dessous. On le trouve aussi compose d'une mince enveloppe lumineuse qui augmente d'epais- seur a mesure qu'elle se rapproche de la pointe ou elle atteint son maximum. Si Ton plie une toile metallique a retour d'equerre, de sorte qu'elle forme deux sur- faces paralleles, distantes de quelques lignes, et qu'apres I'avoir plongee dans la flamme d'une bougie , on allume le courant situe entre les deux surfaces, on produit un ve- ritable tube de flamme dont I'enveloppe seule est lumineuse. Si Ton coupe la flamme d'une lampe d'Ar- ' gand , on reconnoit que la section est for- ( 1^3 ) mee de deux anneaux lumineux separes par une epaisseur egale k celle de la meclie. Les flammes du bois et des autres com- bustibles presentent des phenom^nes ana- logues. Nous apprenons par cette espece d'ana- tomie que la flanime n'est reellement lumi- neuse qu'a sa surface , et que son interieur contient tr^s peu d'air, puisqu'il s'y fait tout au plus une combustion lente. 2,3. On doit distinguer avec soin la quan- tite de calorique des Ilamraes de leur eclat lumineux j le plus souvent I'un ne s'accroit qu'aux depens de I'autre , peut-etre parce que les particules ne peuvent devenir lurai- neuses qu'en absorbant beaucoup de calo- rique. C'est ainsi que dans le chalumeau a gaz hydrogene , la flamme est a peine vi- sible a la lumiere du jour, tandis qu'elle donne une clialeur prodigieuse et procure aux corps solides la clialeur blanche la plus brillante. C'est encore ainsi que de toutes les parties de la flamme qui sont en contact avec Pair, les moins eclatantes sont les plus cliaudes. 24- M. Davy placja une toile de 900 ou- vcrtures au pouce carre, presqu'a I'orilice d'un tube , et alluma au-dessus d'elle le jet ( 1^ ) ^ ^ de gaz hydrogene carbone qui en sortoit : la combustion se lit avec une vive Itimiere. II eloigna de plus en plus la toile afin que le gaz put se meler avec plus d'air avant son inflammation, et il vit la lumiere s'affoi- blir a mesure , au point de degenerer en une lueur bleue tres foible j mais en meme temps la clialeur s'etoit accrue , car un fil metallique fut a I'instant cliauffe au blanc. II repeta I'experience d'une maniere in- verse , en allumant d'abord le jet, et ap- prochant sans cesse la toile de rorifice du tube. La lumiere fut toujours bleue et tres foible ; il ne se deposa point de cliarbon solide au commencement , et lorsqu'ensuite il s'en deposa , le pouvoir refroidissant de la toile empeclia son inflammation. M. Davy en conclut que I'eclat des llam- mes est du en tres grande partie a I'ignition et aussi a la combustion d'une matiere so- lide qui se produit; et que dans le cas on il ne se forme que des gaz et des vapeurs, la lumiere est toujours tres foible ; I'experience le verifie parfaltement. Ainsi le zinc et le phosphore brules dans I'oxigene , et le po- tassium dans le chlore , out un eclat tres vif, parce que les produits sont des solidesj au contraire , I'hy drogene et le soufre allu- ( 125 ) mes dans I'oxigene , et le pliospliore dans le chlore , n'of'frent qu'une lumidre tres peu intense , parce qn'il ne se forme qiie des substances aeriformes. II y a plus, on peut augmenter beaucoup la kuniere des flam mes foibles , telles que celles du soufre et de I'liy- drogene, enyplacant des substances etran- geres susceptibles d'entrer en ignition j par exemple, de famianthe tres divisee , ou un tissu metallique tres iin. 0.5. Une consequence pi'atlque de tout ce qui vient d'etre dit , c'est qu'il ne suffit pas d'un courant rapide d'air, corame dans les lampes d'Argand, pour donner a la combus- tion son maximum d'intensite j il faut en- core que les appareils puissent conserver au corps enflamme une temperature tres ele- vee ; antrement une partie plus ou moins grande se volatilise sans etre brulee, comme il arrive a une chandelle dont la meche est trop grande , parce que le charbon qui s'y accumule se refroidlt par rayonnenient, ne fait que rotigir et s'ecliappe sans se consu- mer ; autrement encore , il se produit de ces combustions lentes que j'ai iudiquees plus haut, et dont je vais raaintenant m'occuper, 16. M. Davy introduisit dans une lampe de surete, en toile metallique, une petite ( 126 ) cage faite d'nn ill de plathie de j^ po. de diametre , et Ja fixa k 2. pouces au dessus de la meche j le tout f'ut place sous un reci- pient dans lequel il pouvolt faire entrer , au nioyen d'ungazoinetre,une proportion quel- conque de gaz hydrogene carbone. Des qu'il y eut une legere quantite de ce gaz, le platine devint incandescent , et son ignition s'accrut jusqu'a ce que la flamme de la meches'eteignit.' Acette epoque, la flamme du gaz remplissoit la lampe j ii en augmenta encore la quan- tite j la flamme disparut, et la cage atteignit la chaleur blanche tres brillante. Le gaz aug- mentant de nouveau , la lumiere du platine dimlnua ; et quand elle fut a peine visible , il sufllt pour la raviver d'introduire un peu d'air. M. Davy retablit successivement les proportions convenables d'air et de gaz j le platine redevint blanc brillant , le gaz se ralluma dans la lampe , et enfin la flamme de la meclie reparut elle-meme. Cette experience mqntre qu'il se produit une comljustion lente par une temperature raolns elevee que celle exigee pour une com- bustion rapide ; que la chaleur qu'el I e de- gage est suf'fisante pour causer et entretenir I'ignition d'un fll de platine qui , recipro- quement, communique k cliaque instant au ( 127 ) gaz qui Tenvironne la chaleur capable de le f'aire brAIer lentement. 27. Cette decouverte si belle en theorie a son utilite dans la pratique : I'ignition du fil cesse quand le gaz liydrogene carbure Ibrme les J de I'air, et alors il peut encore etre respire sans danger. La lainpe de sflrete , garnie de sa cage de platine , outre I'avan- tage de preserver le mineur de toute explo- sion , remplit encore le double objet de lui donner une lueur suflisante dans les lieux ou le gaz mephitique est trojJ abondant pour que la flainme de I'liuile puisse subsister, et de I'avertir de I'instant ou il seroit dange- reux de respirer Tatmosph^re dans laquelle il se trouve. 28. La temperature necessaire pour pro- duire les combustions lentes est bien au- dessous de la clialeur rouge. Si Ton retire un fil de platine en ignition du melange in- . ilainmable pour I'y replonger lorsqu'il a cesse de paroitre rouge , son incandescence se ra- nime sur le champ. 29. Les melanges d'air avec d'autres gaz inflammables, tels que le gaz olefiant, I'o- xide de carbone , le gaz prussique , le gaz liydrogene, donnent les m#raes phenomenes j et dans le dernier cas il y a production d'eau. ( 128 ) Seulement , si ce melange est susceptible de s'enflararaer a la chaleur rouge , la presence du fil le fait detonner. 3o. Les vapeurs inllammables d'ether , d'alcoliol, d'essence de terebenthine et de naphte , sont susceptibles d'eprouver la meme combustion : chaul'iez un llldeplatlne roule en spirale a la flamme d'une bougie , ou mieux sur du f'er rouge (alin qu'il ne s'en- dulse point de noir de fumee qui lui cora- niuniqueroit assez de pouvoir rayonnant pour {"aire evanouir le plienomene ) , et plongez-le dans un verre contenant un peu d'ether froid ou d'alcohol legeremen t cliauf 'fe, il deviendra et restera resplendissant. La vapeur du sulfure de carbone, le plus evaporable des liquides, prend f eu brusqvie- ment a un degre de chaleur bien au-dessous du rouge ; ainsi I'ignition du hi ne pent y exister sans lui procurer une combustion ra- pide. 3i. Le platine et le palladium paroissent ^tre les deux seuls metaux qui aient assez peu de faculte conductrice et de capacite pour le calorique , pour se raettre en igni- tion dans les gaz etles vapeurs inllammables. Cependantle docteurSchiibler pretend avoir ( 129 ) reussi avec un fil de cuivre rouge de ~ po. dans la vapeur d'ether rectifie. 32. On a profile de cette decouverte pour construire des appareils econoiniques , dits Lampes sans Jlamme. Ce sont des lampes ^ esprit de vin dont la meclie est entoiiree d'une spirale f'ormee avec un fil de platine tres fin, qui s'eleve un peu plus qu'elle, et qui se trouve dans la flamme. On attend que ce fil soit rouge, et il demeure dans cet etat, apr^s qu'on a souffle la lampe , tant qu'il reste de I'esprit de vin. On pent meme di- minuer encore la combustion au moyen d'un entonnoir renverse, de verre, que Ton pose Bur la lampe : la vapeur forme bientot une trop grande partie du melange qui cesse d'etre combustible au m^me degre ; le pla- tine devient obscur , mais la combustion lentedure toujours quoiqueplusfoiblementj et lorsqu'on enleve I'entonnoir , la propor- tion convenable d'air se retablit, et I'igni- tion du metal recommence. II faut substl- tuer I'etlier a I'alcohol pour cette experience . 33. II seroit k desirer qu'on examinat avec attention les combustions lentes , et genera- lement les combinaisons lentes , et qu'on. mesurat exactement les temperatures ou elles 9 K i^o ) ont lieu.' On salt, il y a longtemps, que le chlore et I'liyclrogene , le f'er , I'etain , le plomb , plusieurs autres metavix , et I'oxi- gene , sont susceptibles de semblables coin- binaisons ; mais on n'a pas donne a ce sujet tout le soin qu'il nierite. II est probable que leurs produits , surtout lorsqu'on traiteroit des substances composees , telles que corps organises, differeroient tres souvent de ceux des combinaisons rapides, etpeut-etreen ob- tlendroit-on quelquefois d'entiereraent nou- veaux. Dans la lainpe sans flamme , il se forme un acide qui s'annonce par une odeur tres vive , tres penetrante , et dont un chi- miste anglais a deja tente I'exanien ; et MM. Colin, mon coUegue a la Faculte de Dijon, et Taillefert, inspecteur des poudres , vien- nent de trouver que la poudre a tirer est susceptible des deux especes de combustions lente et rapide , et que si la premiere deve- loppe abondamment , suivant la remarque de M. Proust, du deutoxide d'azote , la se- sonde n'en produit pas un atorae. ( i3i ) MECANIQUE. Rapport sur une Pompe a eric (17 avrll 1819)^ prdsentde par MM. Bailleul et Bettenmak. Messieurs, Vous nous avez nomme Coramissalres , MM. Jacotot , Mathieii et moi , pour exa- miner une Porape que vous ont presentee les sieurs Bailleul et Bettenman ( sdaiice du ?7 mars 181^ ). Nous avons renijili vos in- tentions. Mais les auteurs nous ayant com- munique leur modele sous le sceau du secret, nous ne pouvons vous en faire connoitre le mecanisme. Nous nous bornerons done a quelques remarques sur les degres d'utilite et de nouveaute de cet instrument. II consiste dans une double pompe aspi- rante et foulante mise en mouvement par un moteur employe a faire tourner une mani- velle ou une roue exterieure, et produire uii jet continu. Nous ne cherclierons pas a eva- luer la quantite d'eau qu'il pent elever a une hauteur determinee , parce qu'elle depend des dimensions du petit nombre de pieces qvii le composent , et que ces dimensions etant donnees, ainsi que la grandeur et la condition des pompes, on peut faire ce cal- ( i32) cul sur le champ. Mais nous feronsremar- quer que I'idee princlpale consiste a sub- stituer un mouvement de rotation, toujours clans le meme sens , au mouvement de va et vient qui a lieu dans la construction or- dinaire des pompes. Nous ne devons pas vous laisser ignorer que le moyen mis en usage par M. Bailleul etoit deja connu dans ce qu'il a d'essentiel , et se trouve notam- ment dans les Recueils de Machines pre- sentees a I'ancienne Academic des sciences j niais M. Bailleul qui I'ignoroit, y a ajoute, en I'inventant de nouveau , un perfection- nement assez remarquable : tel est I'incon- venient pour un ouvrier exerce , d'appliquer les facultes dont la nature I'a done , a sim- plilier et ameliorer les machines usuelles , que lorsqu'il a reussi et qu'il croit n'avoir plus qu'a jouir de ses succes , il se trouve presque toujours que ses devanciers lui en derobent le fruit. Quoi qu'il en soit, la Pompe de MM. Bailleul et Bettenman , en la sup- posant executee avec la precision dont elje est susceptible , et dont le modele qui a et^ mis sous nos yeux donne la certitude , nous paroit devoir etre pref'eree , soit pour les in- cendies , soit pour I'arrosement , soit pour les usages domestiques , h, celles dont on se ( i33 ) sert ordinairement. Elle estfacilement trans- portable ; les tiges des pistons sont exemptes de tout balancement, et elle peut etre mise en mouvement par un seul liomme qui y applique ses forces d'une raaniere egalement avantageuse et commode. CHIMIE APPLIQOEE AUX ARTS. L'AcADEMiE avoit charge M. Girault de remettre en ordre ses anciens papiers (5 juillet i8i8). Notre collegue , en s'acquittant de cette commission , a tronve un paquet cacliete , presente {seance duz mai lySz) par M. de Morveau , qui avoit desire qu'il ne fut ou- vert que lorsqu'il le deraanderoit. M. de Morveau etant mort sans reclamer le paquet , I'Academie apres en avoir deli- bere (i^ juillet i8i8), a pense qu'elle de- voit en f'aire I'ouverture , puisqu'il avoit ete depose pour prendre date de la decouverte de quelque fait interessant la Cliimie , que I'auteur cultivoit alors avec le plus grand succes. Elle a trouve deux feuilles manuscrites qui faisoient partie d'un plus grand ouvrage ; elles etoient paginees 2.1 — 3i , et avoient pour titre : Section 4-^ D^s vrais FrocSdes economiques de decomposition du scLmarin. ( 134 ) Malgre les progres que la Clilmie a fait5 tlepuis 1782 , epoque du depot, rAcademie a desire se faire rendre coinpte du precede invente par un des coUaborateurs qui ont le plus contribue au perfectionnement de la Clilmie moderne. Ell consequence , M. Masson ^ dans un rapport ( xxjuillet i8i8) sur le Meraoirc de M. de Morveau , nous a appris que si I'au- teur ne I'a pas retire , c'est qu'il lui etoit inutile, parce qu'il a pris dans le temps un brevet {Chaptal. Chimie appliquee auxArts, torn. II, pag. 147). Qnoique M. de Morveau avoue qu'il a ete conduit a sa decouverte par des observations de Scheele , il n'en a pas moins le merite d'avoir avance que cV- toit reellement par la chauX que le sel ma- rin etoit decompose , bien avant que M. Ber- tliolet eut constate sur les lieux , que le na- trum se rassemblolt seulement dans les lacs dont le lit et les bords sont de nature cal- caire. M. Masson terraine son rapport en faisant remarquer que les proc^des indiques par M. de Morveau, en 1782, , etoient les plus certains et les plus econoraiques de tons ceux connus alors ; qu'ils ont ete proposes dans le temps ou Ton s'est occupe d'extraire la sonde en grand : aujourd'liui ils sont k ( i35 ) la connolssance de tous les savans , et ils n'ont pas ete mis en execution , parce que Ton a trouve depuis des raetliodes plus ex- peditives , dont I'avantage est constate par les produits que versent journellement dans le commerce beaucoup de manufactures. Le Memoire de M. de Morveau contient des eclaircissemens precieux : il assure a son auteur la priorite d'une decouverte qui lui fait le plus grand lionneur , et qui, jointe a ses autres travaux , lui assigne une des premieres places parmi les createurs de la Chimie moderne. Dissertation sur I'origine des Cereales. M. Deluc envoie a I'Academie ( Stance du ^o dec. i8i8) une dissertation , intitulee : De I'origine des Cereales. L'auteur rappelle que jusqu'a ce jour on n'a point encore trouve de pays oti croissent spontanement les cereales } il les regarde comme originaires d'un continent antedilu- vien, probablement a I'orient del'Afrique, et qui se trouve maintenant au fond de la mer, par suite de la submersion qu'amena le deluge , dont Mo'ise a trace I'histoire. Cette catastrophe , dit M. Deluc, detruisit la terre Seclie qu'liabitoient los liommes a Cette ejld- que , et dont les ancetres etoient cultivateurs depuis long-temps : les autres parties de la terrenon habiteene furentpointsubraergees. L'auteur se sert de la correspondance des Couches entre les continens et les lies , d6 I'escarpeineiit de leurs bords , pour conclure que les terres intennediaires , qui formoient probablement , suivant lui , des regions ve- getales, differentes de celles qui existent au- jourd'hui , s'en sont detacliees et se sont af- faissees sous Jes eaux de la mer. Ce fut dans ces regions submergees depuis 4° siecles , dit M. Deluc, que les premiers horames trou- Verent spontanees les plantes que nous ne connoissons plus aujourd'hui qu'a I'etat de culture. Le plateau de I'Armenie etolt deja, long-teraps avant le deluge , au-dessus du niveau de la mer : il etoit peuple de plantes et d*animaux ; mais il n'y avoit point d'hora- me§ , point de cereales , point de betail : les huit individus de la race huraaine , preserves du deluge , avoient conserve avec eux les animaux domestiques , et les graines des plantes necessaires a leur nourriture ; ils les propagerent sur la nouvelle terre ou ils f u- rent portes , ainsi que font les navigateurs ( i37 ) qui Tont au-clelk des iners fonder de nou- velles colonies. M. Deluc s'etale du temoignage de M. de Humboldt, qui a trouve chez I'un des peu- ples du Mexique , Tespi , correspondant a Noe : il cite les Mythologies anciennes de I'lndostan , qui parlent atissi de Noe , con- servateur de la race humaine et des plantes cereales. M. Deluc fait remarquer que Ton arrive a I'absurde par les interpretations de la Ge- nese et les extensions donnees a certaines expressions ; telle , par exemple , que la supposition d'un deluge par lequel tout le globe auroit ete convert en raeme temps par les eaux de I'Ocean : comment les animaux d'Amerique , ceux des zones glaciales au- roient-ils pu se trouver dans I'arche? Aussi M. Deluc soutient que le continent antedi- luvien fut seul submerge , que I'arche aborda sur les cotes d'autres continens ; et que c'est la que Noe debarqua les animaux a sa por- tee , qu'il avoit embarques , et les plan- tes cultivees dans le continent qu'il habitoit avant le deluge. M. Deluc termine sa dissertation en rap- pelant que laGenese est la source la plus pure ( i38 ) cle nos connoissances sur I'origine de Tuni- vers , sur celle de notre globe en particulier, sur celle des etres organises qui le recou- vrent , sur celle de riiomme et de son ins- truction ; et il fait voir , par plasieurs cita- tions , que tons les auteurs qui out voulu s'ecarter du recit de la Genese sont tombes dans de graves erreurs , et ont emis des opinions entierement contraires au bon sens. M. Deluc a encore adresse a I'Acaderaie ( Seance du 3 fdv. i8ig ) , une dissertation , ayant pour titre : Le Soleil peut-il etre peu- ple d'etres vlvans ? II se decide pour I'affir- mative ; il rappelle la structure du soleil d'apres les observations d'HERSCHEL j il raisonne sur les trois atmospheres que cet astronome y admet ; il ajoute quelques con- siderations tirees de I'importance de cet as- tre qui n'a pas , dit-il , pour lui-meine une luraiere sterile et inactive 5 et il conclut que le soleil pent etre liabite par des creatures probablement plus parfaites que celles du globe terraque : M. Deluc rappelle que Bonnet avoit deja emis cette opinion, qu'il regarde corarae plus conlbrme a la majeste et a la grandeur de Dieu. ( i39 ) ANT IQUITES. Des fomlles faltes au mois de septembre dcrnier,au pied du Mont- Af'dque , ont donne lieu a des decouvertes interessantes , que M. GiRAULT a communiquees aTAcademie, ( Seance du i6 ddcembre i8i8 ). Rapport sur les tombeaux du Mont- u4fnque. Par M. Girault, Sepulchra Jiunt sanctiora veluslate. Cic. Philip. IX , in fine. Au sud-ouest de Dijon , a deux petites lieues de distance de cette ville , non loin et au-dessus de la Cude, ci-devant premier relais de poste de la route d'Auxerre, est una montagne elevee d'environ 1700 pleds (1) au- dessus du niveau de la mer, appelee le Mont- Afrique (a), sur les confins de I'ancien terri- (1 ) 1698 pieds, suivant les experiences faites par M. Bollet ; 1768 pieds , suivant le pere Clirysologue ( Journ. des Mines) ; 141 pieds, suivant le meme geo- graphe, au-dessus du niveau de I'OucLe pres de I'lio- pital de DJjonj 4°° toises , suivant le Diet, geogv. de Robert. (2) Si I'ou cherche I'etymologle de cette denomina- tion dans la langiic celtlque , nous trouverons ( Bullet j Diet, celtiq. ) les mots afri , aprI; avri ^jonctiorif (i4o) toire des Eduens et de celui des Lirigons(i). Lors de la conquete des Gaules, 58 ans union, ce qui convient assez a une montagne qui unis- soit le territoire des Eduens a celui des Lingons : nous remarquerons ceux abar , aber , afer , qui couvre , qui emironne , et cette montagne couvre les routes de Paris et de Lyon qui sont les approches de Dijon ; elle environne , ou est dans les environs des territoires des Eduens et des Lingons. Si I'on veut chercher la derivation de ce nora dans la langue latine , ce qui lui donneroit une origine beau- coup moins ancienne , on trouvera le mot afer , ma- trice de ceux, affreux , effroi , effrayer , et de la lo- cution fainiliere, il fait affre, ce qui seroit en rapport avec les escarpemens (peut-etre affreux) que presente presque de tous c6tes cette montagne , et pourroit ve- nir de ce qu'elle annonce des orages souvent affreux, lors- qu'on I'apercoit charges de brouillards et de nuages. D'autres enfin tirent le nora de cette montagne du nom des peuples affreux , les Negres , les Africains , qui pour la premiere fois apparurent aux Gaulois nos peres , et qui se trouvoient dans les legions romaines. On sait que Cesar fut le premier qui leva des legions a ses depens , formees des peuples des pays ou il se trou- \oit , qu'il habilla et arma a la maniere des Romains, et auxquelles il donna par la suite le droit de bour- geoisie romaine (Acad, inscr. mem. 58-i46); mais I'expedition de Cesar en Afrique etant posterieure a la conquete des Gaules , cette opinion est de toutes la moins probable. ( 1 ) II est reconnu depuis long-temps que la division (i40 avant J.-C. , Jules-Cesar, pour raaintenir en son obeissance les peuples qu'il venoit de soumettre, distribua ses legions en quartlers d'hiver chez les Trevirois , les Senonois , et sur les frontldres des Eduens et des Lingons : per Jines JEduorum in Lingones contendit ubi duae legiones h'lemabant ; ut si quid etiam de sud salute ab JEduis iniretur con- silii , caeleritate praecurreret. ( Cses. , lib. vii). Chaque legion etoit composee de 5ooo fantassins et de 5oo cavaliers commandes par un preteur , cinq tribuns et cinquante centurions {Acad, inscr. mem. 2.64), environ 6000 liommes. C'etoit done 12000 lioraraes, ou une armee consulaire ( Tit. Liv. x. 2,5 ) , que Cesar placa sur les frontieres communes des dioceses , tela qu'ils etoient avant la revolution , a conserve celle des anciens peiiples des Gaules : I'on salt qiie I'ancien eveclie de Chalon n'est qu'un demembre- nientdu diocese d'Autun; conseqiiemment tons les licux qui dependoient des dioceses d'Autun et de Clialon firent partie du lerrltoire des Eduens; I'on sait de meme que I'evlch^ de Dijon fat deraembre de celui de Lan- gres ; consequemment tout ce qui faisoit partie de ces deux dioceses ^toit dans la dependance des Lingons. ( i4^) aux EJuens et aux Lingons, sons le com- mandement de I'un des Fabiens : Caium Fa- bium ciim totidem in jlEduos deducit : sic enim existimabat tutiss imam fore Galliam, siBelgae , quorum, maxima virtus , et JlEdui , quorum summa auctoritas esset , exerciti- bus continerentur .{^vcX. Pansa, de bell. Gall., lib. Yiii injine). Puisque ces legions etoient destinees a con- tenlr les prlnclpatix peuples des Gaules, a reprimerde suite leurs moindres mouvemens, un de leurs premiers solns dut etre de ne pas se laisser surprendre : aussi voyons-nous ces troupes se porter sur le lieu le plus eleve des confins de ces deux peuples , d'ou ils pouvoient au loin decouvrir le pays jus- qu'aux montagnes du Jura , dominer sur les Cela pose , nous voyons Corcelles et Flavignerot au pled et au levant flu Mont-Afrique , dependre , avant la revolution, de I'arcliidiacon^ du Loscheret, diocese de Chalon 5 et d'autre part , Notre-Dame-de-l' Etang et Velars-sur-Ouche de I'aiitre cote de la montaane , fetre du doyenne de Dijon, diocese de Langres. ( Garr. 86-101 ) : consequemment le Mont-Afrique versoit, au sud-est, ses eaux sur les Eduens, au nord-ouest sur les Lingons; il etoit done point de contact ou de separation entre ces deux peuples. ( 143 ) routes d'Autun , de Langres , de Lyon , de Sens et de Paris. Sur cette niontagne ils trouvoient una esplanade de aio toises de longueur sur une largeur propordonnee j sur le revers , les bois qui leur ^toient ne- cessaires; k mi-cote, des Ibntainesj au pied, la riviere de I'Ouche ; en avant, une vaste plaine pour leurs exercices d'evolutions. Aussi les Romains etablirent-ils leur camp dans la partie sud de la montagne dont nous nous occupons : cette partie est separee de celle qu'on appelle proprement le Mont- Afrique , par une espece d'enf'oncement dans lequel est le cliemin de Corcelles k Flavi- gnerot ; I'atitre conserve le nom de Camp DE Cesar (i). (i) Ce camp dut ^tre comme tons ceux des Romains, qui avoient un mode uniforme pour leurs diverses es- peces de camp , un quarre long entoure de palissades soutenues par de gros pieux lies ensemble ( Dissert, de Leg, Gerl. , p. 6 ) , perce de quatre portes a I'aspect des quatre points cardinaux , celle pretorienne au le- vant ou en face de I'ennemi ( l^it. Liv. jrz-27. ) , celle decumaneou queslorienne i I'oppos^ ( Tit. Liv. X-36)y distribue par rues alignees de I'une des portes a I'autre, avec un espace au centre ou se placoient les magasins, les ateliers , les enseignes , les faisceaux d'armes , et la tente du general {Lett, sur Dijon , par Baudot, ^^). ( i44 ) Cette partie qui , avec la premiere, forme en dedans im angle tres obtus , dont I'ou- vertvire est k I'aspect du levant , est par sa nature tellement escarpee de trois cotes qu'elle est presque inaccessible. Au qua- trieme cote I'on a forme a main d'hommes un fosse tres large et tres profond , sur- monte , du cote du camp , d'un retran- chement en pierre mureuse qui n'a pas Un chemin conduisoit de ce camp au confluent de I'Ouche et de Suzon , en descendant la plaine de Cor- celles ; ce chemin avoit 20 pieds de largeur 5 il etoit forme de plusieurs lits de pierres posees sur champ , deviolt un pen au sud a 700 toises de l'h6pital , k I'en- droit ou commence la montee que termine la sommita du Mont-Afrique. ( Grivaud, 1-260). Mais comment 12,000 hommes (24,000, si I'on en croit Hirtius Pansa de preference a Cesar, Trehonhim cum leg. iiiz in Belgis collocat, C. Fabium cum to- tidem in .ARduos deducit) ont-ils pu tenir dans un aussi petit emplacement que cette partie du Mont- Afrique appelee Camp de Cesar? Cette reflexion a fait croire , a presque tons ceux qui ont ecrit sur I'anti- quite de Dijon, que le camp de Fabius etoit au con- fluent de I'Ouche et de Suzon , d'autant plus qu'ils ont cru reconnolti'e les traces de ce camp dans la delimi- tation de la primitive enceinte de Dijon j et ils ont considere le camp au-dessus de la montagne , comme le poste avance , la citadelle qui protegeoit le camp i ( i45 ) iTioins, encore aujourd'hui , de 6 pleds d'e- levation en dedans. C'est dans les environs de ce camp , qu*^ diverses epoques (i), Ton a decouvert plu- sieurs tombeaux. Les pluies continuelles de 1816 ayant entraine vers le bas, la terre des lieux plus eleves , le soc de la cliarrue fut arrSte , dans I'automne de 1818, par des blocs de plerre que jusques-la le laboureur principal, qui eclairoit le pays, et ou les soldats ro- mains alloient se relever alternativement : mais il nous semble qu'on n'a point fait assez d'attention a I'immen- site de cette plaine en avant de Corcelles , ou non- seulement 12,000 et 24,000 hommes , mais 5o,ooo et 100,000 auroient pu camper bien a, I'aise ; et , d'apres cette reflexion que commande I'aspect du local, la pre- somption d'un camp de Fabius a Dijon s'affoiblit sin- gulierement, a moins qu'on n'admette , pour tout con- ciller , que Fabius seroit descendu pendant I'hiver tout au bas de la montagne pour y venir chercher un climat plus doux , una temperature moins froide que celle du sejour prolong^ des neiges,une atmosphere moins rigou- reuse que celle de la sommite d'une montagne. (1) En retablissant les signes patibulaires de Gottx- yUle, lieu qui doit son existence a I'estimable Legouz- Gerland , dont le nom ne doit se prononcer qii'avec veneration dans cette enceinte , les ouvriers trouverent, dit Court(^pee , iii-355, des tombeaux de pierre avec des testes d'osseraens et du fer rouill^. 19 (;46) n'avoit pas rencontres j il creusa avec sa plo. che autour du bloc , et y decouvrit un tom- beau (i). Ce monument funeralre n'etolt pas seul dans ce champ ; on en trouva une vingtaine II y a pies de 3o annees , dit Mille, ( i-add. 41^ , qui ecrivoit en ly/i ), c'est-a-dire , vers 1740 1 on trouva aupres de la montagne , entre Velars et Plombieres ^ des tombeaux converts par des laves fort larges ; ren- fermant des sq^uelettes humains conserves presque en entier. Ily a environ 12 ans , dIt IM. Giivaudde laVincelle, ( i-25o, quia publie ses monumens antiques inedits en 1817), c'est-a-dire vers 1806, que I'ou decouvrit dans le voisinage du camp de Cesar , un tonibeau qui ren- ferniolt la depouille d'nn chevalier ^ son armure etoit bien conservee, sa devise etoit gravee sur son epee, dont !a lame etoit ornee de ciselures et de damasquinures. Si M. Grivaud a juge ces armures etre du temps des croisades, c'est que, ainsi que lui-meme nous I'ecrit le 16 decembre 1818 , la devise gravee sur la lame de I'epee etoit en francais ; des-lors il n'etoit pas possible de leur assignor une autre epoque. (1) C'^toit a un demi-quart de lieue de distance du camp de Cesar et du Mont-Afrique, dans I'espece d'angle obtus que forment ces montagnes au climat de Montrecul , ou des Petits-Noyers , dans une piece de terre appar- tenant a Louis Boudrot , cultivateur i\ Corcelles. ( M7 ) et plus, places k cot^ les uns des autres sur un meme alignement, formes de larges pierres t^gulaires du pays , non taillees , mais cas- sees carrement, enfbnces de deux pieds dans la terra que ces laves soutenolent, fermes par une dalle plus large, que 8 a lo pouces de terre recouvroient j dans cliacun de ces tombeaux on trouvoit un cadavre dont les ossemens paroissoient n'avoir jamais ete de- ranges depuis un laps de pres de dix-liuit slides (i) ; les pieds du squelette etoient tournes au levant et un peu plus bas que la tSte , dans le sens de la declivite du terrain j ces tombeaux avoient 6 pieds de longueur , 18 pouces de largeur , 2 pieds de profon- deur J dans quelques - uns Etoient deux ( 1 ) Les anatomistes, presens a ces fouilles , ont re- marque que les dents de ces cadavres avoient conserve tout leur email 5 que dans beaucoup de machoires, la dent de sagesse etoit k bord de son alveole, taiidis que les autres dents le depassoient de plusieurs lignes , ce qui indique que ces cadavres etoient ceux de jeunes gens, lis ont remarque plusieurs os , entre autres un humerus gauche , entalll^ avec un instrument tranchant , ce qui jndiqueroit quelques blessures graves dont seroit mort I'individu dont on examinoit les ossemens, consequem- ment les suites de quelque bataille. lis ont remarqutJ ( M8 ) cadavres ^ Tun sur I'aiitre , mais separes par une pierre tegulaire ; beaucoup de ces cer- cueils n'avoient aucun couvercle, mais tons avoieiit les quatre dalles au milieu des- quelles fut pose le cadavre. A environ six pieds de distance , on trouva un second rang de tombeaux du meme genre. Ces tombeaux sont-ils ceux d'individus Gaulois ou de soldats Remains ? C'est la premiere question qui se prcsente k exa- miner. Nous remarquons en premier ordre que ce ne sont point des tombeaux isoles , des sepultures locales sur le lieu du deces j une aussi grande reunion de tombeaux est un veritable ciraetiere , et un cimetiere indlque certains cranes ayant quatre lignes d'epaisseur , ce qui est en rapport avec ce que dit Herodote ( T/ialie, lib. 3, §. i3 , trad, de LarcJier, I'jSG-xw , 9. §. 13) , que les tetes des Egyptiens sont si dures qu'a peine peut-on les briser a coups de pierres , et avec ce que rapporte Ambroise Pare , edit. 1607, p. 1645 -^j ^^^ ^^^ Maures et tous ceux qui Iiabitent les lieux chauds , vers le inidi et I'equinoxial , ont le crane fort dur et epais : cette particularite viendroit a I'appui de ceux qui ont pre- tendu qu'il y avoit beaucoup d' Africains dans les legions de Fabius. ( i49 ) dans le volsinage on une peuplade ou une grande reunion d'liomraes. Pour que ce clmetiere ait appartenu a des Gaulois , il faudroit done qu'ils eussent eu quelque grande peuplade autour de cette montagne , et nous n'en voyons aucune trace : les plus rapprochees seroient celles de Dijon et de Gevrey. Mais est-il probable que des Gaulois soient all^s se percher dans un lieu aussi agreste , tandis qu'au pied ils avoient un terrain si fertile a. defricher ? Lorsque Cesar nous dit que les Gaulois , pour eviter les ardeurs du soleil , recherclient le voi- sinage des rivieres et des forets , vitandi aestus causd sjyivariini ac Jluminum petunt propinquitates ; lorsque Poly be nous les re- presente appliques a I'agriculture , se nour- rissant de leur cliasse et de leur peche , ne connoissant que deux sortes d'occupations , les hazards de la guerre , ou les travaux d'agriculture et le soin de leurs troupeaux (Polyb.y lib. ii; JEliaii., lib. xrj; pouvons- nous penser qu'au lieu de cultiver cette plaine fertile de Dijon , et les bords rians de rOuclie , les Gaulois soient alles se ju- cher sur le plateau de la montagne , I'une des plus elevees du departement , ou ils {^56 ) n'avoient nl terres a ciiltiver, nl troupeaux a fa'ire paitre , ni poissons a p^clier , nour- rlture clont ils etoient tres avides ? Lorsque nous voyons les Celtes avoir pres des ri- vieres leurs sepultures particulieres , telles que celles decouvertes a Beaugency , Mont- bellety Poidlly-S.-S. , et atitres mentionnees (Passim.) dans les Memoires de TAcademie celtique 5 pouvons-nous admettre que ces peuples seroient alles grimper les cadavres de leurs peres sur une montagne eloignee , pour les inhumer seuls au milieu des bois et des rocliers ? Ces seules considerations sont suiFisantes pour ecarter I'idee que ces tombeaux reunis soient un cimetiere gau- lois. Cette sepulture est-elle celle de soldats ro- mains ? II est assez naturel de penser que deux legions romaines ne seront pas restees tout un hiver dans un camp sans perdre quel- ques-uns de leurs soldats 5 il est plus que probable qu'ils ne leur auront pas donne la sepulture dans le camp meme, mais a quel- que distance ; des raisons de salubrite doi- vent determiner a le penser ainsi. Mais il se presente une objection : depuis ( i5i ) Sylla , qui mourut 20 ans avant la con- quete des Gaules , les Romains n'enterroient plus leurs morts , mais les bruloient. 11 est vrai que Sylla craignant pour son. cadavre les represailles du traiteinent qu'il avoit exerce sur celui de Marius , dont il fit disperser les ossemens dans la campagne (Caelius Rhod., ij, cap. zoj, fit adopter a Rome I'usage des Grecs , de bruler les ca- davres j mais c'etoit simplement une mode nouvelle qu'il introduisoit -, il n'y eut ja- mais de decret du Senat pour ordonner Tin- cineration et proliiber Finhumation , et I'u- sage ancien d'enterrer les corps ne laissa pas de subsister (Pline 7^ ^4 ; — Fabretti y Journ. des Sav., i6g^ — 6x8 J. Ciceron lui- meme , qui vecut encore quinze ans apres la conquete des Gaules , n'a pas craint de blamer la methode de bruler les corps , et trouve que I'usage de les inhumer, et de les rendre ainsi a la terre dont ils sont sortis, est le plus ancien et le plus naturel de tous (1) ; en eff'et , nous voyons que ce grand (1) Ac mihi antiquissimum sepulturae genus id fuisse videtur redditur enim corpus terrae , et ltd locatum ac situm quasi operimento matris obdu- citur. ( De leg. 1 1 ). ( i5M homme suivlt Tancien usage pour sa fille tlont le tombeau fut decouvert en i55o , sous la voie Applenne , portant rinsci'iptioix TullioLae filiae meae (i). Voil^ uii example positlf que la couturae d'enterrer les morts , que les Romains pra- tiquoient depuis Numa ^z7/. Orb. i, — S7.)i renouvellee Tan 3o2 de Rome , dans la loi des XII tables (2) , n'a point ete expresse- ment abolie , raais que cliacun avoit la f"a-^ ctilte de deposer dans la terre ou dans un tombeau les cadavres de ses proclies , ou de leur falre elever un bucher , mode de se- pidture qui ne dura neanmoins que jus- qu'au regne des Antonins (Jourii. des Sav.), i6y^, Ci.14 ; — Cerem. fun^b.f par Mure t , tSy^f in-ix). Quant aux sepultures des soldats en temps de guerre et en pays etranger , il seroit liors de toute vraisemblance de croire qu'on ( 1 ) On rapporte que dans ce tombeau I'on trouva un cadavre de femme qui au premier contact de I'air toraba en poussiere , et I'une de ces lampes perpetuelles^ encore allumee , mais qui s'eteignit a I'ouverture du tombeau. {Joiirn. des Sav. 1682, P^g- z'-^)- (2) Honiinein mortuum in urbe ne sepelito nev& uriio. Leg. 70 f xn tabl. (153) wsolt clu mode d'incineration au milieu d'un camp forme de matieres combustibles , ren- fermant des loges de planclies qui servoient de mae;asin de toutes les choses necessaires k un corps d'armee ; on ne sauroit penser non plus qu'on se soit livre h. la peine et a la dcpense d'elever un bucher pour un. simple soldat. Ptien ne repugne done a voir dans ces tombeaux la sepulture des soldats des le- gions de Fabius ; et ce qui doit confirmer cette opinion , ce sont les restes d'armures trouves dans ces tombeaux. L'on sait que les Romains jetolent les armes du defunt dans son buclier. Virgile a dit, AEneid.y lib. xi , — /c;^ .• Conjiciunt igni galeas , ensesque decoros. C'etoit aussi , suivant Cesar et Tacite , le mode usite chez les Gaulois et les Germains; usage qui primitivement avoit lieu pour les morts deposes en terre ou dans des tombeaux. Les debris d'armures trouves dans ceux des tombeaux du Mont-Afrique qu'une dalle recouvroit, consistent en deux plaques de fer d'egales dimensions, de 5 pouces de lon- gueur , 3 de largeur au-dessus , a pouces 4ans le bas, et une ligue et demie d'epais- ( i54 ) seur actuelle. La partie la plus large de I'une de ces plaques tient par une charniere a un ovale de 4 pouces de longueur et 2 de lar- geur dans sa partie la plus evasee, de 2 pouces 9 lignes de longueur sur 1 pouce de large dans sa partie la plus retrecie ; la bande de cat ovale a 1 pouce de largeur. Cliacune de ces plaques est percee dans des points correspondans , d'un trou sur le bord de chacun des cotes k la partie la plus large, et seulement d'un trou au milieu de la partie la plus etroite. Ces deux plaques sont legerement courbees dans leur lon- gueur J elles ont ete ciselees et damasqui- nees (1) de Fun des cotes seulement, ainsi que le dessus de I'ovale et le bouton des- tine k entrer dans cet anneau , lequel porte un pouce et demi de diametre et 2 lignes et demie d'epaisseur actuelle. Des plaques et anneaux pareils sont gva.- (i) Nous avons encore un exernple d'armures damas- qulnees en argent dans les tombeaux decouverts a Velu pres de Bapaume ; I'Encyclopedie meth. part, d'antiq. en parle au mot tombeau , et dit : que sur un monti- cule on decouvrit , k cinq pieds de profondeur , plus de cent squelettes , sur des lignes paralleles , la tete tournee vers le midi ; qn'on trouva dans les tombeaux des epees de deux pouces de largeur, quinze de Ion- ves dans les antlqviites du P. Montfaucon , torn. V , pi. iSj, et suppl. , torn, iii , pi. 2,2 ; on en trouve aussi de semblables dans le Re- cueil des Monum. antlq. inedits, publics par M. Grivaud de la Vincelle, pi. vii. Qnant a leur forme , ces niorceaux nous ont paru etre les plaques , la boucle et I'ar- dillon d'un ceinturon destine a serrer le corps au-dessus des lianches 5 I'ovale place verticalement en falsoit le milieu ; d'un et d'autre cotes les plaques argentees , posees horizontalement, accompagnoient cette bou- cle ; le bouton passe dans icelle assujetissoit le ceinturon sur le corps. Get ornement, quoique massif", devoit ^tre tr^s apparent et f'alre un tres bon effet dans un costume mllltaire (1). gueur , damasquinees en argent tres pur , comme une espece de blanchiment d'alliage d'etain qui resiste au vert-de-gris et s'avire par I'eau-forte , bien conserve ^ sur-tout sous les clous. Les redacteurs de cet article reputent ces tombeaux. gaulois. Mais s'il est vrai que ce soil des Romains que les Gaulois aient appris I'art de damasquiner , evideniment les tombeaiix ou se troii- vent des armes damasquinees ne sent pas gaulois. (1) Le P. Montfaucon rapporte que les plaques et ovale dont il donne la gravure , furent trouves en 1705 a Montbellet , terre appartenant a I'eveque de Macon ; il transcrit une lettre de ce prelat , envoyee k M. de Gaignieres le 3 aout 1710 j dans laquelle cet eveque C ^56 ) ' N'os motifs pour reconnoitre dans ces morceaux les deux plaques d'un ceinturon pense que ces plaques etoient une coiffure des femmes gauloises : mais comme un pareil ornement etoit lourd k porter sur la tete , il se retranche a dire que cette coiffure n'etoit imitee en fer que pour les femmes de- cedees , afin qu'etant d'une matiere plus solide , elle piit se conserver plus long-temps dans les tombeaux. Le P. Montfaucon ne se prononce pas , par respect sans doute , centre cette singuliere opinion de I'eveque de Macon 5 mais il faut convenir que si ce savant be- nedictin eut voulu prendre la peine de refuter le pre- iat , qui en fliit d'antiquites pouv6it bien etre faillible ; il ne manquoit pas de motifs. Si ces lourdes plaques n'etoient faites que pour etre deposees dans des tombeaux , a quoi bon les trous dont elles sont perforees , a quoi bon les ciselures ; et si c'etoit pour les conserver plus long-temps qu'elles furent couvertes d'une feuille d'argent , pourquoi n'en avoir mis que d'un seul cAte ? L'eveque ni le benedictin n'avoient pas connoissance de la plaque correspondante a celle attachee a I'anneau y circonstance qui derange leur systeme ; car comment arranger ces deux plaques et cette boucle sur la tete d'une femme , autrement que de les faire retomber sur cbaque oreille , et alors la boucle qui se trouveroit sur le sommet de la t^te auroit dii en avoir la capacite pour que les plaques retombassent d'elles-memes ? pourquoi un ardillon pour retenir la seconde plaque contre I'o- vale , toutes deux auroient dii etre attachees a I'ovale par des cliarnieres ? II est done tout-a-fait impossible d'admettre les presomptions consignees dans Mont- faucon. ( i57) sont , i** les trous dont ces plaques sont perforees , destines a attaclier la courroie apres ces plaques j nP la legere courbure de ces plaques qui est celle ordinaire du ventre de I'liomme j 3*^ les damasquinures d'un seul des cotes , preuve que ces plaques n'etoient pas destlnees a etre vues de I'autre ; les cise- lures argentees de I'anneau et dvi bouton qui ne se rencontrent que sur la partie qui dut etre visible (i). Ces damasquinures doivent fixer notre attention. Si I'art de damasqulner nous est revenu de rOrient avec les Croises, il n'en avoit pas molns existe dans les Gaules. Pline , qui niourut I'an 79 , nous rapporte , torn. 11 , lib. 34, cap. ly J que ce fut a Alise que les Gaulois commencerent d'argenter au feu les orneinens des chevaux; que les habitans de Bourges etoient grands argenteurs. Dio- dore de Sicile , qui ecrivoit sous le regne (1) Ces plaques ne pouvoient etre la garniture d'un fourreau de sabre , car I'ovale n'auroit pas du etre a charniere et a charnidre d'un seul c6te ; I'ovale n'avoit pas besoin d'une ouverture d'un pouce de largeur pour ne recevoir que la lame d'un sabre ; les plaques n'au- roient pas eu besoin d'une courbure dans leur longueur, «lles auroient dli etre droites. ( i58 ) d'Augnste, dit, lib. 6", cap., g, que les Gau- lois faisoient dorer leurs arines et les garnls- soient de corail. Ces historiens parlent-lls des Gaulois avant ou apres la venue de Cesar ? Ce serolt I'ob- jer d'une discussion speciale , si nous n'a- vlons demontre plus haut que ces tombeaux ne pouvoient appartenir a des militaires gaulois. D'autre part , I'art de damasquiner etoit bien certaineraent connu des Romains, puis- que Tite-Live , lib. 33, consigne qu'apres la mine de Carthage , une partie des de- pouilles des vaincus fut employee a dorer (^ioo ans avant J. -C.J ^ les lambris du Ca- pitole J puisque nous lisons dans Suetone CVit. Caes. 6y)f que Cesar tenoit a ce que les troupes eussent leurs armes enrichies d'or et d'argent , afin que , pour les conserver , les soldats fussent plus acliarnes dans le combat : Caesar habebat tarn cultos mllites ut argento et auro politis armis ornaret, quo tenaciores in praeiio essent metu damni. Ce passage cadre merveilleusement avec I'opinion que nous avons que les debris d'armures trouves auMont-AFrique, sont les plaques et la boucle d'un ceinturon destine k supporter le sabre du guerrier, soit entre ( i59 ) la courrole et le corps , solt suspendu par des agrafes ou chainettes. Nous avons re- marque des ceinturons du meme genre dans les gravures de I'ouvrage de Juste-Lipse de tnilit. ront. , f'ol. 182 et 241 j dans le Recueil des Costuna. des anciens peuples , par And. Bardon , 1772, ia-4.'' torn, i, pag. 90, pi. VIII , ou Ton volt un chef de legion des ar- rnees romaines avoir un ceinturon damas- quind de dessins arabesques , apr^s lequel etoient suspendus , d'un cote un sabre par des chainettes, de I'autre un poignardj le cein- turon , comnie on salt , etoit la marque dis- tinctive des officiers des armees romaines ; il Test encore aujourd'hui des officiers des armees de I'Empereur d'occident qui a suc- cede aux anciens Empereurs romains. Le tombeau ou ces debris furent trouves ^toit done celui de I'uii des officiers des le- gions de Fabiiis , meme d'un officier de dis- tinction, primipile ou centurion, si I'on en juge par la richesse de son armure , indi- quee par celle de son ceinturon ; la dis- tinction d'une couverture a ce tombeau vient encore a I'appul de cette presomption, car trois de ces torabeaux seuleinent etoient couverts , et dans ceux - li\ seuls ont ete trouves quelques restes propres \ fa ire re- ( i6o) connoitre I'epoque de ces tombeaux, et le peuple auquel ils appartenoient. Dans I'un de ces tombeaux converts , M. le juge de paix du canton avoit trouve dans Tine precedente fouille , une plaque et un ovale du meme genre, e^alement charges de ciselures et damasquinures en argent ; mais cette plaque est en cuivre , plus petite que la precedente. M. Moreau a bien voulu s'en def'aire en faveur de I'Academie. Dans ce tombeau , a I'ouverture duquel M. le juge de paix a preside , Ton a trouve une medaille consulaire d'argent , de la f a- mille Rdbria , ayant d'un cote une tSta de Neptune , derriere laquelle est un tri- dent , et au bas le mot Dossen ; au revers un quadrige sur lequel est placee une espece d'arche presumee renfermer les statues des Dieux, etaubas,L. RUBRI. Cette medaille appartenoit k M. Lebreton , receveur des contributions (i) , qyii en a fait don a I'Aca- demie. (i) La famille de Lucius Rubrius Dossenus etoit ancienne a Rome •, elle avoit donne a cette ville les plus Labiles medecins {Plin. , lib. 29, cap. t. ) : aussi voit-on ordinaireinent sur les medailles de cette famille les statues d'Esculape ou de Mercure ( Hist. rom. par ( i6x ) Cette piece etoit sans doute du genre de celles appelees Naulus (Diod. Sic, lib. i)y que les Payens placoient sous la langue du def'unt pour payer a Caron le passage de la barque fatale j ii'indiqueroit-elle pas que le jeune of'iicier , dans le to in beau duquel cette piece fut trouv^e , etoit de cette f'a- niille consulaire ? Les grains ensemences dans le climat ou sont ces torabeaux n'ont pas perinis aux Commissaires de I'Academie ( i ) de faire executer de nouvelles f'ouilles , ni de pous- ser plus loin celles qu'ils avoient faites. Lors- que cette place sera depouillee de ses fruits , il sera possible de retourner sur ce sol an- tique et de I'explorer plus amplement; peut- etre y trouvera-t-on des preuves plus com- plettes pour determiner a quels peuples ap- partiennent ces osseraens , et quelle est I'e- poque ou ils ont ete confies k la terre qui , pendant tant de slides les avoit derobes a nos regards. ■ ■ ■ . 1 ■■ 1 I I 1 ■■■■■■ ^^^m^^a^t^^^m I ■! in ■ ■ ,■ a b^i^h^, les Medaill. pag. 78 ) 5 celle dont il s'agit feroit una exception, et sous ce rapport deviendroit une medailla rare. (1) M. le docteur Antoine , prdsident; M, le doc- tevLxVallot , secretaire, etM. Girault, conserTateur du cabinet des antiques et medailles. il Deslretix d'eclaiixir quelques points d'his- toire, et de falre disparoitre I'incertitude des auteurs , M. Girault a lu a rAcademie (^Sdance du xj Janvier i8ic)) une notice, intltulee : I^es grands plaids de JDieu ,tenus en juin 1116, entre Lux et Til'Chdtelj an departement de la Cote-d'Or. L'auteur commence par exposer I'etat mal- heureux ou se trouvoit la France dans les premieres annees du xii.^ si^cle : le defaut de police , les guerres privees entre les sei- gneurs , le brigandage , ne presentoient par- tout que meurtres , pillage, incendies. Louis leGros entreprit de retablir I'ordre j il reduisit les seigneurs de Creci , du Puiset, de Corbeil , et remporta , aux environs de Gisors, la victoire sur les Anglais, qui s'en veng^rent en suscitant une guerre civile et intestine, dans laquelle ils etoient secondes par Tliibaut le Grand, comte de Champagne. Le desordre etoit au corable , lorsque Hu- gues 11 , surnomrae le Pacillque , souverain du duche de Bourgogne , et Guillaume III , dit rAlleniaud , souverain du comte de Bour- gogne , se concertj^rent avec les eveques pour appeler I'intervention et I'autorite de I'Es^Use. ( i63 ) lis obtlnrent de la Cour de Rome I'aitto- risation de convoquer des Assises solennelles. lis en fixerent le lieu sur les frontieres de la Champagne et des deux Bourgogne qui of'frolent les preuves irrecusables des vexa- tions auxquelles on desiroit porter remede. lis choisirent la plaine entre les villages de Lux et de Til-Chatel. Josserand , eveque de Langres , dans le diocese duquel se trouvoit Je lieu designe , fut charge d'y convoquer I'assemblee pour le 6 des ides de juin 1116, c'est-a-dire pour le 8 du meme mois, Guy de Bourgogne, archeveque de Vienne , qui fat par la suite eleve a la papaute , sous le nom de Calixte II , fut nomme pour presider ces Assises solennelles comrae legat du Saint- Siege. M. GiRAUxT donne les details des prepa- ratifs faits dans la plaine pour la tenue de cette assemblee ; il rapporte des fragmens du discours eloquent prononce par le legat du Pape. Ce discours produisit tant d'effet que la paix se retablit. M. GiRAULT observe que de tous les his- toriens de Bourgogne, I'abbe Courtepke est le seul qui ait parle de cette assemblee qu'il appelle k tort un Concile. II signale I'erreur (164) de Dimod , qui fixoit la tenue de ces plaids de Dieu dans la prairie de T/iise , sur les bords du Doubs , a uiie lieue de Besancon. 11 termine sa dissertation en disant que, Til- Chatel laisant aujourd'liui partie du depar- teinent de la Cote-d'Or , il est convenable de placer ces assises dans I'histoire locale du pays , et reparer ainsi le silence des an- ciens historiens de Bourgogne. M. GiRAULT annonce qu'une partie des details que Ton vient de lire , et surtout ce qui a rapport au lieu et a Tepoque de la tenue de ces assises , est extralt d'une Cliro- jiique redigee par un religieux nomme Thi- BAUT , benedictin de Beze, qui avoit recueilli tous les miracles de Saint Prudent , auquel on attribuoit dans le temps la pacification qui a ete le resultat des assises. Lorsqu'un grand homme porte le nom d'ujie famille illustre , on est toujours sa- tisfait d'en connoitre tout ce qui y a rap- port; c'est ce qui a engage M. Girault a communiquer a TAcademie (sdance du^fe- vrier i8igj la genealogie du celebre president BOUHIER. II I'a composee , i° d'apr^s ce qui est ecrit en tete de vieilles heures ayant appartenu a Jean Bouhier, conseiller au Parlement, ( 1^5 ) aieul du savant academicien ; et 11 1'a aclievee d'apres les renseigneinens cju'il a recueillis. L'arbre genealogique , depose sur le bu- reau , apprend que la famlUe Boidiier , en la personne de Guillaume , son chef , f'ut amenee a Dijon en 1418 par le due Jeanj que le fils de ce Guillaume Bouhier fut I'un des secretaires du due Philippe-le-Bon j que depuis la reunion de la Bourgogne a la France , cette famille a constamment occupe des places dans le Parlement de Bourgogne , depuis sa creation jusqu'a sa suppression, et qu'elle a donne a la yille de Dijon deux eveques, dont le second etoit frere du pre- sident pour lequel on donne cette genea- logie : elle est sur-tout connue par de norn- breux actes de bienfaisance en faveur des hospices et des pauvres de la Yille de Dijon. On remarque dans ce tableau Jean Bou- hier , trisa'ieul du president. Ce fut lui qui Commen(ja cette farneuse bibliotheque Bu- Jierienne , reputee la plus belle de celles particulieres de la France 5 elle etoit estimee 3oo,ooo fr. L'un des gendres du president Bouhier, en 1781 , la vendlt a I'abbaye de Clairvaux pour t35,ooo fr. On s'arrete avec inter^t sur le nom de cet Etienne Bouhier, bisa'ieul du president , conseiller au Parle- ( i66 ) mfeiit , qtii , gEut de sa compagnie , testl h Dijon pendant la contagion de 1629 ; il aida les indigens et les pestiferes de ses solns , d6 ses consolations et de sa bourse j il fut Pun des bienfaiteurs de I'liopital de cette ville, et mourut en Provence , ou il avoit ete de- pute par sa Compagnie. Ce tableau se termine a I'liomme illustre dont s'lionorent le Parlement de Bourgogne et la ville de Dijon , puisqu'il a porte le nora de BotJHiER au premier rang des grands hora- nies de la province. M. GiRAULT a continue de communiquer k I'Academie le resultat de ses recherches sur les Entries solennelles des Rois de France d. Dijon; (voy, la premiere partie dans le compte rendu , 1818 , pcig. i^ — ^9 , ^7 — it)^). II lit (x/\ fevrier i8igj celle de Louis XIII et celle de Louis XIV. M. Peignot a lu des Recherches CsSancfe du f^ fdvrier i8ic)) sur les Triomphes des Remains. II decrit la pompe de cette cere- nionie qui excitoit I'ardeur d'un peuple con- querant , et qui entretenoit une vive emu- lation par mi ses guerriers. Rome a ete le theatre de beaucoup de triomphes. M. Peignot ne les decrit pas tous \ ( 1^7 ) il se borne aux plus imp or tans ; et avant d'entrer en matiere , il etablit la difference qui existoit entre le grand trlomphe et le petit triomphe ou ovation , ainsi appele parce qu'on offroit une brebis (^ovlsj. M. Peignot rappelle que ce fut au triom- phe de Marcus Curius Dentatus que Rome vit pour la premiere fois des elephans j et que le triomphe de Paul Emile fut un des plus briilans. L'auteur, a chaque triomphe, fixe I'epoque a laquelle eut lieu la victoire qui le provoqua, le iiom des peuples sou- mis , et tout ce qui avoit rapport a un eve- nement aussi important, BEAUX ARTS. M. Mathieu {seance du lo fdvrier iStg ) lit une Notice sur ce que les Beaux Arts et I'Architecture ont produit de plus interes- sant dans le cours de I'annee derniere. II termine sa Notice en indiquant la necessite de rectifier la denomination impropre d'Arc des Orfevres , donnee a un edifice antique de Rome. Ce monument, dit-il, doit etre appele Arc des Banquiers , parce que ar- rrentarius desiene un caissier, un tresorier, un banquier, et nuUement un orfevre qui a tou jours ete designe par le mot aurifaber. ( 168) M. Mathieu Cz4 mars iSi^J, lit iiriraor- ceau intitule : SuR ^'excellence de l'architecture. ( Ce morceati etolt susceptible de plus d'e* tendue : il se trouve aussi restreint parCe qu'il etoit destine a ^tre lii en seance pu- bliqiie, et qu^on a ete oblige de le pro- portionner au temps qu'on pouvoit accor- der a sa lecture. ) Les beaitx arts font une partle essentiello des avantages que procure la civilisation; ils sont pour les homines reunis en societe, la source de jouissances aussi douces que pures, quelquefois vives , eenties par ceux qui les exercent, et par ceux qui, sans les pratiquer, eprouvent les sensations qu'ils font naitre. Chacun des arts novis affecte d'une ma- niere difierente et qui lui est propre j ils parlent au coeur , a I'esprit, auxquels leurs productions arrivent par les organes de la perception ; ou seulement, effleurant le sens in time , leur principale impression a lieu sur la faculte meme par qui le sentiment nous parvient. Si j'emplole, enparlant des beaux arts , le langage de la metapliysique , c'est que pres- que toujours I'liomme qui produitlesoeuvres. ( i69 ) Fruits de ces beaux arts , et celiii qui les ap- precie , ont besoin du concours d'un senti- ment profond, sans lequel le premier ne sau- roit creer le sublime , ni le juge etre perti- nent. C'est cet usage des operations de I'ame qui distingue le veritable artiste de I'ouvrler , qui peut fort bien reussir avec raction la plus simple de I'entendement. L'architecture , conslderee sous son point de vue le plus eleve , est un art qui exlge sur-tout le secours de la faculte d'abstraire , les sentlmens de grandeur , de proportion , d'liarmonie , de bienseance : la nature ne lui off're pas de modeles qu'elle puisse imiter ou embellir 5 elle a ete obligee de s'en creer elle- meme , qui , sans etre purement fictifs , ne lui presentent cependant qu'une idee premiere dont elle a du plus ou moins s'ecarter. Laissons ici parler une personne (i) dont le nom est celebre dans les arts , et qui a traite ce sujet avec une superiorite a laquelle il ne m'est pas donne d'atteindre : « « C'est par-la que , gencralisant de plus en « plus I'idee de son modele , l'architecture (i) Quatremere de Quincy , Encyclopedic metho- dique, Architecture. ( 17'' ) tt parvint a etendre la sphere de I'iinitatlon, « Ce n'est plus ni la cabane dont elle sor- » En consklerant Tarcliitecture sous le rap- port de I'utillte, quelle etendue acquiert son. doniaine ! Je parcourrai rapidement les trois branches prlncipales dont se compose I'ar- cliitecture ; on la divlse en civile , militaire etnavale. La premiere satisf'ait d'abord a I'un de nos besoins les plus essentiels , celui de nous mettre a I'abri des injures de I'air. Apres ce premier secours , nous la verrons diriger la construction des batimens de ma- gnificence et de ceux d'utillte : les edifices sacres, les palais episcopaux , les seminaires, les presbyt^resj les palais des Rois, et leurs dependancesj ces dernieres embrassent elles- memes tin assez grand nombre de details qui out cliacun leur genre particulier de com- position , tels que les ecuries , maneges cou- verts et decouverts , mueltes , clienils , oran- geries , trianons , menageries j les jardins et leurs embellissemens , comprenant les ter- rasses , les escaliers , les pieces d'eau , les parterres , les bosquets, les berceaux : en- suite , les hotels-de-ville , les bibliothdques publiques , les musses , les palais de justice, appeles basiliques par les anclens ; les hotels des monnoies , les bourses ou changes ; les academies , les observatoires , les colleges , les hopltaux , les prisons , les boucheries , les manufactures , les marches , les foires , les lialles de dllf'erens genres ; les theatres , les aqueducs , les fontaines ; les sepultures publiques et les monumens f'unebres jles arcs- de-triomphe , les colonnes triomphales , les obelisques , les cirques , les portiques j les bains , les places publiques , les promenades j les edifices eleves en charpente , a I'occasion des fetes publiques ou des pompes funebres, tels que sont les salles de bals et de festins , les feux d'artifice , les illuminations , les ca- tafalques , les chapelles sepulcrales : puis , les canaux de navigation dont le commerce revolt tant d'avantagcs ; ceux de desseche- ment et d'irrigation , si utiles pour la salu- brite et a I'agriculture ; les ponts , les digues, les levees , les voies publiques. L'architecture militaire , necessaire a la su- rete de I'Etat, a principalement pour objet I'attaque et la defense des places fortes j j'en- trerai dans peu de details a cet egard j les systSmes qui constituent cette partie de l'ar- chitecture ont varie selon les circonstances : (175) Us exigent souvent , de la part de celul qui s'en occupe specialement , des ressoiirces dans rimagination pour obvler a des cas sou- dains et iinprevus. Les arsenaux, les places d'armes , les portes de villes de guerre , les casernes , les prisons militaires , sont encore de son ressort. C'est par les rnoyens que fournlt I'archl- tecture navale,que I'homme, apres avoir ap- pris a reconnoitre dans les cieux la trace de sa route sur de vastes mers , put se trans- porter sur les points de la terre les plus eloi- gn^s, et retirer de ces voyages lointains les biens de toute espece qvi'ils procurent : ils agrandissent la sphere des sciences , contri- buent au soulageraent de quelques niaux ou aux aisances de la vie. Un ecrivain faraeux (i ) a dit : « L'opera et un vaisseau de guerre « du premier rang etonnent toujours mon « imagination. Je dotite qti'on puisse aller « plus loin dans aucun des globes dont I'e- cc tendue est semee. » Outre ces citadelles flottantes et les na vires de differentes sortes a la construction desquels preside I'arcliitec- ture navale, elie regit encore celle des moles (i) Voltaire. ( 176 ) et jetees, des pliares, des quals, des ports et bassins maritiraes, des bagnes, des arsenaux de marine. Le genie dont rArchltecte dolt etre done, I'etendue des connolssances qu'il dolt posse- der , ont fait , dans les temps anclens et mo- dernes , tralter avec beaucoup de considera- tion et de grands honneurs , ceux qui ont excelledansrarchltecture. Sans clierchermes exemples dans I'antlquite ou j'en trouverois d'insignes , je me contenterai de citer celui de Jean-Laurent Bernini , plus connu sous le nom du cavalier Bernin, et je m'arreterai aux particularites relatives k son voyage en France en i665. Louis le Grand , voulant faire travailler a I'acbevement du Louvre , et clioisir pour le diriger les meilleurs artistes , s'adressa pour cet objet au Bernin qui jouissoit alors d'une haute reputation. « Le monarque lui envoya cc son portrait, enrichi de diamans, delava- cc leur de trois mille ecus, accompagne d'une €t lettre qui le sollicitoit k venir en France j «c elle etoit con^ue en ces termes : cc M. le chevalier Bernini , c« J'ai une estiine si particuliere pour votre tc merite , que je desire avec empresseraent ( ^71 ) cc de voir et de connoitre de plus pres un. ■ II I II I I ■— — —^ (i) Encyclopedie methodique j ait. Bernin. ( 179 ) Quoique les projets de Claude Perrault , pour rachevement du Louvre, aient ete pre- f'eres a ceux du cavalier Bernin , le Roi combla celui-ci de riches presens ; « ses eld- cc yes et ses domestiques furent aassi magni- « fiquement recompenses. II futdef'raye jus- « qu'aRome, aux depens du Roi, etrecon- *< duit avec les nieines honneurs. jj Je ne ra'etendrai pas davantage sur I'es- time et la consideration que les grands Ar- chitectes ont obtenues, et sur les distinctions honorables dont ils ont ete I'objetj je vais tracer I'esquisse de la grandeur de I'arclii- tecture et des monumens qu'elle nous a lais- s^s. Ces archives de I'esp^ce humaine nous fournissent la mesure du genie et de la puis- sance des nations de qui elles einanent. L'Egypte , regardee corame I'antique pa- trie des sciences et des arts , nous presente des restes de sa splendeur passee , faits pour etonner I'imagination : les pyramides, masses enormes elevees par des hommes , et qu'on seroit tente d'attribuer a des geans, ont ex- cite I'admiration depuis plusieurs milliers d'annees. Je citerai encore , par rapport an sentiment que font naitre en nous les vastes dimensions d'un edifice , I'^crivain eloquent ( iBo ) dont j'ai deja transcrit les expressions : cc .... cc La grandeur physique , dit-il , est une des « principales causes de la valour et de ref'fet « de I'architecture 5 la raison en est que le cc plus grand nombre des impressions pro- « duites par cet art , tiennent au sentiment « de I'admiration. Or, 11 est dans I'instinct «: de I'homme d'admirer la grandeur dont cc I'idee se joint tou jours dans son esprit k « celle de puissance et de force; s'il aime a apres la niort de rillustre abbe Barthelemy, il fut nomme conservateur du Cabinet des medailles , pierres gravees et antiques de la Bibliotheque du Roi ; des-lors il se livra exclusivement aux travaux de ses nouvelles fbnctions. Aussi le norabre des ouvrages d' Arclioeologie qu'il publia est considerable. Pour reparer ^a sante epuisce par de longs travaux , on lui conseilla de voyager dans le midi ; maisson activitene I'abandonna point, et il recueillit tout ce qu'il y avoit d'interes- sant dans les lieux qu'il parcouroit. N. B. Nous nepouvonsattribuer les inexac- titudes , dans ce qui concerne notre ville , qu'tl une redaction f'aite apres coup sur des notes prises avec precipitation , et qui , par la suite, auront ete confondues. M. Millin avoit consacre sa bibliotlieque a la jeunesse studieuse. Ce bel etablissement etoit un vrai temple des Arts ou I'on trouvoit des savans de tous les pays qui y prenoient des notes, des artistes qui dessinoient, etc. Cette bibliotheque fut brulee , le 17 fevrier 1812 , par la median cete de son domestique qui y mit le feu. M. Millin etoit de presque ( 192 ) toiites les Academies et Socl^tes savantes de I'Europe. L' Academic de Dijon le regut le i5 nivose an 12, (4 Janvier i8o3). II mourut le 14 aout dernier , regrette de tous les Sa- vans pour lesquels le Journal qu'il avoit cree etoit un point de reunion , un centre de correspondance qui n'existe plus. On trouvera sur M. Millin des details plus eten- dus dans I'Eloge qu'en a public M. Krafi't. (Ajin. encycl. ^ novembre i8i8j. Gaspard Monge naquit a Beaune le 10 mai 1746' Ses dispositions precoces le firent entrer de tres bonne lieure dans I'un des corps destines a I'enseignement , et a I'age de 16 ans il fut charge d'enseigner la phy- sique cliez les Oratoriens de Lyon. A 1^ ans il professoit , avec le plus grand succes, les mathematiques et la physique a I'Ecole royalc du genie ^ Mezieres. Ses grands ta- lens lui ouvrirent les portes de I'Academie des Sciences dont il devint un des membres les pli^s celebres. II decouvrit dans les Ma- thematiques une partie qvi'il appela Geo- metrie descriptive , et dont il enseigna I'ap- plication. II en donna des lecons a I'Ecole normale. II fut professeur , et le premier directeur de ( ^93) I'Ecole polytechnique, peplnl^re qui a f'our- ni un si grand noinbre de Savans dans tons les genres. Desireux d'agrandir le domaine de la science , M. Monge ne put voir avec indif- ference cette expedition d'Egypte qui faisoit esperer pour les Sciences des resultats siflat- teurs , at qui promettoit aux Savans, des de- couvertes curieuses , liees a de grands sou- venirs. Aussi , il en fit partie , et fut un des membres les plus zeles et les plus utiles de rinstitut du Caire (i). La reputation de M. Monge etoit trop so- lideinent etablie pour que toutes les Acade^ mies de I'Europe ne s'empressassent pas de se I'adjoindre , et I'Acadeinie de Dijon I'associa b. ses travaux le 5 Janvier 1804. Ses talens etoient accompagnesd'une bonte touchante, qui faisoit le bonheur de sa famille et de ses amis. M. Monge est mort a Paris le 29 juillet dernier, a I'age de 72 ans. Resserres par I'espace , nous n'avons pu (1) C'est a M. Monge que I'on doit la decouverta de la cause qui produit le Mirage t plusieurs physiciens et astronomes ont , a differentes epoques, parle .le cq phenomene , dont il existe une description tres exacte dans le torn. I , pag. 82 , col. 2 , de la Description gf^ographique , historique et physique de I' H'np ire dc la Chine..,, par le R. P. Du Jf^i,D£. j3 ( 194 ) tlonnei' qu'une tres courte notice sur le ca^ ract^re et les talens de M. Monge ; heureu- sement , nous pouvons renvoyer, pour plus amples details sur ce Savant distingue , a Teloge qu'en a public M. Ch. Dupin. L'AcADEjMiE a associe a ses travaux : M. Grasset , proprietaire de Montmu- sard , membre resident, (oodecerabre 1818); M. Edouard Petit , D. M. a Corbeil , correspondant , (19 aout 1818) 5 Sir John Sinclair , baronet, fondateur de la Societe d' Agriculture de Londres, cor- respondant, (19 aout 1818) ; a Londres. M. Herschel fils , membre de la Societe royale de Londres, etc., correspondant, (19 aout 1818) J a Londres. • M. Grivaud de la Vincelle, historiogra- plie de la Cliambre des Pairs, correspondant , ( 26 aout 1818) ; a Paris. M. Alexandre Lenoir , administrateur des Monumens de i'Eglise royale de Saint- Denis, etc., associe non resident, (2 de- cembre 1818) ; a Paris. M. Prudhon , peintre , associe non resi- dent, (2 decembre i8i8) 5 a Paris. M. H. Mirault , secretaire general de I'Atlienee des Arts, a Paris, etc., corres- pondant, (27 Janvier 1819). ( 195 ) Catalogue des ouvrages imprimis , envoy es h I' Acadeniie J depuis sa demiere stance publique . L'Academie a re^ii la continuation des 1 . Annates de I'Agriculture francaise , par MM Tes- BiER et Bosc. 1818. 2. Du Journal desProprietairesruraux pourle midi de laFrance; par la Societe d'Agriculture de Toulouse. 1818. 3. Appel a tous les membres de la Legion d'hon- neur , et Projet d'une Association industrielle et bien- iaisante de I'Ordre , soumis au Gouvernement. Paris , J 818. In-4.°N.° 1." 4. Report of the Committee of the Board of Agricul- ture , appointed to extract information from the County reports , and other authorities , concerning the culture and use of potatoes. London , 1795. In-4.° 5. Memoir relative to the annullar Eclipse of the Sua which will happen on September 7, 1820. By- Francis Bailly. London, 1818. In-8.° 32 pag. fig. 6. Traite historlque et pratique du scorbut chez I'homme et les animaux ; par M. Balme. Lyon, 1819. In-8.° 336 pag. 7. Cours de Droit crimlnel fait a la Faculte de Droit de Grenoble ; par M. Berriat St. -Prix. Grenoble , octobre 1818. In-8.° 167 pag. 8. Ode. Anniversaire de la raort de S. A. S. de Bourbon-Conde , Due d'Enghien , pour I'annee 1819 ; par M.'"'^ DE Boisserolle. Paris, 1819. ln-8,° 8 pag. 9. Extralt d'un Memoire sur I'hydropisie aigue des ventrlcules du cerveau ; par And.-Mar.-Jos. Bouvier , D. M. , etc. Paris , 1807. I"-8'° 22 pag. (19^ 1 o. A Plan for the detection and prevention of for-» gery, by which the bank may be enabled to exhibit to the public tlie proofs of the forgery of its notes without offering any advantage to forgers.... By J. Ant. Brun. Translated from the french by ***. London , 1818. In-8.° 34 pag. 1 1 . Programme du prix propose par I'Academie dea Sciences , Belles-Lettres et Arts de Besancon , pour le 24 aoiit 1819. {Eloge historique da Cardinal de Gran- "velle. ) 12. Programme de I'Academie royale des Sciences ^ Belles-Lettres et Arts de Bordeaux , Seance publicju« du 26 aoiit i8j8. i3. Almanach de la Societe royale de Medecine de Bordeaux , pour I'an 1819. In-12. 72 pag. x\. Notice des travaux de la Societe royale de Me- decine de Bordeaux , depuis sa derniere seance pu- blique, jusqii'au i.^"^ septembre 1818. Bordeaux, in-8.° 39 pag. i5. Programme de la Societe royale de Medecine de Bordeaux, seance publique du 3i aoftt 181 8. In-4.* 8 pag. 16. Societe d'Emulation de Cambrai , seance pu- blique du 17 aoiit 1818. In-8.° 217 pag. J 7. Programme du prix propose par la Societe d'Emu- lation de Cambrai, pour 1819. Eloge de Lamoignon de Malesherbes. 18. Notice de la seance publique de la Societe d'Agri- culture , Commerce, Sciences et Arts du departement de la Marne , tenue a Chalons le 26 aout 1818, Cha- lons , 1818. In-8." io4 pag. ( '97 ) sy. Ephemerides de la Societe d'Agriculture du de- parteraentde I'Indre , pour Pan 1817. Seance du 7 sep- tembre 1817. xi^. cahier. AChateauroux. In-B." 107 p. 20. Ephemerides de la Societe d'Agriculture du de- partement de I'Indre , pour I'an 1818. Seance du 6 sep- tembre 1818. xii.*^ cahier. A Chateauroux, in-8.° 100 p. 21 . Le retour de nos Rois ^ Ode. 3 mai 181 4- In-4«° 4pag. Au Peuple francais. 3 mai 181 5. In-S." 16 pag. Harangue sur la Tyrannic ; par M. A. C. de C*****. Paris, 181 4- In-8.° 5i pag. 22. Description des machines et procedes specifies dans les brevets d'invention , de perfectionnement et d'importation , dont la duree est expiree ; publiee , d'apres les ordres de M. le Comte Laine, Ministre de I'interieur, par M. Christian, Directeur du Conserva- toire royal des Arts et Metiers. Tome second. Paris j 1818. In-4.°fig. 23. Eloge historique de Louise- Augusta de Meklen- bourg-Strelitz , Reine de Prusse , lu a la seance pu- blique de 1' Academic des Sciences, Arts et Belles- Lettres de Dijon, le 4 juillet 1818 ; par M. le Mar- quis DE CouRTivRON. Dijon , 1818. In-8.° 28 pag. 24. Le Code d'Instruction criminellc et Ic Code pe- nal , mis en harmonic avec la Charte , la morale pu- blique , les principes de la raison , de la justice et de rhumanite. Paris, i8i(j. i35 pag. 25. Exaraen de I'opinion vulgaire,, que les neiges des montagnes influent sur la temperature de I'air dans les plaines voisines ; par J. Andre Deluc , fils de feu G. A. D. ( 198 ) 26. F.xtrait cl'uTi M<^moire sur les blocs Ae granit et les auires pierres eparses en divers pays 5 par J. A, Deiuc , fils de G. A. D. , hi h. la seance de la Societe de Physique et d'Histoire naturelle de Geneve , le lO avril 1817. 27. Transactions of the Society instituded at London , for the Encouragement of Arts , Manufactures , and Commerce ; with the premiums offered in the year 1783 — 1806. London, s/j. '^'"l' in-8.° 28. Society for the Encouragement of Arts, Manu- factures, and Commerce. Premiums offered in the Ses- sion 1818 — 1819. London , june. 1818. 39. Proces-verb.il de la seance publique de la Societe deMedecine, Chirurgie et Pharmacie, du departement de I'Eure , tenue k Evreux le 28 septembre 1818. Evreux , 1818. In-8.° 62 pag. 3o. A History of the early part of the reign of James the second ; with an introductory chapter. By the right hon. Charles James Fox. To which is added an appendix. London, 1808. In-4.° Superbe exemplaire , donne d I'Academie par Lord Holland. 3i. Lettre de M. le Comte pRAisJcrns de Neufcha- TEAU , sur I'irrigalion , et sur d'autres objets d'econo- mie rurale. In-8.° 4° P^g- 32. Memoire sur le Claveau et sur les av.intages de son inoculation; par J. Girard, Directeur de I'Ecole royale veterinaire d'Alfort, membre de la Societe royale et centrale d'Agriculture , etc. Seconde edition , revue et augmentee. Paris, 1818. In-8.° 63 pag. 33. Details historiques et stalistiques sur le departe- ment de la C6te-d'0r J ses arrondissemens , et sur cha- ( m ) cuti des trente-six cantons qui le composent ; par I'au- teurdesEssais siir Dijon. Dijon, novembre 1818. In-S." 96 pug. 34. Entree solennelle de la Reine Eluonore a Dijon y en Janvier i53o; par C.-X. G***. Dijon, 1819. In-24. 24 pag. 35. Recueil de Monuraens antiques , la plupart ine- dits, et decouverts dans I'ancienne Gaule; par M. Gri- vAUD DE LA. ViNCELLE. Tome sccond. Paris, 1817. In-4.° fig. 36. Dissertation surunemedailleineilited'Arsace XV, Pliraate IV, Roi des Parthes , et sur quatre medailles d'Attambylus , Roi de la Characene , dont on ne con- noissoit point, jusqii'a ce jour , ni le nom, ni les mon- noies 5 par M. Grivaud de la Vxncelle. Paris , 1817. in-8.° 17 pag. fig. 37. Memoire sur I'usage des vases appeles Lacryraa- toires ; par M. Grivaud. In-8.° 24 pag. 38. Dissertations sur deux pierres gravees inedites y dontl'une represente les Dioscures combattant les Mcs- seniens ; et I'autre, I'Apotheose de Faustine la jeune ; parM. Grivaud de la Vincelle. Paris, 1817. In-8.° 12 pag. fig. 39 . Description d'une anse de vase en bronze , ornee de bas-reliefs , decouverte en 1811 dans les ruines de Na- siura; parM. Grivaud de la Vincelle. Paris, 1817. In-8.° 18 pag. fig. 40. Description d'lni Camee antique du cabinet de feu M. D.*** V.**** 5 par M. Grivaud de la Vin- celle. Paris , 1818. In-8.° 9 pag. fig. 4'. Poems elegiac and Miscellaneous ; by M. Hac- ketx. London , i8o4' P^t- in-S.** ( ioo ) 41. Academic Annals , published by autlioritliy of tlib foyal Acadeoiy of Arts, 1801 — 1809. Collected and arranged by Prince Hoare , Secretary for foreign coi-i'espondance to the royal Academy. London , i8o5-^ 1809. ^n"4'° 43. The exhibition of the royal Academy, m. dccc SViii. The fiftieth. London. In-4.'' 44. Observations of a Comet, with remarks on the- cotisti'uction of its different parts* By TVUliam Hers- CHEL \ LL. D. F. R. S. London , 181 3. In-4.'' 45. Observations of a second Comet , with remarks nn it§ construction. By William HerscHel , LL. D. Fi R. S. London , 1812. ^1-4." 46. Astronomical Observations relating to the side- real part of the heavens , and its connection with the nebulous part •, arranged for the purpose of critical exa- mination. By ?Villiam Heaschel , LL. D. F. R. S. London, i8i4-In-4-° 47. Astronomical Obsel-vationg and gxpetiments ten- ding to investigate the local arrangement of the celes- tial bodies in space , and to determine the extent and condition of the Milky Way. By sir William Hers- CHEL , Knt. Guelp. LL. D. F. R. S. London, 1817. ' 48. Consideration of various points of analysis. By John F. W. Herschel , esq. F, R. S. London , i8i4. In-4.«' 49. On the developpement of exponential functions ; together whith several new theorems relating to finite differences. By John F. W. Herschel, esq. B. A. F. R. S. , and corresponding member of the royal Society of Gottingen. London , i8i6. In-4.° ( 201 ) 5o. An Elementary Treatise on the differential and integral Calculus^ By S» F. Lacroix. Translated from the French, with an appendix and notes. Cambridge ^ i6i6. In-8." (Par M. Herschel fils. ) 5i. On circulating functions, and on the integration of a class of equations of finite differences into which they enter as coefficients. By John F, }V. Herschel, esq. F. R. S. London, 1818. 52k Isoperimetrical Problems. By J. F, JV. Hers- CHEL. In-4.° 8 pag. 53. A Memoir on equations of differences and their application to the determination of functions from gi- ven conditions. Cambridge, i8i3. In-4.*' 54. Notice sur les maladies que les chaleurs et la se- cheresse de I'ete de 1818 ont pu developper parmi les bestiaux, etsur les moyens de prevenir celles qui pour- rolent naitre pendant I'automne suivant; par M. Hur- TREL d'Arboval. 3.^ edit. In-8.° 16 pag. 55. Lettres mineralogiques et geologiques sur les Volcans de I'Auvergne , ecrites dans un voyage fait en i8o4 j par Lacoste , de Plaisance , ex-professeur d'His- toire naturelle a I'Ecole centrale du Puy-de-D6nie, etc. Clermont, an xiii— i8o5. In-8.° 56. Poems , by Chandos Leigh. Second edition j with additions. London, 1818. Pet. iu-8.° Fxemplaire envoye d I' Academie par I'auteur. 5y. Abstract of the Constitution and Laws of the Royal Academy of Arts in London, established Decem- ber 10, 1768. London, i8i4' In-8.° 58. Compte rendu des travaux de la Societe royale d'AgricuIture , Histoire naturelle et Arts utiles de ( 202 ) Lyon , pendant le cours de 1817; par L. F. Grognier ^ professeur veterinaire , secretaire de la Societe. Lyon, 1818. In-8.° 59. Compte rendu des travaux de I'Academle royale des Sciences , Belles-Lettres et Arts de la ville de Lyon , pendant le 2.^ semestre de I'annee 1818. Lyon, 1819. In-8.° 74 pag. 60. Note sur Tin nouvel engrais , lue k la Societe d'Agriculture de Lyon , dans sa seance du 10 avril 1818 j par L. F. Grognier. 8 pag. 6 1 . Rapport sur un nouvel engrais , presente k la So- ciete royale d'Agriculture , Histoire naturelle , et Arts utiles de Lyon. 1819. In-8.° 53 pag. 62. Programme des Prix decernes en i8i8 , etdeceux proposes en 1819 par I'Academie royale des Sciences , Belles-Lettres et Arts de Lyon. In-8.* 4 P^g- 63. La deuxieme liste des Souscripteurs pour Terec- tion de la statue en I'honneur de Mg'. le Prince de Conde. In-4.° 20 pag. 64. Observation relative au bon ordre de la Societe 9 par M. I' abbe Mermet. Avril 1817. In-8.° i5 pag. 65. Traite pratique de I'OEil artificiel ', par Hazard -Mirault, membre del'Atlieneedes Sciences , Lettres et Arts de Paris , de la Societe d'Encourage- ment pour Tindustrie nationale , etc. etc. Paris, 1818. In-8.° i5o pag. 7 pi. 66. Exploration geologiqtie et mineralogiquedes mon- tagnes du Vauclin k la Martinique , lue a I'Academie royale des Sciences de I'Institut de France , dans ies seances des i4 et 29 octobre 1817 j par Alexandre Mo- reau de JoNNis, correspoudant de I'Academie, etc. In-8.° 20 pag. ( loZ ) fij. Monographic du Mabouia des murailles, ou Ge- cko Mabouia des Antilles, extraite du Bulletin de la Societe plulomatique ; par M. Moreau de Jonnes. Monograpliie de la Couleiivre couresse des Antilles , Coluber cursor , de Lacepede, lue a 1' Academic des Sciences, le 3o mars 1818; extraite du Journal de phy- sique , septembre 1818. In-4.° 8 pag. ( par le meme. ) 68. Compte rendu des travaux de la Societe des Scien- ces, Arts et Belles-Letlres de Macon , le 17 decembre j8i8. Macon, 1819. In-8.° 78 pag. 69. Memorial administratif , N.° 6, de 1819. 70. Notes sur le premier Plan de Paris , connu soua le nom de Plan de Tapisserie. In-4.° i » P^g* 71 . Les morts rendus a la vie 5 par M. Opoix > de plusieurs Societ^s savantes et litteraires. In-8° 8 p. 72. Maniere de preparer des medecines , qui presente beaucoup d'avantages 5 par M. Opoix , inspecteur des eaux minerales a Provins. In-S." 7 pag. 73. Theorie des couleurs et des corps inflammables... \ par M. Opoix , inspecteur de s eaux minerales , etc. etc. Paris, 1808. In-8.° 4^4 P^g- 7/j. Examen de la Theorie des couleurs et des corps inflammables de M. Opoix , et d'un Postscriptum du meme auteur , sous le titre de Defense de la Theorie des coiileurs , etc. Paris, i8io. In-8.° 32 pag. •j5. Traite des eaux minerales de Provins } par M. Opoix, Inspecteur des eaux minerales , etc. etc. Paris, 1816. In-12. 176 pag. 76. Statnts de la Societe des Sciences, Belles-Lettree et Arts d'Orleans , Orleans. In-8.° 02 pag. 77. Ajax furieux, tragedie en cinq actes et en vers } par M. de P.***, menibre de plusieurs Academies j ( 2o4 ) auteurde plusieurs poemes. Gueret , 1816. In-8.° 4^p, 78. Essai historique sur la Lithographie j par G. P. Paris, 1819. 60 pag. 79. Memoirs of the life and writings of the late John Coakley Lettsom , M. D. with a Selection from his Cor- respondance. By Thomas-Joseph Pettigrew, F.L.S. , etc. etc. 80. Selections from the medical papers and Corres- pondance of the late John Coakley Lettsom , M. D. LL. D. By Thomas-Joseph Pettigrew, F. L. S. , etc. etc. London , 1817. In-8.° 81. Rapport sur les Fosses mobiles et inodores de MM. Cazeneuve et Compagnie , fait a la Societe royale et centrale d' Agriculture , dans sa seance du 19 aout 1818. Paris , 1818. In-8.° 6a pag. 82. Rapport fait a la Seance publique de la Societe royale et centrale d'Agriculture , le 29 mars 1818, sur les divers concours proposes pour la culture des pommes de terre. Paris, 1818. In-8.° iSgpag. 83. Annuaire de la Societe royale et centrale d'Agri- culture , pour I'annee 1819. Paris, 1819. In-12, i38p. 84. Programme des prix que la Societe d'Encoura- gement pour I'lndustrie nationale , a proposes dans sa stance du 23 septembre dernier, pour les annees 1819, 1820 , 1821 . 85. Description d'un Olyphant on grand cornet , charge de bas-reliefs , trouve dans la chaine nieridionale des montagnes du Bugey, departement de I'Ain , et obser- vations sur son origine , sa destination et ses anciens possesseurs j par M. Th. Riboud. Bourg , sans date. Jn-8.° 69 pag. ( 205 ) 86. Thermometre regulateur , pour le decuvage dei vins , compose par M. Regnier. 2 pag. 87. Hyrane an Genie, parM. Robert de Ruffieres. A Londres , 181 5. In-12. 88. Precis analytique des travaux de I'Academie royale des Sciences , des Belles-Lettres et des Arts de Rouen, pendant I'annee 1817. Rouen, 1818. In~8.° 198 pag. fig. 89. Seance publique de la Societe d'Emulation de Rouen, tenue le 9 juin 1818. Rouen , 1818. In-S." 62 pag. fig. 90. Programme des Prix proposes par I'Academie royale des Sciences , des Belles-Lettres et des Arts de Rouen , pour etre decernes dans sa Seance publique de 1819. 91. Notice sur quelques Monumens anciens situes dans les environs de Geneve; par Eusebe Salverte. Geneve, 1819. tn-8.° 3o pag. 92. Essai moral sur I'Homme dans son rapport avec Dieu ; ou Discours polemique contre I'Atheisme ; par J. Tetard , ancien el^ve du College de Dijon. A Cam- bray , chez I'auteur , 1818. In-8.° Zy pag. 93. Societe de Medecine de Toulouse. Compte rendu des ouvrages manuscrits ou imprimes , lus en seanca par quelques-uns de ses membres residens , ou adresses a la Societe par ses correspondans. Sans date. In-8.° 16 pag. 94- Precis de la Constitution medicale obsorvee dans le depaitcment d'lndre-et-Loire, pendant les 2.% 3.* et 4-^ trimestres de 1818 ; public par la Society medicale de Tours. ( 20(? ) 95. Reflexions sur le Rapport de la Faculte de Me- decine de Paris, concernant la fievre jaune ; par le Doc- teur Louis Valentin , Chevalier de I'Ordre du Roi et de la Legion d'honneur. In-S." 18 pag. 96. Notice sur I'Opossum , et sur quelques animaux i bourse ; extrait des Memoires de I'Academie de Mar- seille. 1811. In-S." 20 pag. Par M. V-*lentin, ij'j. Rapport fait a la Seance du 5 Janvier 1810, sur les pommes de terre 5 Societe d'Agriculture et des Arts du departement de Selne-et-Oise. 98. Memoires de la Societe d'Agriculture et des Arts du departement de Seine-et-Oise , publics depuis sa seance publique du i3juillet 1817, jusqu'a celle du 28 juin 1818. 18.^ annee. Versailles , 1818. In-8.° 146 p. Rappoj't de la Commission d'examen , pour le concours. Messieurs , La Commission charges par vous d'exa- miner les pieces adi'essees k I'Academie pour le concours de cette annee, vous a deja fait un rapport duquel il resulte que des cinq discours envoyes , un seul lui a paru devoir etre distingue. Vous avez desire , sur cette composition jugee unanimement digne du prix, un rapport particulierj la Commission vient aujourd'liui ( 3 avril i8iQ ) vous sou- mettre le resultat du nouvel examen auquel elle s'est livree. Au nom de Conde se rattaclient des sou- ( 207 ) venirs blen clignes d'inspirer tout Frangais dout le coeur est ouvert k I'ainour de la gloire et k ces grandes pensees qui sont la source de la veritable eloquence. Si I'ora- teur ne s'est pas tenu constaminent eleve k la hauteur de son. sujet, nous devons du moius lui savoir gre de n'avoir pas deses- pere du succes. Son discours se recom- mande par un style generalemeht noble et soutenu , par des sentimens genereux, par des pensees justes et proFondes. On pent le diviser en deux parties, dont I'une est anterieure, I'autre posterieure a la revolution. Dans la premiere , les laits sont presentes de ma- niere a placer le Heros dans tout son jour; le style en est plus male et plus egal que dans la seconde , et I'art y merite d'autant nileux d'etre loue qii'il s'y laisse moins apercevoir; les reflexions plus naturcUes s'y rattachent plus immediatement au sujet , quoiqu'il soit vrai de dire que si I'auteur s'en ecarte quelquefois , soit par des digres- sions trop prolongees , soit par des consi- derations politiques trop approf'ondies , il sait toujours nous y rainener avec adresse , et ce n'est point seulement alors que son ta- lent se fait remarquer par des transitions heureusement menagees. ( 208 ) La seconde partie off'rolt plus de diffi- cultes a vaiiicre, plus d'ecueils a eviter. L'o- rateur a souvent triomplie avec liabilete des unes et des autres ; il y deploie , comine dans la precedente, des connoissances historiques dont il fait le plus heureux usage , soit par des aper^us et des developperaeiis presen- tes avec art , soit par d'ingenieux rappro- cliemens ou de fines allusions 5 il nous inon- tre en lui non seulement I'liistorien qui ra- conte , I'orateur qui loue, mais souvent en- core le publiciste qui juge , le moraliste qui pdse les liommes et les choses, le cliretien qui remonte a la cause premiere de tons les evenemens. Lorsqu'il deplore les malheurs de son pays , il appelle a son secours la re- signation et I'oubli dont la Religion pres- ent a tous le sublime devoir , et dont le Prince de Conde nous offre un si toucliant exemple : aussi sa douleur et son indigna- tion se taisent devant les decrets de la Justice eternelle, et cedent k I'espoir consolant d'un avenir plus heureux, II est vrai que cette seconde partie offre , dans certains passages, plus de clialeur, plus de mouvemens oratoires , plus de vues ele- vees ; mais le travail s'y fait peut-ejre aussi ( 209 ) sentir davantage , et, par une consequence inevitable, les defauts du style y sont phis sensibles et en plus grand noinbre. On y reinarque plus de ces tours forces , de ces locutions ambitieuses que le bon goiit reprouve , de ces phrases obscures ou alongees par des developpemens superflus d'une idee qui , pour conserver sa force , a souvent besoin d'etre exprimee avec conci- sion. L'Academie , apr^s avoir entendu la lec- ture du rapport de sa Commission , en adopte le contenu, et decerne le prix a I'auteur du Memoire n.° 3 , portant pour epigraphe : Fuit magnus bello , major in adversis , maximus relif^ione. H ELOGE IIISTORIQUE DE S. A. S. LOUIS-JOSEPH DE BOURBON, PRINCE DE GONDJE. Fuit magnus bello , major in adversis , maximus Reliaione. XJans tous les temps, la valeur conquit les liommages du genre liumain. L'art, a I'abri duquel les autres s'exercent en surete , f ut en honneur dans Tancienne Egypte (i) ; chez les Grecs , les heros eurent des autels apres leur mort J chez les Remains, des statues 5 chez les peuples du Nord , des chants mili- taires : ce n'etoit point h une nation aussi gnerrlere que la notre , a leur refuser scs iouanges^ aussl le premier eloge public en- (1) cc Apres les families sacerdotales , celles qu'on cc estimoit les plus illustres etoient, comme parmi nous, « les families destinees aux armes. » Bossuet , Hist, UTii9. , "h'^ parti e. (211) tendu par la France fut prononce sur la tombe de du Gixesclin. Mais, si le guerrier que ve- noit de perdre la patrie , portoit iin de ces noms que le respect des peuples a consacres et dont le sceau des ages a fixe pour jamais la gloire ; si , humain pendant la guerre et bienfaisant pendant la paix , il avoit traverse sans peur et sans reproche une longue car- riere bordee de precipices ; tous les senti- mens particuliers se taisoient devant la ve- neration universelle qui devenoit alors une sorte de culte national. Tel , apres une vie orageuse de seize lustres , s'offre a nous le dernier Prince de Cois.de. II est des genies extraordinaires qui , ne paroissant gueres qu'a. de longs intervalles , semblent faits pour imprimer le mouvement k tout un siecle ; dont la marclie etonnante nous frappe d'abord , et commande bientot notre admiration. Mais heureusement la na- ture est avare de ces hommes qui sont nes pour changer la face du monde j et I'ceil de I'observateur , fatigue de suivre dans leur course ces rares meteores, ne se repose point sans plaisir sur ces caracteres nioins brillans, et meme quelquefois plus utiles, dont la desti- nation paroit etre de conserver plus qiie de creer, qui consolent leur pays par leurs servi- ( 212 ) ces, qui lassent I'adversite par leur courage, et qui savent mourir commeilsont vecu, en souriant au danger et en faisant le bien. Le souvenir de tels liommes ne s'eteint pas avec eux. L'estime du sage leur est acquise ; ceux qui ont joui de leurs blenfaits, repetent leurs noms avec amour ; I'histoire reconnoissante recueille leurs belles actions ; et la nation qui les regrette leur paie un juste tribut d'eloges : il etoit digne du pinceau de Tacite d'immor- taliser les vertus modestes d'Agricola , apres nous avoir peint Gerraanicus. Et nousa^^ssi, nous venons rendre ce triste devoir au Prince de Conde. Nous louerons peu sa bravoure et sa generosite; le sang des Bourbons couloit dans ses veines : mais nous raconterons ce qu'il a fait pour sa patrie et pour ses Rois ; nous le suivrons au sein des camps, a la cour, dans la retraite j nous di- rons combien il se montra grand dans les jours mauvais , combien il respecta les lois de son pays , comment il sut les defendre, et quel fut son attachement a la Religion de Charlemagne et de Saint Louis ; nous rap- pellerons enfln, que s'il fut vaillant comme du Guesclin et religieux comme Turenne, il pardonna de plus comme Henri IV. Les Let- tres qu'il clierit et qu'il encouragea a la ma- ni^re du grand Conde, ne seront pas ingrates envers sa memoire. Deja les chaires de verite out reteiiti par toute la France de louanges merltees, et Teloqiience sacree a la premiere acquitte sa dette a I'egard du dernier depo- sitalre d'un nom qui rappellera toujours le chef-d'oeuvre du plus grand de nos orateurs. Mais c'etoit sur-tout a. la Bourgogne , a la- quelle une partie de la vie du Prince f'ut consacree , a. reconnoitre , par un. solennel homraage , sa constante sollicitude pour une province dont le bonheur etoit devenu une portion sacree de I'heritage de ses peres.L' aca- demic , dont il s'etoit declare le protecteur il y a plus d'un derai-siecle , n'aura pas fait un vain appel a nos souvenirs ; ce n'est que dans les murs qui ont vu naitre Bossuet qu'on pent bien juger I'eloge du dernier Prince DE Conde. Ne d'un pere qui , apres avoir gouverne la France, supportoit la disgrace de la cour avec la fermete d'un grand caractere , et se consoloit des illusions de la grandeur en con- tinuant aux sciences et a tous les arts le no- ble patronage dont s'etoient honore scsa'ieux, Louis-Joseph de Bourbon fut I'unique truit de son union avec Caroline de Hesse-Rhins- feld , dont I'esprit penetrant , nourri par une instruction solide , s'etoit orne cle bonne heure de tout ce que I'ainabilite y peut a] ou- ter d'agreinens et de cliarmes.Le jeune prince ne devoit pas jouir de leurs lemons ; il les perdit presqu'a la fois I'un et I'autre des sa plus tendre enfance, et demeura seul au mi- lieu des pompes de Cliantilly, charge de tout I'eclat d'un noin que le Grand-Conde , son. trisaieul , avoit rendu si difficile a porter. Cependant I'amenite naturelle de sa mere lui avoit acquis , presque des le berceau , un protecteur puissant dans ce Roi , dont la malignite s'est tant plue depuis a exagerer les f'oiblesses , mais qui meritoit alors ce nom de Bien- Aimd y qu'il dut quelques annees aprds aux alarines de son peuple. Louis XV, dans sa jeunesse , visitoit souvent Cliantilly jdont il aimoit le sejour; les qualites naissan- tes de cet auguste orphelin ne pouvoient ecliapper a sa penetration naturelle , et le Monarque lui voua des-lors une affection qui ne s'est guere dementie dans la suite. Nouveau chef d'une race de heros , qui nagueres encore avoit pense donner une reine a la France, le jeune prince regut une education digne de lui. Le second frere de son pere , le comte de Clermont, pour lequel il eut si constamment depuis une deference ( 2l5 ) presque illiale , lui donnoit les exemples d'tin bon coeur, lui transmettoit les antiques tra- ditions de la chevalerie , at fonnoit son ame a la pratique de ces vieux principes d'lion- neur, devenus chaque jour plus respectables k raesure qu'ils perdoient plus de leur salu- taire autorite. L'aine de ses oncles fut son tuteur. C'etoit le comte de Charolois dont riiistoire a vante I'esprit vif et etendu , et qui avoit su, au camp de Belgrade, comme sur le champ de bataille, obtenir les eloges du prince Eugene sous lequel il avoit appris k vaincre. Voila sous quels auspices le qua- tri^me descendant du Grand Conde etudia la vie du plus illustre de ses ancetres ; ses instituteurs savoient que les grandes choses se perpetuent par les grands souvenirs. lis ne lui laisserent pas ignorer quelle place Dieu lui avoit marquee sur la terre ; mais ce fut pour I'effrayer par le tableau de tons les de- voirs que son rang lui imposoit : ils luiap- prirent que si tous les liommes n'etoient pas f'aits pour etre grands, tous du moins, et les princes sur-tout, etoient appeles h. etre uti- les ; et qu'etre ne du sang des rois n'etoic qu'un Hen de plus pour leur rester fidelle et pour aimer leurs sujets. L'amour des lettres vint encore agrandir ses pensees. Le poete qui avoit fait couler des larmes d'admlratioa des yeux de son trisaieul , f'ut aussi son poete j quand I'age eut meme glace dans son arae ces premiers elans d'entliousiasme si vifsdans les jennes coeurs bien nes, la lecture de Cor- neille exaltoit encore ses sentimens j il le nominoit le breviaire des princes. Mais blen- tot des etudes plus serieuses et plus impor- tantes solliciterent puissamment son atten- tion. On lui fit mediter dans leur ensemble ces doctrines fondaraentales de la Monarclile que I'ignorance dedaigne de nos jours , que la mauvaise foi calomnle , mais dont I'in- fluence tutelaire n'a pu etre niee que par ces ennemis de la gloire frangaise qu'on a vus s'egarer dans de tenebreuses reclierches pour trouver un peuple d'esclaves dans la nation qui a produit d'Aguesseau et Montesquieu. Le jeune Conde apprit a Interroger tour-a- tour notre histoire et les declarations de nos Pvois. Notre histoire lui montra la royaute limitee sous la premiere race par les sei- gneurs, sous la seconde par les seigneurs et les ev^ques , s'elevant sous la troisieme une double barriere en affranchissant les com- munes et en creant les patiemens ; la force des armes toujours balancee par celle des coutumes^ les conseils de la nation associes ( 217 ) & la ieglslation de temps immemorial , la ne'- cessite de leur consentement pour etablir les charges publiques; et la France, redevenue par degres le royaume des Francs , selon. rexpression d'un de nos anciens rois , cons- tarament retenue dans les tempetes , pour parler comme un grand publiciste , par deux ancres de salut , la legitlmlte et la religion, s'avancant vers la civilisation de siecle en si^cle a travers les decombres du regime leo- dal. Les declarations de nos Rois lui confir- merent le temoignage de I'histoire. II lut ces antiques formules de serraent ou nos princes reconnoissoient solennellement que leur au- torite etoit subordonnee aux lois. II etudia I'esprit general de ces capitulaires qui ne sont guere que les pierres d'attente d'un edifice qui ne put etre construit , mals qui sont restes comme des monuraens apres avoir f'onde le droit public de I'Europe. Mais peut-^tre ne lui lit-on pas assez sentir que ces vieux mo- numens renfermoient le germe des plus belles institutions , et que le temps etoit venu de feconder ce germe , quand , sur les mines des interets anciens , le colosse de I'opinlon ele- Toit sa puissance nouvelle h. cote du trono de nos Rois, et comptoltplus d'un adoratevir dans leurs conseils. ( 2i8 ) C'estparde telles etudes que le jeune prince preludoit a sa vie politique ; bientot devoit iiaitre pour lui le moment de justifier les es- perances de la patrie. A Test du royaume s'etendoit une province populeuse et fertile , celebre par les grands genies qu'elle avoit produits , par sa fidelite a ses souverains, et par la culture de tout ce qui est beau et utile parmi les hommes- Les souvenirs de la Bour- gogne n'etoient pas sans gloire. Jadis , ses monarques avoient regne depuis le Jura jus- qu'a la Loire , des rives du Rhin aux bords de la M^diterranee , et la France lui devoit son culte (i) : par ses dues , issus de Hugues Capet comme nos Rois , elle avoit tenu plus tard le premier rang entre les pairies du royaume , et donne son nom dans la suite auxfils aines de nos Dauphins. II y avoit plus de cent vingt ans que le gouvernement en avoit ete confie par Louis XIII au premier prince de son sang , de qui les descendans se I'etoient transmis. Une longue succession de bienfaits avoit perpetue entre sa f'amille et nous un long heritage de bienveillance et ( 1 ) ClotiHe , epouse de Clovis , qui le convertit a la foi chretienne , etoit du sang des rois de Bour- gogne. ( 219 ) de respects , de bons offices et cle reconnols- sance. Aussi les coeurs de nos p^res palpite- rent d'esperance et d'amour a I'aspect dii jeune prince qui alloit remplir avant dlx-huit ans ces hautes fonctions tour- a- tour illus- trees par le plus fameux des la Tremouille et le plus raalheureux des Biron. II venoit presiderunede ces assemblees triennalesdont les Bourguignons cherirent toujours Tauto- rite patenielle , cette autorite qui avoit con- serve notre province a la France apres la def'aite de Pavie, malgre les ordres de Fran- cois I/' , captif , et la puissance de Charles- Quint. Oh ! qui de nous n'a pas entendu avec emotion le recit de ces jours solennels ou tous les ordres de sujets resserroient a I'envi les noeuds qui les unissoient au trone ! Le peuple se consoloit de ses travaux en son- geant qu'ils ne seroient pas ignores de son gouverneur general qui en retraceroit le ta- bleau a Versailles ; les charges publiques sem- bloient s'alleger en prenant la forme de dons librement consentis au chef de I'Etat. Qu'est- il besoin de rappeier ici combien le dernier Prince de Conde animoit ces jours de bon- heur par sa presence ? Avons-nous oublie qu'accesslble a tous , populaire sans rien perdre de sa dignite, il ne s'y montra jamais ( 22,0 ) inferleur k son nom , solt qu'll protegeat le- merite naissant ou des talens timides ; soit qu'il obtiiit du patriotlsine desBourguignons des secours pour notre marine ruiiiee par une guerre desastreuse ; soit qu'il encoura- geat I'etablissement de cette ecole , destinee a propager gratuiteraent dans notre province I'amour des beaux-arts , dont I'habile direc- teur (i) etoit de son choix , et dont il voulut distribuer lui-meme les premieres recom- penses ? Mais il est temps de le montrer sur un autre thedtre plus brillant et plus perilleux. Un attentat qui doit etre desavoue de tons les vrais Anglais (2,) , venoit d'allumer cette guerre de sept ans, I'une des plus meurtrieres folies du 18.^ siecle ; guerre celebre par le clioc des hitit principales puissances de I'Eu- rope , et qui , f econde en eveneraens et en mines, devoit embraser les quatre parties (1) M. Devosges pere. (2) En 1753, les A.nglais avoient eleve un fort sur les terres de la domination francaise. Jumonville, offl- cier francais , ayant ete envoye comme parlemeutaire pour les soinmer de se retlrer , fiit assassine. Tel fut le sujet des premieres hostilites qui rompirent la paix de 1748 Voy. Lacrexelle jeune, Hist, du 18.^ siScle, torn. 3, ( =^21 ) du monde , pour assurer a ces liablles insu- laires la domination des mers : triste exemple de I'impuissance des progres de la civilisa- tion contre les passions des homines qui gou- yernent la terre ! Tout-a-coup la querelle maiitime qui nous etoit propre , prend le caractere d'une grande querelle continen- tale. Une femme qui , admise avant son troi- sleme lustre aux conseils d'un puissant em- pire , s'etoit elevee depuis par la superiorite de I'hero'isme au-dessus des plus fortes epreu- Ves da malheur, et sembla n^e ensuite pour montrer ce que peut le christianisme sur le trone pour le bonlieur des peuples et la pros- p6rite des Etats, Marie-Therese , entraina la France dans la defense de sa cause. Le peuple de Pierre-le-Grand s'armoit aussi pour elle 5 il alloit pour la premiere fois prendre part a des debats qui lui etoient etrangers, et sen- tir de quel poids il povivoit ^tre dans la ba- lance de I'equilibre europeen. Deux puissan- ces, descendues au second rang depuis un demi-siecle , s'unissoient k ces grands mou- vemens. Six e;randes armees s'ebranloient pour accabler ce Frederic qui avoit provive, a force d'entreprises et de victoires, la verite d'un mot de Gustave-Adolphe avec lequel il eut plus d'un trait de ressemblance : il n'y ( 222 ) a de rang entre les princes que celui que leur donne leur nitrite. Issu d'une race dont le nom etoit devenu celui de la valeur, et dont la gloire militairo se rattachoit a tous les succes des armes f'ran- ^aises depuis deux siecles , le jeune Conde peut-ii ne pas s'abandonner aux sen time ns belliqueux que la prise de Port-Mahon a re- veilles dans tous les coeurs. II s'arrache , a 39 ans , des bras d'une epouse qui va de- venir m^re une seconde fois, pour aller dans le camp du marechal d'Estrees partager les fatigues et les lauriers de Clievert. Deja le Rhin etoit franchi , la Hesse couverte de nos troupes , et I'ennemi sembloit fuir devant nous. Tout-k-coup on decouvre le vainqueur de Dettingue et de Culloden , retranche der- riere le Weser , et deployant son ordre de bataille dans une position presque inexpu- gnable : c'etoit ce duo de Cumberland , qui avoit tant dispute la victoire de Fontenoy a I'immortel Maurice de Saxe. II coramande une de ces armees si rares au temps de Tu- renne , depuis si multipliees , lorsque I'Eu- rope s'est etonnee d'avoir a combattre un nouvel Attila : protegee d'un cote par des marais, soutenue par des redoutes, elle s'ap- puie encore sur une place forte j de I'autre, ( 223 ) elle est coiiverte par un bois epais et def'en- due par des hauteurs garnies de canons. Cependant le vievix raarechal d'Estrees donne le signal de I'attaque. En vain les obstacles se multiplient contre nous ; I'impetuosite fran^aise trioraplie^ Chevert et Contades ont force les doubles retranchemens des enne- mis. Mais ceux-ci comptent dans leurs rangs un Jeune guerrier qui brftle d'illustrer son premier combat. Le prince liereditaire de Erunswick s'indigne d'une si prompte de- f'aite ; il se met a la tete des Hanovriens , les ramene furieux sur le champ de bataille, s'en rend maitre , et tourne notre artillerie contre nous. Conde, qu'anime un meme be- soin de signaler ses premieres armes par un coup d'eclat , s'elance pour lui arracher la victoire ; il vient de trouver un rival digne de lui. Ou tons les guerriers qui I'entourent f'remissent du danger , notre jeune Heros ne voit que la gloire j et , quand son premier gentilhomme le presse de faire quelques pas pour ^viter la direction d'une batterie qui faisoit autour de lui d'af'freux ravages , il r^pond sans s'emouvoir : je ne trouve pas ces precautions dans I'histoire du Grand- Condd. La fortune sourit \ tant d'intrepi- dit^ 5 Brunswick mal seconde , recule \ et , (224 ) sans cette fatale meslntelligence qui devoit trop souvent se renouveller entre nos gene- raux pour renclre \ains tous nos succes dans cette guerre malheureuse .j la victoire de Hastembeck nous eut epargne blen dusang et six annees de sacrifices qui ne purent nous sauver du traite de 1763 : du inoins cette victoire nous livra le Hanovre , et prepara cette convention de Clostersevern , trop f'u- neste a la Grande-Bretagne pour etre exe- cutee , mais dont la nouvelle porta le de- sespoir dans I'ame de Frederic. Voila par quels exploits il convenoit a un Coade de debuter dans la carriere des honneurs mi- litaires , et de meriter le titre de lieutenant- general. Ce n'est pas la derniere fois qu'il aura a lutter contre un si formidable ad- versaire , et tout presage dans ce premier succes les journees de Gruningue et de Joan- nes berg. Passons rapidement sur les evenemens qui suivirent I'occupation du Hanovre : assez d'autres ont retrace tant de batailles qui ne furent que meurtrieres ; ont accuse I'indisci- pline toujours croissante de nos soldats sous des chefs jamais unls, et presque toiijours inhabiles; nous ont peint Frederic se jouant avec for de f Angleterre , de projets formes ( 225 ) sans concert , executes avec confusion j et Louis XV aclietant , au milieu meme du d^- sordre de ses finances et des raalheurs de ses armees , le silence de I'auteur d'une inven- tion plus terrible que le leu grej^eois. Le sang couloit de toutes parts , rnais sans re- sultats ; et , pour me servir de I'ingenieuse expression d'un historien , la victoire n'avoit plus d'ailes. Dans cet etat de clioses , le jeune Prince de Conde , etranger a tous nos revers, passa dans cette armee qu'illustrerent depuis les succes du mareclial de Broglie et le beau deroueraent du chevalier d'Assas ; elle etoit alors sous les ordres d'un eleve dis- tingue de Maurice de Saxe , le marechal de Contades. Seduit par quelques avantages , ce general s'avan^oit avec assurance contre le prince Ferdinand que la confiance du roi de Prusse , justifiee par trois ans de succes et la brillante victoire de Crevelt , avoit ins- crit au rang des grands capitaines. Sur de prouver qu'on ne se m^prend point impune- ment sur la position deson ennemi, ce prin- ce , immobile dans un poste inattaquable , soutient sans s'ebranler le premier choc. Vai- nement nos attaques se succedent; deja notre cavalerie est dispersee , et les efforts redou- bles de nos fant^ssins ne font qu'augmenter i5 ( 226 ) nos pertes. Toute rimpetuosite I'ranqaise "vlen t se briser , comme a Fontenoy , devant une masse d' Anglais herissee de pointes, dont la froide intrepidite rappelle ces vieilles pha- langes espagnoles qui balancerent si long- temps la victoire de Rocroy, semblables , dit Bossuet, a autant de tours, mais a des tours qui sauroient reparer leurs breclies. Rives du Weser ! vous Yites alors , pour la seconde fois , riieritier du nom des Condes se mul- tiplier en quelque sorte pour reparer des fau- tes qui ne sont pas les siennes. Trois fois ii tente d'enfoncer ces gros bataillons serres k la tete de cette I'ameuse gendarmerie qui avoit rompu la colonne de Fontenoy ; trois ibis il se voit force de reculer pour arreter le carnage. Animee par ses discours et par ses exemples , cette gendarmerie revenoit tine quatrieme fois k la charge sur une pe- louse jonchee de cadavres , et deja elle en- tamoit les Anglais de toutes parts , lorsque Contades fit sonner une tardive retraite pour lie pas prodiguer inutilement le sang fran- cais. Mais du nioins la defaite de Minden ne sera pas une deroute : si nous cedons , nous cedons en braves, et I'ennemi n'ose inquieter notre marche. Le Priisce de CoNDii va s'eloigner encore ( 227 ) de nos soldats : les devoirs de I'amitie le rap- pellent aupr^s de ce Dauphin dans lequel sembloit revivre rimmortel elev^e de Fenelon, et qui , comme lui , f'lit ravi trop tot k ]a Fi'ance. Trop precieux a I'Etat par sa nais- sance et ses vertus , il n'avoit pas ete donne au Ills de Louis XV de suivre les nobles mou- vernens de son courage et de combattre a cote de son jeune ami dans ces perilleuses cam- pagnes. II pleuroit alors Tame de ses fils, ce noble enfant mort vie time de son excellent naturel , et sur qui reposoient deja de si hautes esperances (i). Les decliiremens du coeur n'etoient pas inconnus au Prince de CoNDEj il venoit de perdre une epouse dans sa vingt-troisi^me annee j mais il ne devoit pas gouter long-temps les douceurs de ces epanchemens miituels. L'armee reclame sa presence; il y vole, et ce general de vingt- cinq ans est juge digne de ne recevoir d'or- dres que de lui- me me. La campagne de 1761 est pr^s de finir ; il veut la couronner par une conquete importante , et prouver que I'art de prendre des villes ne lui est pas moins familier que Tart de conduirc une re- (i) Le due de Bourgogne, frere aine de Louis XVL ( 228 ) tralte ou de gagner des batailles. L'un des boulevards de la Westphalie est iuvesti. Ni les eaux reunies d'une riviere et d'un grand fleuve qui le protegent, ni I'liiver qui s'ap- proclie , ni des fortifications par lesquelles I'art a double les obstacles de la nature; rien ne defendra Meppen de I'ardeur desFran^ais diriges par un. tel chef. Cette forteresse suc- conibe apres quatre jours de trancliee, etsa garnison captive pose les amies aux pieds du vainqueur. De nouveauxsucces rattendentl'annee sui- vante dans les plaines de la Hesse. Ilyretrouve ce prince hereditairede Brunswick, qui nnis- soit deja I'activite du grand Frederic au bril- lant courage de sa faniille, etqui, presqu'un demi-siecle apres , devoit expirer les annes a la main aux champs d'Yena , avec I'indepen- dance et la gloire militaire de la Prusse. Fier de I'eclat recent de ses belles campagnes sur leRliin, ce general croyoit y Joindre bientot de nouveaux trophees. Vain espoir! les lau- riersdeWarbourgsontlletrisaGruningue(i), et les canons enleves au prince hereditaire (i) La bataille de Warbourg est un des plus brillans exploits du prince hereditaire de Brunswick. ( 229 ) -'cleviennent les monumens et la recompense de I'habilete cle Con de . Ce n'etoit pas le terme de ses exploits. A peine a-t-il goute cjuelques jours les douceurs de cette premiere victoire, que deja Brunswick cherche a se venger ; il veut isoler les diff'erens corps de I'armee fraii- ^aise , et s'approche en silence des retran- cliemens dont il veut la cliasser : mais on a penetre ses desseins. Non content de pre- venir une surprise, Conde s'indigne de I'at- tendre , marclie vaillamment a sa rencontre ; et, bravant a la fois I'avantage du poste et la superlorite du nombre , il commande de charger I'ennemi. Ici , I'ardeur meme de ses troupes faillit lui devenir funeste j elles s'e- branlent en desordre, precipitent I'attaqvie, et sont repoussees avec vigueur. Cet echec passager va deceler tout le sang-froid de notre jeune heros. Nos braves se sont rallies a sa voix : c'est au luilieu du feu qu'il tient son conseil de guerre et qu'il dirige une seconde attaque. C'est alors qu'il se montre digne de descendre des vainqueurs de Cerisoles ( i ) (i) Francois de Bourbon , comte d'Enghien , gagna f a 25 ans , la bataille de Cerisoles , qui lui ouvrit le Montferrat, et qui porta jusque dans Milan la terreur des arnies francaises. ( aSo ) et de Lens , en developpant , au m^me ige qti'eux , tous les secrets de la science mili- taire. Les efforts du prince liereditaire pour prolonger la resistance de ses soldats ne re- tarderont pas le triomphe de son rival j presse de toutes parts , il c^de enfin a une attaque si vive et si bien soutenue , et abandonne sa belle position a un prince qui savoit menager les soldats fran^ais sans rien perdre de ses ressources. La victoire de Johannesberg fut notre der- nier succes dans cette guerre 3 mais du moins ne fut-il pas inutile a I'acceleration d'une paix dont la necessite a justifie des long-temps les negociateiirs. C'est alors que, rendu aux douceurs de la paix, le Prince de Conde Voulut doter de sa gloire cette Academic , qui comptoit Baffon parmi ses membres , et dont J. J. Rousseau avoit ambitionne deux fbis les suffrages. Sa protection ne fut pas un vain titre pour cette illustre assemblee ; et , pour ne rappeler ici qu'un de ses bien- faits, nous n'avons pas oublie qu'il ouvrit a un academicien ce cabinet precieux d'liistoire naturelle dont il avoit fait I'un des plus beaux de I'Europe , et qu'il enrichit le notre d'une collection d'objets curieux dont la va- riete le disputoit a I'abondance. ( 23l ) C'est a ces nobles soins qii'il s'etolt arraclie pour aller au camp de Compiegne partager les fatigues qui acheverent d'epuiser le Dau- phin. Bientot il se vit menace de le perdre. Au premier bruit de cette calamite , tons les cceurs frangais se troublerent ; tons les tem- ples du royaume retentirent a-la-fois des voeux formes pour sa conservation ; et , quand la mort eut glace les dernieres esperances , cette multitude de chretiens, de tout ranget de tout sexe , qui inondoit les portiques sa- cres , se pressa pour le pleurer autour de la statue de Henri IV , comme pour associer son ombre au nouveau mallieur de son peu- ple : il sembloit que ce bon monarque ve- noit de descendre une seconde fois dans la tombe Ah! c'est ici qu'il faudroit rendre un digne hommage a la memoire de ce Dau- phin mort , comme devoit mourir cinquante ans apres, son auguste ami, avec la radieuse serenite du juste. C'est ici qu'il faudroit pein- dre , dans I'heritier du trone de Louis XV , et sa profonde sensibilite qui n'excluoit point cette gaite douce et inalterable , corapagne ordinaire d'un coeur sans reproche ; et toutes ces vertus domestiques par lesquelles il pre- ludoit aux vertus royales ; et surtout ce vif desir d'imiter Saint Louis auquel il dut la ( 232 ) noble activite de sa jeunesse , la f'ermete et la moderation de son caractere, et cet ardent amour du travail et du bien public , sans le- quel il n'est point de bons rois. Mais non , detournons plutot nos regards de ce lit de douleur ou gisent les esperances de la patrie, et craignons de noustrop arr^ter sur des regrets si souvent renouveles depuis par nos inalheurs. Nous venons d'adrairer dans le Prince de Conde, le guerrier valeu- reux , le gouverneur paternel , et I'ami sen- sible : uneepreuve delicate va nous apprendre avec quelle juste mesure il sait concilier son respect pour le Monarque et son zele pour les lois de I'Etat. Une lutte tres active s'est engagee entre le ministere et ces grands corps dont Jes pretentions hereditaires , trop sou- vent exagerees, avoient plus d'une fois fati- gue nos Rois , mais qui s'enorgueillissoient h. juste titre d'avoir vaincu I'inflexibilitc de Louis XI , et affronte les poignards de la li- gue. C'etoient les Parlemens. L'intrigue avoit porte de leur sein , a la tete de la niagistra- ture , un de ces hommes, dont I'esprit fin et delie , af'lranchi par I'ambition du joug puis- sant de la coutume , compte pour rien les institutions qui lirnitent leur influence , et dont I'etonnante dexterite se joue des obsta- ( 233 ) cles meme qui semblent devoir les accabler. Couvrant une profbnde dissimulation , du masque de I'etourderie ; maitre , par sa pe- netration , du secret des autres , sans jamais livrer le sien , le chancelier savoit tour-a- tour tromper ses rivaux par la leg^ret6 ap- parente de son caractere souple jusqu'a la bassesse , et deconcerter ses ennemis par une volonte aussi immuable que ses fonctions. Sans illusions comrae sans scrupules, son me- pi-is profond pour les hommes lui lit braver les anathemesdel'opinion, fantastiquedeesse des temps modernes , dont le xviii.^ siecle nous a legue I'apotheose , et dont les Fran- cais se sont si cruellement dispute les mobiles oracles. Un projet qui eut effraye Richelieu et Louis-le-Grand dans leur toute-puissance , Maupeou le con9ut sans s'intimider. II fit plus ; il osa mettre sa volonte a la place de celle de son maitre , et I'executa presque mal- grelui. Eleve dans le camp de sesadversaires, ii avoltlongtempsetudiel'endroitfoible avant de frapper , et la combinaison de ses plans ne manqua, ni d'adresse , ni de profondeur. En- toure de jurisconsultes et de publicistes , donfr les talens eprouves en imposoient aux soup- tpns raemes sur les lumieres qui lui man- qiioieut pour raccoraplissement d'un tel des- sein , 11 para ses innovations de quelques r6- formes utiles ; et quand les magistrats furent torabes dans le piege tendu a leur opiniatrete , il s'appuya sur cette tourbe d'ecrivains qui ne pouvoient pardonner aux Parlemens leur zele pour la religion d'un Mole et d'un La- moignon , et dont les ecrits etoient deja deve- nusune puissance. Des-lors onvit des raoyens tyranniques , sans exeinple dans les annales de la Monarchie , employes pour punir une obstination qu'on avoit provoquee ; et I'an- cienne magistrature , dispersee , depouillee, proscrite , pour faire place a une magistra- turenouvelle, sans consideration et sans sou- venirs. Des que I'inamovibilite des juges fut ebranlee , et que I'independance des Tribu- naux , I'une des plus fortes garanties de I'ordre social, parut compromise j des qu'on eut at- tente a une de ces lois que les Rois de France s'etoient reconnus, pour me servir de leurs propres paroles , dans I' heureuse impuis- sance de violer , le Prince de Conde n'he- sita point. II ne crut pas pouvoir sacrifier, a la bienveillance dont le Roi lui avoit donne plus d'un temoignage , I'homniage solennel qu'il devoit , comme Prince du sang de France, aux doctrines conservatrices de la Monar- chie , et il se separa de la Cour. Mais , lors- ( 235 ) que le nom de Louis XV fut de toiites parts outrage par des libelles , et sa vie menacee pardes placards atroces; lorsque le vrai cou- rage fut de rentrer dans cette Cour qui per- doit tousles jours quelque chose de sa dignite, et non de persister dans line opposition tou- jours facile et rarement dangereuse parmi nous ; ce courage fut alors celui du Pbince DE CoNDE. C'etoit assez qu'une partie de la constitution de I'Etat eut re^u des atteintes. Le projet d'vme alliance illnstre (i) lui per- mettoit d'esperer que , loin de laisser a des factieuxle temps d'attaquerlesautres parties, il pourroit meme reparer la breclie faite a nos Vieilles institutions : il se rapprocha done du Roi apres s'^tre eloigne du rainistre , et sa re- conciliation devint franclie et publique com- me sa protestation I'avoit ete. A Dieu ne plaise cependant que I'eclat dont brilla toujours la vie publique du Prince de CoNDE nous fasse oublier sa vie privee ! Ah ! (i) Le projet d'une alliance illustie II s'agissoit de I'union deMonseign"^. le comte d'Artols, aujourd'lmi MoxsiEUR, avec Mademoiselle de Conde , aujourd'hui superieure des religiewses vou^es a V Adoration perpe~ tuclle f a lacpielle les sacriilces les plus heroVqiies sont ^evenus familieis. ( 236 ) c'est surtout dans la retraite , que nous nous plaisons a considerer les lieros ; c'est lorsque les prestiges de leur rang ne les environnent plus , que nous aimons les revoir dignes en- core de notre admiration premiere. Silenotre n'eut jamais vecu pour lui-meme , il auroit moins ressemble au plus grand de ses a'ieux ; et certes , son repos meme ne fut pas sans gloire. Le printemps le ramenoit cliaque an- nee dans ce vieux chateau de Chantilly , en- core plein des Montmorency et du Grand- Conde ; chaque annee , I'automne le retrou- voit toujours dans ce lieu d'enchantement , ou , pour aj outer encore k la magie des sou- venirs, I'art sembloit avoir epuise ses pro- diges, comme la nature ses contrastes. C'est- la que notre Prince re^ut tour-a-tour un Roi deDanemarck, vante avecenthousiasmepour la justesse et I'etendue de son esprit ; I'heri- tier du trone des Gustaves, qui devoit bientot marcher sur leurs traces ; le Prince Henri de Prusse , I'un des heros de Rosback et de la guerre de sept ans , qui ne put etre efface meme par le Roi son frere. C'est-la qu'il re- ^ut encore, et ce jeune Comte du Nord, a qui les delices de Chantilly firent regretter un moment d'etre appele par sa naissance k tenir le sceptre de Catherine seconde j et ce ( ^37 ) meme Prince liereditaire de Brunswick, jadis son emule genereux, qui, frappe deladeli- catesse qui avoit fait enlever du chateau les trophees de sa defaite , s'ecrioit avec tant de justesse : Voiis m'avez vaincu deux fois. Et qu'on ne craigne pas que la magnificence de ces fetes fasse negliger au Prikce de Conde les sovilagemens qvi'il doit k I'indigence. Son bonlieur etoit d'occuper tons les ans la popu- lation de Chantilly , presque entiere, a des em- bellissemens nouveaux , pour e pargner la con- fusion de recevoir a ceux qui lui faisoient gou- ter le plaisir de donner : et quand elle se se- roit effacee de notre inemoire , cette cruelle disette , ou toute une contree dut la vie a I'a- bondance de ses secours , qui ne sait comblen de fois sa bienfaisance , trahie par la profu- sion ni§ine de ses dons , ne put eviter les be- nedictions du pauvre qui font suivi dans le tombeau ? Ce noble sentiment , inne cliez les Bourbons , et commun a tons , ne fut pas toutefois I'unique source de ses jouissances. Des qn'il eut fait elever dans la capltale du Royaume ce beau palais , si digne de devenir le temple des lois , il n'oublia point que, de- puis le Grand-Conde , ses ancetres avoient toujours protege ceux qui aimoient et culti- voient les lettres. C'etoit entre eux et des mi- litaires qvil avoient honore leiir profession , que le Prince partageoit ses loisirs. L'urba- nite de ses nianieres , I'amenite de ses dis- cours , Ta-propos de ses reparties , les agre- mens de son esprit faisoient le charme de cos reunions ou il sembloit se delasser de sa gran- deur. Tels etoient ses plaisirs habituels ; et si la cliasse venoit de temps en temps Ten dls- traire, c'etoic pour faire eclater encore non- seulement sa justice , mais sa munificence. L'education de son petit-fils le condamna bientot a de nouveaux soins. Mais combien n'y puisa-t-il pas aussi de jouissances nou- Velies ! Sans comprimer la vivacite du goiit qu.e montroit le jeune Prince pour les exer- cices du corps , il laissa ses instituteurs deve- lopper en lui , sous sa surveillance , les qua- lites brillantes dont la nature avoit doue son esprit naissant , et s'appliqua surtout a for- mer son jeune caractere. Ce futluiqui voulut presenter le Due d'Engliien a la Cour des Pairs etonnee de voir trois generations de Princes sieger ensemble dans son sein (i) ; et qui fit rassembler un camp sur les frontieres (i) Monseign'. le Prince de Conde , Mg"". le due de Bourbon qui devoit bientot s'associer aux fatigues et a la gloire da son pere j et Mg^ le due d'Enghjen. ( ^-39 ) de Plcarclle pour completter I'lnstruction ml- litaire de ce fils clieri. Oh ! qu'il dut ^tre sa- tlsfait de voir se fortifier avec I'age, dans line ame si belle , cette bonte qui gagne tous les coeurs, et cette loyaute chevaleresque qui les force a Tadmiration ! Crois, digne et precieux rejetond'uneracede herosj crois a I'abri des orages , a I'ombre des lauriers de tes peres ; hate-toi de croitrepourl'lionneur d'unsi beau nom et pour I'orgueil de tes augustes parens, Mais garde-toi, garde-toi bien d'empoisonner jamais leurs jours en coraproniettant les tiens par une temeraire coniiance dans le respect du au droit des gens , et songe qu'il est des perils plus inevitables que ceux que tu affron- teras un jour au champ d'honneur ! Mais , quand des craintes anticipees m'en- trainent deja dans I'avenir , de quels evene- mens multiplies le present vient preoccuper mon esprit ! Louis XV est mort , emportant dans la tombe tout ce qui restoit des idees monarchiques fondees dans le siecle prece- dent; un jeune Prince, quin'est que vertueux et ^claire, occupe son trone ; I'irresolution s'y est assise avec lui j et lorsque les lumieres politiques semblent devenir universelles , il ne sera pas donne a son inexperience de ren-; contrer un seul ministre , vraiment homme ( 24o ) d'Etat. Dans le genereux elan de sa royale bienveillance , ce Prince rappelle les Parle- mens sans conditions ; et les Parlemens rap- peles , paroissent ignorer jusqu'au nom de la reconnoissance. Un desir exalte de reforraes s'empare , sous divers masques , de ses con- seils. Sa garde merae y est sacriflee , et tan- dis que les mousqiietaires , licencies par une nieticuleuse economie , vont suspendre leurs drapeaux sans taclie aux voutes de I'eglise de Valenciennes (i) , notre or, nos munitions, nos vaisseaux , nos soldats , tout est prodigue h. une republique de marcliands , dont I'his- toire accusatrice a deja denonce a la poste- rite le tiede patriotisme et I'ingratitude. Ainsi, par une sorte de f'atalite dont on ne sauroit trop deplorer les suites , Louis XVI fonda a grands frais une puissance rivale de I'Angle- terre , sans s'acquerir de vrais allies j on ne lui sut pas plus de gre de sa loyaute pendant la guerre , que de sa moderation en traitant de la paix ; et la gloire de nos succes mari- times ne revint pas meme au jeune Roi, qui avoit su creer , en si peu d'annees , la seule (i) Tout le monde connolt la prise de Valenciennes par les mousquetaires en i 677, I'un des plus beaux fails d'ariues du siecle de Louis XIV. ( 24i ) marine qu'ait eue la France depuls le siecle des Duquesne et des Tourville. Ainsi encore , par une reaction trop pen prevue , les prln- cipes que nous avions proteges de nos amies au-dela des mers , cominencerent d'exercer parmi nous une influence funeste. Le torrent des doctrines populaires traversa T Atlantique pour suivre dans leurs foyers les guerriers francais que le Roi de France avoit envoyes les defendre j et bientot ce torrent ne reconnut plus de digues sous une Monarchie sans vi- gueur , ou les idees religieuses n'avoient plus d'empire , et dont tous les ressorts se rela- clioient par degres, a dit un de nos ecrivains , quoique aucun ne se rompit encore avec ^clat. La confusion progressive des interets anciens avoit hate dans les moeurs publiques une revolution presqvi'universelle. Les grands eux-memes , en se derobant trop au ]*oug salutaire des convenances sociales , conspi- roient a desordonner les rangs de la societe. Que devoit-on penser d'un grand peuple qui, alors meme qu'il se glorilioit d'avoir atteint le terme de la civilisation , abjurant toute pu- deur nationale , et renongant a toute son exis- tence passee , clierchoit des applaudissemens et des exemples ailleurs que dans son sein , et demandoit des pensees a, un peuple voisiii 16 (MO quand la monarcliie de la langue frangalse n'etoit deja plus contestee en Europe ? II etoit enlin venu le moment formidable ou Louis XVI devoit repondre de toutes les fautes que tous avoient accumulees depuis le commencement du siecle. Ah ! loin de nous d'accuser I'iraprevoyance du Monarque, de i'epouvantable catastrophe qui doit les ex- pier toutes; loin de nous de chercher sur la terre I'incalculable force qui a dirige cette ca- tastrophe, et de meconnoitre un Dieu ven- geur dans les evenemens qui vont se pressersousnosyeux,commeune Providence ineffable dans ceux qui ont referxne depuis le gouffre des revolutions parmi nous. Fille ainee de la civilisation europeenne , la France etoit appelee , par la haute influence de ses doctrines , a une grande mission , que ses derniers ecrivains avoient trahie; ils avoient repondu a I'attente des nations par des maxi- mes corruptrices , et c'est du Royaume tres cliretien , comme d'un foyer de destruction , que I'incredulite avoit lance tant d'eclairs , frequens precurseurs de la foudre. La France entiere portera la peine de ces etranges aber- rations qu'elle a encouragees. Ellecherchera la stabilite ; il n'en est plus pour une gene- ration complice , au nioins par ses voeux , du ( 243 ) pervertissement social : elle demandera le re- posj elle le demandera en vain. Une impa- tience scandaleuse de toutes les idees revues tourmente toutes les tetes; nn incroyable de- dain de tout ce que les liommes avoient res- pecte jusqu'alors, s'empare de tous lesesprits. Peut-etre eut-il suffi , pour sauver la mo- narchie , d'une puissante diversion a cette ar- deur d'activite qui nous est tellementpropre, qu'elle menace de nous consumer encore apres trente ans d'experience ; cette puissante diversion ne nous sera point accordee. Les lemons du temps , ce grand conseiller des homraes, sontfletries du nom ignoble de rou- tine. Abuses par de vaines theories, d'im- prudens novateurs se disputent la volontd d'un Roi qui ne peut avoir de conviction po- litique ; les edits contradictoires se raulti- plient ; le vague des idees s'accroit j et c'est dans de telles circonstances, qu'un ministere inexperimen te en appelle a I'inexperience des notables. Depouiliee des vains prestiges dont avoit voulu I'entourer un homme qui n'avolt que de I'csprit , I'administration des finances laisse penetrer enfin toute la profondeur dQ I'abime qu'un siecle de prodigaiites avoit creuse. Tout-a-coup Tor de I'etranger vient accelerer le mouveraent des esprits et commu- {M4) iiiquer une Impulsion nouvelle a la multi- tude. On voit puUuler dans la capitale une population nouvelle , composee de tout ce que la corruption liumaine a de plus infect , de tout ce que le vagabondage a de plus vil ; et bientot se succedent dans une progression ef'f'rayante ces insurrections venales , incon- nues a la generation qui alloit finir , et ce tralic de revokes trop souvent renouvele aux yeux de la generationqui commence. Dirai-je quel esprit de vertige animoit ce Prelat , que la confiance des notables avoit eleve k un mi- jiistere , dont I'expedition de Hollande vint reveler k I'Europe la complette uuUite sous un Roi qu'on osoit braver dans la solennite d'une seance royale ? Tout s'unit alors pour precipiter des evenemens que tout le monde auroit du prevoir. Le premier cri d'etats-ge- neraux estprononce , accueilli dans ces grands corps judiciaires auxquels la seule presence des etats-generaux devoit enlever toute Icur existence politique , qu'un de leurs premiers actes devoit abolir. Ce premier cri , le Clerge le repete avec entliousiasme , comme si un autre ordre de clioses ne devoit point laire prevaloir contre lui et les arabitieux que son sein renfermoit, et les religionnairesrecera- merit ematicipes , et les nombreux adeptes du philosophisme . C'est ici qu'il faut s'arreter pour juger la conduite du Prince de Conde. Et lui aussi , il avoit encourage long-temps cette soif'd'in- nover , que la bienveillance generale , qui parolssoit dominer tous les sentiraens , lui faisoit prendre pour un besoin eclaire d'ame- liorations. Mais , des la convocation des no- tables, ces nobles illusions I'avoient aban- donne. II n'ignoroit point que le doute est mortel en politique comma en Religion et en morale; dans le vide des speculations qui par- tageoientles esprits , il crut trouver un point d'appui en se rattacliant aux vieilles doc- trines de la Monarchie ; son erreur f'ut de n'en pas reconnoitre I'insuffisance et I'affoi- blissement , et de ne pas meme compter comme une puissance , cette opinionpublique a laquelle un ministre , ne sous un ciel etran- ger (i) rendoit un culte seditieux , en lui fai- sant hommage de I'eminente dignite que Louis XVI lui avoit confiee. Avouons-le sans detour ; en voulant consolider les trois co- lonnesqui soutenoient le trone, notre Prince (i) M. Necker. He cralgnlt point assez Tattitude hostile dtl trolsieme ordre j il ne vlt pas que , s'il etoit possible d'eludef, enlemenageant, cequeses pretentions avoient de trop democratique , il etoit impossible de le faire reculer. 'i'elles etoient ses dispositions , qnand Timpunite des exces qui suivirent la prise de la Eastille , signala rimpuissance de I'autorite qui devoit les repriraer : des cet instant , Louis XVI oessa de gouverner la France. Quel interet pouvoit y retenir plus long-temps le Prince DE CoNDE ? Que lui restoit-il a faire , que de ceder aii voeu de son Souverain , qui le char- geoit de pressentir de quels efforts les Rois et les peuples etoient capables en sa faveur ? Mais le temps des misericordes celestes etoit loin encore , et celui des vengeances etoit errive. L'arbre de la Monarchic crolssoit de- puis quatorze siecles sur le sol frangais , le temps avoit desseche plusieurs de ses racines ; des rameaux parasites s'y etoient eleves. Lui rendre toute sa vigueur par le retranchement graduel des membres Inutlles , c'eut ete une entreprlse grande et sage : la France ne fut pas jugee alors digne de la voir s'accomplir. Au lieu de greffer sur cet arbre antique de nouveaux rejetons , on le depouilla tout-a- la-fois de ses branches et de ses racines , et i'on crut qu'll restolt intact, parce qu'on lals- soit debout un tronc desormais sans racines et sans ombrage. Un vent meurtrier souffla bientotsurce tronc rautile, etildisparutdans la tempete. Apr^s avoir repousse cette mobilite d'idees qui , des esprits speculatifs , devoit passer dans les institutions, etsuccessivement les de- vorer toutes avec leurs auteurs, le Prince de CoNDE n'adlierera point k ces desastreuses theories. Non content de desavotier, par un maniieste energique , cette premiere consti- tution , dont la caducite precoce deguisoit nial les germes de destruction receles dans son sein , il veut conferer sur les moyens d'arreter I'explosion qu'elle rend inevitable, avec ce chevaleresque Roi de Suede qiii avoit donne a I'Europe de si liautes esperances. Mais , quand I'Europe se croit pres de les voir realisees , la main qui condviit tOus ces grands evenemens , va ramener Gustave III dans ses Etats , ou ses meurtriers I'attendent pour I'immoler. Cependant la devastation de Cliantilly se consomme , et maJgre d'elo- quentes reclamations , le Clermontois , que notre lieros a sauve de la famine , est separe du domaine de ses peres. Bientot mSme leur apanage va lui etre ravi- Oli ! combieii il est ( 248 ) au-dessus de toutes ces pertes , quelqn'espoif queles factieux aient con^u de leur enormite ! On peut appaiivrir les Condbs , s'ecrie-t-il , mals , les avilir , jamais! Et , potir avoir en- core qnelque conf'ormite de plus avec son troisieme aieul , I'exil et I'adversite vont de- celer a la f'ois toute la noblesse et toutes les ressources de son beau caractere. Le genie des revolutions a deja promene ses torches incendiaires sur tous les points de notre malheureuse patrie. Voila qu'il est don- ne aux homines les plus mediocres de domi- ner le peuple le plus impatient du despo- tlsme qui ait existe dans I'univers. Une force inconnue s'est rencontree, qui les a portes a I'apogee du pouvoir j un souffle les en pre- cipite. Que les hommes ne s'attribuent point la direction de ces grands mouvemens ; tout s'y fera contre toutes les probabilites , avec cette rapidite qui entraine les efforts les plus opposes vers un merae but. Une confiance indomptable dans leur etoile , c'est-la tout le secret des revolutionnaires ; et cette con- fiance ne sera pas dementie par les evene- mens. Chaque page de cette etrange his- toire nous presente quelque chose de passif qui confond toixs les amours-propres , nous etonne par je ne sais quoi de mecanique qui (^49) repousse toutes les conjectures ordinaires et fait plier tous les obstacles. Ou sontils ceux dont Dieu s'est servi pour ebranler les trones ? Des qu'ils ont voulu s'ecarter du torrent , le torrent les a engloutis. Qu'ils se levent au- jourd'liui de leurs tombeaux ces grands cou- pables qui se sont cru de I'influence. Qu'ils paroissent; que la posterlte les interroge ; que riiistoire recueille leurs aveux. Qui d'entre eux oseroit se vanter d' avoir compris notre revolution ? Que dis-je ? d'avoir prevu seule- ment , un mois d'avance , ce qui arriveroit le inois d'apres ? Cependant , rien n'a pr^- valu contre cette force secrete qui se jouoit des conseils humains. Il falloit sans doute que le pouvoir des hommes de sang se pro- longeat pour qu'ils se devorassent eux-rae- mes , et potir que le souvenir de cette grande catastrophe et de ses causes retentit eternelle- ment dans la posterite pour I'instruction des peuples etdes Rois. Peut-etre falloit-il aussi que le sang de I'innocence coulat pour ap- paiser I'Eternel, et pour que nous fussions, a force d'horreurs , desabuses des prejuges nouveaux ^wphilosophisme . A Dieuneplaise que je souille ces lignes de ces elfroyables re- cits , et que , in'arretant a cette impudente prostitution des raisonnemens et des mots ( 2.50 ) cjui distingue cette deplorable ^poque , onh ceshorriblessaturnales, dontle souvenir seul faitpdlir , j 'aille rapprocher desnoms affreux, voues a I'execration des siecles, de ce noin de CoNDE, si digne de notre veneration ! Quand la justice de Dieu nous punit d'un cote, j'ai- merois mieux montrer de I'autre sa clemence qui nous protege ; I'Egllse gallicane expiant par dix annees de persecutions , son luxe et son. penchant aux nouvelles idees , mais conqiie- rant I'estiine de ses propres ennemis par I'atti- tude qu'elle salt conserver au milieu de I'Eu- rope ; les Fran^als se reveillant , au pied des echafauds , de cette lethargic religieuse qui paralysoit les meilleursesprits j Dieu couvrant d'une egide nos annees novices , pour que I'heritage des fils de Saint Louis ne regoive point d'atteinte ; et Tambition de ceux qui, revant un demembrenient illusoire , profa- noient un sentiment sacre , venant explrer devant nos bataillons victorieux. Tandis que la France , semblable a un volcan isole , porte I'epouvante et la destruc- tion dans les contrees voisines j tandis que ses Princes , rassasies d'opprobres , sont errans parnii les nations, et qu'on se hate de disper- ser les pierres du Sanctuaire et de livrer k la derision les solennites de son culte j c'est (251) ati Prince de Conde et a I'energlqne popu- lation de rOuest, qu'il etoit reserve d'ab- sovidre les Fran^als du reproche d'avoir ac- cepte les fers sous lesquels ils gemissoient j et certes , soyons justes envers celui qui se rnoritra souvent fier des succes obtenuscontre lui , cette mission fat Iionorablement rem- plie. En effet, pour ne pas depasser icl les bornes de mon sujet , de quels prodiges ces guerriers f'ran^ais d'outre Rhin n'eurent-ils point a s'enorgiielllir ! Blesses ouprisonniers, ils ne peuvent derober leurs tetes a la mort qn'ils ont evitee sur le champ de bataille ; on les a places liors de I'liuraanite. N'iraporte ; rien ne les f'era ren oncer a la hauteur de leurs destinees. En vain la fern me extraordinaire qni gouverne les Russies , leur off're un eta- blissement paisible dans ses Etats j ils ne veulent point d'autre asyle que leurs tentes , point d'autre patrie que la France affranchie de ses oppresseurs. La discipline qui fuit les camps de la rejiublique, a suivi I'oxi- flamme sur la terreetrangere ; plus d'une f'ois encore , il redeviendra I'etendard de la vic- toire , et ceux qui s'y rallieront , le trouve- ront toujours , comme le panache blancdu bon Henri , dans le chemin de la gloire et dc riionneur. Osons le dire ; Tcclat dont bril- ( 252 ) l^rent les armes fran^aises dans ces guerres trop fameuses , ne serolt pas connu tout en- tier , si Ton croyoit que le petit nombre de ces defenseurs du trone les laissoit inaper^us au milieu des ba'ionnettes etranoeres. L'his- toire equitable immortalisera , entre tant de combats , ceux de Weissembourg , de Bers- theira , de Biberach et de Constance (i). Elle n'oubliera point la part active qu'eutalaprise de Mayence cette petite armee; nicette melee nocturne de Kamlack , qui rappelle la meur- triere victoire d'Almanza ; ni cctte defense opiniatre du pont de Munich , qui dura dix- liuit jours ; ni cette perilleuse journee de Steinstadt ou la mort vint frapper un officier du genie entre le Prince de Conde et le Due de Berry. Elle peindra I'illustre commandant de cette petite armee qui grandissoit au feu , suivant I'expression d'un general allemand , aux prises avec le plus habile des generaux de la republique , remportant sur lui des avan- tages, quoique inferieur par le nombre de ses soldats J le vainqueur de Johannesberg , re- duit, comme le Grand-Conde, a obeir a des (2) Voyez l'ou%'rage de M, le marquis d'Ecquevilly sur les campagnes de 1' armee de Conde. ( 253 ) cliefs souvent au-dessoiis de lui , reparant leiirs fautes , sauvant les debris de leurs trou- pes , et constamment anime de la bonte na- turelle k sa race et de la loyaut^ des anclens preux. Avec quelle sollicitude paternelle il adoucissoit les fatigues de cette poignee de braves auxquels il etoit uni par la double fraternite de la gloire et du malheur ! Avec quelle abnegation de lui-meme il refuse de commander , meme a Su\varov\- , plutotque de ne plus voir leur fortune associee a la sienne ! Cetoit parmi eux aussi qu'il vouloit faire re- poser ses cendres , ignorant encore si elles pourroient etre confiees au sol natal! Honte , honte eternelle au guerrier sans en- trailles , qui ne voit point pour lui de devoirs au-dela de ses operations militaires ! il pourra nous etonner par la superiorite de ses talens , raais il ne forcera point notre admiration ; il ne connoit pas le prix des coeurs. Jamais les benedictions du mourant n'ont frappe son creille sourde a ses cris. Jamais I'aspect des liommes qu'il a sauves n'est venu consoler son cceur du sang que sa terrible profession le condaame k faire repandre. Tel n'etoit point I'aieixl du due d'Enghien. Que de fois il oublia , comme son petit-fils , les fatigues d'une longue marclxe ou de plusievirs heures ( ^54 ) de combats pour visiter les prisonniers fran- ^ais, pour les rassurer contre la crainte des re- presailles , pour converser familidrement avec eux ! Ah ! n'etoit-ce pas deja trop pour son coeur dechire , d'etre leur ennemi sur le champ de bataille ! Partout ailleurs, il etoitleur con- citoyen , leur ami, le protecteur des blesses , auxquels il faisoit prodiguer les memes soins qu'a ses compagnonsd'armes, et souvent me- me leur liberateur. Faut-il s'etonner , apres cela , que , dans les momens d'armistice , il n'ait pascraint de s'avancer seul dans les rangs republicains , et qu'il n'ait jamais cesse d'y recueillir les temoignages du respect qu'ins- piroient ses vertus ? Au milieu des obstacles multiplies qui le contrarioientdetoutes parts, ce grand Prince sut se preserver de ce f'atalisme politique , re- fuge ordinaire des ames foibles dans les jours d'epreuve , quand les evenemens les aban- donnent; comme sil'hommequipuiseses opi- nions dans sa conscience , soumettoit sa con- viction aux evenemens. De raeme qu'il sait encouragerceuxrpiil'entourent, enleurdon- nant I'exemple de toutes les privations, il ra- niraeles royalistes de I'interleur, enleurcom- muniquantcetteconfianceprofondoraent sen- tie dans le Dieu qui juge les rois et les peu- ( 255 ) pies, confiance si digne d'etre enfin justifiee , parce qu'elle ne lui a jamais manque. C'etoit ainsi qu'il avoit acquis a la cause royale un des talens les plus distingues qu'aient deve- loppes les guerres de la revolution : le Prince DE CoNDE et le conquerant de la Hollande etoient faits pour s'entendre et s'estimer. Toutef'ois notre delivrance devoit etre encore differee j et les vosux que ces deux grands- hommes avoient formes pour nous rendre , sans effusion de san£r et sans I'intervention des etrangers, a la dynastie legitime, etoient sans doute trop beaux pour qu'il leur fut don- ne de les accomplir. Mais , quoique la Provi- dence eut permis qu'une si lieureuse entre- prise fut decouverte , il n'y eut qii'une voix en Europe sur ceux qui n'avoient pas deses- pere de I'executer. De tels desseins n'appar- tiennent qu'a de tels hommes ; et le Prince deConde surtoutrecut des marques non equi- voques de I'estime des capitalnes les plus re- commandables comme des plus illustres Po- tentats. Le Czar Paul I.^'' lui en donna une preuve bien eclatante dans la genereuse lios- pitalite qu'il lui rendit , et dans I'accueil qu'il fit k son corps d'armee , quand I'Allemagne lut fermee a ces nobles victimes des vicissi- tudes humaines. Un vaste domaine lui fuC { 2.56 ) assigns 5 un ameublement semblable a celul de Chantilly , ornolt I'hotel magnlfique dont cet Empereur lui fit present , et le Prince put croire un moment qu'il etoit rentre dans le palals de ses peres. La, il meditoit encore sur Tart de la guerre dont il avoit successivement etadie toutes les parties pour en approlondir tour-a-tour tous les secrets, lorsque des hosti- litesnouvellesl'appelerent h. une nouvelle ap- plication de ces etudes. Mais en vain deploie- ra-t-il encore des talens qui n'ont pas ete con- testes , meme par I'esprit de parti ; en vain joindra-t-il la bravoure d'un de nos anciens chevaliers, au sang-froid et au coup-d'oeil sur d'un vieux general ; des evenemens imprevus alloient rendre encore ces derniers efforts inutiles. La France , echappee au neant qui pour- suit les revolutionnaires , s'est jetee par las- situde dans les bras d'un etranger qui , pour dominer le tourbillon qui agitoit ce malheu- reux pays , lui imprirae une direction nou- velle. Dieu, qui nous reservoit cette derniere lecon , le conduit de succes en succes. C'en est fait ; toutes les puissances belligerantes , fatiguees par tant de secousses , s'inclinent devant son epee, et il n'^ a plus de rois en (^57) _ Europe (i). Quelle loi imperieuse la necessite vint alors imposer au Prince de Conde ! C'est maintenant qu'il a besoin de toute sa Cons- tance , de tout son courage 5 il faut licencier son armee. Ah ! sans doute elle I'ut bien pe- nible a tous , cette separation fatale ! sans doute ces adieux reciproqvies furent bien de- cliirans ! Quitter ces drapeaux temoins pen- dant dix annees de tant de sacrifices lieroi- ques , n'etoit-ce pas perdre une seconde pa- trie ? L'Angleterre of Ire une retraite k celui qui avoit forme ces bataillons et qui les avoit guides dans tant de hasards : il court s'y en- sevelir, lieureux dans son infortune de pou- voir charmer I'amertume de ses regrets , en se livrant aux lettres qu'il a toujours aimees et a ces sentimens d'un ordre plus eleve en- core , qui seuls peuvent calmer tous les cha- grins. C'est dans cette solitude qu'il consacra ses loisirs a elever k la memoire du Grand- Condeun monument litterairedignedelui(2), un monument que respecterent les passions (1) Propres paroles de Mg"^, le due d'Enghien. (2) Essai sur la vie du Grand-Conde , par L. J, dfl Bourbon, son 4.^ descendant. II y a cu plusieurs editions de cet ouvrage, »7 ■ ( 258 ) memes des homines. La simpliclte qui sied k la vertu , et surtout k la vertu malheureuse, semble avoir dicte cet ecrit, qtii, par la mo- destiede son titreet laprecisionde style qui le distingue , peut ^tre rapproche des comraen- taires du plus fameux capitaine de I'ancienne Rome. Hors de ces nobles delassemens , la Religion de ses peies occupa des-lors toutes sespenseesj elle embellissoit encore sa bien- veillance inepuisable pour ces raalheureux emigres errans sur la terre d'exil , auxquels il ne restoit d'autre patrimoine que le souvenir de ce qu'ils avoient souff'ert : il la nieloit k toutes ses actions. Ah! cette Religion, quelque divine qu'elle soit, ne sauroit avoir trop de consolations pour I'horrible coup qui le me- nace. L'homme qui convoite ie trone des Bourbons a soif de leur sang} il ne peut par- venir au souverain pouvoir qu'en marchant sur le corps d'une grande victime : il est deja fait, cet horrible choix. Le Corse en a fremi de joie ; il a dit dans sa pens^e : le jour est venu , la victime est dans mes mains ; sai- sissons le glaive , et frappons - la. Roches d'Amesbury, de quelle nouvelle sinistre ve- nez-vous d'etre f'rappees ? D'Enghien n'est plus ; il est tomb(^ sous le plomb homicide , en remerciant Dieu de perir de la mort d'un soldat! D'Enghlen n'est plus j et le sang des Condes est desormais tari. pour la France ! Oh ! qui me donnera , comme au prophete des malheurs de Sion , qui me donnera d'e- galer les Lamentations aucc douleurs?'^ony le coeur humain n'a rien en lui qui puisse adoucir I'amertume de semblables pertes : le Prince de Conde ne se consolera point ; I'espoir de sa race n'est plus I et que peut toute la force du sage dans de telles circons- tances ? Que peut le heros ? que peut meme le cliretien Mais, que dis-je ? le chretien peut pardonner. Si I'adversite a montre le Prince de Conde sup^rieur aux ames vulgaires , la Religion I'elevera au-dessus de lui-meme , et les plaies de son coeur seront cicatrisees. II n'a point peri, le monument sacre des pensees de paix dont il etoit rempli, ce testament immortel, digne d'etre lu apr^s celui du Roi-Martyr, dont il avoit si energiquement deplore I'as- sassinat. C'est dans ce testament qu'apres avoir proteste , comme lui , qu'il mouroit dans la foi des Montmorency et des Condes, il tracoit , il y a treize ans , ces paroles vrai- ment sublimes par la-simplicite du style et la hauteur des sentimens; mallieur au poin- tilleux paneg)'riste qui craindroit de les re- ( 26o ) peter telles que I'ame du Prince de Conde les lui a dictees : Je rernercie Dleu de n' avoir jamais laisse penStrer dans ttloti ame la plus petite idee de vengeance centre ceux qui nous OTLt fait tant de mal } et j'espere que sa misericorde et la clemence du Roi les ramkneront tot ou tard a ces principes sa - cres qui peuvent seuls rendre a la France son bonheur et sa tranquillite . Ainsi les prosperites toujours crolssantes qui entrainoient le colosse vers sa cliiite , en augmentant la resignation du Prince de CoNDE , ji'avoient pas eteint chez lui I'espoir de mourir dans sa patrie. Je ne sais, ecri- voit-il de sa retraite, mais il me semble qu'ici jesuis moins exile. Graces lui soient rendues dans la tombe , de n'avolr pas desespere du coeur des Fran^ais ! Mais quoi! deja ses voeux s'accomplissent avec une rapidity inat- tendue. Ces populations armeesqu'un homme avoit precipitees sur TEurope , sont refou- lees de toutes parts dans le sein de la France. L'lieure des misericordes celestes a sonnej le fleau de Dieu est abandonne ^ sa propre I'oi- blesse etla France etl'Europe sont delivrees k la f'ois du faix enorme des humiliations qu'un bras vengeur accumuloit sur elles de- puis tant d'annees. C'etoit k notre Prince , a cet auguste veteran de la ficlellte , qu'ap- partenoit I'honneur d'accompagner sur Ja t6rre natale le Roi qu'il avoit proclame jadis dans les camps. Ah ! qu'il ne se croie point etranger anx transports qui eclatent sur leur passage. Nos braves pouvoient-ils se def'en- dre d'un noble enthousiasme , en voyant cette tete blanchie dans des combats commandes par I'honnetir, et que tant de perils avoient respectee ? Pourquoi f'aut-il que sa vieillesse lie nous permette pas de le consei'ver long- temps parmi nous ? Mais du moins , avant de nous quitter , il jurera obeissance a cette Charte , fruit inappreciable des meditations du Monarque dans les jours mauvais; h. cette Charte qui rend a la Monarchic toute sa pu- rete que le temps avoit corrompue , et toute sa vigueur que le temps avoit affoiblie. Du moins il reverra encore le sejour de ses pe- res ; et , s'il n'y retrouve plus ces jardins chantes par Delille et plantes par tant de lieros , si elle a dlsparu cette retraite de la valeur ou I'etranger contempla tant de f'ois I'armure de Jeanne d'Arcq et de Henri IV, il connoitra que le souvenir des bienlaits de ceux qui I'ont habitee ne s'est point efface j et les modestes appartemens que le dedain des Vandales a laisses debout , seront pour- ( 2^2 ) •vtis de tout jusqu'au luxe , pour me Sef vir des propres expressions de ce bon Prince. Cependant ses dernieres annees s'ecou- loient au milieu de ces debris ; le terme d'une vie de plus de quatre-vingts ans s'appro- choit. Revenu dans la capitale , il animoit encore par sa presence et par son amenite patriarcale , une societe choisie , vraiment digne de charmer les ennuis de sa vleillesse, lorsqu'une maladie de quatre jours vint I'en- lever aux indigens qui, agenouilles en foule a la porte de son palais , unissoient leurs Voeux pour obtenir du Tres-Haut la conser- vation de celui dont les secours avoient cou- tume de prevenir jusqu'a leurs plaintes. II vlt la mort avec le mSme calme qu'il I'avoit bravee dans les batailles, Aucun murmure n'etoit ecliappe de sa bouclie depuis son re- tour comme dans ses malheurs ; on n'enten- dit aucune parole amere deraentir dans ses derniers momens la serenite d'une conscience en paix avec elle-nidme. II rayonnoit deja des sublimes esperances du christianisme j et , comme autrefois Bayard , ses derniers mots furent une religieuse aspiration vers le Dieu des justes auquel il alloit se reunlr. Disons-le iiautement, les sentimens que fit eclater sa mort par-tout oil il avoit vecu , ' ( 263 ) furent unanxmes. Ceux dont il avoit aclopt<5 la gloire militaire confondirent leurs regrets avec les regrets de ceux qu'une longue so- cietc d'infortunes et de fatigues avoit ren- dus dignes de se noinmer ses freres d'armes. On a vu plusieurs guerriers toucher de leur epee celle du Prince ; touchante illusion qui pr^te au glaive du heros le pouvoir de com- inuniquer la yaleur. On a vu des habitans de Chantilly se jeter aux pieds des gardes que Taffluence de la multitude a rendus neces- saires , pour obtenir de le revoir encore une fois. Un inValide centenaire, qui serable re- presenter a lui seul cette arraee teraoin des premiers exploits du Prince, s'estaussi avance dans cette foule : « et moi aussi, dit ce noble vleillard , je veux rendre un dernier horn- mage a mon general. 3> A ces mots, les rangs presses de la multitude s'ouvrent devant lui : soutenu par deux soldats, il s'approclie du cercueil , lenteraent et dans un douloureux silence ; ses yeux affoiblis y demeurent long- temps fixes et se remplissent de larmes. Puis , tout-a-coup, se retournant vers les guerriers qui I'entourent : «Catnarades, s'ecrie-til, vous ne rendrez jamais le meme devoir a un plus brave.... » Ce sont-la les hominages fu- nebres qui conviennent a un Condk ! Grand Prince ! dormez en paixdansl'asitd funebre des Duguesclin et desTurenne, ai, c6te de ce roi pour leqnel vous avez si vail- lamment coinbattii , et qui comme vous a genereusement pardonne. Dormez en paix , et reposez-vous enfin de vos longues fatigues. Vos cendres ne seront pas troublees par des dissensions nouvelles; votre menioire ne res- tera point lionoree a derni parmi nous. II sera un jour realise ce voeti tout franqais so- lennellement emis dans tine grande asseni- blee : votre statue s'elevera au milieu de nous , environnee des souvenirs de votre vie toute entiere ; et, pour rappeler sans cesse votre glorieux exemple a des Fran^ais en- fans d'un meme Roi et sujets d'une meme patrie, nous graverons ces mots sur le piedes- tal t A LA Concorde* Apres la lecture de I'ouvrage couronne , le president ouvre le billet cachete qui y etoit joint, et proclame le nom de I'auteur ( 0> M> Joseph - ThSophile Foisset , de Bligny- sous-Beaune (Cote-d'Or). (i) N, B> L'auteur n*est eLge que de 19 ans. PROGRAMME DES PRIX PROPOSES POUR 182O ET 1821 U N prejnge fiineste , qui paroit avoir prls naissance dans le moyen age , dans ces siecles d'agitatlon et d'ignorance ou TEurope etoit couverte des tenebres de la barbarle , et qui naturalise pour alnsi dire parmi nous , s'y maintient encore , malgre la civilisation la plus avancee , a fixe I'attention de I'Acade- niie. Ce prejuge qui n'est fonde que sur la fausse idee qu'on s'est faite de I'honneur, et qui n'en est pas moins demeure, jusqu'a ce jour, indestructible , conslste dans le detes- table usage de provoquer un adversaire au combat singulier. C'est lui qui a fait les duellistes, les spadassins , et qui porte clia- que jour le deuil et la consternation dans le seln des families. Contre lui les lois ci- viles actuelles sont muettes , et les lois di- vines ont toujours ete impuissantes. Le raeur- tre , lorsqu'il a lieu , n'est pas I'objet des reclicrches de la justice , et le nieurtrier reste . ( 266 ) impunl. Faut-il s'etonner, apres cela , de la. frequence des duels et de la securite de ceux qui se rendent coupables d'un tel delit : aussi leur nombre semble-t-il s'accroitre tous les jours , et il ii'est pas rare de voir des amis intimes , des amis qui le sont des I'enfance , forces , par ce faux point d'honneur, a s'en- tr'egorger, souvent pour un mal-entendu. Le spadassin , toujours insolent, querelleiir , n'ay ant d'autre courage que celui qu'il trouve dans une certaine superiorite d'adresse qui lui vient de I'habitude de rescrirae , cherche un ennemi parmi ceux qui ne pensent pas a lui , qu'il n'a meme jamais connus , et que bien surement il croit d'une moindre force que lui J et si , le defi etant accepte , il vient k triompher , comme il s'y attend , alors , tout fier de sa victolre , il se croit un per- sonnage redoutable , joue le role de protec- teur envers ceux qui admirent sa vaillance , heureux de cacher.ainsi sa lacliete sous le manteau de la bravoure. Le faux honneur ne peut etre le partage que du faux brave. Determinee par ces considerations , I'Aca- demie propose pour sujet du Prix h decerner en 1820, la question suivante : Quels seroient les moyens les plus effi^ ( 26; ) caces d'extirper du coeiir des Francais , cette maladie morale , reste de la barbarie du moyen dge , ce faux point d'honneur, qui les parte h verser leur sang dans les duels y au mepris des prticeptes de la Re- ligion et des Lois de I'Etat ? La Meteorologle nous interesse sous une infinite de rapports. Les vegetaux et les animaux qui nous nourrissent et nous lia- billent, notre sante, nos sensations, et quel- quefois la force meme de nos facultes in- tellectuelles reconnoissent son influence ; aussi a-t-elle ete dans tons les temps le sujet des etudes et des meditations des physiciens. Tant d'efforts et de travaux n'ont obtenu qu'un succes mediocre ; et tandis que notre intelligence s'elevant jusqu'k la loi qui regit la matiere , pent embrasser dans leur ensem- ble les mouvemens de la terre et des astres, elle ne possede que des systemes et des con- jectures plus ou moins probables sur les causes des meteores aqueux , les plus im- portans de tous 5 et cependant ils se pas- sent sous nos yeux , ils nous environnent , nous touclient et affectent iramediatement tous nos sens. C'est que Taction du soleil sur ( a68 ) les planetes est tellement preponderante stir les actions mutuelles de celles-ci, qu'il a ete permls de I'isoler pour I'etudier a part, de la mestirer , et d'en donner I'expression raa- thematique. Mais les phenomenes atmosplie- riques etant produits par plusieurs agens egalement puissans, dont quelques-uns sont iraparfaiteraent connus , la difficulte de de- meleretcalculerlapartdecliacunetsondegre d'influence est presque Insurmontable. Tou- tefois nous sommes parvenns a une epoque ou des decouvertes importantes presagent un meilleur succes et commandent de nou- velles tentatives : la tlieorie de lachaleur , son action sur les gaz et les vapeurs , les lois des melanges de ces deux genres de fluides elas- tiques, la composition et la constitution de I'atmosphere, et plusieurs autres beaux resul- tats des reclierches modernes, sont autant de fanaux nouvellement places pour eclairer la route et dissiper une partie des tenebres qui la couvrent. Deja la rosee a laisse de- couvrir son secret , et une f'oule de faits particuliers sont venus se ranger sous la meme explication. Les phenomenes sont mesures avec plus de precision ; les instru- mens d'observatioii sont devenus plus exacts ( 269 ) et plus parfaits. Nonobstant tons ces se- cours , on se flatteroit sans doute si I'oai esperoit une solution complete j mais il est important de reunir les travaux epars , et de fixer le point ou nous sommes arrives. L'Academie propose , pour sujet du prix de Physique qu'elle decernera en 1821 , cette question : Jusqu'a quel point pent- on y dans I'etat actuel de la Physique , expiiquer les phd- nomenes m^teorologiques aqueux ? Le prix pour cliaque question est une me- daille d'or de la valeur de 000 fr. Les Me- nioires, envoyes au concours, seront adresses, francs de portj au Secretaire de 1' Academic, avant le i^' mars de I'annee ou le prix doit etre decerne. Ce terme est de rigueur. Les concurrens ne se feront connoitre , ni directement ni indirectement 5 ils joindront h. leur Memoire , iin billet cachete , conte- nant leurs noms , qualites et demeure , et portant la m§me ^pigraphe que celle mise en tete de la piece. lis sont prevenus que 1' Academic ne ren- dra aucun des Ouvrages qui lui auront ete adresses , mais les auteurs auront la liberie ( ^7° ) d'en faire prendre des copies , s'ils le desl- rent. Les Membres resldens de rAcaderale ne sont point admis au concours. Srgfie ANTOINE, D. M., V resident. VALLOT, D. M., Secretaire, TABLE DES MATli;RES. UiscouRsd'ouvertiire. pag. i. Coiiipte renilu 8. Agriculture lo- Incision annulaire de la vigne 10. Provigneinent de la vigne. i3. Essai sur les moyens de pre- venir les epizootics; par M. de SouHEY i5. Destruction des campa- gnols 19. Abus de I'euiploi de I'arsenic 19. Vitriolage des cureales . . 20. Glands doux aj. BOTANIQUE 23. Agaric des gerjures .... 27, Arvarde 69. Ambutua 8-2. Amour ( Plantes d' ) .... 48, Animalcules inl'usoires. . . 29. Antipatliique ( Arbuste ). . 87. Arbre de niille ans 6y. Arbie du Chili 83. — Des Philippines .... 84. --Porte-dragon 8i. — Porte-or. . 87. — De Siiniaira 8'5. Arbre Fontaine 66. Arbre porfant agneau . . . 62. Arbre porte comes 'jj. Arbres admirables 46. -- anatifcres 5S. — aux mouches luisantes . 55. — ostr^iiires 53. — a pirogue 71. Asbesie ( Herbe ) 90. Baharas 5a. Kakeli 82. Baxana JJ5. Beiulapapyrifera 71. Bisse pean 26. Bolet inie de pain 24. Borachera 78. Butua 82. Chequinqnammins 78. Chifung { Herbe ) 93. Chili ( Arbre du ) 83. Cienneen 69. Cistifolio arbor 78. Cola 72. Cornu plantabile 76. Cropiot TJ. Cryptogamie parasite . . . 3o. Erva do rato 85. Ethiopie ( Herbe d' ) . . . 8;. Euphorbe 32. 37. Feuilles ambulnntes .... 5\. Flabia( Plante) 48. Floribundio 78. Gelsomoro 72. Goussesd'un arbre qui retire au rosage 8i. Guacatan^i 59. Hiaci 75. Huile de Palme 93. Hydne htjmisphtirique . . . aS. jnsectorum incunabula . . 37. Jasminum Brasilianum . . 79. Karante 80. Kinsu 91. Laiiiba 83. Licondo 70. Luiigsin ( Herba ) bi^. Maucnnillier 85. Maiulr.igore 56. Maiii-re vertr 27. JMatuui 83. ( 27 Matutii . 83. Melissse species agrestis . 77. Millenaria 69. Mouches vegetantes .... 54. Nerf (le boeuf 58- Nirabix 85. ]Sfoix cle Gamble 72. Nux de Gambra. ... . -72. Oxalis sensitiva ...... 65_ Papaver Swertzii 80. Feci 9°- Petsi go- Philippines ( Arbre des ) . 84. Phiilo 80. Philtres 48- Pindo 76- Plante de chastete 62. — k pronostiquer 49- provoquaiU des sueurs de sang 4^- Pommes de Sodome .... 7.1. Poiupoquam 80. Porte - dm gon ( Aibre ) • • 81. Porte- or ( Arbre ) 87. Pronostiqiies ( Plante a ) .49. Push (. Herbe ) 92. Quei ( Herbe ) 89. Rattiak 7>' Rose de Jerico 5o. Saamouna 70- 79- Sensitives 65. Serpentaria 60. Sidereon 6i. Siler frutice 80. Spaccalocchio 61. Sumatra ( Arbre de ) . . . 83. Tangaraca 85. Teng 92- Valisnerie 95. Xarapisca. . . . . . . . • • 77. Xochi copalli 77- Xonaquilpatlis 78. Yga 7'- \u ( Herbe ) 91. YuTera 7^- Zamouna 79' Medbcine 96. Enfant neavec des dents. . 96. Empoisonnemens acciden- tels 97- Sur le sommeil- 99. ZOOLOGIE 99- Boudin de mer 100. Thecospondylus. . • . . . 102. Crasse de mer lo'i. Physique io5. tatitude du Puy io5. Abaissement de temperat. 106. De la flamme loS- Mecanique i3i. Pompe a crlc i3»- Chimie appliquee aux arts i33, Decomposition du sel ma- rin »33. Origine des cereales . . . 3 35. Lesoleil peut-ildtrehablte i38. Antiquites • 139. Tombcaux du Mont-Afri- que 139. Grands plaids de Dieu . . 162. Genealogie Bouhier. . . _. i64' En ti-ees solennelles des rois de France 166. Arc des orfevres 167. Sur I'excellence de I'archi- tecture 168. De I'aptitude de quelques peuples , etc 187. NiCROLOGIE »8&- Sur le pure Fourcaud. . 18S. Silr Jos.-GaspardPiCA.RD. 188. Sur Aub.-LouisMiLLirr. . 19Q. Sur Gaspard Monge . . . 19a. Nominations i94" Ouvrages imprlmes en- voyes 195. Rapport sur leconcours. . 206. filoge conronn6 210. Nom de I'auteur 264; , Programme des prix. . . 265. ACADEMIE DES SCIENCES , ARTS ET BELLES-LETTRES DE DIJON. SEANCE PUBLIQUE DU JEUDI 24 AOUT 182O, ConsacrSe a la lecture du Disc ours qui a merits le prix propose par deliberation. de Pjdcadeniie , en date du xo fevrier iSxo , pour I'hloge historique de S. A. R. Mgr. le Due de Berry. A PREs avoir annonce I'ouvertare de la seance , M. Durande , chevalier des ordres de Saint-Michel et de la Legion d'honneur , s'exprime en ces tennes : Messieurs, Trols Ibis , dans cette enceinte et dans un court espace de temps, nous avons deja so- lennellement deplore la perte de grands princes non moins augustes par leurs vertus qu'interessans par leurs malheurs. Trois fois nous avons invoqu^ le genie des lettrcs pour celebrer la gloire de nos in- fortunes Bourbons , et r«-'pandre quelques ( CXXVIII ) Heurs sur lenrs tombes sacreesj et toujonrs, Messieurs, vous etes venus partager notre deuil et notre affliction. Mais lorsque le ciel sembloit las de tant de raalheurs , lorsqu'enfin les rayons de I'es- poir comniens^oient a luire sur notre mal- heureuse pati'ie , un execrable assassinat nous a de nouveau plonges dans la plus prolbnde consternation. Quel sort nous est done re- serve? et faut-il encore des crimes inouis pour epuiser la colere du ciel ? Trois de nos pi'inces , ceux qui avoient tant de titres a notre amour et a notre de- voiiement , sont tombes sous le fcr parricide : Tin seul , celui qui nous lionoroit de son au- guste protection , celui dont le nom si revere rappelle la victoire et les muses, lui seul a peri par I'effet de cette inevitable destinee qui veut que rien n'ecliappe a la faux du temps, pas meme ceux qui sont sur la terre les images et les representans de la Divinite. La France n'aura-t elle done plus que des jours de pleurs et de desolation ? et sommes- nous destines a ton jours vivre au milieu des assassinats et des conjurations? Le ciel cessera-t-ii enfin de nous ecraser du poids de son courroux? Ah ! sans doute , il est encore une esperance , et nous devons ( CXXIX ) rattentlre de cette fleur qui est au moment de naitre , et dont le crime des crimes a detruit la principale tige. Puisse t-elle perpetuer cette augxiste dy- nastie qui, pendant tant de siecles , a fait la gloire et le bonheur de la France ! Puisse- t-elle un joiir nous offrir tine fidelle image de ce bon Charles , de cet auguste prince qui , monte sur le trone , eut rappele et fait renaitre dans un seul regne les trois epoc[ues les plus glorieuses des annates de notre liis- toire, les r^gnes de Louis XII, d'Henri IV", et de Louis XIV ! Combien il est desirable que les destinees de la France soient enlin fixees et rendues dignes d'une si grande nation ! Sans doute les moyens d'y parvenir sont au pouvoir du Gouvernement; mais les lettres peuvent-elles y contrlbuer par la purete de leurs prin- cipes , par la noblesse de leurs ecrits ? Eh ! Messieurs, quoi de plus ami d'un gouver- nement fixe , quoi de plus essentiellement partisan de I'ordre et de la paix que les sciences et les lettres ! Elles fleurissent et prosperent a I'ombre de I'olivier. Elles fanent et se desssclient au milieu des desordres et de§ convulsions politiques : ( cxxx ) cependant les lettres n'adinettent point d'es- clavage , mais elles veulent une liberie sage, qui soit celle de tons. Les lettres usent de la liber te d'ecrire , mais elles ne la reclaraent que pour la gloire et I'honneur de leur pays j elles proscrivent ces opinions erronees et systeniatiques , sans doute moins applicables a la civilisation qu'a I'etat de nature, et toujours essentiellement subversives de tout gouvernement, de tout bonheur et de toute securite. Les lettres sont pleines de respect pour la religion de nos peres , mais elles ne repous- sent point la tolerance. Qui plus qu'elles sont convaincues de la necessite imperieuse de la Religion sans laquelle il ne peut exister ni frein pour la perversite , ni consolation pour la misere , ni refuge pour I'infortune. Les lettres se prononcent contre I'adula- tion, mais elles savent estimer les grands, ou par leurs propres services , ou par ceux qu'ont rendus leurs ancetresj c'est un horn-- mage qu'elles aiment a leur rendre dans I'in- teret de la societe : mais, lorsqu'ils veulent se prevaloir de ce qu'ils sont, elles les res- pectent de loin , et les abandonnent a leur propre grandeur. Les lettres sont enneraies de I'orgueil et ( CXXXI ) ties sottes pretentions , mais elles savent don- ner un juste tribut d'eloges au meiite mo- deste et anx talens utiles. Elles savent dispenser k propos et I'estime et la consideration. Avec elles I'estime s'acquiert par raison et non par cabale. Avec elles la consideration se gradue par les services rendus , et jamais elles ne la font dependre de cet eclat trompeur que n'envi- ronne aucun merite, et qui pour lors devient la premiere cause de tous les maux et de tous les desordres. Sans doute le plus beau titre de gloire des lettres sera toujours I'avantage de pouvoir preconlser les actions et les vertus des grands princes. Avec quelle satisfaction n'emprun- tent-elles pas I'organe de la renomm(^e , lors- qu'elles voientdans un monarque le bonheur de tout un peuple , et dans un grand prince I'espoir des generations futures. Consternee de douleur , et frappee des eminentes qualites de Son Aitesse royale IE Due de Berry, I'Academie , dans sa seance du 1.0 fevrier , proposa pour sujet d'un prixa decerner le 2.4 aout 1820, I'Eloge de tres liaut , tres puissant et tres excellent ( CXXXII ") !Prince Charles-Ferdinand d'Artois, fils DE France et dug de Berry. PJusieurs ecrivalns se sont mis sur les rangs; mais il etoit Impossible que leurs ge- nereux efforts fussent couronnes d'un egal succes. Sur trelze meinoires qui sont par- venus h. I'Academie, dont trois en vers, et notamment tin poeme en quatre chants , deux seulement , ecrits en prose , ont merite et fixe d'une raaniere plus speciale I'attention de I'Academie. L'unde ces memoires, n.°8, et portant pour epigraplie : Les mdijjerens meme pleureront Gerniajiicus , est generalement bien ecrit j il est meme quelques morceaux qu'on pour- roit citer , et qui semblent dictes par une gracieuse eloquence ; mais le style en est quelquefois languissant et froid ; des lon- gueurs et des inconvenances sont encore une taclie a son ouvrage , dont le plus grand defaut est d' avoir garde le silence sur les derniers instans du due de Berry, qui cepen- dant sont- une vie toute entiere pleine de grandeur d'ame et d'liero'isme , de vertus et de resignation. Malgre cette omission , il est juste de dire que , jusqu'au moment de I'liorrible as- sassinat , I'auteur n'a oublie aucune des ( CXXXIII ) action^ i^ aucun des laits qui valurent a Charlks Tainour des Frangais : rien n'e- cliappc a ses reclierclies j on pourroit meuie lui reprocher d'entrer dans trop de details; et c'est peut-etre poiir avoir embrasse im cadre trop etendu, pour s'etre livre a des discussions etrangeres a son sujet , que son discours paroit quelquefois languir, ses cou- leurs perdre de leur vivacite, son pinceaii de son energie, de sorte qii'on ne reti^ouve pas dans cet ecrit cette eloquence du ccetir , cette beaute de details , cette belle et noble siniplicite , qui caracterisent le memoire cou- ronne : cependant , quoiqu'il lui soit de beauGoup inferieur , I'Academie a pense a I'unanimite, qu'en raison de I'agrement de son style , de I'etendue de ses reclierches , et des soins qu'il a donnes a son travail, ce memoire meritoit une mention honorable. Quant au discours couronne , je ne vous en presenterai point I'analyse ; je ne vous en lerai point connoitre la marclie et le plan 5 ce seroit , jc pense, Messieurs, chose su- perllue , puisque je vais avoir I'honneur de vous en donner lecture. Peut-etre meme serolt-ce afl'oiblir I'interet en detruisantle plaisir de la surprise. Ainsi , Messieurs , je me borneral u vous enoncor ( cxxxiv ) SGulement le sommaire de I'opinion de I'Aca- demie , abandonnant les details a yos lu- mieres et a votre bon gout. Un cadre heureux , un style simple et facile , cles ideas ingeiiieuses , des expres- sions bien clioisies , caracterisent ce dis- cours , qui se montre constainraent sous les deliors d'une belle et noble simplicite. Vous ne remarquerez point dans le cours de cet ecrit cet appareil de style , ces phrases a pi'etention , ces exagerations outrees , plu- tot faites pour en iinposer et flatter I'oreille, que pour einouvoir et gagner le coeur. Notre ecrivain a sans doute pense que ce qu'on aimoit sans feinte devoit etre peint sans art ; et de me me I'Acaclemie a senti que ]e discours qui devoit le mietix repondre a ses vues , etoit celul dont le style simple et entrainant, seroit reclierclie de tous et congu par tous ; car I'eloge de notre mallieureux prince doit etre dans toutes les bouches , comme son image est dans tous les cceurs. Penetree de ces divers motifs, 1' Academic de Dijon a decerne , afunanimite, le prix propose , au Memoire cote n.° 12. Cependant, Messieurs, enparlantsi avan- tageusement de ce discours, qu'on ne nous prete point la pensee d' avoir perdu de vue ( cxxxv ) I'eloquent eloge dont nous sommes redeva- bJes a I'auteur du Genie du Christianistne . L'Academie saisit avec empresseraent cette clrconstance pour rendre un liommage ecla- tant au genie et aux talens distingues de M. de Chateaubriand J et, apres un si grand ecrivain , presenter sur le meme sujet un travail qui inspire quelque interet , ce sera sans doute pour notre auteur une de ses pre- mieres et plus douces recompenses. II est , Messieurs , des gloires qu'on ne sauroit rabaisser , comnie il est des genies qu'on ne sauroit egaler. M. DuRANDE lit V KloQ-e de Son ALtesse Roy ale Monselgneur le D UC DEB ERR Y^ lils de France, Prince de la Famille royale, cote n." 12 , et portant pour epigraphe : Laudent facta ejus. ( Prov. 3i. 3i. ) Deducant oculi nostri lacrymas. ( Jer. 9. 18. ) ./\.i»PELE , il y a trois ans , dans cette lice qui s'ouvre aujourd'hui de nouveau , nous avons dispute I'honneurd'attacherunepalme funebre au tombeau du dei-nier lieritier des Conde. Le plus lache attentat falsoit alors le sujet de notre indignation j une perte ir- ( cxxxyi ) reparable etoit I'objet de nos regrets j mais cette indignation et ces regrets affranchis par le temps de leur amertume, laissoient libre- ment eclater des sentimens plus doux. Un sang fertile en heros avoit ete tari dans una de ses plus nobles sources ; mais ce sang pre- cieux couloit toujours avec vigueur dans les veines royales j I'auguste famille , depositaire du bonlieur de la France , voyoit encore avec orgueil , et sur des degres plus rapproclies du trone , des princes dignes de ses soins et de notre amour. Un liymen lieureux , gage de notre f'elicite future , venoit de s'accom- plir , et ne laissoit plus de bornes a nos es- 'perances Vanite des vanites! Le meurtre a dit avec une joie feroce : « je briserai ces cc liens 35 ! et voila qu'une main parricide , frappant le dernier rejeton de Louis XI V , nous plonge dans un deuil peut-etre eter- nal , et nous force a reculer d'effroi devant notre avenir. Plus accables du sort affreux qiii menace la patrie , que soutenus par le fragile espoir qui lui reste , pouvons - nous nous abandonner sans reserve k ces entrai- nemens , a cet entliousiasme qu'excite I'lie- rdisme , ou nous elever a ces grandes pen- sees, seules interpretes des belles actions? Nous demandons des expressions a la dou- ( CXXXVII ) ieiir, et la douleur, sans voix, nous decou- vre son visage baigne de larmes j nous de- mandons des images a I'eloquence , et Telo- quence nous repoild avec Bossuet : Que la gloire des ames extraordinaires ne peut etre souteaue que par la seule simplicity d'un. rdcit Jidelle (*). Je ferai done un reeit fidelle. Je vais dire ce que j'ai vu , rappeler ce que j'ai senti , rap porter ce que j'ai entendu touchant la vie et la mort de Charles-Ferdinand d'Artois DUG DE Berry , Prince de la famille rovale de France. Puisse ma foible voix trouver grace devant mes juges ! puisse du moins cet humble et pur hommage n'etre pas dedaigne par celui qui I'inspira ! J'ai vu le riclie et le pauvre prosternes devant sa tombe, confondre leurs pleurs et leurs pridres : remontee au Ciel sa premiere demeure , I'ame du juste accueilloit sans doute leurs voeux avec une egale bonte. C'etoit le jour ouladepouillemortelled'un petit-fils de Henri IV devoit etre transportee du palaisde ses ancetres a ladernieredemeure des Rois. Saint-Denis avoit prepare ses ma- ^ ■^ ■■'- - — » ■ !■■■ ,--! , i— iMw %m (*) Oraison fun^bre du grand Conde, ( CXXXVIII ) gnificences funebres ; I'airain des temples annongoit au peuple la lugubre ceremonie, tandis quele rappel militaire rassembloit la milice nationale et Tarmee. Soldat citoyen , je reponds au signal j je revets a la hate cet , uniforme que je portois avec tant de joie lors de I'entree du Prince dans la capitale ; je prends ces inutiles armes qui n'ont pu le del'endre , et je coiirs vers ce Louvre ou se presse une I'oule eploree. La git le corps de la victinie : c'est-la aiissi que jadis , apres avoir ete frappc du poignard, f'ut expose le Grand , le bon Hexri. Je me joins a mes compagnons d'armes. Mais c'etoit peu pour moi de suivre pieusement de saintes reliques j je voulois solenniser mes regrets , et leur elever un monument aussi durable que le souvenir des vertus du Prince. Jeune et deja malheureux , puisant mon talent a la source de mes propres infortunes , j'allois sous les voutes de Saint-Denis , parmi ses nombreux cerceuils, chercher des inspirations, comme j'en avois recueilli pres d'un tombeau soli- taire , dans les remparts de Vincennes. Un roulement sourd et prolonge annonce le depart , et le cortege franchit le seuil du Palais. Une brise leg^re agite les drapeaux ( CXXXIX ) nolrs J les troupes marchent en silence , les armes Imissees : par intervalles,un seul coup de tambour regie leurs pas. Tour a tour passent devant mes yeux : Ces cavaliers eprouves aux combats et aux fatigues , fiers d'obeir au jeune heros qui grava sur sa banniere : union et oubli ; Ces chasseurs et ces lanciersque le second Fils de France commandoit avec tant d'e- clat ; Ces hussards qui reconnoissent pour chei:" le petit-fils de Pentliievre j Ces soldats d'Austerlitz et de la Vendee, reunis desormais par les memes sentijnens sous I'etendard de la Garde royale. J'ai reconnu I'uniformeque portoitConde : voila cette redoutable infanterie frangaise dont les ba'ionnettes imposerent tant de fois silence aux batteries ennemies. A la vue d'un guerrier dont I'alr abattu contraste avec les nobles cicatrices , la foule a nomme Oudinot, et ce nom glorieux a re- tenti dans nos rangs . Apres lui , Fitz- James , si digne de porter pour devise : toujours et partout fidelle , guide un escadron de devoues citoyens , ( CXL ) tout prets dans le peril a se montrer intre- pides soldats. Ici , je vols les veterans de I'honneur mu- tlles , mais fiers encore j la , une jeunesse brave et studieuss , I'espoir de la patrie. Plus loin , portant le don de I'aumone , im flambeau dans la main , des pauvres mar- chent aux clartes funebres. Mais, quels saints concerts ! quelle douce harmoiiie parvient a raon oreille ! C'est la volx imposante des Ministres du Seigneur j c'est la voix pure des jeunes Levites. Ecou- tons : Gustos quid de nocte ? Custos quid de nocte? Dixit custos. Observavitpeccator jus- tum. Evaginavit gladium ut trucidet. Ingemuerunt omnes qui laetabantur. — Cessavit gaudium tympanorum. — Conticuit dulcedo citha- rse. Justus periit. ^ ., I Sentinelle, qu'arez-vous isaie. ai. ii. ^u cette nuit? Sentinelle, IsaVe. 21. 12. Ps.36.{-; que s'esf-il passe ? La sentinelle a repon du: Le mediant a epie le juste ; — il a tire son glaive pour frapper. Us ont gemi ceux qui ,__ se rejouissoient. — Le Isa'fe. 24. le cortege s'arreta aux portes de Tegllse, et fit una halte. Pendant que les troupes for- meht les ai'ines en faisceaux , je conduis le vieux guerrier , non loin de la basilique , dans tin lieu ombrage de quelqucs cypres. La avolt ete marquee la derniere des stations de Philippe III, roi de France , lorsqu'il porta sur ses epaules , de Notre-Dame a St.- Denls , les osseniens de St. Louis, son pere, enievesd'une terre infidelle. Nous nous assi- mes sur la pierre ou le fils du saint roi s'etoit repose j et supplie par moi d'accomplir sa promesse , le soldat de Conde commenga ainsi ; 1778. cc J'ai vii sourire a sa naissance celui qui fait aujourd'hui le sujet de nos larmes(*) ; j'ai vu la joie de sa famille et celle de tout un ])eu- ple. LaFrance jouissoit alors des derniers mo- niensde sonLonheur; la cour jetoit aussi son dernier eclat. La religion et la bienfaisance, veillant pour ainsi dire au berceau du due de Berry , avoient guide les premiers pas du (1) Le Due de Berry naquit a Versailles le 24 Jan* vier 1778. ( CXLV ) royal enfant j la sagesse et I'instruction al- loient lui ouvrir la vaste carrlere du raonde. Un liomme du plus rare merite, M. de Ser- rent, f'ut choisi pour diriger cette education : il etoit dejii charge d'elever M. le due d'An- goulemo, plus age de deux ans que son fr^re. 1786,^ Cet habile gouverneur se retira avec ses clo- ves, loin du monde et de la cour, dans la retraitc de Beauregard; et si cette solitude et ce recueilleraent ne gSnerent en rien I'heu- reux essor des aimables qualites du Prince que nous avons perdu , ils donn^rent au Prince qui reste notre espoir , I'habitude de ces hautes pensees , de ces prolbndes medi- tations qui , dans la vie priv(^e, font les phi- losophes , et sur le trone , les grands rois. « Mais I'enfance des deux Princes s'ecoule avec les plaisirs et le bonlieur de leur age ; I'histoire des grands hommes de leur pays vient reveiller en eux I'amour de la gloire. C'est I'image des combats qu'ils cherchent dans leurs jeux ; il semble qu'un secret ins- tinct les avertisse qu'ils doivent passer leur vie dans le tumulte et dans les camps. « Comme toutes les precedentes, la cam- pagne mal combinee par les allies , ne fut pour les armees republicaines qu'une suite de trioinphes , depuis la victoire de Marengo , achetee par la mort de Desaix , jusqu'a. cell 8 de Hohenlinden , illustree par le nora de ( CLiri ) IMoreau. L'armee autrichienne croyoit reme-* dier a ses defaites par des armistices j et le corps de Cond^ , oblige sans cesse de repa- rer des fautes ou de proteger des retraites , prodiguoitinutilement son courage. Fort de 10,000 homraes k son depart de Russie , il ne comptoit plus alors que 0000 combattans. cc Pour couronner cette suite d operations -A^vni extravagantes , le Cabinet de Vienne signa le traite de Luneville. On licencia l'armee de Conde. Des homraes qui depuis dix ans partageoient le raeme pain , les memes perils et les memes privations , qui couclioient sous la meme tente , et qui n'asplroient qu'au meme genre de mort et a la meme tombe , re^urent ordre de se separer. lis obeirent; rentres en France , la plupart reprirent du service J heureux de n'avoir plus a combattre des Francais , ils se precipit^rent avec plus d'ardeur encore au milieu des dangersj pour nous etroitement attaches a la mauvaise for- tune de nos Maitres , nous jurames de suivre partout leurs pas , et dc partager constam- ment leur exil. « Les Bourbons accepterent I'asyle que leur offroit I'Angleterre. Le due d'Enghien seul resta sur les bords du Rliin , pour ne point perdre de Yue la terre natale. « Mon fds. M ( CLIV ) c< lul ecrlvolt son pere, que faltes-vous si « pres de votre ennemi j au nora de Dieu « eloignez-vons ! » Le jetine Conde trop ma- gnanime pour etre defiant , differoit de se rendre^ces invitations reiterees. Tout-a-coup un bruit court a Londresque le due d'Enghien arraclie de sa retraite , vient d'etre conduit en France. Ce bruit , tout incertain qu'il paroit , nous glace cependant d'effroi. On fait partir des emissaires ; deja Ton cherclie les moyens de delivrer I'illustre prisonnier. ^'■s II n'etoit plus temps ; la verite , I'affreuse i8o4' , . , ,. Ill vente tut connue le iendemain. cc Au reste , il n'avoit pas dcpendu du meurtrier du due d'Enghien , que le sort des deiix freres d'arraes ne fut exactement sein- blable. Trompe par des avis perlides , le due de Berry devoit descendre sur les cotes de Bretagne , ou il pensoit etre attendu jyar un grand nombre de royallstes. II mandoit a 1800. ^' ^^ ^^ Feronnaye : « Puisque les royalistes ec se decident a reprendre les armes , je coni- ( civi ) cotironne qti'on allolt briser , est placee stir la tete clu sage liberateur , que tout un peuple salue Pioi. cc La France revit enfln ses Bourbons. Le comte d'Artols traversoit la Franche-Comte sans autre garde que la fidellte de ses ha- bitans. Le due d'Angoul^me regu avec trans- port dans Bordeaux , ville qui la premiere avoit secoue le joug , s'avancoit au mi- lieu d'une population affamee de le voirj la famille d'Orleans arrivoit en Provence avec une Princesse de Sicile. homs-le-D^sire ramenant avec lui la fille de Louis XVI , et ce qui restoit de la race des Conde , prenoit a Calais possession de son royaurae ; enfln le due de Berry entroit dans le port de Cher- bourg. France ! France ! s'ecrie-t-il en met- tant le pied sur la terre natale. C'etoit Je cri du coeur : c'est le seul qu'il put prononcer. » Ici le vieux guerrier suspendit sa narra- tion. Cependant sa voix avoit ete entendue, et le nom du Prince , prononce par lui avec enthousiasme , avoit attire I'attentlon de plusieurs personnes qui s'approcherent; un cercle se forma autour de nous. Apres un moment de repos , le soldat de Conde reprit son recit d'une voix plus elevee. ( CLVII ) tt De Clierboiirg a Paris , le voyage dii due de Berry f'utun veritable triomphe. Tou- che de tant d'amour , le Prince repetoit sans cesse , « J' en mourrai de joie ». Le voyant pour la premiere fbis entoure d'une si grancle affluence , Ics personnes de sa suite avoient peine a dlssiinulcr leurs craintes. « So^'ez tranquilles , Icur disoit le Due , je puis trouver des ennemis paTmi les Franrais , mais jamais un assassin. » Partout sur son passage , il laisse pour souvenir , ou des bon- nes actions , ou des mots charraans , qui partent du cceur et qui vont an coour. A Caen il fait mettre en liberte trois cents malheureux conscrits, A Bayeux , il entend un enfant crier au milieu de la foule, et se plaindre de la perte d'un de ses sabots : « Messieurs, dit le Due, avec une bonliomraio qui 1-appeloit celle du Bearnols , cherchons le sabot de ce pauvre enfant; il ne Jaut pas que ma presence cause ici le moindre sujet d'afjUction » et la chaussure rustique est retrouvee. Une memoire lieureuse rappelle au Prince , et toujours a propos , ou les blessures de ses vieux compagnons d'armes , ou le devouement de ses anciens serviteurs. II suffit de le voir pour I'aimer : c'cst ainsi ( CI-VIII ) que son air brave et ses manleres franclies cliang^rent en pen d'lieures I'esprit du pre- mier regiment qu'il rencontra sur sa route. II revit enfin le palais de ses ancetres , ou M. le comte d'Artois I'attendoit , et ne quitta les bras paternels que pour presser sur son sein les Marechaux de France , prouvant ainsi qu'il pla9oit I'amour de la gloire a cote des plus tendres sentimens. « Apres vingt-deux ans de guerres succes- sives, la France va gouter les douceurs de la paix. Les partis ont paru se rallier autour du Souverain legitime j une Charte, oeuvre des profondes meditations du Monarque , as- sure les droits de tous, et proclame de bonne foides libertes dont jusqu'alors on n'a possede que les vaines images. Mais a peine les Bour- bons ont-ils le temps de calculer le n ombre des infortunes qu'ils sont venus reparer ou adoucirj a peine ont-ils commence d'exer- cer, suivant I'lieureuse expression du due de Berry, leur droit le plus cher, celui denous rendre heureux , que le trone de Saint-Louis est ebranle une seconde fois. « Tandis que le due d'Angouleme mon- trant dans le midi , le panache blanc de Henri IV, guidoit encore quelques soldats ( CLIX ) Fratigais, au clierain de I'honneur, et que la petite-fiUe de Marie-Therese essayoit dans les murs de Bordeaux de ranimer le feu mou- rant de lafidelite, leurdigne frere desespere de ne pouvoir mourir en sauvant la patrie , recevoit I'ordre de marcher a la tete de la malson du Roi, et de proteger sa retraite. Grand dans le mallieur , imposant aux re- belles par son courage, consolant les mal- heureux par sa resignation , pardonnant a des factieux qvi'il pouvoit ecraser, et respec- te encore au milieu de la revoke , le due de Berry passa la frontiere. cc La puissance orgueilleuse trouva son. tombeau , non loin des plaines de Fleurus ou le courage avoit triomplie vingt - un ans auparavant. II ne restoit plus que les vic- tiracs d'un lieroisme , digne sans doute d'une meilleure cause , et le due de Berry ne cessa de gemir sur leur destin que pour vo- ler a leur secours. Le prince ne prend au- cun repos qu'il n'ait vu soulager la plus grande partie des blesses j il est par-tout, par-tout il donne I'exemple de I'liumanite. 3> — cc En voici la preuve , dit alors un vieux grenadier, dont le visage basane et le triple chevron annon^oient les services, cc voyez ( CLX ) « le mOTiclioIr dont il enveloppa ma Lies- « sure h. Mont-salnt-Jean j il est la , ajoiite-t- cc 11 , en decouvrant sa poitrine sillonnee « de cicatrices; je le porterai toujours, et « je le defendrai jusqu'aii dernier sonpir , « Le Bearnais evit ainsl parle. « Rien ne manquoit au due de Berry pour ressembler a son ayeul, pas raeme un Ra- vaillac. « Comrae Henri IV, le prince eut des pres- sentiinens de sa fm tragiqne ; il en parloit souvent. On le conjiiroit alors de permettre fju'on veillat davantage a sa stitete ; il re- pondoit : « Qiie voulez-vous quejefasse. Si « quelqu'un a fait le sacrifice de sa vie « pour avoir la mienne , il parviendra a « exdcuter son projet un jour ou V autre , cc malgre toutes mes precautions. Dans le cc cas contraire , je me serai rendu mailieu- « reux inutilement. » te II n'y a pas long-temps que cliassant dans le bois deMeudon, le due de Berry s'appretoit a tirer un piece de gibier refugiee derriere un epais feuillage , quand tout h. coup , il en vit sortir un homme a figure si- nistre. cc Malheureuxl s'ecrie le 4«c , que ^c faisiez-vous la ^ j'auroispu vous tuerl » L'liomme avoitlamain cacliee dans sou seinj ( CLXVI ) il regarcla le pi'ince avec hesitation , vit ac- coiirir d'antres chasseurs et disparut dans le bois. Quel etoit cet horn me ? On I'ignore. cc Cependant le Ravaillac moderne a de- clare qu'il sulvoit le prince a toutes les chas- ses. Etrange rapprochement ! le monstre epioit sans donte, cherchant une occasion que chaque f'ois sa f'oiblesse rempechoit de saisir apres I'avoir rencontree. II remettoit an lendemain raccomplissement de son in- fernal projetj et pendant les intervalles de ses vaines tentatives, se nourrissant du poi- son des doctrines regicides, il s'exaltoit la tete , et cherchoit a se donner cette fermete d'un moment qui lui inanquoit pour I'exe- cutlon. Representez-vous cet homme occu- pant SOS longnes insomnies par d'affreuses lectures. L'apologie du crime excite son horrible sourire : il se leve et mar.he a grands pas. L'une main tenant le libelle, de I'autre , il a saisi le poignard : il s'exerce a frapper. Mais le jour fatal le surprend dans 1820. ce delire frenetique ce jour est le i3 ie- vrier !!! » « C'etoit une epoque consacree par I'usage a la joie et aux plaisirs j le due de Berry commenga la journee par une bonne action. Cela porte bonheur, repetoit-il d'un air ( CLXVII ) content. On avolt reinarqu^ que le prince attachoit a plusieurs reprises avec attendris- sement les yeux surson epouse : on 'gnoroit alors une heureuse circonstance qui fut re- velee plus tard. Le soir, les deux epoux se rendental'Opera. L'assassindeja ason poste, mais n'ayantpas le temps de consoinraer son crime, entend donner I'ordre de venir re- prejidre le prince a onze lieures et se retire. II etoit huit Iieures : le monstre avoit encore pour se repentir trois heures qu'il emploie k se fortifier dans son execrable dessein. A onze heures , au moment ou le due de Berry apres avoir reconduit son Spouse a. sa voiture , se retournoit pour rentrer dans la salle , I'as- sassin se precipite sur lui et lui enf'once tout enfier un poignard dans lapoitrlne. Le due s'ecrie, retire le fer et tombe. Madame la ducliesse , eperdue , s'est elancee de sa voi- ture : elle soutient son epoux mourant qui demande sur-le-charap un pretre. « Venez ma femme , ajoute-t-il, venez, que je meure dans vos bras. » J'apprends Taflreuse nou- velle , et je vole au lieu de I'evenement. Quand j'arrivai , le prince etoit deja place sur un litdresse kla hate. A son chevet, une jeune femme en habits de fete , et couverto de sang, observoit, aveg anxiete, se§ moiu- ( CEXVIII ) dres mouvcmens. II y avoit dans ses yeux un feu qui penetroitj sa voix iniposante , son air et son attitude me laisserent un mo- ment douter si c'etolt Madame la duchesse de Berry que je voyois devant moi. Le ban- deau qui retenoit ses clieveux, la ceinture qui serroit sa taillo avoient servi, a defaut de bandelettes , a contenir I'appareil mis sur riiorrible blessure. Je ne vous retracerai ni la douleur d'un pere , ni la douleur d'une epouse. M. le due d'AngouIeme tenoit la main de son frere et I'encourageoit en soldat et en chretien ', Madame la Ducliesse d'An- gouIeme , accoutumee a tout souffrir et a ne rien craindre, attachoit cependant tour-a- tour, avec douleur, avec effroi, les yeux sur son frere et sur son epoux, comme si elle eut prevu que le mal etoit sans remede , coiume si elle eut redoute qu'un second coup ne Vint mettre le comble a ses infortunes. Madame la duchesse d'Orleans, oubliant sa famille et son propre bonheur, se desoloit sur la destinee de sa ni^ce. M. le due de Eourbon que rien n'attaclioit plus a la terre, se demandoit pourquoi la mort avoit choisi cette jeune victime que tant de liens y rete- noient. Toute la conr dans la consternation assistoit a cet alfreax spectacle, I3e minute ( CLXTX ) en minute , on interrogeoit les homraes <3e I'art dontle decoiiragementclevenoit visible. L'un d'eux (i) a suce la plaie, « Quejaites- vous , mon ami, dit le prince , le poignard etoit peut-eti'e empoisoniKi. -^ Malgre le sou- lagement rnoinentane que procure ce zele genereux, il survient un etatplus alarmant. Sur les deux lieures, une operation doulou- reuse , jugee necessaire par le celebre Du- puytren est propos^e au prince qui s'y sou- met. On veut eloigner la princesse. « Ne me repoussez pas , s'ecrie-t-elle , employ ez' moifje vous promets d'etre courageuse. y> Et elle saisit le bras de son epoux. Un seul instant, elle sentce bras ceder a I'impulsion de la douleur , et tout pres de lui ecliapper : elle le retient ayec plus de force, et d'un accent impossible a rendre : Chaises ! CJiar-^ lesl c' est pour vous soulager; si vous m'ai- mez, vous vous laisserezfaire . Le prince se resigne et dominant ses propres souffrances, ne parait plus occupe que de la cruelle po- sition de son epouse. II la conjure de se re- tirer : elle resistej il laisse alors entendre ces mots : « menagez-vous, ma chere Care- ^ ' I » B Hum 1 11 I . mm wi— ■— »«nip«— !>«» (i) Le docteur Bougon. ( Clxx ) line , songez a I' enfant que vous portez dans voire sein. 5> cc A cette voix mourante, interprhte de la viey la ducliesse s'anime et palit aussitot; sans doute elle a senti tressalllir dans ses en- trailles I'espoir de la patrie. Un sentiment d'etonnement mele d'admiration et de dou- leur se peint un moment sur tons les visages; niais I'operation s'acheve : elle ne retarde la mort que pour la rendre plus cruelle. Le blesse a la conscience de son etat j il repete sans cesse a ceux qui I'entourent : « /^ II prie I'eveque de Chartres de recevoirsa con- fession, et il fait publiquement I'aveu de ses iautes. Que I'liomme est grand quand il s'liu- milie devant Dien ! quelle ame mondaine n'a ete convertie par cet exemple ! quell eame pieuse n'en a ete ediliee! et cependant le martyr doute encore de son salut. On amene Mademoiselle ; son pere etend sur elle ses mains defaillantes. « Puisse-tu, chere en- fant, etre plus heureuse que ceux de taj'a- mille. » « Le prince apprend que son assassin est arrete. « Je I'avois peut-etre offense 1 — ( CLXXI ) No?ij monfils J repond M. le comte d'ArtoIs,* cet homme n'avoit contre vous aucun motif personnel. — C est done un insensS , dit le due. Un moment apres , il ajoute : "^ Que je ■voudj'ois voir le Rol pour lui demander la grdce de I' homme,,.., promettez-moi , mon pkre, monfrere J promettez-moi de demander au moins la grdce de la vie. jj tc En voy ant raffllction des generaux, il ex- prime le regret de n'avoir pu verser son sang pour la patrie au milieu d'eux.... et surtout de mourir de la main d'un Fran^ais... il so montre vivement impatient de voir le Roi 5 il repcte plusieurs f'ois d'une voix affoiblie , auraije le temps de lui demander la grdce ^ et cette idee paroit le dominer entierement. cc A cinqheures du matin, les douleurs aug- mentent ; le prince pressent qu'elles vont re- doubler, et priverson arae de ses facultes : il se liate d'en faire un dernier usage. II adresse a sa famille les adieux les plus decliirans; il recommande a son pere et a M. le due d'Angouleme les personnes attachees au ser- vice de sa maison et celles qu'il lionoroit de son amitie : II nous cherche des yeux. II nom- moit souvent M. de Nantouillet qui , dcbout, immobile, etoit comme aneantipar son de; ( CLXXIl ) Sespoir. « VienSy mon vieiLaml, lul cllsolt-il, •viens que je t'embrasse encore une Jois. » Le Roi arrive pour presltler cette asserablee de douleurs. Du plus loin que le mourant aper9oit le raonarque, <. Le vieux guerrier cessa de parler , et ca- cliant sa tete dans ses mains , il fondit en larmes. A son discours succede d'abord un silence entrecoupe de sanglots j puis il s'e- l^ve comme un murmure conlus de louan- ges et de regrets , d'esperances et de dou- leursj Ton interrompt et Ton reprend sans cesse des entretiens dont la tristesse a je he sals quel charme. Au milieu de ces epan- chemens, mon cceur est serre, ma bouclie est muette^ mais mon orelUe attentive re- cueille avec avidite des recits touchans ouse rev^lent les vertus du prince. Ce sont des ( ctxxiv ) emigres qu'll asoutenus, des militalres ega- res qu'il aramenes, des citoyens aiixquels il a fait rendre justice, des paysans dont il a releve lacabane ou rachete I'lieritage, des ouvriers qui lui doivent leur etat et leur In- dustrie, des peres de famille qu'il a preser- ves de leur ruine, de petits enfans meme , qu'il se plaisoit a corabler de ses bienlaits. II jn'a sauve, il m'a console, il m'a vetu, il jn'a nourri : voila ce qu'on entend rappeler de toutes parts. En ce moment un roiileraent prolonge sur toute la ligne, et le cri a ua: armes nous a.n- jioncerent que la lialte etoit levee. Je quittai 3c soldat de Conde apres lui avoir exprime toute ma reconnoissance, et je suivis le cor- tege dans I'antique eglise consacree a la se- pulture de nos Pvois. C'est la que trois races royales avoient dormi paisiblement pen- dant douze siecles , et que , tout a coup, arracliees de leurs somptueux cercueils par des mains sacrileges , elles avoient ete con- fondues dans une commune tombe et cou- vertes de la m^me poussiere. A I'epoque de la restauration des trones, les tombeaux furent aussi releves. lis etoient vides,.la mort infati gable les repeupla bientot. Les ( CLXXV ) cloches sonnoient encore la venue d'un nou- vel hote. Cependant les divins mysteres s'accoraplls- sent et la ceremonie s'acheve. Les gardes en- levent le corps pour le deposer au milieu d'une chapelle ardente, en attendant le mo- ment ou il doit prendre place parini les mar- tyrs de la famille royale. Nous entourons le cercueil de douze drapeaux noirs, syrabole du deuil des douze legions citoyennes; le cortege defile en silence , et le peuple descend lentement les marches du temple , abandon- nant la nef a sa religieuse solitude. La pompe des lunerailles a succede a la solennite que je viens de decrire. L'auguste famille est venue dire un dernier adieu a son bien-aiiTie, etcliercher des consolations dans I'eloge de ses vertus. Sous ces voutes qui tant de fois retentirent du recit de brillantes ac- tions et de trepas glorieux, I'eloquence a tra- ce le tableau d'une vie bienfaisante et d'une mort cliretienne : de cette vie elle a tire de grands exemples, et de cette mort de liautes legons. Ensuite les redoutables caveaux out re^u le depot pi'ecieux : les portes se sont so- lennellement refermees. Moins malheureux que ses p^res, puisse leprincereposer en paixl ( CLXXVI ) . La mort du moins ne I'aura pas devore tout entier. Une sorte de proplietie ecliappee au milieu des douleurs est prete a s'accomplir. Le moment approche qui doit realiser nos esperances. cc C'esta tol, objetde tant devoeux, mais «c qu'un voile impenetrable derobe encore a « nos ardenssouliaits : c'esta toi que je consa- cc crecetteesquisse, helas tropimparfaiteldes cc traitsd'unperequinedoiventpluss'animer. cc Le marbre et la toile t'en retraceront sans cc doute plus fidellement I'image, et I'lilstoire cc tedirabienmieuxtoutceqiiela grande ame cc de cet excellent prince renfermoit de cc nobles pensecs, toutce que son cocur con- tc tenoit de sentimens geneietix. L'art et le tc zele ne peuvent davantage — tes yeux du cc moins verront ta mere ', tes innocentes ca- cc resses rameneront quelquefois le sourire cc sur les levres de I'inconsolable veuve , et cc peut-etre tin jour adouciras-tu son al'flic- cc tion profonde. Mais quel que soitle sort cc auquel la Providence te destine, Ah! n'en cc doute pas, tanaissance sera touj ours une cc preuve certaine que la faveur divine ne cc nous a point abandonnes. Le sang du cc magnanime Henri parvenu jusqu'a toi par cc deux sources aussi pures, se conseryera ( CLXXVII ) « sans melange. Si, regardant enfin nos cc malheurs en pitie , le ciel te confie le soin cc d'apaiser tant de haines, de fermer tant ES TRATAUX DE l'aCADEMIE DES SCIENCES, ARTS ET BELLES-EETTRES DE DIJON. Messieurs , L' Academic , toujours cmpressee de con- cOurlr au developpement des connoissances bumaines , s'est impose la loi de rendre ( vft y eliaque annee im conipte ptiLlic cTe'ses tra- vaux : puisse-t-elle , par I'expos'c qri'elle m'ar charge de vous souraettre , mei*lter rappro-^ bation qu'elle desire , et trouver' dans vos suffrages la plus douce recompense du zele dont elle est animee. Dans les pays civilises , ragriculture a ete regardee constamment comnie I'art le plus important. Les bienfaits d'Osiris et d'Isis, cliez les Egyptiens ; ceux de Ceres et dd Triptoleme , cliez liss Grecs, ont ete depms long-temps I'objet de la reconrioissance des peuples ; et la fete celebree par les Chinois'; atteste encore le prix ([ue, de' toiit temps, on a attache a la culture de la'terre^ Les encouragemens proposes a. diverses epoques pour favoriser les progres de I'agri- culture, prouventqueles gOTivernemens md- dernes sont d'accord sur ce point avec les peuples dont il ne nous reste plus atijour- d'hui que le souvenir conserve par I'his- toire. L'Academie , jalouse de secolider les'iri^ tentions bienfaisantes d'une administration paternelle, s'est empressee , non'-seideinent de repondre a toutes les questions d'econo-i itiie ruralc qui lui oiit'ete adrcssees par M, lo ( VIII ) prefet, de la part de S. E. le minlstre de rinterieur, mals encore de publier plu- sieurs des instructions qui lui ont et6 soumises par sa Commission permanente d'agriculture. Elle a su apprecier les ren- seignemens qui lui ont ^te communiques; elle a adopte ceux qui, etant le fruit d'une longue experience , epargneront beaucoup de tentatives inf'ructueuses aux agriculteurs places dans les memes circonstances. C'est pour atteindre ce but , qu'elle a presente ses instructions debarrassees de toute la partle scientifique, dans I'intention de se mettre a la portee des cultivateurs. C'est ainsi que I'Aca- deraie a public (i) des details sur la mani^re d' employer lepldtre comme engrais (22 mars 1820), afin de preciser la quantite conve- nable pourchaque journal de prairies artifi- cielles , d'indiquer les precautions a pren- dre, et I'epoque que Ton doit choisir pour obtenir I'elfet le plus satisf aisant , et eviter les inconveniens graves qui resultent de Ta- bus de son emploi. II est demontr^ que dans les terrains maigres, il auroit non-seulement peu d'effet , mais encore qu'il deviendroit nuisible. , (1) Voy. Mem. pag. 2. (IX) M. Bonnet [8 decembre i8ig) a commu- nique des observations interessantes sur Vem- ploi de la poudrette (i). Cet engrais , dont I'usage commence a se repandre , est le re- sultat de la dessication des vidanges des fosses d'aisance. L'experience a appris que la vidange, employee f'raiclie , apres I'liiver, alteroit les productions du sol sur lequel on la verse , au point de ne pouvoir les faire servir, meme h. la nourriture des pores. Mais cette mSme vidange recente, repan- due avant I'hiver sur des asperges , des champs de froment, a parf'aitement reussi , et n'a point offert I'inconvenient dont nous avons parle plus haut. Des observations sur d'autres especes d'en- grais , ont offert des resultats satisfaisans j mais ellesont appris que ces precieux moyens ne reussissoient qu'autant qu'ils etoient ac- compagnes des precautions necessaires pour prevenir les maladies auxquelles les cereales les plus precieuses sont sujettes. Parmi celles qui les attaquent , les deux plus terrlbles sont la carie et le charbon. Ordinairement con- fondues par les cultivateurs , il a paru neces- saire de les bien caracteriser , afin de pre- ^■'- - ' ^ — ■ — . - .. . ■ ... - (j) Voy. Memoires, pag. i. venir toutes les erreui's qui resultent dc ce qti'on les designe ordinaiiement par tin noar Gommun, / quelles exposent la nielle ou la bruLure, Dcpuis quelques annees , par des raisons qui paroissentplaiisiblesentheorie, plusieurs. savans se sont eleves contre la culture du me- teil (i) : c'est, comrae on le sait , un melange de seigle et de f roment dans des proportions indeterminees. Dansune note relative au meteil, M. Bon- KET a fait connoitre {^S decembre iSig) les- motifs qui engagent les cultivateurs k adop- ter ce melange j ils sont fondes sur I'expe- rience. Ces motifs sont : i." la valeur venale du (i) Du latin mixtiolum , diminiitif de mixttim, niis' turn sous-entendu bladum, Le meteil est appel(5 en. Boiirgoqne , conceau de cum sccale , ce qui signifie-" ble mele avec du st igle. De mixtiolum on a fait jnis~ tiol , mestiol, mestielf enfin mcUil. Voy. Mejnoires,, ( XII ) tn^teil plus forte que celle du selgle; 2.° la recolte plus assuree dumetell; 3.** la tempe- rature variable des hivers; 4-*' ^^ plus grand produit lorsque la temperature est favorable au seigle et au froment. M. Bonnet a ensuite repondu h. robjection de la difference d'epoque de maturite des deux grains ; il a observe qu'en moissonnant un peu plus tard que si le champ etoit ense- mence de selgle pur , et un peu plutot que s'il n'y avoit que du froment , les deux grains avoient les qualites requises povir etre re- coltes. II demontre ensuite que le reproclie fait au meteil de donner une farine inegale , n'existe plus depuis I'adoptlon generale de la mouture economique. Uil membre rappelle ( zz juillet iSzg ) que dans nos campagnes le betail rouge est sujet a une maladie designee vulgairement sous le noxTi de mal noiry et bien decrite, sous le nom de charbon blanc ^ par M. Chabert {^Instruct, veterinaire lygo). Des points d'ir- ritation pratiques de bonne lieure par le secours du poivre , sont le moyen eflicace et wsite depuis long-temps par les gens de la campagne , pour combattre cette affection. Les moutons , si utiles par leur laine, si ( XIII ) ptecieux par I'engrals qu'lls procurent , et par la chair qu'ils fournissent , ont fixe I'at- tention de la Commission. Plusieurs mem- bres ont donne [zg decembre iSic^) des ren- seigneniens tres avantageux sur un precede dont refficacite ne s'est jamais dementiedans le traitementde la gale, qui exerce souventde tres grands ravages dans les troupeaux. C'est a un veterinaire allemand , appele Walz , que Ton doit I'indication de cette methode : elle a etd employee avec le succes le plus constant, non-seulement par des membres de la Commission, mais encore par plusieurs proprietaires a^^xquels lis I'avoient recora- mandee : sa simplicite et sa grande utilite ont engage I'Academie a rediger une instruc- tion qu'elle a publiee (i) et qu'elle a distri- buee a tous les proprietaires de troupeaux. • La rigueur de I'liiver dernier a Ikit perir beaucoup de moutons dans les bergeries ou Ton a suivi trop ponctuellement le conseil d'y entretenir un courant d'air en tout temps {seance du ()fevrler 1820). Les proprietaires qui se sont ^cartes de cette methode, onteu lieu de s'en feliciter j il n'ont fait aucune perte. (j) Voy. Memoires. ( XIV ) II resulte de \k qu'il faut construire les bergeries de maniere a ce que, Fete, elles regoivent Fair sans lumiere , au moyen de stores, d'abat-jours, etc. , afin. de mettre les moutons a I'abri des mouclies ( cestre die mouton ) , et que I'hiver , en adaptant des carreaux scelles avec du platre , on resolve de la lumiere sans air froid. Par cette me- thode , on preserve les moutons du danger des saisons rigoureuses. Ce moyen est pre- ferable a la paille que Ton emploie ordinai- xement pour bouclier les ouvertures des ber- geries. M. Morel de Vitsde a public le plan d'une bergeriej mais nos petits cultivateurs ne sont point assez avances pour faire de pareilles constructions , malgre les avantages qu'elles presentent. Si le grand froid tue les moutons qui y sont exposes , la clialeur excessive leur fait aussi beaucoup de mal : c'est une observation qu'a faite {i^juiLlet i8ig) M. Bonnet. Lors d'une annee tres chaude, qui avoit desseclie I'herbe des montagnes, il perdit en tres peu de temps une vingtaine d'agneaux , par suite d'un. epaississement considerable du sang. Labois^ son que Ton donnoit aux animaux , loin de les soulager , les faisoit perir eu vingt-quatre Keures. M. Bonnet eut I'lieureuse idee de iaire baigner son troupeau. Depuis ce mo- ment Ja mortalite cessa. Ce moyen fut imite ^ar uii proprietaire de ses voisins , qui en. obtint le m^iue sncces. L'incision annulaii'e de la vigne a ete de nouveau ten tee (i). De novivelles experiences ont ete faites par des membres de la Commission d'agriculture. L'un d'eux, M. Masson, a communique tin. rapport (19 mai 1B19) sur I'emploi destrois instrumens adresses a I'Acaderaie (12 mai JB19) par S. E. le ministre de I'interieur. La preference a ete donnee au ciseau-rabot xi!i^ . M. Vallot , D. M. , a communique i I'Academre ( stance du 18 aout zSig ) , uu Supplement (i) k la Flore de Bourgogne de M. DUJIANDE , D. M. MEDECINE. M. le docteur Valentin, assocle non re- sldenta Nancy, a donne(i .^^' septeinbre 1819) des details sixr une ophthalnue cp!dcmlf|ue leputee contagleuse, qui existolt u Mayence. = . — —. — ... — . — ~. (i) Voy. Memoires ■ pag. 64.- ( xvm ) II a vu dans la garnison prusslenne ( un regiment seulement) qiiatre cent trente-six soldats affliges de cette raaladie qui en a renda plusieurs borgnes et aveugles. Un autre re- giment n'etoit point affecte ; mals on le laisoit baraquer a une lieue de la ville. Pas un Autrichien , dont le contingent ctoit aussi de trois mille hommes , n'etoit atteint de cette maladie , qui regnoit pareil- leraent en quelques lieux de la Belgique. II a ete lu ( i.*^"" decembre 1819 ) des obser- vattons sur des cas d'inflammation aphteuse de la membrane buccale et de la langue. Cette maladie a , comme on le sait , la plus grande ressemblance avec les accidens que. produit le mercure sur la membrane mu- queuse : la salivation , le gonflement , la couche blanche qui recouvre la langue et I'interieur de la bouche, les aphthes, sont autant de symptfimes qui pourroient I'aire soup^onner I'emploi anterieur du mercure, si I'etat et la position des malades ne dissi- poient promptement les soupgons. Un membre a donn^ quelques details sur diQ^phlyctenes gangrSneuses , qui occupent I'ouriet des oreilles , les pommettes des joues, et le bout du nez. L'individu qui fait le sujet de cette observation, a passe trois ans aux C ^3C ) Antilles sans etre malade : ce n'est qtie cle* puis son retour (1817) qu'a chaque hiver il est tourmente de cette affection , qui dispa- roit pendant I'ete. Cette singuliere indispo- sition pei'iodique n'a encore ete combattue par aucun remede , parce que le malade , n'attachant nulle importance a cette affec- tion , a neglige Jusqu'a ce jour de recourir aux conseils des gens de I'art j il a reraarque seuleinent que lorsqu'il s'exposoit au froid, il souffroit beaucoup et le mal augmentoit , tandis qu'en se tenant chaudement , il ne souffroit pas. Les oeufs de barbeau sont nuisibles a la sante j ils partagent cette propriete avec ceux de brocket et de lotte. Cependant qiiel- ques naturalistes ont pretendu que Ton pou- voit user sans inconvenient des oeuls de ce poisson , et c'est le dissentiment qui paroit encore exister entre les savans , qui a en- gage I'un de nous a rediger (26 mai 1819) une note (1), dans laquelle sontd'abord rap- peleesles opinions des diversauteurs, et, pour ne laisser aucune incertitude , sont eiisuite rapportes plusieurs faits recens qui ne per- mettent plus de douter de la propriete mal- (1) Voy. Meraoires, C XX ) faisante dont sont dovies les ceul's de barbeau, de brocket et de lotte. L'liistolre naturelle, cultivee depuis long- temps , laisse encore beaucoup de decou- vertes a tenter, et chaque jour peut amener la connoissance d'un fait qui n'a point en- core ete observe ; c'est ce que nous prouvent les details {^ jul/i 1819) relatif's a des ma- ladies observees , soit sur des feuilles de vegetaux, soit sur le tronc de quelques ar- bres, et independantes de la presence des insectes et de celie des cryptogames parasites intestinales (i). ; Le desir d'eclaircir touS les points obscur$ d'lristoire natui'elle, etoit une tache que Ton. s'est eiforce de remplir ( 7 y'^/z'//^^ 1 8 1 9 ) dans une Dissertation (2) sur les caricatures en Hlstolre naturelle. A la suite de cette dissertation, est jointe une revue d'un certain nombre d'articles d'liistoire naturelle , omis ou mal indiques dans le N. D. PT. N., ddlt. 2.. Cet ouvrage, jusqu'a ce jour, le plus complet sur cette par- tie , raerite que I'on ait I'attention d'indlquer les fautes qui s'y sont glissees : c'est le seul • (1) Voy. Memoires , png. l^T,, (3) Voy. Memoires. ( XXI ) moyen de prevenu^ la propagation cles er- reurs, qui ne manqneroient pas de se repan- dre a la f'aveur de I'autorite que lui merite la re])utatlon des collaboratenrs. Una metliode de faire culre les ceiil"s, em- ployee par beaucoiip de mcnageres a la cam- pagne , manifeste un phenomene dont les cliiinistes n'ont point paile ; c'est ce qui a determine I'un de nous a en donner Texpli- cation. II s'agissoit de savoir pour quelle raison la coquille des oeufs , places sur des charbons ardens, se couvre de gouttelettes d'eau ( "ihfevrier 1820), lorsqu'ils sont cuits a propos (1). M. Deluc , associe correspondant a Ge- neve, a envoye ( 17 novembre 181^, i-zavrll 2820) de nouvelles preuves a I'appui de I'ex- plication qii'il a donnee du passage des Alpes par Annibal. Deux Anglais ( MM. Cramer et Wickham) qui , au raois d'aout 1819, ont suivi la route du general carthaginois , I'ouvrage de M. Deluc k la main, ont con- firme a Tun de nous I'exactitude du recit de Polybe , eclairci par notre confrere , et ont temoigne la satisfaction qu'ils avoient eprou- vee en reconnoissant qu'il etoit impossible (1) Voy. Memoires. ( XXII ) ^e ne pas admettre le resultat du savant de Geneve. Des sondes prises par un Anglais dans le lac de Geneve (i) , au raols d'aout der- nier, et dans le lac de Neuchatel, au mois de fevrier suivant, ont fotirni des resultats que M. Deluc a juge assez importans pour les coramuniquer h. I'Academie. D'apres ces jnesures, on apprend que la plus grande pro- f ondeur du lac de Geneve {gxxpleds de roi)y qui se trouve entre Evian et Lausanne , est preclsement le double de celle du lac de Neufchatel {/\Si p'leds), a peu pres a la raoitie de sa longueur et pres de la rive N. O, Ce lac est partout plusprof'ond du cote du Jura que pres de la rive opposee. Cette disposition est confbrme a celle que M. de Bcjffon a indifjuee en general pour les rivieres oti les fleuves. A une lieue environ, au raidi de la ville de Neufchatel , et au milieu de la lar- geur du lac , il y a sous I'eau une colline , dont le sommet n'est recouvert que par '66 pieds d'eau, tandis que sa base est a 3oo pieds au-dessous de la surface du lac. Nous lais- (i) Description du lac de GencA'fe, Phil, trans, n. SS, pag. 6043, ( XXIII ) "• sons aiix savans , qtii s'occupent de la struc- ture du globe , le soiii de tirer^de ces obser- vations les consequences qu'ils jiigeront con- vcnables : il nous sul'fit d'avoir rapporte les fa Its. Deux nouveaux instruraens ont ete soumis a I'examen de I'Acad^mie. L'un (i), presente par M. GouBERT, offre I'avantage de pou- voir mesurer a la fols, et la pesanteur de I'air, et sa temperature ; I'autre est une pompe a jet continu , fabriquee par MM. Douin et Bettenmann : elle est a la fois aspirante, fbulante et elevatolre , sans reservoir d'air j elle exige moins d'entretien que les autres pompes, et les inventeurs peuvent la livrer a. un prix bien inferieur a celui des pompes ordinaires. L'AcademIe a re^u de sa Commission per- manente d'antiquites plusieurs rapports sur des objets relatifs a I'liistoire de notre de- partement, et surtout a celle de notre ville. Un tombeau trouve pres Beaune , des f builles faites expres sur le plateau d'AHse , €t d'autres ex(5cutees k Dijon , a Toccasion (i) Voy. dans les Memoires le rapport fait sur cet instrument. ( XXIV ) Ae I'elargissement de la rue des Singes, ont fouriii des antiquites inconnues , des ren- seignemens curleux sur le sejour des Ro- maiiis dans nos contrees , et sur rimportance de Dijon dans les temps les plus recules. M. GiRAULT ayant fait imprinier sa des- cription du tombeau de Savigny a la suite ^eWAnnuaire de la Cote-d' Or pour 1820, nous nous bornerons a la note ci-dessous (1) pour appuyer ce que dit I'auteur sur I'anti- quite des cercueils en plomb. (1) En 1758, en creusant les fondations d'une cha- pelle a I'ancienne paroisse Saint-Philibert , dont I'cm- placement etoit , comine I'on sait, I'ancien cimetiere de Dijon, on troiiva a quinze pieds de profondeur, pliisieurs tombeaux d'un gres grisatre , tin cercxieil db plomb , un calice do cire et des inedailles. Courte- PEE , Descript. de Bourgognc , torn. 2, pag. 22^. Dans des fouilies laites en ijjS ^ dans un cimetiere de Saint-Pierie-l'Etrier * , pres Aiitun , on a deterre trois tombeaux doubles en plomb , et une inscription por- tant : jfEmilia Severa alunnio romano posuit. Tom. 3 , pag. 517, pag. 18. En creusant dans I'une des cours du chi\teau de Mi- meure, on trouva un cercueil en plomb el un tombeau enpierre. Ibid, torn. 6, pag. 1G4. * S. Peirus a via strata , a cause de la voie romaine qui pa*» isoit pros ile ce village. ( XXV ) Les fomlles ouvertes, dails I'et^de 1819^ sur le plateaudu Mont;- Anxois, emplacement de Tancienne et malheureuse Alise (1), ont ete Tobjet de trois rapports de M. Girault, president de la Commission permanente des Antiquites formee dans le sein de I'Acad^-r mie : ces rapports ont ete successivement en- voyes a I'Academie royale des inscriptions et belles-lettres, qui a bien voulu les hono- rer de ses suffrages (2.). ( Voy. aussi Moni- A Jugny , dependant de Billy-les-Clianceaiix , Ju- niacum fdL.\xvDix\\t.\\ d'une raste foret, dans laquelle on voit les restes d'un ancien chateau , on decouvrit des tombeanx en plomb et en pierre. Ibid. pag. 6tg. (1) AL , niontagne ; LEG H, Roc 5 S Y, deux , A , riviere ; Roc sur une montagne entre deux rivieres : telle (BSt la position d'Alise entre I'Oze et X'OzeraiUf au confluent de ces deux ruisseaux et de la Brenne. (2)INSTITUT DE FRANCE. ACAD£MIE EOYALE DES INSCRIPTIONS ET BeLLES- IETTHES. Paris , le 10 mars 1820. Rapport sur les Menioires relatifs aux antlquites dtt JDipartcnient de la Cote-d'Or. La Commission des Antiquites de la France a ^tG iiivitee 'i, conuiiuniquer ses obaervations sur les ren« ( XXVI ) teur du 6 juln 1820. ) M. GiRAUtr a decrit les objets divers trouves dans les fouille* d'Alise ; ils consistent 1.** en huit morceaux teignemens qui lui ont ete envoyes concernant les anti- quites decouvertes dansle departement de laC6te-d'0rj elle doit commencer par des temoignages d'estime a tous eeux qui lui ont fait parvenir des notices ou des rapports surcesantiquites, mais particulierementaM.GiHAULX, qui a joint a de bons dessins des explications le plus souvent savantes et satisfaisantes. Si votre Commission croit pouvoir quelquefois en substituer d'autres , c'est sans chercher a diminuer la reconnoissance que I'on doit a ce docte antiquaire; la science des antiquites est souvent conjecturale, c'est pourquoi il est sage de pre- senter sous la forme modeste du doute les explications ele ce genre. Le nom d'Alise est celebre par le long siege que lee Gaulois y soutinrent contre Cesar : sous ce point il a ete I'objet principal des fouilles, et le sujetde trois rap- ports de M. Girault qui les a fait executer. On ne trouve point de rapport * sur le premier envoi des dessins : Je ferai observer seulement qu'il seroit utile de connoitre la pesanteur exacte des deux poids antiques qui font partie de cet envoi. Le second rapport concerne des debris de vase de po- terie rouge , sur lesquels on ne peut rien dire de parti- culier. Dans le n.° a, M. Girault reconnoit un cadenas ou serrure mobile , et la Commission est entierement de » II a cependant 6t6 envoy^ dans le temps | en suirant 1& forme ordinaire de h^ correspondance. ( XXVII ) qui sont en rapport avec les ceremonies des sacrifices ; 2.*" seize morceaux , qui sont des outils ou instruraens d'agriculture ; 3.° douzQ ion avis. II a ete fait mention d'un cadenas semblable , mais entier , dans le rapport sur les antiquites du de* parlement du Doubs. Le troisidme rapport de M. Girault , sur les fouilles d'Alise, presente , sous les x\°^/\^5^(i^^t sous les n."^ 7 et 8, des objets en fer fort int^ressans. Les trois premiers sont , salon M. Girault, les ferremens d'une charrue antique , ou plut6t les parties qui formoient par leur reunion une esp^ce de soc : cette conjecture me paroit fort plausible. II croit voir dans le n." 7 un hoyau , ce qui ne paroit pas aussi probable. Sous le n.° 8 est dessine le fer d'u- ne bete de somme. Catulle (Car/ra. 17 ad Colon, in fine), parle d'un fer de mule, yerrea solea. Ce poete etoit con- temporain de Cesar, du vainqneur des Gaulois; ainsi , rien ne s'oppose a ce que I'on attribue ce fer aux vain« cus. Quant k sa forme, elle est aussi longue que large, ce qui retrace plutot lo pied carre du boeuf que le pied oblong du cheval. L'expression de Pline (lib. 33, c. 1 1 1 Poppea conjux Neronis principis delicatioribus jumeri' tis soleas ex auro quoque induit) , qui emploie l'ex- pression induere, annonce que c'etoit alors une espece de sabot dans l«quel on faisoit entrer le pied de labet« de somme; on ne voit point de trous pour recevoir des clous qui I'auroient assujetti, et le rapporteur de votre Commission croit que I'on rabattoit le bord de ce sabot fi'ur le pied : c'est a peu pres ainsi que I'on ferre encore ( XXVIII ) debris de metibles et de batimens ; 4." six fragmens de vases ou de poterie j 5.° six mor- ceaux de restes de poids anciens et ai'rnures aans les environs de Lyon les bosufs qui , tralnant k la ville les bois et autres produits des campagnes voisines, doivent marclier siir le pave 5 le sabot est divise et releve dans la fente de la corne de cet animal , puis les bords sent rabattus sur cbaque portion de cette corne. On voit sous le n.° 19 le dessin d'un petit Mercure de bronze decouvertpres de Dijon, et unenote sur cette figure. Onconnoit plus de cent figures de ce dieu dans les Gaules, ce qui prouve qu'on lui rendoit uu culte assidu dans ces contrees. Nous reunironsdans une seule observ'ation le rapport cle M. Morelot, sur des tonibeaux decouverts a Sau- lieu, et deux rapports de M. Girault, I'un sur un tonit beau dccouvert a Savigny , I'autre sur des tombeaux de- terres a Dijon dans la rue des Singes ; les figures qui y sont SQuljUecs rcpresentent des Gaulois , comme I'ont dit les auteurs des rapports ; mais ce n'est point le sagnm qui les fait reconnoitre. Ce manteau n'etoit point un •vetement ferme , comme la.penu/a dont sont revetus or-> dinairement les figures sculptees sur les tonibeaux. de$ Gaulois j c'etoit un manteau carre ou oblong , qui s'at- tachoit avec une agraffe , et qui ne differoit pas pour la forme des manteaux militaires des Romains. Quant aux vases semblables a nos verres a boire or-. /w^. 5±. *1. ( XXXI ) raeration et de la description des objets trou- ves dans ces fouilles : il a suffi d'indiqner les recueils ou ces memes objets sont d^jk decrits. Mais nous ne devons pas passer sous silen- ce deux morceaux qui nous ont paru inedits ; I'un est la ferrure d'une charrue gauloise j I'autre le fer d'un des animaux de labour , dont les gravures, au quart de leur grandeur naturelle, sont ci-jointes. Le n.° 1." a la forme d'un L, dont la base ou le sabot est pointu : cette piece est dans les dimensions , k sa base , de cinq pouces de longueur , deux de largeur , trois lignes d'epaisseur j la branclie verticale , haute de neuf" pouces neuf lignes , porte un pouce vers le milieu j cette epaisseur s'aug- mente du cote de la base , se diminue vers la pointe , qui est eraoussee comma un bou- lon de fer sur lequel le marteau auroit long- temps frappe. Cette premiere partie de la ferrure nous a paru avoir dii ^tre fixee dans la grosse branche de la charrue, et faire roffice d'ouvrir le sillon. Le n.° 2 a la forme d'un cone long de dix pouces , et de onze s'il n'etoit pas brise k la pointe J sa courbure est celle d'un segment qui auroit un pouce de fi^che ; la longueur ( XXXIl ) de chacun des cotes, depuis la pointe a I'ou- verture de Tangle , est de cinq ponces , et de- vroit avoir six ponces si Ton retablissoit la partie mntilee. Le retour ,.depviis I'angle d'e- vasementau coti dn manclie, estd'un ponce j la partie superieure ou le manche porte de longuenr quatre ponces six lignes : elle est arrondie et forme les trois qnarts d'une cir- conference qni anroit dix ponces et demi de tonr. Ce morceau est perce de denx trons , en carre long , dans les dimensions de donze lignes de longneursur cinq de largeur, trois d'epaisseur : ces deux ouvertures sont sepa- I'ees Tune de I'antre par un intervalle de deux ponces six lignes. Le n.° 4 3- la forme d'nn fer de javelot ou d'un V, dont le trait porte qiiatre pouces et demi de largeur a I'onverture de Tangle ; cliaque cote de Tangle a qnatre pouces trois lignes de longueur; le retour des cotes jus- qu'au manche est de deux pouces : le manclie conserve encore trois pouces de longueur sur line epaissenr d'un pouce carre : ce morceau. est perce de deux trons dans les m(?mes di- mensions que le n." 2,, et qui correspondent aux ouvertnres de ce meine n.** Les morceaiix n.°^ 2 et 3 paroissent faits ( XXXI r I ) pour se recoucher I'un sur I'autre ; la partie convexe , n.** 3 , eCoit contre terre; son cote concave , n.° 2 , etoit recouverC par le n.° 4 , lequel einp^choit la terre et les pierrailles de s'insinuer dans le vide , et par sa pesanteur tendoit a le niaintenlr enfbnce dans la terre : ces morceaux reunis devoient recevoir I'ex- tremite de la branche de la charrue , et a- grandir le sillon commence par le n.° i.^"^ Les Remains faisoient usage de plusieurs especes de charrues : quelques-unes avoient des roues, des deversoirs et des sees : ces par- ties manquent a d'autres ; on n'ajoutoit ni coultreni deversoirs avix charrues communes. Pour rompre et diviser le sol , on donnoit si peu de largeur aux sillons , qu'on pouvoit k peine reconnoitre la trace de la cliarruej cet ef'fet resultoit du genre de construction de la charrue romaine , qui, tenue droite, tran- choit et soulevoit la terre sans la deverser sur le cote (Al. Ad. 2. = 417, 421 ). Cette description a beaucoup d'analogie avecles f'ers dont il s'agit ici ; mais ce qui ajoute beaucoup de probabilite au sentiment de M. Girault , c'estlacirconstance que ces morceaux etoient dans un caveau avec des curettes {ra/la ) des- tinees k degager le f'er de la charrue de la terre qui s'y attache, un sarcloir ( sarculum), c ( XXXIV ) tine houe servant a oter les herbes sauvages {marra) , un hoyau a deux dents pour rom- pre les mottes ( Widens) , une pioche d'arra- cheur que le laboureur einployoit k couper les racines des arbres (securis doladrata) , des fragraens de cliaines d'attelage , un mar- teau et autres instrumens de])endans du jeu de la charrue ; enfm jusqu'aa fer d'un des anlmaux de labour. Les ouvrages d'antlquites ne fournissent presque pas de secoiirs sur la forme precise des instrumens d'agrlculture , ce premier de tons les arts J I'espece de denuement ou ils nous laissent doit faire sentir toute I'etendue de la perte que 1' Academic vient de faire de M. Grivaud de la Vincelle , qui s'occupoit principalement des Arts et Metiers des ANCiEisfs , dont il n'avoit encore public que la premiere livraison ; c'est pourquoi , en cette matiere , il est tou jours sage de rester , jusqu'k plus ample decouverte , dans I'he- sitation du doute , et de dire avec le favori de Mec^ne : Si quid novisti rectius istis f Candidas imperii, si non, his utere mecum. Nous avons dit que le morceau n.** 5 pa- roissoit un fer a attacher aux pieds d'un des animaux de labour j ce fer est presqu'ovale j fc iyHp(m. I icffil ^j^on ZSj/i. rr^tj. OO. Jim/u// fi r/u4//e r/^ h( /p-Mr5 de \\ Bili'io- ( I.XII ) apres la vaccination; suivi d'observations, pratiques Sur la petite Verole naturelle , sur la petite Verole artifi- cielie et sur la Vaccine 5 par Rene- Georges Gastejl- XiER. Paris, 1819. In-8.° 1 19 pag. 5o. Annuaire de la C6te-d'0r pour I'annee 1820; par M. GiRAULT. 5i. Details historiques sur les anceti-es , le lieu da naissance, les possessions et les descendans de M""^* de S^vignc; par CI. Girault , jurisconsulte , membra de plusieurs Societes savantes de Paris etdes departemens. Paris, 1819. In-12. xc pag. 52. Lettres inedites deBufron , J. -J. Piousseau , Vol- taire , Piron , Delalande , Larclier , et autres person- nages celebres , adressees a i'Academie de Dijon, ac- compagnees de notes critiques et expllcatives , et des lac simile de leur ecriture et de leur signature; pu-< bliees par C.-X. Girault, membra de plusieurs Aca- demies et Societes savantes de Paris et des departe- mens. Dijon, 1819. In-8.° viij-i68pag. 53. Compte rendu des travaux de la Societe royale d'Agriculture, Histoire naturelle et Arts utiles deLyon, pendant le cours de 1818 ; par M. L.-F. Grognier , professeur veterinaire , secretaire de la Societe. Lyon y 1819. In-8.°398 pag. avec trois gravures lithographiees. theque universelle , Sc. et arts , nouv. sine , *ire Paris, i786t In-4.'' 63 pag. ( Par M. Poyet. ) J 04. A MM. les Deputes, sur un nouveau systeme. de Pont. In-8.° 8 pag. io5. A Messieurs de I'AcademIe royale des Beaux- Arts , sur un nouveau systeme de Pont. In-8.° 9 pag. 106. Projet d'une nouvelle Salle d'Opera. 1817. In-4.'' 8 pag. avec le plan. 107. Circulaire de la Societe libre d' Agriculture g Sciences et Arts de Provins. 108. Seance publique de la Societe libre d' Agricul- ture , Sciences et Arts de Provins , departement de Seine-et-Marne , tenue le 21 septembre i8i3. Provins, 1814. In-8.° 79 pag. 109. De la pourriture seche (Dry rot) qui detruit les bois employes pour la construction 5 par Arn- broise Bov^den Extrait et traduit de I'anglais par M. le Baron de Puymaurin , membre de la Chambre des Deputes , directeur de la Monnoie royale des me- dailles , etc. Paris, 1819. 36 pag. 110. Choix des Poesies originales des Troubadours, par M. Raynouard, membre de I'Institut royal d© France ( Acad, franc, et Acad, des Inscript. et Belles- Lettres) Officier de la Legion-d'Honaeur. Paris , 1816- 1818. 3 vol. grand in-8.° Exempl. envoy e d'apres les or d res de S. M. 111. Les trois premiers livres des Metamorphosea